mardi, décembre 2 2014

Edito - France : jusqu'où ira le retard de démocratie directe ?

SCHWEIZ GELD

Il y a deux jours, des électeurs suisses ont donné leur avis sur plusieurs initiatives populaires, notamment durcir encore les règles sur l'immigration cette fois au nom de l'environnement et supprimer ou non les forfaits fiscaux pour les riches étrangers.

Ils doivent aussi se prononcer pour «sauver l'or de la Suisse» en obligeant la BNS, la Banque Nationale, à conserver un minimum de 20 % de ses avoirs sous forme d'or, alors que son stock correspond aujourd'hui à 7 % de ses avoirs.

Dans les trois cas, les sondages prévoyaient un échec des initiatives, mais la classe politique n'excluait pas une «surprise» sur l'immigration, à la faveur de l'anonymat du bulletin de vote.

Les électeurs étaient peu enclins en effet à se réclamer d'une démarche lancée en dehors de partis au nom de la défense des ressources naturelles et régulièrement dénoncée par la classe politique, les milieux économiques et les syndicats comme «xénophobe et raciste».

Les électeurs ont été appelés dans une votation à dire «halte à la surpopulation» par Écologie et population (Ecopop), une organisation qui se décriait comme «non partisane» et qui voulait limiter le solde migratoire annuel du pays à 0,2 % de la population (environ 16 000 personnes). Elle exigeait aussi que la Suisse consacre 10 % de ses fonds d'aide au développement à des mesures de régulation des naissances dans les pays du sud.

«Au rythme où on bétonne le paysage actuellement, à 1,1 mètre carré par seconde, en 2050 si on ne fait rien on aura entièrement bétonné» toutes les régions non montagneuses de la Suisse, a dernièrement affirmé Anita Messere, membre du comité Ecopop.

Il ne pouvait que se heurter à un front du refus venant de tous les milieux. Même la droite populiste de l'UDC, qui avait porté avec un succès plutôt inattendu le vote anti-immigration du 9 février, trouva l'initiative excessive. Tous ont fait valoir que le fonctionnement de l'économie, dont certains secteurs comme la santé comptaient un tiers d'employés étrangers, ne serait plus assuré normalement et surtout elle ne pourrait plus se développer.

Résultat : L'initiative «Sauvez l'or de la Suisse» a été balayée dimanche par 77,3 % des votants. Aucun canton ne l'a acceptée. Le rejet dépasse les 70 % partout sauf au Tessin.

Le 4 novembre, à Berkeley en Californie, les citoyens étaient appelés à voter pour une surtaxe applicable aux boissons sucrées. Toujours le 4 novembre 2014, plus de 58 % des électeurs de Californie ont approuvé une mesure (la «proposition 47») qui fait de la possession de drogue un délit mineur et réduit les peines minimum pour les infractions non violentes.

Quel mépris acceptent les citoyens français pour être ainsi dépossédés de leur sort entre deux élections générales ?

Le pays historiquement de la citoyenneté est aujourd'hui dépassé dans des conditions irréelles.

Il y a même des municipalités qui se revendiquent officiellement de la VIème République (Béziers et sa qualité de laboratoire de Robert Ménard) et toujours pas le moindre referendum populaire en perspective.

Ce chômage civique dévitalise la démocratie française et contribue aux taux records d'abstention. C'est un des grands échecs de la part de nos politiques de tous bords car là, à la différence de l'économie, il n'y a ni les contraintes de l'Europe ni celles du marché pour expliquer cette défaillance. C'est la volonté politique qui fait défaut. Tout simplement.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

samedi, novembre 29 2014

Edito - 0,004 % d’ultra-riches détiennent 13 % de la richesse mondiale

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On n’a pas fait tomber le mur de Berlin pour rien… Le marché libre et non faussé vit de la force de ses charmes, qui donnent des couleurs à la vraie liberté : s’enrichir au détriment des autres. Voici quelques news des « ultra-riches » issues d’un rapport de la banque suisse UBS et de l’agence de conseil Welath-X.

Première bonne nouvelle : comme l’économie mondiale est dans un cercle vertueux, le nombre d’ultra-riches augmente : 211.275 personnes en 2014, soit 12.000 de plus qu’en 2013, et 2019, ils devraient être plus de 250.000. 211.275, cela veut dire que 0,004 % de maquereaux détiennent 13 % de la richesse mondiale. Pour 87 %, ce sont des mecs (Syndrome du singe dominant).

En super-ultra riches, je félicite les 2.325 milliardaires en dollars. Pour donner une idée, leur patrimoine d’un milliard de dollars dépasse le PIB de bien des États, comme la Gambie (population de 1,8 million) ou la Guinée-Bissau (population de 1,4 million), qui sont aux environs de 900 millions de dollars. Des pays comme le Libéria (population de 4,2 millions) ou la République Centrafricaine (population de 5,1 millions), qu’on accuse de ne pas savoir relever la tête, plafonnent à 2 milliards de dollars.

On compte 75.000 ultras-riches en Amérique-du-Nord, 61.820 en Europe, et 46.635 en Asie. L’Afrique est dernière, mais on sait que l’homme africain n’est pas entré dans l’histoire, tant pis pour lui. En Europe, la France se classe au quatrième rang, avec 4.750 personnes, derrière l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Suisse.

D’après le rapport d’UBS et Wealth-X, ce club prolifère grâce à la bonne santé des marchés boursiers et en dépit des « conflits géopolitiques, des tensions socio-économiques et de la volatilité sur les marchés financiers ».

En fait, la question n’est pas de savoir si nous avons besoin d’une révolution, mais quand elle va avoir lieu. Je sais pas vous, mais moi, je me prépare chaque jour.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

vendredi, novembre 7 2014

Edito - Luxembourg : ce parasite fiscal au cœur de l’Europe

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Il faut remercier les journalistes qui ont mis à jour les mécanismes de désertion fiscale mis en place par le Luxembourg pour attirer l’argent des multinationales, qui évitent ainsi de payer des milliards d’impôts. Lentement mais sûrement, un ras-le bol finira par balayer ce système.

Les secrets des parasites

Dans les méandres des systèmes comptables et fiscaux internationaux, quelques pays viennent jouer les parasites en cassant les taux pour attirer les grands groupes avides d’une fiscalité limitée, en jouant sur les prix de transfert, les droits à l’image, les brevets ou toute sorte d’artifice pour minimiser leur facture fiscale. En effet, pourquoi payer un impôt sur les bénéfices à plus de 30 %, quand il est possible de se contenter de 15 %, voir moins, via des accords spéciaux, comme cela existe au Luxembourg, mais aussi en Suisse. Ces pays doivent leur fortune à leur fiscalité légère qui attire toujours plus d’espèces sonnantes et trébuchantes. Les grands États ne peuvent s’aligner car ils ont trop à perdre.

C’est ainsi que, comme les géants de l’internet étasuniens, les banques ont fait du Luxembourg la deuxième place au monde pour la gestion d’actifs après les États-Unis, avec plus de 3000 milliards de dollars ! Ikea se fait également une spécialité du découpage de ses revenus pour minimiser sa contribution à la société, dont elle tire pourtant ses profits. Cinq milliards de réserves pourront être distribués aux actionnaires sans verser d’impôts ! Même si elles se plaignent des quelques nouvelles règles qu’elles doivent appliquer, les banques suisses continuent à croître. Capital montre que la Belgique attire les trésors de guerre des multinationales : plus de 11 milliards pour EDF et Total, 9 milliards pour Carrefour ! __ Robin des bois à l’envers__

On ne comprend pas encore suffisamment à quel point la désertion fiscale des multinationales (ou des plus riches) est choquante. En effet, alors que les inégalités et le niveau des profits des entreprises atteignent des records, la pression fiscale qui pèse sur eux ne cesse de s’alléger, au point d’arriver à l’incroyable situation décrite par Piketty, Landais et Saez dans « La révolution fiscale », avec une pression fiscale plus basse en proportion pour les plus riches ! Dans un monde sans frontière, cela est malheureusement logique puisque les plus riches sont mobiles et qu’ils peuvent faire jouer la concurrence, au contraire de l’immense majorité de la population ou des petites entreprises.

Mais, ce faisant, nous aboutissons à un système où les classes moyennes et populaires contribuent plus que les plus riches et les petites entreprises plus que les multinationales, le système économique actuel agissant comme un Robin des bois à l’envers, prenant aux pauvres pour donner aux plus riches. Bien sûr, quelques néolibéraux soutiendront le contraire en raisonnant de manière absolue, oubliant la réalité relative et plus encore l’évolution sur les 40 dernières années (sous Nixon, les plus riches payaient 70 % d’impôts sur le revenu aux États-Unis pour la tranche marginale). Au final, l’évolution actuelle consacre la raison du plus fort, à savoir le plus riche dans nos sociétés marchandes.

Même si l’OCDE s’en est récemment émue, rien n’avance malgré la crise et les déclarations des dirigeants de la planète. Pourtant, les moyens existent. Ils avaient été utilisés par le Général de Gaulle contre Monaco : la fermeture des frontières. Mais personne ne semble en avoir le courage.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

lundi, juillet 28 2014

Edito - Les Français, "des lions menés par des ânes" !

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L'obsession française à croire que la loi a le pouvoir de remodeler le réel

Charles Gave, économiste, président de l’Institut des libertés, écrit dans Valeurs actuelles :

"En 1981, la droite ayant été battue, un député de droite survivant avait lancé à la tribune : « Vous allez vous fracasser sur la loi de l’offre et de la demande ». La réponse avait aussitôt fusé des bancs socialistes : « Nous allons abolir cette loi. » C’est ce à quoi va s’attacher M. Arnaud Montebourg, et il va réussir aussi bien que Lénine, Staline, Mao, Castro, Chávez ou que M. Mitterrand de 1981 à 1983.

En fait, l’économie ne croît que si le système légal permet le déroulement du processus de création destructrice chère à Schumpeter. Or, en France, la quasi-totalité des lois portant sur des domaines économiques vise à empêcher la destruction, ce qui revient immédiatement à empêcher toute création, c’est-à-dire toute croissance.

Réfléchissons deux minutes : dans quels secteurs pourrions-nous avoir une croissance aujourd’hui en France ? À mon avis, dans les secteurs qui sont liés à l’éducation, aux transports en commun, aux médias, à la culture, à la santé. La Suède fit faillite en 1992 et, pour s’en sortir, les déréglementa et les privatisa. Aujourd’hui elle se porte comme un charme. __ En France, tous ces secteurs sont sous le contrôle de l’État, c’est-à-dire sous le contrôle de la CGT, des syndicats professionnels ou des enseignants. La loi de M. Arnaud Montebourg devrait donc abolir le système des syndicats représentatifs datant de l’après-guerre, faire la lumière sur le financement de ces syndicats et leurs rapports avec les partis, interdire toute relation entre les bétonneurs et les hommes politiques ainsi que tout ce capitalisme de connivence qui ruine la France__, casser les grandes banques françaises en de multiples entités régionales, privatiser la Sécu et que sais-je encore… Là je serais certain que la croissance repartirait comme une fusée.

Mais je ne sais pas pourquoi, j’ai des doutes… D’où vient cette obsession française à considérer que la loi a le pouvoir de remodeler le réel ? Faire une loi sur la croissance, c’est croire que le futur est connaissable, ce qu’il n’est pas, comme l’a fort bien montré Karl Popper en théorie, et l’URSS en pratique. Un point important doit être mentionné ici : pour la première fois dans l’histoire de notre pays, il n’y a pas un seul membre du gouvernement qui ait la moindre expérience du secteur privé. Tous les membres de ce gouvernement ont toujours été payés par nos impôts, et jamais par un client. Ils sont tous députés, maires ou conseillers généraux, et, pour se faire élire par leurs troupes, il suffit d’augmenter les impôts sur ceux qui ne votent pas pour eux, ou d’emprunter.

Et le poids de l’État dans l’économie augmente donc sans cesse.S’il y a une loi qui ne connaît pas d’exception, c’est que plus le poids de l’État augmente, plus la croissance diminue. Donc, pour que la croissance revienne, il faut que le poids de l’État baisse, ce qui est impossible dans notre système politique. Dans les trois démocraties les plus anciennes, Suisse, Grande-Bretagne, États-Unis, un fonctionnaire peut se présenter aux élections, mais il doit alors démissionner de la fonction publique pour ne jamais y retourner.

Rien de tel en France où un fonctionnaire battu retourne dans son corps d’origine en attendant la prochaine élection, sa carrière ayant évolué comme s’il était resté fonctionnaire. Du coup, nos élus sont majoritairement fonctionnaires. Si la Chambre était majoritairement composée de coiffeurs, elle prendrait des mesures favorables aux coiffeurs. Les fonctionnaires à la Chambre prennent des mesures favorables aux fonctionnaires. Donc le poids de l’État augmente et avec lui le nombre de chômeurs. Chaque fois qu’un fonctionnaire de plus est engagé, trois travailleurs du privé perdent leur emploi.

Conséquence absurde de cette obsession : notre pays, qui devrait être le plus riche du monde compte tenu de ses avantages naturels et de la qualité de sa force de travail, s’appauvrit à vue d’oeil. Comme je l’ai écrit dans mon livre, Des lions menés par des ânes (Robert Laffont, 2003), les entrepreneurs français sont comme le tiers état en 1789 : ils portent sur leur dos la noblesse (le système politique) et le clergé (le système syndical). La France en crève. Elle est sur le chemin que suit l’Argentine. ...".

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

samedi, juin 14 2014

Edito - Nicolas Sarkozy, le despote de l’UMP

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Sa présidence a été tellement détestable que les Français lui ont préféré un candidat falot. Mais la défaite ne lui réussit même pas et fait ressortir ses aspects les plus détestables, entre les révélations sur sa campagne de 2012, la préparation des primaires de l’UMP ou lors d’un déplacement en Suisse.

L’antidémocrate

Il est vrai que l’on ne pouvait pas attendre grand chose d’un candidat à l’élection présidentielle qui déclarait en 2007 qu’il négocierait un traité limité aux questions institutionnelles et prenant en compte le « non » des Français mais qui a fini par se coucher devant l’Allemagne et l’Union Européenne, pour faire voter une copie quasi conforme du TCE à Lisbonne, au mépris de tout bon sens démocratique. Ce grand démocrate voulait aussi reprendre le contrôle de l’UMP sans s’encombrer de l’organisation de primaires pour être son candidat en 2017, provoquant la colère des personnes qui ne le soutiennent pas.

Et en déplacement en Suisse, devant un ancien président de la confédération helvétique, il s’est permis de déclarer que « la Suisse devait entrer dans l’Union Européenne, qu’un pays ne peut pas être gouverné par un président qui change chaque année. Ou que (son) système avec sept conseillers fédéraux est inefficace, désuet ». Il est effarant qu’un ancien président ne réalise pas que ce genre de propos est totalement inadapté dans sa bouche. Quelle mauvaise image de la France il donne, entre complexe de supériorité, manque de diplomatie mais aussi de la plus élémentaire courtoisie. Cela révèle également une intolérance à l’égard de la façon d’un pays qui respecte la parole de son peuple.

Une campagne qui le disqualifie

Il est assez effarant que Nicolas Sarkozy semble vouloir se présenter en 2017 étant données les révélations effarantes sur sa dernière campagne présidentielle. Comment ne comprend-il pas qu’elle le disqualifie pour l’avenir. Voici un président de la République sortant qui aurait dépensé la bagatelle de 11 millions d’euros de plus que le seuil de 21 millions, tout en ayant recours à des fausses factures pour couvrir le tout, au risque de faire couler financièrement son parti ! S’y ajoute des caprices qui semblent plus proches de celles des stars du show biz, comme le rapporte également le Monde.

Il est assez incroyable que Nicolas Sarkozy pense pouvoir l’emporter dans trois ans. Non seulement les Français ont sanctionné son premier mandat par une défaite, mais depuis, ils ont pris connaissance de ses caprices de chef de république bananière, dont il a également repris les pratiques pour établir le budget de sa campagne. En outre, malgré une retraite confortable d’ancien président, il n’hésite pas à toucher des fortunes pour parler à des banquiers, qu’il n’a pas fait souffrir son mandat. Ce ne sont plus des casseroles qu’il traîne, mais tout la batterie de cuisine des étoilés du pays !

Le seul point positif d’une éventuelle candidature de Nicolas Sarkozy, c’est qu’elle pourrait pousser les Français à opter plus rapidement encore pour un renouvellement en profondeur de notre paysage politique pour essayer d’éviter une [redite de l’édition de 2012.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mardi, mai 20 2014

Edito - Mettre fin au cauchemar de l'Euro ! Pour stopper la désindustrialisation et le chômage...

O.A1.jpgJacques Sapir réagit au documentaire de France 2 présentant le «roman de l'euro». L'économiste nous livre une autre version de l'histoire, celle d'un «cauchemar» dont il est urgent de sortir !

Jacques Sapir dirige le groupe de recherche Irses à la FMSH, et coorganise avec l'Institut de prévision de l'économie nationale (IPEN-ASR) le séminaire franco-russe sur les problèmes financiers et monétaires du développement de la Russie. Vous pouvez lire ses chroniques sur son blog RussEurope

Le « roman de l'Euro », quel beau titre pour une soirée de propagande sur France 2 ! On nous a présenté donc comme un « roman » ce qui est, pour la majorité des Français, mais aussi des Italiens, des Espagnols, des Portugais et des Grecs, un véritable cauchemar.

Le «roman de l'Euro», quel beau titre pour une soirée de propagande sur France 2! On nous a présenté donc comme un «roman» ce qui est, pour la majorité des Français, mais aussi des Italiens, des Espagnols, des Portugais et des Grecs, un véritable cauchemar. Notons que les réalisateurs n'avaient pris aucun risque. Les voix discordantes étaient réduites au strict minimum. Et si l'on doit saluer le courage d'un Philippe Villin, toujours très battant sur ce terrain, le spectateur moyen est laissé dans l'ignorance du nombre important d'économistes qui ont exprimé, ou qui expriment aujourd'hui, leurs doutes quant à la survie et surtout l'efficacité de l'Euro. Des Bernard Maris, conseiller économique à la Banque de France, Bernard Mazier, Alain Cotta ou Frédéric Lordon, il ne fut donc pas questions, ni des quelques soixante-dix noms d'économistes européens ou américains. De «débat», il n'y eut que le nom, et cela est indigne, mais hélas très habituel, de la télévision publique mais aussi de la France en général.

L'Euro existe depuis 1999 pour ce qui concerne l'Euro bancaire et depuis 2002 pour la monnaie courante, ce que l'on appelle l'Euro fiduciaire. Jusqu'en 2008, soit jusqu'à la crise des subprimes, il a provoqué un fort ralentissement de la croissance sur les pays qui l'ont utilisé. On peut comparer les taux de croissance annuel entre pays de la zone euro et le reste des pays développés.

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L'écart est, par an, de 0,5 % à 0,7 % avec la moyenne des pays de l'OCDE, qui incluse en fait les pays de la zone Euro. Cette situation s'est en réalité aggravée avec la crise, et l'on voit que dans la période 2007-2011, le taux de croissance annuel de la zone Euro est bien plus faible que celui des États-Unis, ou de la Suisse et de la Norvège. L'effet de freinage sur la croissance dû à l'existence de l'Euro est indéniable. Encore faut-il savoir que la zone Euro est elle-même très hétérogène. L'impact de la crise de l'Euro sur les divers pays mérite que l'on s'y attarde.

Un seul pays a vu son PIB s'accroître de manière conséquente par rapport à 2008, c'est l'Allemagne. La France stagne (avec un gain total pour l'ensemble de la période, soit 5 ans de 0,72 %). Par contre la chute est importante pour les autres pays. Elle est impressionnante dans le cas de la Grèce (-23,3 %) mais elles est très significative pour l'Espagne, l'Italie et le Portugal, et loin d'être négligeable pour un pays comme les Pays-Bas. Si l'on retirait l'Allemagne de la zone Euro, on verrait que le bilan global est encore plus négatif.

Mais, ces chiffres sont loin de nous dire l'ampleur réel du problème induit par l'Euro. La chute des investissements est encore plus spectaculaire, et cette fois elle est générale.

De 2008 à 2013, l'investissement, autrement dit la source même du progrès économique et social pour toute économie, s'est contracté dans tous les pays considérés. Cette contraction est très faible en Allemagne, significative en France et en Belgique, importante en Italie, aux Pays-Bas et au Portugal, et catastrophique en Espagne et en Grèce. Ces derniers pays sont ramenés au niveau d'investissement qui était le leur au milieu des années 1980. Il ne faut donc pas nourrir d'illusions quant à l'effet des politiques d'austérité. Ces dernières ont permis à certains de ces pays de retrouver une balance commerciale en équilibre, mais ce fut au prix d'une contraction drastique des importations. Compte tenu de l'effondrement des investissements dans ces pays, on doit s'attendre à des chutes importantes de la productivité qui vont faire réapparaître à bref délai un problème de balance commerciale.

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Source: Base de donnée du FMI.

On voit, par contre, que l'Allemagne a un excédent important, et qui paraît même déraisonnable. L'Allemagne se fait tracter par le reste du monde, zone Euro incluse. Cette situation, elle la doit à l'Euro. Si l'Allemagne avait conservé le Deutschemark, ce dernier se serait réévalué au fur et à mesure des excédents commerciaux. Son taux de change serait probablement compris entre 1,50 et 1,55 dollars (ou USD) pour 1 DM. Mais, l'Allemagne bénéficie de l'Euro, et l'impact dépressif sur le taux de change qu'exercent les situations des autres pays. C'est pourquoi le taux de change de l'Euro, poussé à la hausse par les excédents allemands, mais à la baisse par les déficits des autres pays (dont la France) voit son taux de change évoluer entre 1,35 et 1,40 USD. Ce taux est excellent pour l'industrie allemande, mais bien trop fort pour les autres pays, qui doivent pour s'ajuster sacrifier leurs importations et leurs investissements. Un taux de 1,10 USD correspondrait à ce qui serait nécessaire pour la France, et pour l'Italie et l'Espagne, des taux compris entre 1,05 USD et 0,95 USD assurerait une bonne compétitivité sans avoir à sacrifier le long terme, par la compression des investissements. On mesure immédiatement qu'il ne peut y avoir de taux de change unique correspondant aux différentes économies. L'écart des taux de change d'équilibre pour les différents pays, et sans inclure la Grèce, va de 0,95 à 1,55 USD. L'ampleur de cet écart signe l'impossibilité de faire fonctionner la monnaie unique sans provoquer une catastrophe en Europe, et au-delà dans l'économie mondiale. Car, l'impact des politiques d'austérité qui n'ont été mises en œuvre que pour «sauver» l'Euro dépasse de loin les frontières de l'Europe . En fait, la zone Euro exerce une effet dépressif sur l'ensemble de l'économie mondiale.

L'impact social de l'Euro est aussi catastrophique, en particulier, mais pas uniquement, dans le domaine du chômage.

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Source: Base de donnée du FMI

La prise de conscience de la catastrophe induite par l'Euro sur l'économie européenne commence à être perçue, que ce soit par les gouvernements ou par les agents privés. De fait, aujourd'hui, le marché des dettes tant publiques que privées, tend à se fractionner, et l'on est revenu à la situation de 2000. Il faut ici rappeler que le marché des dettes était le seul sur lequel on avait pu noter une réelle convergence. Cette dernière est désormais effacée.

Il ne faut donc pas s'étonner si des voix s'élèvent pour demander une baisse du taux de change de l'Euro face au Dollar, et en particulier en France. Mais, si l'économie française qui est l'une des moins intégrées dans la zone Euro pourrait en tirer quelques profits, cela ne résoudrait nullement le problème de l'Italie ou de l'Espagne. Or, qui peut croire que la croissance reviendrait en France si ces deux pays sont en dépression ?

Mais, les calculs réalisés au Ministère des Finances, et dont Arnaud Montebourg s'est fait l'écho au début de cette année avec une déclaration importante au journal les Échos, dans une interview sur le site internet , ont l'immense intérêt de montrer de manière incontestable que nous aurions grand intérêt à sortir de l'Euro. Les taux de croissance qui sont indiqués par la DGTP (Direction Générale du Trésor et de la Prévision), soit 1,2 % de croissance la première année et 0,6 % la seconde en cas de dépréciation de 10 % de l'Euro correspondent d'ailleurs aux valeurs «hautes» du modèle qui a été publié en septembre dernier. Nous tablions, pour une dépréciation de 20 % de la monnaie française (et non de l'Euro seulement) sur un gain direct de 2,5 % à 2,8 %, et un gain indirect total de 4,5 % à 6 % par an se répétant pour les 3 premières années .

La seule solution raisonnable, celle qui mettrait fin au cauchemar de l'Euro, serait une dissolution concertée de ce dernier. Il faut souhaiter qu'elle soit prise le plus rapidement possible, car le désastre imposé par l'Euro n'a que trop duré.

La solution dite de «dépréciation» de l'Euro se heurte à plusieurs obstacles. D'une part, on ne «déprécie» pas si simplement la monnaie correspondant à une zone économique qui est en excédent commercial (du fait de l'Allemagne). On peut certes faire l'équivalent d'une «quantitative easing» à l'européenne, c'est-à-dire obliger la Banque Centrale Européenne à racheter des montants importants de dettes publiques pour injecter de la monnaie et, par un processus de marché, comme il y aurait plus d'offre d'euros que de demande, provoquer une baisse du cours par rapport au Dollar et au Yen. Mais, un tel programme rencontrera l'opposition absolue de l'Allemagne. En effet, l'article 88 de la loi fondamentale allemande interdit à la Banque Centrale de prêter à l'État, et la cour de Karlsruhe a statué que les pratiques de la BCE ne doivent pas violer la constitution allemande. D'ailleurs, le problème se pose dès aujourd'hui à propos du programme Outright Monetary Operation envisagé par Mario Draghi, le président de la BCE, dont la légalité au regard de la loi allemande et du statut de la BCE est mise en cause par 6 juges sur 8. Enfin, il faudrait que la BCE adopte de manière claire une politique de ciblage du taux de change (et du taux de change réel par surcroît), ce qu'elle s'est toujours refusée à faire. On peut le déplorer, mais il faut le constater, il n'y a pas de majorité qui permette de faire changer de politique la BCE. Sauf à expulser l'Allemagne de la Zone Euro, rien ne sera possible dans la Zone Euro.

On le mesure alors. La seule solution raisonnable, celle qui mettrait fin au cauchemar de l'Euro, serait une dissolution concertée de ce dernier. Il faut souhaiter qu'elle soit prise le plus rapidement possible, car le désastre imposé par l'Euro n'a que trop duré.

Source : FigaroVox/Tribune