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jeudi, décembre 18 2014

Edito - Taxe Tobin : François Hollande est vraiment le grand ami de la Finance

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Bien sûr, je n’ai jamais cru le président alors candidat, quand il faisait de la finance son adversaire, quelques jours avant de rassurer la City. Malheureusement, sur le dossier de la taxe Tobin européenne, il démontre qu’il est, depuis qu’il est élu, l’un des meilleurs amis de celle qui était censée être son adversaire.

Histoire d’une trahison

Il faut remercier Marianne et Bruno Rieth, qui résume parfaitement l’incroyable histoire d’une trahison. Mais comment François Hollande a-t-il pu dire pendant la campagne électorale que « mon véritable adversaire, c’est le monde de la finance » avant de mener une telle politique ? Il faut dire que quelques jours après, il confiait au Guardian : « la gauche a gouverné pendant 15 ans, pendant lesquels elle a libéralisé l’économie et ouvert les marchés à la finance et à la privatisation. Il n’y a pas de crainte à avoir ». C’est le second texte qui faisait foi, comme le démontre Bruno Rieth dans Marianne. Depuis deux ans et demi, l’Elysée et Bercy ne cessent de défendre l’agenda des banques et de la finance.

Et quelle meilleure illustration que la position de la France sur la taxe Tobin. L’idée a trouvé une seconde jeunesse avec la grande crise, soutenue par Joseph Stiglitz, qui y voit un moyen de réguler la finance mais aussi de davantage la faire contribuer à la collectivité, motivation qui semble d’autant plus juste aujourd’hui que les Etats ont déversé des milliards pour la sauver et qu’ils accumulent les déficits. Même l’Union européenne, pourtant souvent influencée par les intérêts des multinationales, a fini par y céder et pousser un projet, farouchement combattu par le Royaume-Uni et les banques. Si la France fait partie du groupe de onze pays qui avancent, elle semble y être pour ralentir le mouvement et en réduire la portée.

Dépasser la droite par la droite

De manière assez extraordinaire, le PS tempère donc le projet lancé en 2011 par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ! Malheureusement, rien de bien surprenant si on s’en réfère aux propos de Pierre Moscovici à l’été 2013, qui jugeait les projets de la Commission, pourtant guère interventionniste, « excessifs ». Quand mettre un membre du PS à la Commission semble alors la droitiser… Depuis, Michel Sapin vend le projet comme une révolution alors qu’il s’agit d’un pétard mouillé. Le diable étant dans les détails, l’Union européenne avance avec un projet dérisoire qui taxe dix fois moins les dérivés que les actions et les obligations (on se demande bien pourquoi ?), puis qui finit par en exonérer plus de 95 % de toute taxe !

Et même ce projet croupion déclenche de l’urticaire au monde financier, dont l’opinion est bien relayée par The Economist, vent debout contre cette idée, surtout quand elle semble pouvoir s’appliquer aux échanges faits depuis Londres. Pas de problème : il semble, paradoxalement, suffire de passer par Paris pour porter l’estocade comme ce projet nain pour encore en retarder la portée et la possible application. Il faut noter que les sociaux-démocrates allemands, pourtant guère révolutionnaires jugent « essentiel que tous les dérivés soient inclus car le trading international de dérivés a désormais atteint un volume d’environ douze fois le PIB mondial ». Les enfants de Schröder plus interventionnistes que François Hollande !

C’est ainsi que le PS suit l’agenda des multinationales en baissant les cotisations sociales et en flexibilisant le travail, et ne remet pas en cause le laisser-faire financier. Un grand homme aurait dit qu’il « n’aimait pas les socialistes, parce qu’ils ne sont pas socialistes ». 50 ans après, ceci semble encore plus vrai.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

samedi, octobre 4 2014

Edito - La folie des rachats d’action doit être stoppée

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Ce n’est pas L'Humanité qui a lancé ce débat, ni même la presse « de gauche », tellement eurolibérale qu’il ne lui vient pas à l’idée de changer quoique ce soit, mais The Economist, le journal des élites globalisées, qui consacre un nouveau dossier à cette nouvelle perversion du néolibéralisme.

Tes actions tu rachèteras

La bible néolibérale n’y va pas par quatre chemins en dénonçant la « cocaïne d’entreprise » et rappelle que « les entreprises dépensent des montants records pour racheter leurs propres actions. Les investisseurs devraient être inquiets ». Le graphique qui suit a tout pour faire peur puisqu’il montre que si la tendance se poursuit, le record de la fin 2007, juste avant le krach de 2008, semble devoir prochainement être battu. Sur les douze derniers mois, les entreprises étasuniennes ont racheté la bagatelle de 500 milliards de dollars de leurs actions, d’Apple à Wal Mart. Exxon y a consacré 200 milliards et IBM y dépense deux fois plus qu’en recherche et développement ! Même les entreprises japonaises s’y mettent.

La situation a atteint de tels extrêmes que 38 % des entreprises y consacrent plus que leur trésorerie ne le permet, le reste étant couvert par des emprunts ! The Economist cite le cas de Home Depot, qui, depuis 2008 a consacré 28 % de sa trésorerie au paiement des dividendes et 52 % à l’achat de ses propres actions, au point d’emprunter 2 milliards en partie pour cela. Depuis 2010, l’action a triplé… Les 500 plus grandes entreprises y consacrent un tiers de leur trésorerie. Apple, après avoir longtemps mis ses actionnaires à la diète, a annoncé vouloir consacrer 130 milliards de dollars à racheter ses actions. The Economist note que le secteur financier avait consacré 207 milliards de dollars pour racheter ses actions de 2006 à 2008, avant d’obtenir 250 milliards de l’État pour être sauvé de la faillite en 2009.

La prise de pouvoir des actionnaires

Malgré tout, The Economist soutient que « les rachats d’actions ne sont pas forcément une mauvaise idée. Quand les entreprises achètent leurs actions sur le marché, elles retournent l’argent en trop aux actionnaires d’une manière comparable aux dividendes ». Sauf qu’il démontre bien que le phénomène atteint aujourd’hui un niveau totalement délirant. En outre, il pointe que les mécanismes de rémunération des dirigeants des entreprises alignent leurs intérêts sur ceux des actionnaires avec un biais extrêmement court-termiste qu’il peut pousser à sacrifier les investissements à long terme pour pouvoir racheter toujours davantage d’actions dans une logique de bulle absolument délirante et dangereuse. La Tribune montre également qu’il s’agit d’un moyen commode de déguiser la rémunération de ses salariés.

Du coup, il note que les gestionnaires de fonds commencent à s’inquiéter du manque d’investissement des entreprises et préviennent que « le capitalisme actionnarial doit promouvoir la croissance et la création et non juste partager les dépouilles ». Curieusement, The Economist note que le rachat d’actions était interdit avant, que les États-Unis ont changé les règles en 1982, le Japon en 1994 et l’Allemagne en 1998. Ce faisant, il donne sans doute malgré lui la solution à cette nouvelle perversion du système économique actuel : il faut purement et simplement interdire les rachats d’action par les entreprises, ou, a minima, le traiter de manière extrêmement dissuasive d’un point de vue fiscal.

Les rachats massifs de leurs propres actions par les grandes entreprises sont un nouveau signe du profond dysfonctionnement du système économique, du fait du règne du laisser-faire et du laisser-passer. L’État doit reprendre la main pour le diriger dans le sens de l’intérêt général, et pas ceux des plus riches.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

dimanche, septembre 7 2014

Edito - Une explication des inégalités dans les pays émergents

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Le débat sur les inégalités ne cesse de progresser, ce qui explique l’immense succès international du livre de Thomas Piketty. The Economist rapporte l’étude du « prix Nobel d’économie » 2007, Eric Maskin, qui tente d’expliquer la hausse des inégalités dans les pays émergents.

La globalisation, vecteur d’inégalités

The Economist admet volontiers que les inégalités augmentent dans les pays émergents. Ils citent la hausse de 9 % de l’indice Gini entre 1993 et 2008 pour l’Afrique sub-saharienne, et de 34 % pour la Chine depuis 20 ans. Il explique aussi que cela contredit les théories de Ricardo, pour qui le libre-échange devait profiter aux travailleurs « low skill » (bonjour le biais idéologique), comme de 1700 à 1900 en France, où le rapport entre les revenus des 10 % qui gagnaient le plus et des 10% qui gagnaient le moins, est passé de 31 à 11. Mais depuis les années 1970 ou 1980 selon les pays, les inégalités explosent, avec le cas des États-Unis, comme le rapporte la Fed, qui révèle que de 2010 à 2013, les revenus des 10 % les plus riches ont progressé de 10 % alors que ceux des 20 % les moins riches ont baissé de 8 %

Selon Eric Maskin, les travailleurs bien formés des pays émergents sont en contact avec les travailleurs plus productifs des pays dits développés. Et ce contact entre personnes différentes maximiserait la productivité globale, les plus productifs tirant la productivité des moins productifs, dont l’activité est complémentaire de celle des premiers. La mondialisation a démultiplié ce genre de contacts, favorisant donc les travailleurs les mieux formés des pays émergents, par rapport aux moins formés, qui ne sont pas exposés aux travailleurs des pays dits développés. The Economist rapporte que les entreprises exportatrices au Mexique paient des salaires 60 % plus élevés que les autres et que les usines des multinationales en Indonésie paient leur encadrement 70 % plus cher que les entreprises indonésiennes.

Les zones d’ombre de cette théorie

Même si elle voit sans doute assez juste dans sa globalité, cette étude est critiquable sur deux aspects. D’abord, elle postule que la productivité des travailleurs peu formés dans les pays dits développés est supérieure à celle des travailleurs très formés des pays émergents. Mais ici, l’auteur confond sans doute les revenus ou le PIB / habitant et la productivité. Et si ce raisonnement était juste, alors, les multinationales n’auraient aucune raison pour délocaliser puisque ce qu’’elles perdraient en salaire chez nous serait alors rattrapé par la productivité supérieure. Ce faisant, il apporte de l’eau au moulin de Pascal Lamy, mais des études démontrent que ++ce raisonnement est totalement faux. ++ L’autre parti-pris contestable d’Eric Maskin consiste à soutenir que les travailleurs bien formés des pays émergents bénéficient de leur contact avec les travailleurs peu formés des pays dits développés. Mais ici, il se trompe. D’abord, l’explosion des inégalités dans ces pays démontre qu’il y a une zone d’ombre dans son raisonnement car, s’il avait raison, en bénéficiant de la double exposition aux travailleurs les mieux formés des pays émergents et des pays dits développés, alors, les travailleurs les moins formés des pays dits développés devraient bien se porter. La réalité, c’est sans doute que les travailleurs les plus formés des deux types de pays interagissent ensemble, ce qui contribue à leur faire tirer un profit disproportionnel de la mondialisation, qui ignore totalement les travailleurs les moins formés.

Le débat sur les inégalités ne cesse de progresser dans le monde. Mais pour l’instant, malgré des chiffres extraordinairement parlant, il ne trouve pas d’issue politique. Mais tôt ou tard, leur explosion finira par trouver une concrétisation politique, qui mettra enfin une muselière à la mondialisation.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

lundi, juin 30 2014

Edito - Le dangereux retour des austéritaires, au PS !

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Paradoxe assez incroyable qui démontre à quel point la décomposition de la pensée économique, alors que les preuves des méfaits des politiques austéritaires ne cessent de s’accumuler et sont aujourd’hui admises par des intellectuels de tous les bords, le PS y cède de plus en plus, comme le montre le dernier rapport de la Cour des Comptes et le rapport de Jean Pisani-Ferry.

Quand un socialiste propose de faire du Sarkozy !

Le PS est vraiment dans une phase de décomposition intellectuelle avancée pour produire une intelligentsia qui embraye le pas à la pensée économique de la droite la plus bête, pour paraphraser Paul Krugman au sujet de la défense de la politique de l’offre de François Hollande. Didier Migaud, député « socialiste » nommé par Nicolas Sarkozy à la tête de la Cour des Comptes, a publié un rapport qui questionne la capacité du pays à tenir ses objectifs de réduction du déficit budgétaire et propose de réanimer la politique initiée par Nicolas Sarkozy, visant à supprimer 10 000 postes de fonctionnaires par an, mais en incluant les collectivités locales et la Sécurité Sociale au lieu de la limiter à l’État. Il avait déjà critiqué la promesse du président de créer 60 000 postes dans l’éducation, malgré un véritable besoin.

Jean Pisani-Ferry, ancien conseiller économique des ministres de l’économie de Lionel Jospin de 1997 à 2002, pousse encore plus loin la logique austéritaire. Il dénonce le poids des dépenses publiques « 12 points supérieur à l’Allemagne », en feignant d’ignorer qu’il compare des choux et des carottes et que la réalité est beaucoup plus équilibrée, notre service public étant beaucoup plus étendu que vos voisins. Il propose de diminuer les dépenses publiques de 54,8 à 48,8% d’ici à 2025, soit un effort de 0,6 point de PIB tous les ans. On suppose qu’il ne prend pas en compte le fait que la baisse des dépenses réduit le PIB, d’un coefficient de 0,9 à 1,7 selon la dernière étude du FMI. Une telle baisse réduirait le PIB de 5 à 10% sur 10 ans, ce qui contredit complètement l’objectif de réduction du poids de la dette, qui serait augmenté d’autant, comme cela se passe dans une partie des pays de la zone euro.

L’austérité est contre productive

Il y a quand même quelque chose de piquant à voir des socialistes proposer de démanteler l’État et baisser les dépenses publiques alors même que le très libéral et anti-Etat The Economist vient de publier un long article démontrant les ravages des politiques d’austérité. Il est tout de même effarant que des hiérarques socialistes ferment les yeux sur les ravages des politiques suivies dans le reste de l’UE, la Grèce où des études suggèrent que pas moi de 30% de la richesse nationale aurait été perdue depuis 2007, avec son cortège de chômage et d’effondrement du pouvoir d’achat (28% en Irlande et 18% en Espagne). The Economist soutient que la crise aura également un effet sur le long terme en réduisant les dépenses d’investissement des entreprises, ce qui sera un handicap pour le futur.

Paul Krugman, qui a démonté les politiques austéritaires dans son dernier livre, livre un jugement sévère sur l’UE. Pour lui « les problèmes inhérents à l’euro ont été aggravés par de mauvaises décisions. Les leaders européens ont insisté, et ont continué à insister, malgré les preuves éclatantes, sur le fait que la crise n’était qu’une affaire d’irresponsabilité fiscale, et ont donc imposé une austérité sauvage qui ne fait qu’empirer une situation déjà terrible » et conclut « il est terrifiant de voir un si grand nombre d’européens rejeter les valeurs démocratiques, mais au moins, une partie du problème vient des responsables qui semblent plus intéressés par la stabilisation des prix et la probité fiscale que par la démocratie ». Il est tout de même incroyable de voir le Parti dit Socialiste ignorer la voix de ce « prix Nobel d’économie ».

Merci néanmoins à Didier Migaud et Jean Pisani-Ferry de démontrer que les sommités économiques issues du Parti Socialiste ont à ce point arrêter de penser sur les questions économiques. Car outre le fait d’ignorer Paul Krugman, ils ignorent même les derniers travaux du FMI, pourtant guère suspects de laxisme.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

vendredi, juin 6 2014

Edito - Quand l’argentcratie efface la démocratie

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Ce n’est pas l’Humanité qui nous alerte, mais The Economist, dans un papier intitulé « un dollar, un vote » basé sur le travail de deux économistes, Martin Gilens de Princeton et Benjamin Page, de Northwestern, qui ont étudié les décisions politiques prises aux États-Unis de 1981 à 2002.

L’argent, plus fort que le vote ?

Le résumé de The Economist, aussi choquant soit-il, est fort : « quand il s’agit de mettre en place une politique, les opinions des entreprises et des riches semblent davantage compter ». Et cette affirmation n’est pas gratuite puisqu’elle repose sur une étude statistique qui repose sur 1779 enquêtes de l’opinion des citoyens étasuniens sur des questions politiques, qui comprenaient le niveau de revenus des personnes interrogés ainsi que sur les prises de position des 25 lobbys les plus influents, recensés par le magazine Fortune. Pour les auteurs, ceux qui ont l’influence la plus importante sont l’élite économique (les 10% les plus riches) et les lobbys qui représentent les entreprises.

Les résultats sont assez stupéfiants : quand une décision politique n’est soutenue que par 20 % des plus riches, elle n’a que 18 % de chances d’être adoptée. En revanche, quand 80% des plus riches la soutiennent, elle est adoptée dans 45 % des cas ! A contrario, il n’y a strictement aucun lien entre l’opinion de la majorité et la chance d’une mesure d’être adoptée. Et les lobbys des entreprises affichent des scores similaires à ceux des plus riches. Les économistes soulignent néanmoins qu’il y a une corrélation entre l’opinion des plus riches et celle de la moyenne. Mais The Economist rappelle que ce n’est pas le cas pour l’opinion des lobbys et que cela rejoint les débats sur l’inégalité.

L’aristocratie de l’argent

Ce faisant, il fait le lien, sans le citer néanmoins, avec l’analyse de Joseph Stiglitz dans son dernier livre, qui attribuait aux pouvoirs des lobbys une part de la responsabilité dans l’augmentation des inégalités. En effet, The Economist en profite pour souligner que le gouvernement peut finir par servir les intérêts de ceux qui le financent, en rappelant que pas moins de 6 milliards de dollars ont été dépensés dans les campagnes électorales de 2012. En 2010, Meg Whitman avait dépensé pas moins de 150 millions de dollars pour la campagne de gouverneur de Californie, le budget média de L’Oreal en France. Pour le journal, « le danger, c’est un cercle vicieux où les hommes politiques adoptent des politiques qui favorisent les plus riches ; ce qui donne à ses derniers plus d’argent avec lequel ils peuvent faire du lobbying auprès des politiques, ce qui aboutit à des lois qui leur sont plus favorables, et ainsi de suite ».

The Economist ne se préoccupe de cela que parce que « le risque à long terme, c’est que l’influence excessive des plus riches provoque une suréaction. Si le ressentiment devient assez fort pour envoyer les populistes au pouvoir, ils pourraient mener des politiques qui ne seraient pas seulement mauvaises pour le secteur financier, mais aussi pour l’économie dans son ensemble ». En clair, le journal des élites globalisées appelle à la modération pour éviter que les électeurs ne finissent par vouloir élire des répliques d’Hugo Chavez, une intuition que je partage depuis quelques années déjà. Mais il est dommage qu’il fasse en partie l’impasse sur la question de la démocratie, minée par les inégalités et l’argent et ne propose pas la moindre solution concrète, se contentant d’un appel timoré à la retenue.

Merci malgré tout à The Economist d’apporter de l’eau au moulin de ceux qui dénoncent la montée des inégalités, en montrant le lien qu’il y a avec l’affaiblissement de la démocratie. Cela montre aussi le besoin de réguler le financement des campagnes électorales et l’influence des lobbys.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mardi, mai 27 2014

Edito - Football : symbole de décadence capitaliste ?

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La planète foot, c’est une planète où le Qatar obtient la coupe du monde malgré son climat, une planète où un ministre accorde une décote pour les hausses d’impôts de millionnaires, une planète où certains clubs, devenus les jouets de milliardaires, dépensent n’importe comment. Même l’UEFA vient de le reconnaître, en sanctionnant neufs clubs européens, dont le PSG.

Que le plus riche gagne !

Le fait que l’UEFA finisse par sanctionner plusieurs clubs montre à quel point nous atteignons un grand n’importe quoi. En fait, les recettes du club parisien tournent autour de 150 millions, pour 400 de dépenses. Mais le Qatar a trouvé la parade en signant un contrat de sponsoring de 200 millions, pour échapper aux foudres des timides régulateurs européens. Finalement, ceux-ci ont fini par se rebeller et ont infligé 60 millions d’amende au PSG (dont 20 ferme), une limitation du nombre de joueurs pour la coupe d’Europe et une limitation de son enveloppe pour les transferts (qui ne semble pas concerner David Luiz). Le club pourra récupérer 40 millions s’il suit toutes les recommandations de l’UEFA.

Mais cette condamnation a toutes les chances de rester symbolique. Comment voir en effet l’annonce de la distribution de 17 millions d’euros de bonus aux joueurs du PSG quelques heures à peine après l’annonce du jugement ? Il a fallu que le PSG et Manchester City atteignent des sommets dans l’indécence et l’injustice pour finalement être sanctionnés et il n’est pas sûr que ces sanctions les gênent tant que cela et changent véritablement les règles du jeu. Les dirigeants du PSG ont même eu le culot de déclarer que cela constitue un « réel handicap dans sa possibilité de lutter à armes égales avec les meilleures équipes européennes ». Et si ces sanctions donnaient juste bonne conscience au milieu ?

Une allégorie de notre société ?

The Economist vient de publier une étude qui montre qu’il y a un fort lien entre le budget des clubs et leur classement : en clair, le succès vient en premier lieu a celui qui a les poches les plus profondes, même si ce n’est pas le seul facteur, l’entraîneur, entre autres, ayant encore un rôle important. Encore que celui-ci a un prix également… Il est difficile de ne pas voir dans les excès du football une allégorie de notre société, entre les dépenses somptuaires pour accueillir la coupe du monde, qui révoltent la population du Brésil, pourtant un des pays les plus fans de ce sport. Le football nourrit également l’explosion tant décriée des inégalités, avec l’envolée des salaires, multipliés par 5 ou 6 depuis 20 ans.

Pire, comment ne pas être révolté par le comportement de certains joueurs, qui ne respectent rien, ou qui rechignent à payer des impôts sur leurs revenus de nabab ? Quelle parabole de la société néolibérale où l’argent va vers l’argent d’une manière de plus en plus marquée et indécente. Un sport où les résultats semblent devoir être connus avant le début de la saison en fonction du montant des budgets… Jean-Claude Michéa a vertement critiqué le foot, qui n’est plus qu’un lucratif business pour les plus riches et qui semble devoir complètement oublier ses racines, ses supporters qui ont souvent fait que certains clubs sont ce qu’ils sont aujourd’hui, comme le dit même The Economist dans un autre papier.

La sanction de l’UEFA n’a qu’une vertu : rappeler que certains se moquent des règles de bon sens. Mais ce rappel peu douloureux risque d’être un moyen commode pour les organes en charge de ce sport de s’acheter une bonne conscience à bon compte sans rien vraiment changer sur le fond.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mercredi, mai 21 2014

Edito - Le totalitarisme des pro-OGMs

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Après l’échec du référendum californien visant à imposer l’étiquetage des produits contenant des OGMs, c’est au tour du Vermont de travailler sur la mise en place d’un étiquetage. Un projet qui suscite une hostilité sans nuance de The Economist, ce qui en dit long sur certains défenseurs des OGMs.

OGM : le débat impossible ?

The Economist ne renonce à aucun argument, aussi malhonnête et exagéré soit-il, pour critiquer la probable décision du Vermont. Le dessin illustrant l’article représente des hippies aux cheveux longs qui mettent une énorme étiquette « danger : nourriture OGM » sur une carotte. Puis ils mettent un « éclairage » chiffré qui indique que chaque année, trois millions de personnes meurent de la malnutrition et pas une seule des OGMs. Monsanto et Syngenta n’auraient pas fait moins subtile. Après avoir dit que 90% des consommateurs sont favorables à l’étiquetage, The Economist conclut en déplorant que « les personnes du monde qui ont faim ne puissent pas voter au Vermont ».

Pour The Economist, il n’y a pas de doute : les OGM seraient forcément un progrès, et il faut les défendre, au point même de refuser que les consommateurs puissent être informés de leur présence dans les produits qu’ils achètent ! Ici, l’attitude de The Economist, qui défend l’opacité, est profondément illibérale, au prétexte que si de telles lois passaient « les entreprises devraient séparer les ingrédients OGMs des non-OGMs, perturbant tout le circuit d’approvisionnement. Les prix devraient monter pour tout le monde ». Outre qu’il est n’est pas évident que les coûts augmentent tellement, il est tout de même fort de café et très révélateur d’y trouver un argument pour refuser toute transparence.

Le refus de la transparence

Il y a quand même quelque chose de profondément malsain dans le raisonnement de The Economist. Au prétexte de penser détenir la vérité absolue, l’hebdomadaire des élites mondialisées est prêt à mettre entre parenthèse la démocratie. Son raisonnement souffre d’un double vice. Tout d’abord, il y a tout de même des études qui indiquent qu’il peut y avoir un risque. Quelque soit ce que l’on pense de l’étude Séralini, ceux qui l’ont critiqué n’ont pas vraiment mis à bas ses résultats : bien des reproches de ce professeur sur les études pro-OGMs n’ont pas été remis en question. Et surtout, je ne vois pas au nom de quoi il faudrait refuser aux consommateurs l’information sur ce qu’ils consomment.

Ce comportement totalitaire des pro-OGMs explique logiquement la tension qui peut exister aujourd’hui dans le débat sur le sujet. Si les partisans acceptaient la transparence et mettaient en place des études avec des organismes indépendants, non liés aux entreprises qui les vendent ensuite, alors, il y aurait sans doute moins de méfiance. N’oublions pas ici que les OGMs sont un jackpot financier pour ceux qui les vendent, ce qui leur donne une influence considérable, Monsanto au premier rang. D’où sans doute le rejet du fameux riz doré, un riz enrichi en vitamine A, dont la carence tuerait plus de deux millions de personnes par an, du fait de l’action de nombreuses OGN, et notamment Greenpeace.

Quand on refuse la transparence et que l’on tient un discours aussi peu nuancé sur des produits qui font la fortune de quelques multinationales, il est bien naturel d’être méfiant. The Economist n’est pas moins dogmatique que les personnes qu’il dénonce, qui ne réclament que de la transparence.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

lundi, mai 19 2014

Edito - Thomas Piketty, superstar néomarxiste du 21ème siècle

0.A20140503_FNP004_0.jpgL’énorme succès du livre ''« Le capital au 21ème siècle »'', de Thomas Piketty aux États-Unis, où il aurait déjà vendu plus d’un million de copies, démontre que même outre-Atlantique, la question des inégalités taraude la société. Une question qui finira tôt ou tard pour s’imposer davantage politiquement.

L’aboutissement d’un long travail

Ce livre, que j’espère pouvoir lire cet été, dont Emmanuel Todd avait dit beaucoup de bien dans Marianne, n’est pas un coup d’essai. Thomas Piketty travaille avec Camille Landais et Emmanuel Saez depuis des années sur la question des inégalités et ils ont publié de nombreux documents faisant état de leur explosion dans la plupart des pays depuis quelques décennies. En France, ils avaient publié tous les trois un très bon ouvrage, « La révolution fiscale », dont la première partie étudiait précisément la répartition des revenus et de la richesse en France, avant de proposer une réforme fiscale d’ampleur, dont la plupart des principes étaient très intéressants et auxquels on pouvait souscrire.

Emmanuel Saez a publié il y a quelques mois des chiffres effarants démontrant que 95 % de la croissance des revenus depuis 2009 aux États-Unis est allée au 1% le plus riche : la hausse moyenne de 6,1 % des revenus se décompose en 31,4 % pour le 1 % le plus riche et 0,4 % pour les autres ! Dans son livre, Thomas Piketty reprend une analyse développée par Joseph Stiglitz dans son dernier livre, où ils les avaient cités, à savoir que les inégalités sont revenus à un très haut niveau historiquement et qu’elles minent la société et doivent donc être combattues. Pour cela, l’auteur propose un système fiscal plus redistributeur, tant au niveau de l’impôt sur le revenu qu’avec un impôt sur le capital.

Un combat éminemment politique

Ces recommandations ont fait hurler les néolibéraux, dont certains osent même en faire un successeur de Karl Marx, eu égard au clin d’œil appuyé du titre de l’ouvrage. The Economist, même s’il reconnaît en partie le travail réalisé d’un point de vue des données, juge le livre plus idéologique qu’autre chose mais sa critique du livre est sans doute bien plus idéologique que ne l’est la pensée de Thomas Piketty. Il ne parvient pas à remettre sérieusement en cause les deux postulats majeurs du livre, à savoir l’augmentation très forte des inégalités depuis quelques décennies et le fait que les revenus du capital sont structurellement plus élevés que la croissance, ce qui mène mécaniquement à sa concentration.

La thèse de Piketty est soutenue par des données remontant sur une longue période, qui démontrent que seules des circonstances exceptionnelles (autour de la Seconde Guerre Mondiale), une très forte croissance et une politique fiscale redistributrice permettent de remettre en cause cette concentration. Mais ce dont les défenseurs du système actuel devraient se méfier, c’est de l’issue politique que ce gouffre financier ne tardera pas un jour à provoquer. En Amérique du Sud, il y a eu Lula et Chavez. Gageons que si les peuples « occidentaux » sont vraiment en colère, ils pourraient bien finir un jour par opter plutôt pour la seconde option que la première, qui me semble quand même préférable.

Un grand merci à Thomas Piketty, mais aussi aux personnes avec qui il a travaillé, pour avoir collecté autant de données et les avoir popularisées de la sorte. Ce faisant, il a apporté une contribution majeure à la réflexion économique de notre époque, qui ne restera pas sans conséquence.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE