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mardi, mai 20 2014

Edito - Mettre fin au cauchemar de l'Euro ! Pour stopper la désindustrialisation et le chômage...

O.A1.jpgJacques Sapir réagit au documentaire de France 2 présentant le «roman de l'euro». L'économiste nous livre une autre version de l'histoire, celle d'un «cauchemar» dont il est urgent de sortir !

Jacques Sapir dirige le groupe de recherche Irses à la FMSH, et coorganise avec l'Institut de prévision de l'économie nationale (IPEN-ASR) le séminaire franco-russe sur les problèmes financiers et monétaires du développement de la Russie. Vous pouvez lire ses chroniques sur son blog RussEurope

Le « roman de l'Euro », quel beau titre pour une soirée de propagande sur France 2 ! On nous a présenté donc comme un « roman » ce qui est, pour la majorité des Français, mais aussi des Italiens, des Espagnols, des Portugais et des Grecs, un véritable cauchemar.

Le «roman de l'Euro», quel beau titre pour une soirée de propagande sur France 2! On nous a présenté donc comme un «roman» ce qui est, pour la majorité des Français, mais aussi des Italiens, des Espagnols, des Portugais et des Grecs, un véritable cauchemar. Notons que les réalisateurs n'avaient pris aucun risque. Les voix discordantes étaient réduites au strict minimum. Et si l'on doit saluer le courage d'un Philippe Villin, toujours très battant sur ce terrain, le spectateur moyen est laissé dans l'ignorance du nombre important d'économistes qui ont exprimé, ou qui expriment aujourd'hui, leurs doutes quant à la survie et surtout l'efficacité de l'Euro. Des Bernard Maris, conseiller économique à la Banque de France, Bernard Mazier, Alain Cotta ou Frédéric Lordon, il ne fut donc pas questions, ni des quelques soixante-dix noms d'économistes européens ou américains. De «débat», il n'y eut que le nom, et cela est indigne, mais hélas très habituel, de la télévision publique mais aussi de la France en général.

L'Euro existe depuis 1999 pour ce qui concerne l'Euro bancaire et depuis 2002 pour la monnaie courante, ce que l'on appelle l'Euro fiduciaire. Jusqu'en 2008, soit jusqu'à la crise des subprimes, il a provoqué un fort ralentissement de la croissance sur les pays qui l'ont utilisé. On peut comparer les taux de croissance annuel entre pays de la zone euro et le reste des pays développés.

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L'écart est, par an, de 0,5 % à 0,7 % avec la moyenne des pays de l'OCDE, qui incluse en fait les pays de la zone Euro. Cette situation s'est en réalité aggravée avec la crise, et l'on voit que dans la période 2007-2011, le taux de croissance annuel de la zone Euro est bien plus faible que celui des États-Unis, ou de la Suisse et de la Norvège. L'effet de freinage sur la croissance dû à l'existence de l'Euro est indéniable. Encore faut-il savoir que la zone Euro est elle-même très hétérogène. L'impact de la crise de l'Euro sur les divers pays mérite que l'on s'y attarde.

Un seul pays a vu son PIB s'accroître de manière conséquente par rapport à 2008, c'est l'Allemagne. La France stagne (avec un gain total pour l'ensemble de la période, soit 5 ans de 0,72 %). Par contre la chute est importante pour les autres pays. Elle est impressionnante dans le cas de la Grèce (-23,3 %) mais elles est très significative pour l'Espagne, l'Italie et le Portugal, et loin d'être négligeable pour un pays comme les Pays-Bas. Si l'on retirait l'Allemagne de la zone Euro, on verrait que le bilan global est encore plus négatif.

Mais, ces chiffres sont loin de nous dire l'ampleur réel du problème induit par l'Euro. La chute des investissements est encore plus spectaculaire, et cette fois elle est générale.

De 2008 à 2013, l'investissement, autrement dit la source même du progrès économique et social pour toute économie, s'est contracté dans tous les pays considérés. Cette contraction est très faible en Allemagne, significative en France et en Belgique, importante en Italie, aux Pays-Bas et au Portugal, et catastrophique en Espagne et en Grèce. Ces derniers pays sont ramenés au niveau d'investissement qui était le leur au milieu des années 1980. Il ne faut donc pas nourrir d'illusions quant à l'effet des politiques d'austérité. Ces dernières ont permis à certains de ces pays de retrouver une balance commerciale en équilibre, mais ce fut au prix d'une contraction drastique des importations. Compte tenu de l'effondrement des investissements dans ces pays, on doit s'attendre à des chutes importantes de la productivité qui vont faire réapparaître à bref délai un problème de balance commerciale.

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Source: Base de donnée du FMI.

On voit, par contre, que l'Allemagne a un excédent important, et qui paraît même déraisonnable. L'Allemagne se fait tracter par le reste du monde, zone Euro incluse. Cette situation, elle la doit à l'Euro. Si l'Allemagne avait conservé le Deutschemark, ce dernier se serait réévalué au fur et à mesure des excédents commerciaux. Son taux de change serait probablement compris entre 1,50 et 1,55 dollars (ou USD) pour 1 DM. Mais, l'Allemagne bénéficie de l'Euro, et l'impact dépressif sur le taux de change qu'exercent les situations des autres pays. C'est pourquoi le taux de change de l'Euro, poussé à la hausse par les excédents allemands, mais à la baisse par les déficits des autres pays (dont la France) voit son taux de change évoluer entre 1,35 et 1,40 USD. Ce taux est excellent pour l'industrie allemande, mais bien trop fort pour les autres pays, qui doivent pour s'ajuster sacrifier leurs importations et leurs investissements. Un taux de 1,10 USD correspondrait à ce qui serait nécessaire pour la France, et pour l'Italie et l'Espagne, des taux compris entre 1,05 USD et 0,95 USD assurerait une bonne compétitivité sans avoir à sacrifier le long terme, par la compression des investissements. On mesure immédiatement qu'il ne peut y avoir de taux de change unique correspondant aux différentes économies. L'écart des taux de change d'équilibre pour les différents pays, et sans inclure la Grèce, va de 0,95 à 1,55 USD. L'ampleur de cet écart signe l'impossibilité de faire fonctionner la monnaie unique sans provoquer une catastrophe en Europe, et au-delà dans l'économie mondiale. Car, l'impact des politiques d'austérité qui n'ont été mises en œuvre que pour «sauver» l'Euro dépasse de loin les frontières de l'Europe . En fait, la zone Euro exerce une effet dépressif sur l'ensemble de l'économie mondiale.

L'impact social de l'Euro est aussi catastrophique, en particulier, mais pas uniquement, dans le domaine du chômage.

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Source: Base de donnée du FMI

La prise de conscience de la catastrophe induite par l'Euro sur l'économie européenne commence à être perçue, que ce soit par les gouvernements ou par les agents privés. De fait, aujourd'hui, le marché des dettes tant publiques que privées, tend à se fractionner, et l'on est revenu à la situation de 2000. Il faut ici rappeler que le marché des dettes était le seul sur lequel on avait pu noter une réelle convergence. Cette dernière est désormais effacée.

Il ne faut donc pas s'étonner si des voix s'élèvent pour demander une baisse du taux de change de l'Euro face au Dollar, et en particulier en France. Mais, si l'économie française qui est l'une des moins intégrées dans la zone Euro pourrait en tirer quelques profits, cela ne résoudrait nullement le problème de l'Italie ou de l'Espagne. Or, qui peut croire que la croissance reviendrait en France si ces deux pays sont en dépression ?

Mais, les calculs réalisés au Ministère des Finances, et dont Arnaud Montebourg s'est fait l'écho au début de cette année avec une déclaration importante au journal les Échos, dans une interview sur le site internet , ont l'immense intérêt de montrer de manière incontestable que nous aurions grand intérêt à sortir de l'Euro. Les taux de croissance qui sont indiqués par la DGTP (Direction Générale du Trésor et de la Prévision), soit 1,2 % de croissance la première année et 0,6 % la seconde en cas de dépréciation de 10 % de l'Euro correspondent d'ailleurs aux valeurs «hautes» du modèle qui a été publié en septembre dernier. Nous tablions, pour une dépréciation de 20 % de la monnaie française (et non de l'Euro seulement) sur un gain direct de 2,5 % à 2,8 %, et un gain indirect total de 4,5 % à 6 % par an se répétant pour les 3 premières années .

La seule solution raisonnable, celle qui mettrait fin au cauchemar de l'Euro, serait une dissolution concertée de ce dernier. Il faut souhaiter qu'elle soit prise le plus rapidement possible, car le désastre imposé par l'Euro n'a que trop duré.

La solution dite de «dépréciation» de l'Euro se heurte à plusieurs obstacles. D'une part, on ne «déprécie» pas si simplement la monnaie correspondant à une zone économique qui est en excédent commercial (du fait de l'Allemagne). On peut certes faire l'équivalent d'une «quantitative easing» à l'européenne, c'est-à-dire obliger la Banque Centrale Européenne à racheter des montants importants de dettes publiques pour injecter de la monnaie et, par un processus de marché, comme il y aurait plus d'offre d'euros que de demande, provoquer une baisse du cours par rapport au Dollar et au Yen. Mais, un tel programme rencontrera l'opposition absolue de l'Allemagne. En effet, l'article 88 de la loi fondamentale allemande interdit à la Banque Centrale de prêter à l'État, et la cour de Karlsruhe a statué que les pratiques de la BCE ne doivent pas violer la constitution allemande. D'ailleurs, le problème se pose dès aujourd'hui à propos du programme Outright Monetary Operation envisagé par Mario Draghi, le président de la BCE, dont la légalité au regard de la loi allemande et du statut de la BCE est mise en cause par 6 juges sur 8. Enfin, il faudrait que la BCE adopte de manière claire une politique de ciblage du taux de change (et du taux de change réel par surcroît), ce qu'elle s'est toujours refusée à faire. On peut le déplorer, mais il faut le constater, il n'y a pas de majorité qui permette de faire changer de politique la BCE. Sauf à expulser l'Allemagne de la Zone Euro, rien ne sera possible dans la Zone Euro.

On le mesure alors. La seule solution raisonnable, celle qui mettrait fin au cauchemar de l'Euro, serait une dissolution concertée de ce dernier. Il faut souhaiter qu'elle soit prise le plus rapidement possible, car le désastre imposé par l'Euro n'a que trop duré.

Source : FigaroVox/Tribune

mardi, mai 13 2014

Edito - Le 25 mai, séisme populiste ou… populaire ?

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C’est bien la première fois que les sismologues pourront annoncer un tremblement de terre. Il interviendra dans la quasi-totalité de l’Europe, le 25 mai, aux alentours de 23 heures !

Léa Salamé aura alors le décolleté tristounet, le Playmobil Pujadas sera tendu comme un Lego, pendant que, errant entre deux plateaux, Rama Yade annoncera sans doute la fin du monde. Le FN aura fait un score stratosphérique, dépassant pour la première fois de l’histoire le fameux plafond de verre des 20 %. Le gros souci, c’est que dans les autres capitales, les Audrey Pulvar locales feront aussi grise mine, parce que les « eurosceptiques » seront à un niveau inédit, souvent premier ou deuxième du scrutin… __ L’étendue des dégâts risque d’être impressionnante ; voici, en tout cas, ce que prédisent les sondages : au Royaume-Uni, l’UKIP de Nigel Farage, crédité de…30 %, domine pour la 1re fois. Un véritable big bang quand on sait que l’homme se réclame de l’anti-immigrationniste Enoch Powell, nom plus que maudit sur les rives de la Tamise ! On peut dire qu’outre-Manche, le pays est déjà virtuellement sorti de l’Union__.

Chez nos amis vikings, le Parti populaire danois est en tête des enquêtes d’opinion (25 %), en Autriche, le parti frère du FN (FPÖ) joue lui aussi la victoire (21 %), tandis qu’aux Pays-Bas, l’allié de Marine Le Pen, Geert Wilders (18 %), occuperait aussi la tête des sondages.

Une telle situation ressemble à un renversement historique. D’autant qu’en Hongrie, le score des anti-européens (partisans du président Orbán + parti Jobbik) sera probablement largement majoritaire, tout comme en Grèce (gauche Syriza et Aube dorée confondus à 40 %). Les démocrates suédois, et leurs homologues norvégiens ou finlandais, battront quant à eux certainement leur record. Même en Allemagne, cœur de la citadelle euro, le tout jeune parti Alternative für Deutschland, dont les affiches et les coups médiatiques détonnent, fera une entrée fracassante.

Alors, est-ce vraiment une horrible vague « populiste » qui se prépare à déferler, ou simplement une vague « populaire » ? Le second terme serait plus honnête. Car, à part les néo-nazis grecs, les mouvements prônant l’alternative ne sont pas extrémistes. Ou sinon, osons le dire : mon boucher, la jeune serveuse de chez McDo, l’instit’ du coin, le cantonnier, le jeunot qui va voter pour la première fois, la femme au foyer, l’ouvrier au chômage, tout le monde est devenu extrémiste !

« Le mot “populisme” est utilisé abusivement de manière péjorative par ceux qui pensent que le peuple doit être maintenu à distance, et que les grandes décisions doivent être prises par la technostructure qui connaîtrait mieux l’intérêt général qu’un peuple soi-disant peu éduqué et volatile », explique Jean-Yves Camus dans Le Figaro (1er mai). En 2014, le véritable extrémisme est plutôt du côté des fanatiques pro-européens, prêts à tout sacrifier pour leur idéologie.

Source: Boulevard Voltaire

jeudi, mai 8 2014

Edito - Sondage Européennes : Marine Le Pen en tête, pas d'effet Valls pour le PS

FRANCE-POLITICS-PARTIES-FN

Le Parisien : Sondage après sondage, la tendance se confirme : après avoir réussi une percée aux dernières municipales en raflant une douzaine de mairies, le Front national pourrait à nouveau créer la sensation aux élections européennes du 25 mai. C'est en tous cas ce qui ressort de notre sondage Harris-Interactive pour LCP AN et « le Parisien »- « Aujourd’hui en France ». Des trois principales listes, celle soutenue par Marine Le Pen arriverait en tête avec 22 % des suffrages, suivie de près par l’UMP à 21 %, et le PS distancé à 17 %.

A un moment où la défiance n’a jamais été aussi forte dans l’opinion concernant tout ce qui touche de près ou de loin aux institutions de Bruxelles, les thèmes développés par la patronne du FN semblent faire mouche. A commencer par la sortie de l’euro, proposition jugée délirante par de nombreux experts mais ardemment défendue dans tous les meetings FN. « Il sera décidé par référendum », précise le conseiller spécial du parti lepéniste chargé des questions économiques, qui plaide pour le retour d’un « nouveau franc » et un changement radical de mandat de la Banque centrale européenne (BCE).

Les mouvements populistes ont le vent en poupe

Mais la France n’est pas une île. En Hongrie, aux Pays-Bas, en Belgique, en Finlande : partout, les mouvements populistes hostiles à la politique européenne telle qu’elle est actuellement menée ont le vent en poupe. Les plans d’austérité ont déclenché des manifestations en série, même si, dans certains pays, comme l’Italie ou l’Espagne, la situation s’améliore au fil des mois. « Il y a encore quelques années, l’Europe était considérée comme un espace protecteur, ce n’est plus le cas actuellement, la colère ne cesse de croître », reconnaît un diplomate français à Bruxelles.

Au PS, on se dirige vers une nouvelle défaite cuisante après la débâcle des municipales. La crainte d’une déroute est telle qu’au siège de Solférino les 17 % que lui attribue notre sondage paraissent presque miraculeux à certains cadres du parti qui s’attendent à ne pas dépasser la barre des 15 % le 25 mai (contre 16,4 % en 2009). Les socialistes ne profitent pas (encore ??) de l’arrivée de Manuel Valls à Matignon. Et malgré les promesses répétées de changement, François Hollande reste le président le plus impopulaire de la Ve République.

Selon l’enquête de l’Institut Harris-Interactive, c’est la gauche dans son ensemble qui est en net recul : 9 % pour les écologistes, 8 % pour Mélenchon et le Front de gauche, 2?% seulement pour Lutte ouvrière et le NPA d’Olivier Besancenot. Il reste trois semaines aux ténors de la majorité pour tenter de mobiliser leur électorat.

Sondage réalisé par Internet du 2 au 5 mai 2014 auprès de 1 600 personnes. Méthode des quotas.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mercredi, mai 7 2014

Edito - La bêtise des marchés n’a pas de limites

00000000AA20140419_LDC753.png __ Jusqu’où s’arrêtera la bêtise des marchés ?__ Après des siècles de crises, on peut sans doute dire qu’elle est sans fin, comme le montrent dernièrement la baisse des taux sur les dettes souveraines dans la zone euro, la nouvelle bulle Internet et les folies du marché immobilier dans quelques pays.

Du jugement des dettes souveraines

Le succès récent de la vente de bons du trésor grec illustre le nouveau changement d’humeur des marchés. Début 2009, tous les États de la zone euro pouvaient emprunter à peu près au même taux, une absurdité quand on examinait un tant soit peu les différences colossales entre Berlin, Madrid, Paris ou Athènes. La crise qui a suivi a démontré la faillite des marchés à produire des taux justes puisqu’ils ont nourri un excès de dettes (privé, plus encore que public) dans de nombreux pays (Espagne et Irlande notamment), qui ont mené à la crise de la zone euro. Bref, la main invisible était celle d’un dealer vendant sa marchandise à si bas coûts que cela a provoqué quelques overdoses...

Les marchés étant excessifs à la hausse comme à la baisse, début 2012, la dette à 10 ans d’Athènes s’échangeait avec un taux annuel théorique supérieur à 40 %, la dette portugaise dépassant les 15 % ! Là encore, on peut imaginer qu’un tel taux était absurde et était le pendant inverse des excès passés. De tels niveaux étaient assez ridicules par rapport à ceux des pays émergents. En deux ans, la situation s’est complètement renversée puisque la Grèce peut emprunter à 5 % à 5 ans et que la dette à 10 ans de l’Italie et l’Espagne dépasse à peine le cap des 3 % (contre près de 7 % au pire de la crise de la zone euro). Difficile de ne pas croire que, là encore, la baisse des taux est excessive.

Où l’État entre en jeu

Les évolutions erratiques et extrêmes du jugement des marchés sur la dette publique de la zone euro démontrent de facto que ce jugement est irrationnel et exubérant, sans doute trop bon par temps calme et trop dur quand le vent souffle. Tout le problème est que cela est vrai pour tous les marchés. Le début d’année a été marqué par une forte baisse des valeurs technologiques, notamment aux États-Unis, du fait de l’écart colossal entre la valeur des entreprises et ce qu’elles dégageaient réellement. De nombreux marchés immobiliers montrent aussi de gros signes de dysfonctionnement, que ce soit en Grande-Bretagne ou au Danemark, sachant que la bulle explose déjà aux Pays-Bas.

Bien sûr, les néolibéraux pointeront (pas totalement à tort), la responsabilité de l’État au sens large dans ces épisodes. L’incapacité des européens à mettre en place un plan solide ayant provoqué un fort stress des marchés et les annonces de 2012 ayant permis de ramener le calme. Ils pointeront également le rôle des politiques monétaires, qui contribuent à augmenter la demande pour tous les types d’actifs. Mais, cela revient à ne voir qu’un aspect de ces crises. Car de tous les temps, les marchés ont été exubérants, parfois à rebours des politiques publiques, ce qui montre qu’il y a une nature intrinsèquement excessive et instable dans les marchés, bien théorisée par les « esprits animaux » de Keynes.

Mais du coup, cela signifie qu’il est fondamentalement absurde de mener des politiques basées sur le jugement des marchés, puisque ce dernier se révèle si souvent mal avisé. Il faut absolument s’en détacher pour pouvoir mener des politiques qui vont dans le sens de l’intérêt général.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE