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mercredi, octobre 8 2014

Edito - La paradoxale avancée de l’agenda néolibéral

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Depuis quelques mois, alors que l’agenda austéritaire et néolibéral a plongé le continent européen dans une récession prolongée, on pourrait penser que les idées alternatives ont un boulevard. Las, il semble que pour soigner le mal, plus de ce même mal s’impose pour le moment comme la solution !

Le retour des austéritaires

C’est un immense paradoxe. Entre la révolution copernicienne du FMI fin 2012, qui a remis en cause ses recommandations en partant du constat que les politiques austéritaires avaient un effet dépressif bien plus important que prévu, les rendant contre-productives, et le marasme dans lequel les économies européennes se sont enfermées en cherchant à réduire les déficits, l’agenda défendu par Paul Krugman devrait s’imposer. Mais non, même s’il faut reconnaître que l’Union Européenne accepte pour le moment que les objectifs de réduction des déficits ne soient pas atteints aussi vite que prévu, en Grèce, en Espagne ou en France, la tonalité actuelle du débat semble marquer un effarant retour en arrière. Il faut dire que la dramatisation ridicule du passage du cap des 2000 milliards de dette n’aide pas.

Même si le gouvernement a repoussé en deux temps l’objectif d’un déficit à 3 % du PIB, de 2013 à 2015, puis 2017, la direction de la politique budgétaire reste désespérément à l’austérité, même si elle n’est pas aussi brutale qu’à une époque ou ailleurs. Jacques Sapir décrypte de manière remarquable le paradoxe de cette époque, où l’échec des politiques d’austérité, qui, en cassant la croissance, ont même du mal à réduire les déficits en pénalisant les rentrées fiscales, donne du grain à moudre aux austéritaires qui appellent à plus d’austérité, comme on peut le voir à l’UMP, dont tous les candidats demandent une baisse d’au moins 100 milliards de la dépense publique, qui, selon les calculs du FMI, provoquerait une chute de 4,5 à 8% du PIB. Il est effarant d’oublier Keynes et les leçons du passé récent.

Toujours plus de laisser-faire

Mais la cause des austéritaires n’est pas dénuée d’arrières-pensées, comme on a pu le constater dans le traitement délirant du passage du cap de 2000 milliards de dettes. Beaucoup d’austéritaires sont en fait des opposants à l’État, des partisans du laisser-faire et du laisser-passer, qui voient dans la crise actuelle une opportunité pour faire reculer le défenseur de l’intérêt général pour faire avancer leur agenda de recul de l’État généralisé. C’est ainsi que Le Monde, comme Le Figaro, ont profité de l’occasion pour développer les idées de vente du patrimoine de l’État ou même de libéralisation des monopoles publics. On en trouvait les prémisses dans le débat sur le ras-le-bol fiscal ou la compétitivité.

Bien sûr, ce discours est largement tenu par la droite aujourd’hui, mais il faut noter que la gauche dite de gouvernement adhère largement à cet agenda. Pierre Moscovici avait légitimé le ras-le-bol fiscal. François Hollande semble vouloir jouer son quinquennat sur l’amélioration de la compétitivité, virage déjà entamé avec le rapport Gallois. Et le Parti Socialiste, qui, de 1997 à 2002, avait plus privatisé que la droite, semble se préparer à une nouvelle vente du patrimoine de l’Etat, alors même que le bilan de la privatisation des autoroutes est absolument désastreux, puisqu’elles n’aboutissent qu’à créer des rentes pour des groupes privés qui réalisent des bénéfices indécents sur le dos des usagers.

Comme le souligne l’économiste Dani Rodrik dans La Tribune, tout le paradoxe de la situation est finalement, que l’écteur moyen, en continuant à voter pour des partis qui mettent en place cet agenda, soutiennent de facto la cause des plus riches. Mais cela ne durera pas, comme le montre l’émergence de Podemos.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mardi, août 12 2014

Edito - La nouvelle gifle de Merkel à Hollande

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Il y a quelque chose de pathétique dans le comportement de François Hollande. Il ne cesse d’en appeler à l’Allemagne, pour qu’elle soutienne davantage la croissance ou appuie une politique monétaire moins dure. Et à chaque fois, Berlin l’envoie dans les roses, ce qui ne l’empêche pas de recommencer.

Une nouvelle rebuffade

Lundi, dans Le Monde, François Hollande avait demandé : « un soutien plus ferme à la croissance » de l’Allemagne, « ses excédents commerciaux et sa situation financière lui permettent d’investir davantage. C’est le meilleur service que l’Allemagne peut rendre à la France et à l’Europe ». Avec cette immixtion effarante dans les affaires allemandes, il s’est attiré une réplique cinglante du porte-parole d’Angela Merkel, qui a dit « les déclarations très générales en provenance de Paris ne fournissent aucune raison pour de quelconques corrections dans la politique économique (…) l’Allemagne est déjà une locomotive importante, la plus importante même pour la conjoncture de la zone euro ».

Ce n’est pas la première fois que François Hollande et Angela Merkel s’opposent. Déjà, à peine après son élection, le nouveau président de la République s’opposait à la camisole budgétaire, souhaitait des euro obligations et demandait de faire plus pour la croissance. Déjà, il avait capitulé sur toute la ligne, Angela Merkel lui permettant de sauver les formes avec un plan de croissance dérisoire, qualifié par Paul Krugman de « pistolet à eau contre un rhinocéros qui charge », acceptant à la fois le refus ferme de l’Allemagne sur les euro obligations et signant le TSCG conçu par son prédécesseur. Depuis, il faut quand même noter un léger assouplissement des objectifs de réduction des déficits budgétaires, mais cela doit sans doute plus au réalisme de l’Allemagne qu’à l’influence de François Hollande.

Ce que cela dit de François Hollande et de l’Europe

Il y a tout de même quelque chose de pathétique à voir notre chef de l’État mendier aussi maladroitement et naïvement une relance de l’économie allemande. Rien ne plaide aujourd’hui pour une telle politique outre-Rhin. Le chômage est à un bas niveau et la nouvelle coalition va mettre en place un salaire minimum qui va donner plus de pouvoir d’achat aux classes populaires. Certes, la balance extérieure allemande est positive mais l’appartenance à la zone euro permet de limiter la cherté de la monnaie par rapport aux fondamentaux de l’économie allemande. Outre le fait d’être totalement irréaliste, il est stupéfiant de demander à un pays de mener une politique qui sert d’abord l’intérêt de ses voisins.

Cet épisode a néanmoins l’intérêt de révéler plus encore tous les défauts structurels de cette construction européenne. Cela démontre l’impuissance de la France, qui, en ayant accepté d’abandonner sa politique monétaire puis soumis sa politique budgétaire aux omens bruxellois, après six longues années de marasme économique et un chômage record, se retrouve contrainte de mendier une relance à l’Allemagne, que Berlin lui refuse logiquement puisque ce n’est pas vraiment son intérêt. Mais le pire est qu’après d’aussi longues années d’échec patent, personne dans la majorité ne semble remettre en cause cette construction qui ne marche pas et impose des politiques totalement antisociales.

Même si on pense que l’Allemagne aurait intérêt à mener une politique de relance, une partie des problèmes vient de la monnaie unique. Si chacun avait gardé sa monnaie, le mark s’apprécierait fortement par rapport aux autres pays européens, ce qui agirait comme une forme de relance.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

lundi, juin 30 2014

Edito - Le dangereux retour des austéritaires, au PS !

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Paradoxe assez incroyable qui démontre à quel point la décomposition de la pensée économique, alors que les preuves des méfaits des politiques austéritaires ne cessent de s’accumuler et sont aujourd’hui admises par des intellectuels de tous les bords, le PS y cède de plus en plus, comme le montre le dernier rapport de la Cour des Comptes et le rapport de Jean Pisani-Ferry.

Quand un socialiste propose de faire du Sarkozy !

Le PS est vraiment dans une phase de décomposition intellectuelle avancée pour produire une intelligentsia qui embraye le pas à la pensée économique de la droite la plus bête, pour paraphraser Paul Krugman au sujet de la défense de la politique de l’offre de François Hollande. Didier Migaud, député « socialiste » nommé par Nicolas Sarkozy à la tête de la Cour des Comptes, a publié un rapport qui questionne la capacité du pays à tenir ses objectifs de réduction du déficit budgétaire et propose de réanimer la politique initiée par Nicolas Sarkozy, visant à supprimer 10 000 postes de fonctionnaires par an, mais en incluant les collectivités locales et la Sécurité Sociale au lieu de la limiter à l’État. Il avait déjà critiqué la promesse du président de créer 60 000 postes dans l’éducation, malgré un véritable besoin.

Jean Pisani-Ferry, ancien conseiller économique des ministres de l’économie de Lionel Jospin de 1997 à 2002, pousse encore plus loin la logique austéritaire. Il dénonce le poids des dépenses publiques « 12 points supérieur à l’Allemagne », en feignant d’ignorer qu’il compare des choux et des carottes et que la réalité est beaucoup plus équilibrée, notre service public étant beaucoup plus étendu que vos voisins. Il propose de diminuer les dépenses publiques de 54,8 à 48,8% d’ici à 2025, soit un effort de 0,6 point de PIB tous les ans. On suppose qu’il ne prend pas en compte le fait que la baisse des dépenses réduit le PIB, d’un coefficient de 0,9 à 1,7 selon la dernière étude du FMI. Une telle baisse réduirait le PIB de 5 à 10% sur 10 ans, ce qui contredit complètement l’objectif de réduction du poids de la dette, qui serait augmenté d’autant, comme cela se passe dans une partie des pays de la zone euro.

L’austérité est contre productive

Il y a quand même quelque chose de piquant à voir des socialistes proposer de démanteler l’État et baisser les dépenses publiques alors même que le très libéral et anti-Etat The Economist vient de publier un long article démontrant les ravages des politiques d’austérité. Il est tout de même effarant que des hiérarques socialistes ferment les yeux sur les ravages des politiques suivies dans le reste de l’UE, la Grèce où des études suggèrent que pas moi de 30% de la richesse nationale aurait été perdue depuis 2007, avec son cortège de chômage et d’effondrement du pouvoir d’achat (28% en Irlande et 18% en Espagne). The Economist soutient que la crise aura également un effet sur le long terme en réduisant les dépenses d’investissement des entreprises, ce qui sera un handicap pour le futur.

Paul Krugman, qui a démonté les politiques austéritaires dans son dernier livre, livre un jugement sévère sur l’UE. Pour lui « les problèmes inhérents à l’euro ont été aggravés par de mauvaises décisions. Les leaders européens ont insisté, et ont continué à insister, malgré les preuves éclatantes, sur le fait que la crise n’était qu’une affaire d’irresponsabilité fiscale, et ont donc imposé une austérité sauvage qui ne fait qu’empirer une situation déjà terrible » et conclut « il est terrifiant de voir un si grand nombre d’européens rejeter les valeurs démocratiques, mais au moins, une partie du problème vient des responsables qui semblent plus intéressés par la stabilisation des prix et la probité fiscale que par la démocratie ». Il est tout de même incroyable de voir le Parti dit Socialiste ignorer la voix de ce « prix Nobel d’économie ».

Merci néanmoins à Didier Migaud et Jean Pisani-Ferry de démontrer que les sommités économiques issues du Parti Socialiste ont à ce point arrêter de penser sur les questions économiques. Car outre le fait d’ignorer Paul Krugman, ils ignorent même les derniers travaux du FMI, pourtant guère suspects de laxisme.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE