mardi, janvier 13 2015

Edito - « Ne remplaçons pas notre réflexion par l’émotion », entretien avec Régis Debray

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Que vous inspire le grand rassemblement national de dimanche ?

Régis Debray : Il ne faut pas bouder un moment d’unanimité. Paris vaut bien une messe et la République une petite comédie unanimiste de nos officiels qui ont su récupérer une émotion populaire.

Mais ne remplaçons pas notre réflexion par l’émotion. On est tous un peu saturés de slogans et de grands mots. La République n’est pas seulement un « Embrassons-nous Folleville ». C’est une exigence. C’est une discipline. Et c’est un courage.

Les trois valeurs de la République – Liberté, Égalité, Fraternité – ont été scandées et répétées depuis la tuerie de Charlie. Que pensez-vous de ce rappel et de cette invocation ?

R. D. : J’avais craint à un moment que la liberté fasse oublier l’égalité et la fraternité. Je suis content de voir la sainte devise républicaine retrouver sa plénitude, au demeurant complexe, voire contradictoire.

Fraternité, oui. Tous les hommes sont frères et il n’y a pas d’un côté les croyants et les incroyants, les impies et les élus. Affirmer que tous les hommes sont égaux, c’est rappeler qu’il n’y a pas de privilège de naissance conféré par une grâce surnaturelle.

Liberté, bien sûr, mais dans le cadre des lois. La liberté d’expression a toujours été encadrée, depuis la déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen. La loi du 29 juillet 1881 stipule que tout citoyen peut écrire et imprimer ce qu’il veut, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. La République, c’est l’état de droit et le respect de la loi.

Après la tuerie et cette unanimité très démonstrative, très impressionnante, sur quoi peut-on fonder un après ?

R. D. : La question de fond est de savoir si un moment d’unanimité peut se transformer en une pratique effective. On peut espérer le retour du politique, c’est-à-dire la supériorité du politique sur l’économique.

Le grand événement contemporain en Occident est l’avènement du Nombre, escorté de la Figure, le règne de la dictature comptable du chiffre, accompagnée par celle de la photogénie. La sphère économique doit retrouver sa position de subordonnée. Nous devons retrouver les finalités.

Exiger que nos responsables cessent d’être des comptables bruxellois, uniquement préoccupés par le sublime objectif de réduction du déficit et par le non moins sublime grand dessein, le passage du rail au transport par autocar.

On peut espérer qu’ils retrouvent la France comme une personne et plus comme une entreprise. On peut espérer qu’ils retrouvent l’Histoire, c’est-à-dire la mémoire et l’espoir. Que le sondage ne soit pas l’alpha et l’oméga de leur conduite. Que le politique retrouve sa dignité.

En France, la politique a été une religion séculière depuis 1789. Si vous mettez fin à cette religion séculière, c’est la religion révélée qui va devenir une politique. Nous y avons échappé grâce à notre héritage chrétien et à notre tradition de laïcité républicaine. On risquerait d’y revenir si le vide d’appartenance et le vide symbolique persistaient.

Considérer enfin que l’éducation n’est pas uniquement destinée au marché du travail mais qu’elle peut aussi servir à la transmission du savoir.

Comment retrouver un sens fondateur ?

R. D. : Il passe par une refonte de l’école, le retour à ses principes. Qu’elle redevienne un lieu d’instruction et non un lieu d’animation. Non pas adapter les consciences à l’état de la société actuelle mais apprendre à penser par soi-même.

Pour apprendre à se passer de maîtres, il faut des maîtres. Des maîtres correctement payés et respectés dans leur dignité. Quand l’échelle des valeurs est indexée sur l’échelle des revenus, la tâche est difficile.

La fraternité, tout le monde semble sacrifier à cette valeur…

R. D. : J’ai fait un livre sur le sujet, Le moment fraternité. La fraternité est le contraire de la fratrie, et de la biologie. C’est le sens et non le sang qui la constitue. Elle consiste à s’unir par le cœur et la tête.

Il n’y a que des moments-fraternité commandés par la détresse, la fragilité, la vulnérabilité. La fraternité, c’est la reconnaissance d’une paternité symbolique. On est frères en Christ, en une valeur qui vous dépasse. Il n’y a pas de fraternité sans sacralité. Aujourd’hui, on vit dans l’illusion de l’individu qui est son propre père. Ça ne marche pas.

Dans le défilé du 11 janvier, nous avons récupéré la fierté. Par le drapeau, par la Marseillaise, par l’affirmation qu’on peut être français sans être franchouillard et que n’avons pas à baisser la tête devant d’autres cultures. L’héritage de la France passe aussi par la gauloiserie à la Wolinski comme par la fronde à la Bernard Maris. C’est le génie français.

Comment en est-on arrivé à ces dérives communautaires, de toutes sortes, de toutes confessions, à ce soudain déluge de violence extrême ?

R. D. : On a remplacé la molécule par les atomes. Pour retrouver la communion, il faut retrouver la molécule. Les atomes juxtaposés, c’est la guerre de tous contre tous.

L’idée aussi que le bonheur est la valeur suprême. Or, le bonheur, c’est l’individu. L’illusion d’autosuffisance de l’individu contemporain ne le mène pas bien loin.

Quel est le défi principal à partir d’aujourd’hui ?

R. D. : La reconquête du symbolique, qui unit. Le diabolique est ce qui divise. Le capitalisme financier est diabolique. C’est chacun pour soi, comme dans un naufrage. Donc, retrouver le fédérateur. Qui dit fédérateur dit sacralité et qui dit sacralité ne dit pas nécessairement bondieuserie.

Les compagnons de la Libération avaient un père, De Gaulle, qui avait un sacré, la France. Qu’est-ce qu’une sacralité ? C’est ce qui ne se marchande pas, ne se négocie pas et ce qui polarise la limaille et fait d’un tas un tout. La sacralité est ce qui dépasse les hommes, ce qui peut les unir. Mais c’est aux hommes de choisir ce qui les dépasse.

Entretien avec Régis Debray, publié par La Croix

jeudi, novembre 27 2014

Edito - Nicolas Sarkozy : Communautarisme et racisme

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Rachida Dati ministre ? : « Parce que je m'étais dit que Rachida Dati, avec père et mère algérien et marocain, pour parler de la politique pénale, ça avait du sens ».

Qui a fait plus de mal à notre communauté nationale que Nicolas Sarkozy ? Je dis bien « communauté », parce que notre nation, au-delà de l’État – le cadre juridique de notre unité – c’est notre histoire et notre vie. Même si vous n’aimez ni votre voisin, ni votre collègue de travail, ni votre maire… Même si vous n’y croyez plus… il y a la France. C’est le petit truc qui vous pince le cœur quand dans un aéroport très lointain vous découvrez quelques mots de français. Nous avons mille raisons de penser à la France. Perso, j’en resterais toujours amoureux car de Ronsard à Eluard, la langue française a illuminé la poésie.

Alors, notre Nicolas Sarkozy ? Plus d’une fois, j’ai lu que la campagne de 2007 resterait un modèle à enseigner dans les écoles politiques. Non. Cette victoire a été la défaite d’un PS pourri jusqu’à l’os et qui avait rêvé de se refaire une virginité avec une candidate lunaire, et la défaite de l’UMP, laissant un Nicolas Sarkozy sans scrupule reprendre tous les thèmes FN. En 2007, ce sont les thèmes du FN, le populisme xénophobe et l’arriération franchouillarde, qui l’ont emporté, en apportant au vote habituel de la Droite, des gens venus d’un autre monde.

Depuis, nous payons cash… La vraie faute de Nicolas Sarkozy, c’est qu’il a cassé la France, notre pays. La gauche mole, tétanisée par ses ombres, est restée dans le sillon, voulant nous passionner pour la gestion de la dette ou le coût des 35 heures, alors qu’il fallait parler du pays, de nos attachements, nos débats, nos désaccords… Les cosmétiques qui font les marioles dans les ministères – vous avez vu l’autre dinde de Fleur Pellerin qui ne lit pas de livres mais mendie auprès de Michel Hazanavicius un rôle dans le prochain film d’OSS 117… – finissent la casse du pays. C’est grave. Nous sommes le pays de toutes les diversités, et c’est excellent, mais il nous faut des leaders politiques capables de dessiner un destin.

C’est là qu’on revient à cette phrase accablante de Nicolas Sarkozy.

« Parce que je m'étais dit que Rachida Dati, avec père et mère algérien et marocain, pour parler des droits fondamentaux et défendre l’indépendance de Justice, ça avait du sens ».

Admettons que Nicolas Sarkozy ait dit cette phrase,… elle aurait été inacceptable. Parce que cela aurait signifié que la nomination était due à des critères d’appartenance, et non pas aux compétences.

Par cette phrase lâchée en cette période de déprime, Nicolas Sarkozy, enfin, est sincère. Enfin. Rachida Dati n’a pas été nommée pour ses compétences, mais parce qu’il fallait une arabe dans le gouvernement. C’est du pur casting communautarisme. L’une des données du problème est que François Hollande a fait la même chose avec Christiane Taubira, nommée elle aussi sur les quotas : femme, noire, des Antilles. Sapin, Jean-Yves Le Drian, Stéphane Le Foll ou Emmanuel Macron ont été nommés car ils étaient en situation de prendre du jour au lendemain la tête des ministères. Qui peut soutenir que Christiane Taubira a été nommée pour sa maîtrise des dossiers ? De fait, sur les dossiers difficiles, elle se fait laminer, comme sur l’actuel projet de réforme des professions juridiques, géré de A à Z par Bercy.

Ça, c’est le Nicolas Sarkozy du communautarisme. N’ayant aucune vision du pays, il jongle avec les communautés comme il jongle avec les courants au sein de l’UMP.

Mais son vrai propos a été : « Parce que je m'étais dit que Rachida Dati, avec père et mère algérien et marocain, pour parler de la politique pénale, ça avait du sens ».

Ça, c’est du Le Pen Jean-Marie de fin de banquet.

D’abord, ce classique : on parle d’abord de soi, comme me l’expliquait encore hier mon ami Freud. Quand Nicolas Sarkozy parle de la justice, il parle de ce qui le concerne, c’est-à-dire le rapport à la loi pénale. Pour lui, le ministère de la justice, c’est le ministère du droit pénal. Avec comme adminicule, que la justice doit faire peur.

Après, il y a le racisme congénital. Comme son père et mère sont algérien et marocain, Rachida Dati s’y connait en violation de la loi. Avec des parents du Maghreb, vous êtes des experts en droit pénal... Et une rescapée de cette fabrique de voyous pour faire appliquer la loi pénale, çà, çà a de la gueule… Euh : ça « a du sens ».

Pauvre Nicolas Sarkozy.

On va voir ce que la suite va donner. Le problème est que les primaires ont maintenant pris autant d’importance que la présidentielle elle-même, car elles arrêtent le menu. Cet adepte du communautarisme et racisme qui en remettrait une couche, c’est strictement impossible. Alors faudra-t-il prendre sa carte à l’UMP pour éliminer cet agent nocif ? C’est une question sérieuse.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mercredi, novembre 26 2014

Edito - Ferguson, 20 000 habitants, 2 000 soldats

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Ferguson, 20 000 habitants, 2 000 soldats : la démocratie, les droits de l’homme et les « valeurs » resplendissent dans la lumière. Cette lumière, c’est le savoir-faire acquis en Afghanistan, en Irak et en Israël, s’exporte.

Toutes mes pensées à la population soumise à cette violence armée,… mais ne renoncez à rein, et ne baissez pas les bras. Nous ne sommes jamais que dans le réel.

Les produits cosmétiques en vente à Washington depuis 6 ans ne valent rien, même en solde. Le mal est profond, et ce pouvoir né de la violence et qui a grandi gavé au mensonge institutionnel, ne tient que par la violence et le mensonge. Avec, au passage, une pensée émue pour les crétins finis qui, ici, s’extasient devant la croissance US, pour laquelle les démunis ne sont qu’une variable d’ajustement de la société élitiste.

Oui, chères amies et chers amis, ne baissez pas les bras. La violence et le mensonge ne conduisent à rien et n’ont qu’un temps, même s’ils bénéficient d’une impitoyable répression. Votre rendez-vous avec l’histoire, car il est impossible de mentir tout le temps et à tout le monde.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mardi, avril 29 2014

Edito - Dani Alves rétame les connards de racistes

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Dani Alves, la classe.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mercredi, mars 5 2014

Edito - Des camps de concentration pour les Roms

Bordigoni-Gitans4.gifDes personnes dans la misère, vivant à la rue ? De quoi donner la « rage » pour ce sympathique candidat,... mais une rage causée par le « spectacle désolant de ces femmes, de ces enfants, et quelquefois de ces familles entières qui, dans un état d'abandon indescriptible, parsèment l'arrondissement, l'amochent de part en part, et rompent le charme de la moindre promenade ».

Alors, engager un devoir de solidarité ? Non, il faut agir contre « cette lèpre ». Ces pauvres s’installent dans le VII°, et « ce spectacle est indigne de Paris, indigne de la France, indigne d'un grand pays ». Pas joli sur les cartes postales, le camarade a raison…, comme il a raison de décrire une « marée montante de la barbarie grise ».

D’où cette profonde question : que faire ? Et bien des camps de concentration pour Roms : « Mais que peut faire M. le Ministre de l'Intérieur – à part concentrer ces populations étrangères dans des camps, où la vie serait sans doute si peu conforme à ce qu'elles escomptaient du voyage qu'elles préféreraient déguerpir d'un territoire aussi inhospitalier ? »

L’auteur est Paul-Marie Couteaux (1), candidat du FN-Rassemblement Bleu Marine pour le VII° arrondissement de Paris.

Des camps de concentration pour les pauvres ? Une horreur, le fruit vermoulu d’une pensée fracassée. Pour les pauvres Roms (2) ? Ah, là, ça passe.

Je suis écœuré, profondément écœuré, par ce racisme tripal et puissant qui saisit la France.

(1) http://paulmariecouteaux-municipale...

(2) http://idemec.univ-provence.fr/spip...

http://www.midilibre.fr/2014/03/04/...

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE