jeudi, janvier 1 2015

Edito - Les « synthèses » de François Hollande : force ou faiblesse politique ?

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Le goût de la synthèse, aboutissant à des compromis acceptables par tous (tout en laissant chacun un peu insatisfait), si souvent reproché à François Hollande, est-il vraiment un défaut en politique ?

Certes, la synthèse peut aboutir à des textes qui n’ont pour but que de satisfaire toutes les parties, même si, en pratique, ils s’avèrent inapplicables, mêlant des décisions incompatibles entre elles. On connaît la plaisanterie sur l’Union Soviétique à ses débuts qui, constatant que le nombre de voitures en circulation augmentait, a décidé de se doter d’un Code de la Route jusque là inexistant ; le Politburo, réuni pour le rédiger, se divise sur la question de savoir si les véhicules devront rouler à droite, comme dans la plupart des pays, ou à gauche, comme en Grande-Bretagne, où les accidents sont moins nombreux ; finalement, il parvient à une synthèse : les voitures rouleront à droite et les camions à gauche.

En pratique, dans la vie politique, il est très rare que le point de vue des tenants d’une thèse, s’ils ne sont pas majoritaires mais s’ils sont tout de même assez nombreux, puisse être totalement ignoré, à moins de plonger le pays dans un chaos durable (François Hollande a tranché en faveur du mariage homosexuel, question pour laquelle il n’y avait pas de compromis possible – ce devait être oui ou non – jugeant que, malgré leurs manifestations spectaculaires, ses adversaires étaient trop peu nombreux pour paralyser durablement le pays) ; toute la vie politique est faite d’affrontements finissant obligatoirement par déboucher sur des compromis, et peut-être l’art suprême de la politique consiste-t-il à trouver le compromis avant l’affrontement, qui est le compromis auquel on serait arrivé de toutes façons après l’affrontement, mais en ayant réussi à l’éviter : ce qui suppose une bonne capacité à évaluer les rapports de force en présence, de façon à prévoir sur quoi leur affrontement finira par déboucher : les victoires par écrasement total d’un adversaire puissant étant finalement assez rares.

On donne souvent en exemple, et à tort, de « passage en force » , sans vraies négociations, la fixation de l’âge de la retraite à 62 ans par Nicolas Sarkozy ; en réalité, Nicolas Sarkozy savait très bien qu’un équilibre durable (quelques années) du régime des retraites imposait de fixer cet âge à 64 ou 65 ans , comme dans la plupart des pays européens ; le choix de l’âge de 62 ans était un compromis, n’ayant pour but que de faire sauter le verrou psychologique et historique du chiffre rond de 60 ans - et, demain, le gouvernement qui le portera à 64 ans ne se heurtera effectivement plus aux mêmes manifestations ; l’erreur tactique de Nicolas Sarkozy a consisté à ne pas avoir « mis en scène » ce compromis : voulant porter l’âge de la retraite à 62 ans, il aurait dû commencer par proposer de le porter à 64 ans, puis ouvrir des négociations pour finir par accepter 62 ans, offrant ainsi aux syndicats une porte de sortie honorable : « On a quand même gagné deux ans, ce n’est pas rien ! » ; il a commis l’erreur de mener comme une épreuve de force l'atteinte d'un objectif qui, en réalité, constituait lui-même déjà un compromis .

En politique étrangère, il en est de même : le but de la diplomatie est de parvenir à éviter les guerres, en faisant accepter les traités de paix sur lesquels une guerre aurait débouché, mais sans que celle-ci ait eu lieu ; inversant la célèbre formule de Clausewitz, on pourrait dire que « La diplomatie est la poursuite de la guerre par d’autres moyens » ; évidemment, ceci suppose, là aussi, la même évaluation du rapport des forces par les deux camps ; car, si l’un d’eux a l’impression qu’il peut obtenir une victoire militaire totale, la diplomatie ne peut plus rien .

Il n’est donc pas impossible que l’art de la synthèse et du compromis, fondé sur la capacité de bien évaluer les rapports de forces, soit la forme la plus sophistiquée et élaborée de la politique, même si elle est la moins spectaculaire ; sa seule faiblesse réside dans le fait que les peuples préfèrent souvent le plus spectaculaire au plus efficace…

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

dimanche, novembre 9 2014

Edito - Le mur de Berlin et la faillite de l'intelligentsia française

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La complaisance des intellectuels français à destination du totalitarisme communiste a toujours été pour moi un mystère. Une génération comme la mienne a effectué une grande partie de son activité en ayant à lutter contre des personnes qui défendaient le "paradis communiste" !

Dans l'Hérault, il y avait même une association France - RDA qui vantait les mérites du système communiste d'avant la chute du mur.

A l'Université, il y avait des professeurs qui prêchaient ouvertement les vertus du communisme et avec un sectarisme qui me terrifiait lors des épreuves orales.

A la télévision, Yves Montand diffusait son "idéologie de la larme" tout en se faisant bien entendu grassement payé pour intervenir. C'est toujours plus facile de pleurer sur le sort d'autrui quand on ne partage pas ses fins de mois difficiles.

Tout un univers qui défendait le régime de "derrière le mur".

Heureusement, quelques intellectuels ou journalistes avaient le courage de lutter contre ce "politiquement correct" : Raymond Aron, Jean-François Revel, Jean Guitton et surtout Georges Izard. Puis il y eut la révélation d'André Glucksmann. A la différence des premiers noms cités qui avaient un parcours intellectuel constant, André Glucksmann commençait par dire qu'il avait été "maoïste", ce qui bien entendu lui donnait une légitimité à reconnaître qu'il s'était alors ... trompé.

Pour ce qui me concerne, je suis très heureux d'avoir toujours été rebelle face à ce système de pensée.

Jean Guitton, Raymond Aron, Jean-François Revel et Georges Izard ont toujours été mes références. Je relis souvent leurs publications et suis toujours impressionné par la qualité de leurs analyses.

L'une de mes premières manifestations musclées depuis déjà pas mal de temps a été pour défendre la liberté d'expression d'André Glucksmann.

Toute une partie de l'intelligentsia française a perdu tout crédit en refusant de regarder avec lucidité un régime totalitaire parce qu'elle gardait d'abord le politiquement correct du moment.

Le pays de la pensée n'a plus aucune considération pour les pensées qui "divergent". Dernière illustration : Willy Sagnol. Il aurait dit qu'il ne recrutait pas des joueurs français blancs parce qu'ils étaient nuls, fainéants, peureux au combat ... c'était une banalité. Il s'est éloigné du "politiquement correct" et il encouru les foudres du système.

Si le mur a vacillé, c'est d'abord grâce à JF Kennedy qui en 1963 en a fait un enjeu international. C'est la raison pour laquelle je garde précieusement ce morceau de mur qu'un ami m'a offert lors d'un séjour.

S'il est tombé, c'est grâce à Reagan qui a construit une réelle stratégie d'épuisement de l'URSS avec une intelligence et une vision historiques.

Comme si souvent la France a constaté, suivi.

Ceux qui défendaient le mur d'avant sont passés à d'autres murs. Et le politiquement correct qui avait pourtant montré toute sa suffisance irresponsable sévit désormais dans d'autres domaines nombreux.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

samedi, novembre 8 2014

Edito - Le traité transatlantique va réorganiser le commerce mondial au profit des Etats-Unis

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Le traité transatlantique, voulu par les États-Unis, va aboutir à définir des normes mondiales pour les produits industriels. Elles s'imposeront ensuite aux autres accords commerciaux, avec la zone pacifique, notamment. par Thomas Porcher et Frédéric Farah, économistes et auteurs de "TAFTA : l'accord du plus fort (éd. Max Milo)"

Le projet du grand marché transatlantique est en préparation depuis plus de vingt ans, mais il a subi une nette accélération depuis 2009. Cette accélération des négociations s'est faite dans un contexte de bouleversement économique et géopolitique mondial avec la montée en puissance de la Chine et d'autres pays émergents. Mais, dans cette alliance stratégique visant à redéfinir la gouvernance économique mondiale, l'Europe semble être le pion des États-Unis...

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États ont essayé de donner des règles au commerce international. Afin que l'ensemble des pays soient traités sur un pied d'égalité, le GATT a mis en place un certain nombre de principes : réciprocité, transparence et diffusion de la clause de la nation la plus favorisée. Cette clause veut que lorsqu'un pays accorde une faveur, notamment tarifaire, à un autre pays, il l'accorde à tous les pays commerçant avec lui et que les producteurs étrangers soient soumis aux mêmes règlementations que les producteurs nationaux. Le but du GATT, puis de l'OMC, était clairement affiché : développer un cadre pour favoriser le multilatéralisme.

Un multilatéralisme de façade

Mais derrière les beaux principes de fond comme de forme - négociations transparentes et mobilisation du plus grand nombre de pays -, le multilatéralisme n'a jamais eu lieu. Les pays riches ont souvent établi l'ordre du jour des négociations et ont fait en sorte de sortir vainqueur dans le marchandage des règles à fixer. Par exemple, ils ont toujours accepté de libéraliser les secteurs nécessitant des technologies (car eux seuls les avaient) et ont refusé d'ouvrir les secteurs où ils pouvaient être concurrencés (agriculture et textile). Même droit ne veut pas dire même possibilité. Le multilatéralisme prôné par le GATT, puis par l'OMC, n'efface pas la domination des pays riches. Il faut être bien naïf pour penser que dans les rounds de négociations, le Mali a autant de pouvoir que les États-Unis ou le Royaume-Uni.

La réalité est que si l'on considère l'Europe comme un pays, les négociations de l'OMC ressemblaient plus à des discussions bilatérales. Les chiffres l'attestent : jusqu'à la fin des années 80, les trois quarts du commerce des pays industrialisés étaient réalisés avec d'autres pays industrialisés.

Une véritable "pactomanie" commerciale

Ce multilatéralisme de façade ne profitant qu'à une poignée de pays va être perturbé par l'entrée de la Chine à l'OMC en 2001. Alors que la plupart des dirigeants américains ou européens, pensant que les exportations de leurs pays allaient envahir la Chine, avaient soutenu son entrée, on a assisté à un mouvement de délocalisation des entreprises de ces pays vers la Chine. D'autres pays émergents comme le Brésil et l'Inde font leur place dans le commerce international et ne laissent plus les européens ou les américains leur imposer l'ordre du jour des négociations à l'OMC, comme l'a montré récemment le veto de l'Inde à l'accord de Bali. Dans le commerce mondial, la part relative des échanges nord-nord s'affaiblit tandis que le poids des pays émergents continue de croitre.

C'est dans ce contexte que l'on assiste à une tentative de rapprochement des États-Unis avec la Chine. Mais, malgré des relations d'interdépendance économique et financière, une entente sur les normes de production semble sans avenir tant les processus de production diffèrent. Et puis la Chine est un rival économique et militaire. Les États-Unis, par-delà un budget militaire sans équivalent, développent une véritable diplomatie commerciale. Ils veulent promouvoir, après la pactomanie de la guerre froide - c'est-à-dire des alliances militaires pour endiguer l'URSS pendant cette période -, une pactomanie commerciale : deux immenses traités avec les puissances du Pacifique et de l'Europe pour contenir la Chine.

Le traité transatlantique va aboutir à des normes mondiales

Mais les multinationales des États-Unis n'avaient pas intérêt à ce que le traité transpacifique soit signé avant le traité transatlantique. En effet, les pays du Pacifique connaissent généralement des normes de production et de consommation moins contraignantes que les normes américaines (les négociations portent en général sur une diminution de la contrainte des normes, comme auparavant sur la diminution des droits de douane). Un succès des négociations avec les pays du Pacifique, par l'instauration de normes moins contraignantes, aurait amené les grandes entreprises américaines à s'ajuster sur les normes des pays du Pacifique et à en subir les coûts d'ajustement.

Il faut donc commencer par l'Europe. Car l'établissement de normes communes (normes de consommation et de production) entre les États-Unis et l'Europe en feront des normes mondiales, y compris pour le Pacifique, y compris pour la Chine. Le marché transatlantique sera ainsi le producteur de normes mondiales (standards maker). Il sera alors possible pour le gouvernement américain de négocier avec les pays du Pacifique sans devoir abaisser sa réglementation - valant désormais pour tous les pays - donc sans mutation majeure des techniques américaines de production. Les grandes entreprises des pays industriels du Pacifique seront alors en position de standards takeret devront adapter leurs techniques sous peine d'être exclues des marchés européen et américain.

Source: La Tribune

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

lundi, juillet 28 2014

Edito - Les Français, "des lions menés par des ânes" !

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L'obsession française à croire que la loi a le pouvoir de remodeler le réel

Charles Gave, économiste, président de l’Institut des libertés, écrit dans Valeurs actuelles :

"En 1981, la droite ayant été battue, un député de droite survivant avait lancé à la tribune : « Vous allez vous fracasser sur la loi de l’offre et de la demande ». La réponse avait aussitôt fusé des bancs socialistes : « Nous allons abolir cette loi. » C’est ce à quoi va s’attacher M. Arnaud Montebourg, et il va réussir aussi bien que Lénine, Staline, Mao, Castro, Chávez ou que M. Mitterrand de 1981 à 1983.

En fait, l’économie ne croît que si le système légal permet le déroulement du processus de création destructrice chère à Schumpeter. Or, en France, la quasi-totalité des lois portant sur des domaines économiques vise à empêcher la destruction, ce qui revient immédiatement à empêcher toute création, c’est-à-dire toute croissance.

Réfléchissons deux minutes : dans quels secteurs pourrions-nous avoir une croissance aujourd’hui en France ? À mon avis, dans les secteurs qui sont liés à l’éducation, aux transports en commun, aux médias, à la culture, à la santé. La Suède fit faillite en 1992 et, pour s’en sortir, les déréglementa et les privatisa. Aujourd’hui elle se porte comme un charme. __ En France, tous ces secteurs sont sous le contrôle de l’État, c’est-à-dire sous le contrôle de la CGT, des syndicats professionnels ou des enseignants. La loi de M. Arnaud Montebourg devrait donc abolir le système des syndicats représentatifs datant de l’après-guerre, faire la lumière sur le financement de ces syndicats et leurs rapports avec les partis, interdire toute relation entre les bétonneurs et les hommes politiques ainsi que tout ce capitalisme de connivence qui ruine la France__, casser les grandes banques françaises en de multiples entités régionales, privatiser la Sécu et que sais-je encore… Là je serais certain que la croissance repartirait comme une fusée.

Mais je ne sais pas pourquoi, j’ai des doutes… D’où vient cette obsession française à considérer que la loi a le pouvoir de remodeler le réel ? Faire une loi sur la croissance, c’est croire que le futur est connaissable, ce qu’il n’est pas, comme l’a fort bien montré Karl Popper en théorie, et l’URSS en pratique. Un point important doit être mentionné ici : pour la première fois dans l’histoire de notre pays, il n’y a pas un seul membre du gouvernement qui ait la moindre expérience du secteur privé. Tous les membres de ce gouvernement ont toujours été payés par nos impôts, et jamais par un client. Ils sont tous députés, maires ou conseillers généraux, et, pour se faire élire par leurs troupes, il suffit d’augmenter les impôts sur ceux qui ne votent pas pour eux, ou d’emprunter.

Et le poids de l’État dans l’économie augmente donc sans cesse.S’il y a une loi qui ne connaît pas d’exception, c’est que plus le poids de l’État augmente, plus la croissance diminue. Donc, pour que la croissance revienne, il faut que le poids de l’État baisse, ce qui est impossible dans notre système politique. Dans les trois démocraties les plus anciennes, Suisse, Grande-Bretagne, États-Unis, un fonctionnaire peut se présenter aux élections, mais il doit alors démissionner de la fonction publique pour ne jamais y retourner.

Rien de tel en France où un fonctionnaire battu retourne dans son corps d’origine en attendant la prochaine élection, sa carrière ayant évolué comme s’il était resté fonctionnaire. Du coup, nos élus sont majoritairement fonctionnaires. Si la Chambre était majoritairement composée de coiffeurs, elle prendrait des mesures favorables aux coiffeurs. Les fonctionnaires à la Chambre prennent des mesures favorables aux fonctionnaires. Donc le poids de l’État augmente et avec lui le nombre de chômeurs. Chaque fois qu’un fonctionnaire de plus est engagé, trois travailleurs du privé perdent leur emploi.

Conséquence absurde de cette obsession : notre pays, qui devrait être le plus riche du monde compte tenu de ses avantages naturels et de la qualité de sa force de travail, s’appauvrit à vue d’oeil. Comme je l’ai écrit dans mon livre, Des lions menés par des ânes (Robert Laffont, 2003), les entrepreneurs français sont comme le tiers état en 1789 : ils portent sur leur dos la noblesse (le système politique) et le clergé (le système syndical). La France en crève. Elle est sur le chemin que suit l’Argentine. ...".

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

jeudi, juin 19 2014

Edito - Etats-Unis - Russie : c'est l'inversion des valeurs auxquelles nous étions habitués !

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Lors de son entretien à Europe 1 et TF1 le 4 juin, Vladimir Poutine a déçu une partie de la presse française car ses propos étaient en contradiction avec la caricature qu’ont fait de lui certains médias français, selon Ivan Blot :

"Ils voulaient voir un dictateur impérialiste et ont entendu un président démocrate et patriote. La déconvenue de ces journalistes russophobes montre qu’ils sont des hommes rivés sur le passé. Dans le passé, les États-Unis étaient une puissance conservatrice libérale et chrétienne, l’URSS était une dictature communiste athée. Les États-Unis étaient les libérateurs de 1944 face à l’occupation allemande. L’URSS, bien qu’ayant été l’ennemi principal d’Hitler, était surtout la puissance d’occupation de l’Europe de l’Est, enfermée derrière le rideau de fer.

Aujourd’hui, tout s’est inversé et il est difficile de changer ses habitudes de pensée. La Russie est une puissance conservatrice, libérale et chrétienne. Les États-Unis exportent de plus en plus au nom des droits de l’homme déformés, une idéologie égalitaire dogmatique qui s’oppose à la famille, à la religion et à la patrie, en tous cas dans tous les pays étrangers. Ils ont introduit ou contribué à introduire le chaos en Irak, en Afghanistan, en Lybie, voire en Syrie, avec des interventions militaires désordonnées, justifiées par des mensonges comme en Irak ou des interprétations frauduleuses de décisions de l’ONU comme en Lybie.

C’est l’inversion des pôles : la Russie est dans le camp de l’ordre et de la paix, les USA dans le camp des révolutions et des coups d’État voire des guerres.

Pourtant, des journalistes et des hommes politiques veulent continuer de voir dans la Russie une dictature impérialiste comme l’URSS d’autrefois.Hillary Clinton s’est permis des comparaisons entre Poutine et Hitler, ce qui est une ignominie mais aussi une stupidité : à ce compte, c’est comme si l’on accusait madame Angela Merkel d’être une communiste autoritaire sous le prétexte qu’elle a fait partie du dernier gouvernement communiste d’Allemagne de l’Est.

Pour l’Europe, c’est la même chose. L’Union européenne a été créée sur un modèle non démocratique mais bureaucratique, celui des agences fédérales américaines créées par Roosevelt. Aujourd’hui, le monopole de la proposition des lois par la Commission de Bruxelles, le cumul en son sein des tâches législatives et exécutives ne se justifient plus, (...)

En économie, c’est la même chose. Beaucoup de politiciens et fonctionnaires français ont été formés à l’École nationale d’administration (ENA) qui, sur le plan de l’enseignement de l’économie, avait 30 ans de retard, restant à Keynes et ignorant les économistes plus modernes comme Hayek. Résultat : on a les impôts les plus décourageants du monde, un interventionnisme brouillon de l’État et des réglementations archaïques. (...)

Notre système de formation des élites en sciences sociales est archaïque et beaucoup d’hommes politiques français vivent encore sur des vieilles idées diplomatiques ou économiques des années 1950. (...)"

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

samedi, juin 7 2014

Edito - 70e anniversaire du D-Day : Désespérément nul

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Une cérémonie de 70eme anniversaire, c’est pour faire de l’histoire, rappeler les faits, les situer dans les grandes évolutions du monde, monter les forces souterraines qui ont été les moteurs de ces évènements cruels et tragiques. Non, réfléchir est trop risqué… Hier c’était l’émotion et les sentiments.

Mais quelqu'un comme Olivier Berruyer, en furie lui aussi contre cette propagande molle et hors d’âge, a très bien posé le débat.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

lundi, avril 21 2014

Edito - L'Union européenne, la nouvelle URSS ?

tumblr_n3zh7uxZYd1s3vfuto1_500.jpgVladimir Boukovsky, né en 1942, est un ancien dissident soviétique qui a passé 12 ans de sa vie emprisonné (camp, prison, hôpital psychiatrique). Dans cette courte vidéo de cinq minutes, il établit un saisissant parallèle - thème par thème - entre l'Union soviétique et l'Union européenne. Sa prédiction est que celle-ci finira comme l'autre.

Cinq minutes à ne pas manquer à la veille des élections européennes !

Il est étonnant qu’après avoir enterré un monstre, l’URSS, on en construise un tout autre semblable, l’Union Européenne.

Qu’est-ce, au juste, que l’Union Européenne ?

Est-elle anti-démocratique et irréformable ?

J'en doute.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

dimanche, mars 2 2014

Edito - La Crimée, un enjeu décisif

623111-carte-ukraine.jpgJolie place que cette péninsule de Crimée, une avancée de l’Europe centrale dans la Mer Noire. Bon climat, site parfait pour le commerce et la défense. Un tel site fait des envieux… et son histoire est faite d’invasions, de guerres, de répression.

La Crimée (1), longtemps partie de l’Empire Ottoman, n’est devenue russe qu’en 1783, avec Catherine II. Dans la configuration d’alors, très centrée sur la méditerranée, c’était une prise de choix, et une base pour l’expansionnisme russe. La réponse est venue en 1853, avec la guerre de Crimée (2), conduite par l’Empire Ottoman, la France (3) et la Grande-Bretagne. Une guerre épouvantable, un siège terrible pour Sébastopol, et un bilan de 75000 Morts. La Russie a du renoncer à ses conquêtes, mais la Crimée est restée russe. En 1921, par un décret signé de Staline, elle a intégré l’URSS comme République soviétique socialiste autonome de Crimée… Déjà « autonome ».

Pendant la seconde guerre mondiale, on retrouve la vaillante armée Rouge et la population qui résiste, avec un impressionnant siège de Sébastopol, trop méconnu. La ville tient et bloque l’avancée nazie. Des héros : la Crimée et Sébastopol entrent dans notre histoire. En 1948, Staline revient sur l’autonomie, et crée pour Sébastopol un statut spécial de rattachement direct à Moscou.

3455483.jpgEn 1954 – et c’est un tournant – Nikita Khrouchtchev, qui est né en Ukraine, rattache la Crimée à l'Ukraine, par une volonté de tourner la page de la répression stalinienne sur l’Ukraine. Un geste fort, mais qui ne modifiait pas les grands équilibres, car l’URSS était un bloc.

Tout bascule en 1991, avec l’écroulement de l’URSS, et s’en suivent trois évolutions majeures, qui pèsent beaucoup ces jours-ci.

L’autonomie

La Crimée, étroitement liée à la Russie pendant plus de150 ans, et place forte de l’URSS, s’est en 1991 retrouvée Ukrainienne. C’était en droit incontestable vu les actes signés par Khrouchtchev… Mais il était impossible de balayer l’histoire et la composition de la population. La Crimée est restée partie intégrante de l’Ukraine, mais elle a été dotée, en 1992, d’un statut de république autonome, avec une constitution. Ce texte a ensuite été amendé plusieurs fois, pour aller dans le sens d’une moindre autonomie. Ces jours-ci, l’une des revendications est le retour à la constitution de 1992.

Les Tatars

miss-ukraine-2011.jpgLe second fait marquant est le retour des Tatars. Cette population nomade d'origine turco-mongole s’était, au fil des évènements, installée en Crimée. Majoritairement musulmane – des sunnites – elle avait trouvé sa place dans l’Empire Ottoman. Les Tatars s’étaient accommodés du passage sous le contrôle russe, mais en 1917, ils avaient cherché à échapper au nouveau pouvoir bolchevique, avant de connaître l’échec conduisant à l’intégration de la Crimée dans la Russie en 1921. Depuis, les rapports entre cette population et les autorités de Moscou ont toujours été difficiles. Lorsque les nazis ont pied en Crimée, une partie de la population tatare a collaboré, et après-guerre, Staline a entrepris en rétorsion des déportations systématiques (4) en Sibérie et en Asie centrale. C’est uniquement en 1991 que les Tatars ont pu retrouver leur terre (5), la Crimée, et à ce jour, la communauté représente 12% de la population, soit 2 millions d’habitants. Les Tatars sont très opposés à une mainmise russe, et le font savoir… Hier, les Tatars se sont clairement rangés contre la majorité russophone.

Sébastopol et la question militaire

Enfin, il y a la question miliaire et le statut du port militaire de Sébastopol, la voie d’accès à la Méditerranée pour les Russes, via le Bosphore. En 1991, la discussion a été serrée, car la Russie ne pouvait envisager de voir sa flotte passer à l’Ukraine et Sébastopol lui échapper. Un accord a été conclu en 1997 avec un partage de la flotte – 17% pour l’Ukraine 83% pour la Russie – et la signature d’un bail entre Kiev et Moscou, avec une modification signée en 2010 (6) entre Ianoukovitch et Poutine : l’échéance du bail a été reportée à 2042, et la Russie a accepté un loyer annuel de 8 millions de dollars et une réduction de 30 % du prix normal de livraison du gaz. A ce jour, compte tenu de l’évolution des enjeux stratégiques, la flotte russe est surtout présente en Mer du Nord et sur la façade pacifique. Mais il est hors de question de renoncer à Sébastopol, qui reste la place forte de la flotte en mer Noire, avec vingt-cinq navires de combat et treize mille hommes, en effectif pouvant être porté à 25 000. Avec le recul US, la Russie va se montrer de plus en plus présente, et Sébastopol reste stratégique. Pour la région, cette présence russe est un grand appui économique (7).

Pour quelques temps, les équilibres de la région vont se jouer sur cette péninsule, à nouveau prise dans les tourbillons de l’histoire.

1 http://www.axl.cefan.ulaval.ca/Etat...

2 http://www.histoire-pour-tous.fr/gu...

3 http://www.herodote.net/Guerre_de_C...

4 http://www.cairn.info/resume.php?ID...

5 http://www.monde-diplomatique.fr/20...

6 http://www.lefigaro.fr/internationa...

7 http://ua-travelling.com/fr/article...