lundi, janvier 26 2015

Edito - Tous les partis européens de gouvernement ligués contre Syriza

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Syriza a remporté hier une magnifique victoire aux élections législatives grecques. A minuit passé, on parle de 36 % des suffrages devant Nouvelle Démocratie (29 %), et peut-être la majorité absolue, à 151 sièges. Enfin, à deux sièges prêt. Tous mes amis grecs font la fête, et moi aussi. Une bonne bringue, ça fait du bien, et demain tout démarre.

Le programme de Syriza, c’est d’abord un plan d’urgence, et nous allons voir cela dans les semaines qui viennent :

- le salaire minimum porté de 580 à 751 euros ;

- le seuil d'imposition remonté à 12 000 euros annuels,

- le 13e mois de retraite rétabli pour les retraites inférieures à 700 euros,

- l'électricité offerte et des coupons d'approvisionnement à 300 000 ménages au moins,

- les habitations principales protégées des saisies,

- l'accès gratuit aux soins,

- la taxe sur le fuel domestique supprimée,

- le nombre de bénéficiaires de l'assurance chômage accru.

Syriza a ensuite des propositions pour systématiser ce plan anti-austérité, et pour un coût total de 12 milliards d'euros… compensé en réduisant le remboursement de la dette (175 % du PIB), en luttant contre la fraude fiscale, la contrebande, et en réaffectant des fonds européens. Réjouissant.

Le problème est qu’en trésorerie, la Grèce est à sec, et qu’il va falloir passer le gué… A priori, ça va être dur-dur, mais ce n’est pas impossible car personne ne veut l’épreuve de force. La Grèce reste une économie modeste au niveau européen (je veux dire que ce n’est pas l’Espagne, elle aussi mal en point), et Bruxelles – Euh, pardon, la Bundesbank – ne veut pas jouer la crise. Si ça se gâte la Grèce laissera entendre qu’elle quitte la zone euro, ce qui n’est pas son projet d’origine, et Bruxelles – Euh, pardon, la Bundesbank – est prête à faire beaucoup pour que ça ne casse pas.

Finalement, le gros péril,… c’est que le plan risque de marcher,… et ce sont alors les partis de gouvernement européens vont alors prendre le relais de Bruxelles – Euh, pardon, de la Bundesbankpour dézinguer la Grèce, car la réussite de Syriza serait leur naufrage politique. Que resterait-il au parti « socialiste », genre Hollande-Macron-Valls, si Alexis Tsipras réussit ? Mais que resterait-il aussi à nos deux autres flans de la politique, l’UMP et le FN ?

Allez, on va suivre ça de près, en incluant tous les coups tordus, mais sans complotisme, cela va de soi… Il n’y a dans ce bas monde que des âmes pures.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

vendredi, décembre 26 2014

Edito - La grande arnaque de la dette publique : ce graphique qui dit tout

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Ce graphique (élaboré par André-Jacques Holbecq) s’en passerait presque de commentaires.

Si l’État empruntait auprès de sa Banque Centrale, notre endettement public serait simplement de l’ordre de 30 % par rapport au PIB. Où est passée la différence ? Ce sont tout simplement de l’ordre de 1400 milliards d’euros d’intérêts versés aux banques (qui elles empruntent à taux quasi nul à la banque centrale européenne) et aux rentiers (pas les petits, bien sûr). Le système actuel de la dette publique est donc un terrible artifice anti-redistributif qui conduit le citoyen, essentiellement classes populaires et moyennes étant donné la structure actuelle de notre fiscalité 1, à subventionner le monde de la finance !

Lorsque l’on évoque la monétisation de la dette publique, les idéologues néolibéraux rétorquent, bien évidemment, qu’on ne pourrait laisser un tel chèque en blanc aux dirigeants politiques qui dès l’instant qu’ils le pourraient useraient et abuseraient de la « planche à billets » pour satisfaire leurs pulsions clientélistes et nous lanceraient ainsi dans un cercle d’hyperinflation. Cet argument est rapidement balayé par trois contre-arguments très simples.

1/ L’accès de l’État au financement direct de sa dette par sa banque centrale est une généralité dans presque tous les pays développés. La zone euro constitue ici une exception. Le Japon des « abenomics » en use, et même en abuse, sans pour autant connaître une inflation galopante.

2/ Rien n’empêche de mettre des garde-fous. Les néolibéraux ont bien réussi à une mettre un verrou quasi-constitutionnel (la fameuse « règle d’or », d’ailleurs bien peu respectée …) à l’endettement public. Un tel dispositif est tout à fait imaginable (et probablement bien plus efficace) dans le cadre d’une monétisation de la dette publique (c’est d’ailleurs en partie le principe du fameux « shutdown » qui interdit l’État fédéral américain de s’endetter au-delà d’un certain point sans l’accord du Congrès). On pourrait ainsi imaginer que l’État ne puisse emprunter annuellement plus d’un certain ratio du PIB à la Banque de France sans avoir recours soit à un vote à la majorité des 2/3 du Parlement, soit au référendum. On peut également imaginer un dispositif plus astucieux : l’État emprunterait auprès de la Banque de France avec un certain taux d’intérêt (par exemple, l’inflation plus au moins modulée), puis à terme la Banque de France lui reverserait ces intérêts perçus (puisque l’État en est l’unique actionnaire) sous forme de dividendes. Avec un tel dispositif, dans le cadre d’une alternance, le gouvernement suivant bénéficierait en retour de la prodigalité de ses prédécesseurs. Ce serait l’effet exactement inverse du « mon successeurs paiera » que nous connaissons depuis 40 ans !

3/ Enfin, et surtout, l’argumentaire néolibéral de l’irresponsabilité financière des dirigeants politique marque un terrible mépris de la démocratie. Si des dirigeants politiques se montraient irresponsables dans la gestion de la planche à billets, espérons alors que les citoyens le leur fassent payer aux échéances électorales suivantes 2. Mais surtout, si les dirigeants politiques sont irresponsables dès lors que l’on leur ouvre les portes de la Banque Centrale, que diable alors leur laissons-nous la police et l’armée entre les mains ? Confions donc illico presto ces deux dernières aux auspices bienveillants d’autorités « indépendantes » !

1 Lire également http:/http://90.lepartidegauche.fr/files/2013/07/La-dette-de-la-France-r%C3%A9alit%C3%A9-ou-arnaque.pdf

2 Il serait également temps d’en faire de même après 4 décennies d’incurie généralisée du PS, de l’UMP et de leurs affidés.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

jeudi, décembre 18 2014

Edito - Taxe Tobin : François Hollande est vraiment le grand ami de la Finance

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Bien sûr, je n’ai jamais cru le président alors candidat, quand il faisait de la finance son adversaire, quelques jours avant de rassurer la City. Malheureusement, sur le dossier de la taxe Tobin européenne, il démontre qu’il est, depuis qu’il est élu, l’un des meilleurs amis de celle qui était censée être son adversaire.

Histoire d’une trahison

Il faut remercier Marianne et Bruno Rieth, qui résume parfaitement l’incroyable histoire d’une trahison. Mais comment François Hollande a-t-il pu dire pendant la campagne électorale que « mon véritable adversaire, c’est le monde de la finance » avant de mener une telle politique ? Il faut dire que quelques jours après, il confiait au Guardian : « la gauche a gouverné pendant 15 ans, pendant lesquels elle a libéralisé l’économie et ouvert les marchés à la finance et à la privatisation. Il n’y a pas de crainte à avoir ». C’est le second texte qui faisait foi, comme le démontre Bruno Rieth dans Marianne. Depuis deux ans et demi, l’Elysée et Bercy ne cessent de défendre l’agenda des banques et de la finance.

Et quelle meilleure illustration que la position de la France sur la taxe Tobin. L’idée a trouvé une seconde jeunesse avec la grande crise, soutenue par Joseph Stiglitz, qui y voit un moyen de réguler la finance mais aussi de davantage la faire contribuer à la collectivité, motivation qui semble d’autant plus juste aujourd’hui que les Etats ont déversé des milliards pour la sauver et qu’ils accumulent les déficits. Même l’Union européenne, pourtant souvent influencée par les intérêts des multinationales, a fini par y céder et pousser un projet, farouchement combattu par le Royaume-Uni et les banques. Si la France fait partie du groupe de onze pays qui avancent, elle semble y être pour ralentir le mouvement et en réduire la portée.

Dépasser la droite par la droite

De manière assez extraordinaire, le PS tempère donc le projet lancé en 2011 par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ! Malheureusement, rien de bien surprenant si on s’en réfère aux propos de Pierre Moscovici à l’été 2013, qui jugeait les projets de la Commission, pourtant guère interventionniste, « excessifs ». Quand mettre un membre du PS à la Commission semble alors la droitiser… Depuis, Michel Sapin vend le projet comme une révolution alors qu’il s’agit d’un pétard mouillé. Le diable étant dans les détails, l’Union européenne avance avec un projet dérisoire qui taxe dix fois moins les dérivés que les actions et les obligations (on se demande bien pourquoi ?), puis qui finit par en exonérer plus de 95 % de toute taxe !

Et même ce projet croupion déclenche de l’urticaire au monde financier, dont l’opinion est bien relayée par The Economist, vent debout contre cette idée, surtout quand elle semble pouvoir s’appliquer aux échanges faits depuis Londres. Pas de problème : il semble, paradoxalement, suffire de passer par Paris pour porter l’estocade comme ce projet nain pour encore en retarder la portée et la possible application. Il faut noter que les sociaux-démocrates allemands, pourtant guère révolutionnaires jugent « essentiel que tous les dérivés soient inclus car le trading international de dérivés a désormais atteint un volume d’environ douze fois le PIB mondial ». Les enfants de Schröder plus interventionnistes que François Hollande !

C’est ainsi que le PS suit l’agenda des multinationales en baissant les cotisations sociales et en flexibilisant le travail, et ne remet pas en cause le laisser-faire financier. Un grand homme aurait dit qu’il « n’aimait pas les socialistes, parce qu’ils ne sont pas socialistes ». 50 ans après, ceci semble encore plus vrai.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mercredi, décembre 17 2014

Edito - L’effarante visite de Moscovici dans la chaudière grecque

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Lundi, Pierre Moscovici est venu soutenir le gouvernement de droite, deux jours avant un vote décisif. Une visite révélatrice de ce qui ne va pas dans cette Europe, entre le soutien à des politiques en échec depuis des années, et la récompense de l’incompétence et indistinction politique.

La prime à l’incompétence et l’indistinction ?

On ne dira jamais assez à quel point il est effarant que Pierre Moscovici soit devenu commissaire européen à l’économie cette année. Voici un ministre, qui, en 2012, annonçait que le déficit budgétaire de la France atteindrait 3 % du PIB en 2013. Un an après, soldant l’échec de la politique qu’il avait mise en place, qui prolongeait celle du gouvernement précédent, notamment pour les hausses d’impôts, il annonçait que finalement, il faudrait attendre deux ans de plus. Un peu plus d’un an plus tard, son remplaçant, Michel Sapin, a de nouveau repoussé l’échéancier de deux ans. Bref, ce qu’il annonçait pour 2013, le serait en 2017. Et encore, la majorité aura le temps de changer d’ici là…

Quelle légèreté et quelle inconscience de l’avoir nommé à un tel poste ! Lui, qui a échoué en France, doit maintenant guider l’Europe entière ! Toujours aussi incroyable, le voici qui va soutenir l’équipe au pouvoir en Grèce quelques jours à peine avant des élections présidentielles décisives. Non seulement cela pose un problème de crédibilité quand la Commission demande quoique ce soit au pays, mais le soutien, par un commissaire étiquette à gauche d’un gouvernement largement dominé par la droite, renforce encore l’indistinction grandissante entre ce qu’on appelle la gauche et la droite de gouvernement en Europe. Dans un sens, cela clarifie sans doute le débat politique, mais malheureusement, cela profite aussi assez souvent, mais pas toujours heureusement, à des partis extrémistes.

Athènes au bord de la rupture ?

Déjà, en 2012, les élections législatives avaient été extrêmement serrées, Nouvelle Démocratie l’emportant d’extrême justesse devant Syriza, dont le programme, peu compatible avec le cahier des charges de la troïka, avait tout pour ouvrir la voie à une issue argentine, et provoquer une sortie de la Grèce de la monnaie unique. L’élection présidentielle anticipée, qui devait initialement se tenir en février 2015, créé une situation difficile car elle nécessite une majorité de 180 députés sur 300, que n’a pas la majorité actuelle, qui devra recruter hors de ses rangs. Sans cela, cela provoquerait des législatives anticipées, qui pourraient alors être gagnées par Syriza, actuellement en tête dans les sondages.

Mais dès lors, pourquoi le Premier Ministre a accéléré l’agenda ? Et s’il jouait simplement la surprise pour renverser une situation perdante ? Il a récemment durci le ton à l’égard de la troïka, refusant de nouvelles coupes, mais il s’agit peut-être d’une simple posture destinée à rassembler les voix nécessaires pour son candidat à la présidence de la République… Dans ce cadre, difficile de savoir quelle sera l’influence des interventions de Pierre Moscovici et de Jean-Claude Juncker, qui a indiqué qu’il souhaitait que « la Grèce soit gouvernée par des gens qui aient un regard et un cœur pour les pauvres gens en Grèce (…) mais aussi qui comprennent la nécessité des processus européens ».

Le scrutin de mercredi permettra de comprendre comment les élus Grecs ont perçu les interventions de la cette Commission, qui s’immisce déjà tellement dans la direction politique du pays. Soit elle aura soudé et renforcé l’opposition à sa politique, soit la peur du vide lui permettra de passer en force.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

samedi, novembre 29 2014

Edito - 0,004 % d’ultra-riches détiennent 13 % de la richesse mondiale

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On n’a pas fait tomber le mur de Berlin pour rien… Le marché libre et non faussé vit de la force de ses charmes, qui donnent des couleurs à la vraie liberté : s’enrichir au détriment des autres. Voici quelques news des « ultra-riches » issues d’un rapport de la banque suisse UBS et de l’agence de conseil Welath-X.

Première bonne nouvelle : comme l’économie mondiale est dans un cercle vertueux, le nombre d’ultra-riches augmente : 211.275 personnes en 2014, soit 12.000 de plus qu’en 2013, et 2019, ils devraient être plus de 250.000. 211.275, cela veut dire que 0,004 % de maquereaux détiennent 13 % de la richesse mondiale. Pour 87 %, ce sont des mecs (Syndrome du singe dominant).

En super-ultra riches, je félicite les 2.325 milliardaires en dollars. Pour donner une idée, leur patrimoine d’un milliard de dollars dépasse le PIB de bien des États, comme la Gambie (population de 1,8 million) ou la Guinée-Bissau (population de 1,4 million), qui sont aux environs de 900 millions de dollars. Des pays comme le Libéria (population de 4,2 millions) ou la République Centrafricaine (population de 5,1 millions), qu’on accuse de ne pas savoir relever la tête, plafonnent à 2 milliards de dollars.

On compte 75.000 ultras-riches en Amérique-du-Nord, 61.820 en Europe, et 46.635 en Asie. L’Afrique est dernière, mais on sait que l’homme africain n’est pas entré dans l’histoire, tant pis pour lui. En Europe, la France se classe au quatrième rang, avec 4.750 personnes, derrière l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Suisse.

D’après le rapport d’UBS et Wealth-X, ce club prolifère grâce à la bonne santé des marchés boursiers et en dépit des « conflits géopolitiques, des tensions socio-économiques et de la volatilité sur les marchés financiers ».

En fait, la question n’est pas de savoir si nous avons besoin d’une révolution, mais quand elle va avoir lieu. Je sais pas vous, mais moi, je me prépare chaque jour.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mardi, novembre 4 2014

Edito - Jour J : Barack Obama face à un raz de marée républicain

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Sous la présidence de Barack Obama, le taux de chômage est passé de 10,2 % à 5,9 %. Le déficit a chuté de 50 %. L'économie a ajouté 5,5 millions d'emplois en six ans, soit quatre fois plus que durant les deux mandats de George W. Bush à la présidence. Et le produit intérieur brut a bondi à un taux annualisé de 3,5 % au cours du dernier trimestre.

Voilà des données économiques qui auraient dû aider les candidats Démocrates dans leurs campagnes électorales. Et pourtant demain, Barack Obama va probablement subir une défaite cuisante avec un raz de marée républicain.

Pourquoi ?

1) Parce que les candidats Démocrates n'ont pas livré bataille sur le bilan Barack Obama. En début de campagne, ils ont constaté que les sondages étaient mauvais sur ce thème. Ils ont donc pris leurs distances. Une bataille non livrée ne peut pas être gagnée.

2) Parce que la sécurité intérieure et les questions internationales ont repris le dessus. Et que sur ces dossiers Barack Obama a été perçu comme indécis.

3) Plus globalement, parce que l'usure moderne frappe. Ce qui étonnait hier est devenu banal. Le "style Obama" s'est usé. Il aurait fallu se réinventer mais est-ce possible ?

Ce dernier volet montre, si besoin était, qu'avec l'exposition moderne, les mandats longs ont fait leur temps.

Et le "temps Obama" est en train de passer. Dommage.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

dimanche, novembre 2 2014

Editi - La tragi-comédie européenne dérisoire et révélatrice sur les budgets

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Ces dernières semaines, les capitales européennes n’ont pas cessé de débattre de leur budget et de celui des pays voisins. Les nouvelles règles européennes (six pack, two pack et le TSCG) ont révolutionné la façon de préparer cet élément fondamental de notre vie commune qu’est le budget d’une nation.

Règles et relativité

Comme au début des années 2000, quand Berlin et Paris avaient délibérément ignoré les règles du Pacte de Stabilité, les règles européennes semblent être faites pour ne pas être respectées. Cela a déjà été le cas pour la plupart des pays qui ont eu recours à « l’aide » européenne pendant la crise des dettes souveraines. L’Espagne était sensée atteindre 6 % du PIB de déficit en 2012, 4,5 % en 2013 et 3 % en 2014. Elle sera à 5,7 % cette année. Idem pour la Grèce ou le Portugal. Mais depuis 2013, la contagion touche désormais les pays qui ne sont pas passés sous les fourches caudines de la redoutable troïka. Les objectifs ne cessent d’être repoussés à Paris, à Rome, à Vienne et ailleurs.

La France est un des cas les plus frappants puisque Pierre Moscovici avait annoncé un déficit à 3 % du PIB en 2013 à son arrivée à Bercy. Un an plus tard, il a reconnu qu’il faudrait attendre 2015, et un an plus tard, Michel Sapin a encore repoussé l’objectif de deux ans. De manière effarante et ironique, c’est Pierre Moscovici, l’architecte de l’échec financier de la France, qui est devenu le très improbable Commissaire Européen à l’économie. Quel meilleur signe de l’irresponsabilité et de l’inconséquence de l’UE ? Tout ceci pose un gros dilemme à l’UE : que faire face au non-respect par Paris de ses objectifs ? Cette semaine, Michel Sapin a lâché 3,6 milliards pour éviter toute sanction.

Un système fou

Le système actuel a démontré son échec, exactement comme les opposants à l’austérité, dont j’ai fait partie dès le début, l’avaient anticipé. Fin 2009, j’écrivais, sur la Grèce, que « la déflation compétitive (…) serait extrêmement brutale et aurait sans doute des conséquences sociales violentes » et en mai 2010 que le plan « ne fait que repousser les problèmes à plus tard en les aggravant ». C’est le paradoxe de cette situation où les politiques de réduction des déficits demandées par l’Europe provoquent une déprime économique qui empêche directement l’atteinte des objectifs définis par ces mêmes politiques ! C’est sans doute pour cela que les écarts finissent par être admis car ils sont généralisés.

Ce faisant, tout le monde est perdant. L’UE, parce que presque personne ne respecte ses objectifs, la faisant apparaître comme l’avocate d’une austérité sans cœur, inefficace et impossible à respecter. Mais cela lui permet aussi de gagner de nouveaux pouvoirs, même si elle rechigne parfois à les utiliser. Les pays parce qu’ils apparaissent comme des mauvais élèves et qu’ils ont cédé une partie de leur autorité. Et les peuples européens souffrent depuis 2008, ne parvenant pas à sortir d’une crise dont l’origine leur est étrangère mais qui y restent de manière bien spécifique.

Tout ceci a pour seul mérite de montrer que l’Europe politique n’a pas de sens étant donnée l’hétérogénéité des situations. Elle ne fait que créer une complexité dysfonctionnelle et déresponsabilité pour les dirigeants nationaux et européens, qui en viennent à torturer leur propre population.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

vendredi, octobre 31 2014

Edito - Vers une société sans emplois ?

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Vendredi dernier, le nombre de chômeurs en France a battu un nouveau record : 5,43 millions de personnes en catégorie A, B et C, dont 3,43 millions dans la seule catégorie A, soit 50 000 et 19 000 chômeurs de plus. L’automatisation semble en cause, comme on le voit dans le commerce.

Le cabinet Trendeo, qui décrit depuis plusieurs années la réalité de la désindustrialisation dans notre pays, a pointé un phénomène récent et nouveau, à savoir la destruction d’emplois dans le commerce depuis deux trimestres. On pourrait croire que ce phénomène est normal étant donnée l’état de notre économie. Mais même en plein cœur de la crise, alors même que le PIB avait reculé de plus de 2 % en 2009, le commerce avait continué à créer des emplois, malgré la baisse des créations d’emplois et la hausse des suppressions de postes. Depuis deux trimestres, pour la première fois, le commerce détruit des emplois, sous le double phénomène d’une baisse des créations et d’une hausse des destructions.

Les graphiques de Trendeo démontrent qu’il y a une tendance très négative en marche, qui révèle que des phénomènes profonds sont sans doute à l’œuvre et engendrent un mouvement de destruction d’emplois qui pourrait bien continuer à s’accélérer. Malheureusement, tout ceci n’est pas totalement illogique quand on constate le développement des caisses automatiques, dont la fonction principale consiste à supprimer de coûteux postes de caissiers dans les magasins. Le « prix Nobel d’économie », Joseph Stiglitz, note dans son dernier livre « qu’il est curieux qu’à une époque où le chômage est si élevé, les supermarchés remplacent les caissiers par des caisses automatiques ? ».

Le Munich social continue et s’amplifit ?

Tout ceci est malheureusement confirmé par une étude du cabinet de conseil Roland Berger, qui annonce que pas moins de 3 millions d’emplois seraient menacés d’ici à dix ans, du fait de l’automatisation et du développement de l’usage des robots. Le cabinet pronostique une augmentation du taux de chômage de 8 points d’ici là. Bien sûr, à moyen ou long terme, l’automatisation et le fait de confier à des robots certaines tâches peut représenter un progrès pour l’humanité, mais à la condition sine qua non que cela ne contribue pas à détruire plus d’emplois que cela n’en créé, surtout dans une période où subsiste un très fort taux de chômage. Roland Berger décrit un nouveau gain du capital.

C’est pour cette raison que, même si je ne propose pas de revenir au métier à tisser, je pense qu’il faut savoir faire une pause dans l’automatisation de notre société quand cela contribue à détruire des emplois alors même que nous en manquons. Dans ce cas là, l’automatisation provoque bien davantage d’effets négatifs sur la société que de conséquences positives. Il ne faut pas oublier que le progrès technique doit bénéficier à la condition humaine et ne pas conduire à la dégrader. Et ce n’est pas être passéiste que de savoir mettre l’homme avant la science, qui doit servir le premier, et non l’inverse, contrairement à ce que semble croire certaines personnes qui raillent ces idées.

Le plus effarant est que cela fait plus de 30 ans que notre pays souffre d’un chômage de masse, mais que nos dirigeants refusent de comprendre le rôle de l’anarchie commerciale avec des pays aux bas salaires ou à une automatisation totalement dérégulée qui condamne économiquement le travail humain.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

samedi, octobre 25 2014

Edito - Budget : La Commission européenne ne fait que rappeler la règle du jeu

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Hier, François Hollande et Matteo Renzi fulminaient contre la Commission européenne qui avait osé leur adresser une lettre les invitant à rectifier leur projet de budget. Atteinte intolérable à la souveraineté nationale ! Sauf que la Commission se contente de mettre en œuvre les procédures… adoptées par les dirigeants politiques des États européens. C’est en effet très clair : au fil du temps, les États ont créé un système donnant compétence à la Commission pour les réguler. François Hollande et Mattéo Renzi, sont deux souris prises au piège qu’elles ont inventé.

Tout part du traité de Maastricht… en 1993

Pour instaurer la monnaie unique, il fallait que les économies nationales, déjà très interdépendantes, aillent dans le même sens. Le traité de Maastricht a ainsi créé le « pacte de stabilité et de croissance » fixant des critères de convergence des économies, avec un déficit public fixé à 3 % du PIB et une dette publique brute à 60 % de la richesse nationale. Ce pacte prévoyait des sanctions en cas de non-respect… Hahaha…

L’étape suivante a été la création d’un calendrier, permettant une concertation véritable pendant la la préparation des budgets. C’est le fameux « semestre européen » : on fixe un point d’étape tous les six mois, et on dote la Commission d’un bel outil, neutre, l’examen annuel de croissance (EAC), qui permet de rectifier les prévisions, souvent trop optimistes, des gouvernements. Fin 2012, dans son EAC, la Commission européenne proposait cinq priorités : assainissement budgétaire différencié propice à la croissance ; promotion de la croissance et de la compétitivité ; lutte contre le chômage et les conséquences sociales de la crise, rétablissement de conditions normales d’octroi de crédits à l’économie ; modernisation de l’administration publique. Donc chaque État va à sa guise, mais respecte le cadre qu’il a confié à la Commission de fixer.

« Six pack » et « two-pact »

C’était bien, mais trop mou du genou, comme l’ont montré les crises grecque et portugaise. Les politiques ont adopté deux ensembles de textes, le « six pack » en 2012 et le « two-pack » en 2013. Chaque fois, on trouve : l’initiative du Conseil européen – l’organe politique de l’Europe –, le vote des parlements nationaux, et le vote du parlement européen. La Commission qui ne prend pas le melon : elle applique les textes que les politiques ont adoptés.

Le « six pack » permet à la Commission de demander des corrections aux projets de budgets, et inclut un volet répressif, autorisant la Commission à lancer, après deux rappels, la procédure dite « d’application rigoureuse ». Dans ce cas, l’État doit verser une garantie portant intérêt, et le texte organise un système pour que le Conseil européen ne puisse s’opposer à ces sanctions. Toujours le même jeu : les États se méfient d’eux-mêmes, et renforcent les pouvoirs de la commission.

Le « Two Pact » est entré en vigueur le 30 mai 2013, donc hier. Il prévoit un suivi très intrusif, et des sanctions.

Les États doivent adoptent leur projet de budget avant le 15 octobre. La Commission examine alors ce projet et émet un avis avant le 30 octobre, pouvant demander des modifications. La Commission diffuse les projets pour que chaque État soit informé et puisse faire pression sur les vilains canards qui pataugent à plus de 3 %. Le débat dure un mois, jusqu’à la fin novembre. Par ailleurs, pour éviter la gonflette des prévisions de croissance, les États doivent se fonder sur des prévisions de croissance indépendantes et soumettre son budget à un organisme indépendant de contrôle budgétaire. En France, a été créé le Haut Conseil des Finances publiques… lequel s’est prononcé, en disant que le budget n’était pas sincère.

Comme si ça ne suffisait pas, les États ont adopté le pacte budgétaire inclu dans le Traité sur la stabilité, la gouvernance et la coopération (TSCG), qui prévoit que les États doivent disposer de budgets équilibrés, une « règle d’or » européenne qui doit devenir réalité en 2018, avec des sanctions financières à la clé. Wahou…

Bilan ? L’État reste souverain, et le Parlement vote le budget qu’il veut. Mais c’est une crise politique ouverte si un État fait un bras d’honneur… aux règles qu’il a lui-même créées, et qu’il devrait respecter de lui-même par honneur pour sa signature.

Le cas de la France

La France fait partie des 8 pays placés « sous procédure de déficit excessif », car trop loin des 3 %. Elle propose 4,3 % de déficit public en 2015 et un passage sous la barre des 3 % reporté à 2017, les deux chiffres étant irréalistes.

Jyrki Katainen, commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, a écrit François Hollande :

«Je vous écris pour vous demander les raisons qui ont conduit à ce que la France prévoit de dévier des objectifs budgétaires fixés par le Conseil, en ce qui concerne à la fois le déficit public général, et l’ajustement de l’équilibre structurel en 2015. Je voudrais également savoir comment la France prévoit de se conformer à ses obligations de politique budgétaire en 2015, conformément au pacte de stabilité et de croissance.

«A partir de la proposition française, il ressort que l’ébauche de proposition budgétaire ne prévoit pas de ramener le déficit public global sous la barre des 3% du PIB définie par les traités d’ici 2015, qui correspond à la date butoir fixée par le Conseil dans ses recommandations du 21 juin 2013 – avec l’objectif de mettre fin à la procédure de déficit public excessif pour la France».

«D’après notre analyse préliminaire, l’ajustement du déficit structurel devrait ressortir à un niveau bien inférieur au niveau recommandé. Dès lors, tout porte à croire que l’ébauche de programme budgétaire pour 2015 prévoit de manquer aux obligations budgétaires qui découlent des recommandations du Conseil, sous la procédure de déficit public excessif».

Le dialogue va se poursuivre. Si la Commission n’est pas convaincue, elle rendra un « avis négatif ». Hollande pourra répondre « Je m’en tape, le Parlement est souverain », ce qui est exact. Mais la Commission ne fait que rappeler à la France les règles que la France avait estimées nécessaire pour tenir l’économie.

Au lieu de taper sur la Commission, qui ne fait que son travail, François Hollande et Mattéo Renzi – s’ils avaient un peu de courage politique – devraient ouvrir des discussions au sein du Conseil européen pour modifier les règles, dégager le « Six pack », le « two-pact » et le pacte budgétaire inclu dans le Traité sur la stabilité, la gouvernance et la coopération (TSCG). Là ce serait assumer,… quitte à payer le prix. Mais protester contre la règle sans demander que la règle change, c’est nul.

Chiche ?

Le Rédacteur en cgef de BEZIERS POLITIQUE

dimanche, octobre 19 2014

Edito - Les cinq responsables de la dette publique dénoncés par Contribuables Associés

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Ces « Frères Dalton de la dette », flanqués du célèbre Rantanplan, auront présidé à l’un des plus gros hold-ups de l’histoire de France : 2000 milliards d’euros de dette publique en 40 ans (plus de 31 000 € par habitant !), avec des budgets déficitaires depuis 1974.

En 2015, la dette publique française devrait atteindre le seuil symbolique de 100% du Produit intérieur brut (PIB)…

Comme nous en avertissons les Français et leurs dirigeants depuis un quart de siècle, cela n’est pas sans conséquence sur l’avenir, mais aussi sur le présent-même de la France : chaque année, l’État, donc nous contribuables, consacre son premier poste budgétaire au paiement des intérêts de la dette… Ce paiement, appelé « service » de la dette, engloutit la recette de l’impôt sur le revenu. Les impôts que vous venez de payer servent donc à payer les intérêts (et non la dette elle-même) résultant de mauvaises politiques depuis 40 ans.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mercredi, octobre 8 2014

Edito - La paradoxale avancée de l’agenda néolibéral

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Depuis quelques mois, alors que l’agenda austéritaire et néolibéral a plongé le continent européen dans une récession prolongée, on pourrait penser que les idées alternatives ont un boulevard. Las, il semble que pour soigner le mal, plus de ce même mal s’impose pour le moment comme la solution !

Le retour des austéritaires

C’est un immense paradoxe. Entre la révolution copernicienne du FMI fin 2012, qui a remis en cause ses recommandations en partant du constat que les politiques austéritaires avaient un effet dépressif bien plus important que prévu, les rendant contre-productives, et le marasme dans lequel les économies européennes se sont enfermées en cherchant à réduire les déficits, l’agenda défendu par Paul Krugman devrait s’imposer. Mais non, même s’il faut reconnaître que l’Union Européenne accepte pour le moment que les objectifs de réduction des déficits ne soient pas atteints aussi vite que prévu, en Grèce, en Espagne ou en France, la tonalité actuelle du débat semble marquer un effarant retour en arrière. Il faut dire que la dramatisation ridicule du passage du cap des 2000 milliards de dette n’aide pas.

Même si le gouvernement a repoussé en deux temps l’objectif d’un déficit à 3 % du PIB, de 2013 à 2015, puis 2017, la direction de la politique budgétaire reste désespérément à l’austérité, même si elle n’est pas aussi brutale qu’à une époque ou ailleurs. Jacques Sapir décrypte de manière remarquable le paradoxe de cette époque, où l’échec des politiques d’austérité, qui, en cassant la croissance, ont même du mal à réduire les déficits en pénalisant les rentrées fiscales, donne du grain à moudre aux austéritaires qui appellent à plus d’austérité, comme on peut le voir à l’UMP, dont tous les candidats demandent une baisse d’au moins 100 milliards de la dépense publique, qui, selon les calculs du FMI, provoquerait une chute de 4,5 à 8% du PIB. Il est effarant d’oublier Keynes et les leçons du passé récent.

Toujours plus de laisser-faire

Mais la cause des austéritaires n’est pas dénuée d’arrières-pensées, comme on a pu le constater dans le traitement délirant du passage du cap de 2000 milliards de dettes. Beaucoup d’austéritaires sont en fait des opposants à l’État, des partisans du laisser-faire et du laisser-passer, qui voient dans la crise actuelle une opportunité pour faire reculer le défenseur de l’intérêt général pour faire avancer leur agenda de recul de l’État généralisé. C’est ainsi que Le Monde, comme Le Figaro, ont profité de l’occasion pour développer les idées de vente du patrimoine de l’État ou même de libéralisation des monopoles publics. On en trouvait les prémisses dans le débat sur le ras-le-bol fiscal ou la compétitivité.

Bien sûr, ce discours est largement tenu par la droite aujourd’hui, mais il faut noter que la gauche dite de gouvernement adhère largement à cet agenda. Pierre Moscovici avait légitimé le ras-le-bol fiscal. François Hollande semble vouloir jouer son quinquennat sur l’amélioration de la compétitivité, virage déjà entamé avec le rapport Gallois. Et le Parti Socialiste, qui, de 1997 à 2002, avait plus privatisé que la droite, semble se préparer à une nouvelle vente du patrimoine de l’Etat, alors même que le bilan de la privatisation des autoroutes est absolument désastreux, puisqu’elles n’aboutissent qu’à créer des rentes pour des groupes privés qui réalisent des bénéfices indécents sur le dos des usagers.

Comme le souligne l’économiste Dani Rodrik dans La Tribune, tout le paradoxe de la situation est finalement, que l’écteur moyen, en continuant à voter pour des partis qui mettent en place cet agenda, soutiennent de facto la cause des plus riches. Mais cela ne durera pas, comme le montre l’émergence de Podemos.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mercredi, octobre 1 2014

Edito - La dette de la France a officiellement dépassé les 2000 milliards d'Euros

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Cette fois, ça y est. La dette française a officiellement dépassé le seuil des 2 000 milliards d’euros. A la fin du 2ème trimestre 2014, elle atteignait 2023,7 milliards exactement, selon les données publiées ce mardi matin par l’Insee. Ce qui équivaut à un endettement de 95,1% du PIB.

Ce chiffre témoigne de 40 ans de mauvaise gestion par les gouvernements successifs, droite ou gauche, résolvant les problèmes par la fuite en avant et l'augmentation de la dette. Ces politiciens ont mis la France au bord de la faillite et acculé le peuple français dans une situation aujourd'hui désespérée. Quand on vit 40 ans en s'endettant un peu plus chaque année, on prend de très mauvaises habitudes. Qui nous sortira de cette spirale infernale ?

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

lundi, septembre 15 2014

Edito - L’incroyable second report de l’objectif de réduction du déficit de 2015 à 2017

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La semaine dernière, Michel Sapin a annoncé que le déficit budgétaire pour l’année 2014 sera à 4,4 % du PIB, contre 3,8 % prévu, plus qu’en 2013, du fait de l’absence de croissance et de la très faible inflation. Il a aussi annoncé vouloir repousser l’objectif d’atteinte des 3 % de 2015 à 2017.

L’incroyable révision des objectifs

Le psychodrame budgétaire de la dernière semaine est absolument effarant. En 2012, lors de la campagne présidentielle, François Hollande, comme Nicolas Sarkozy, avait annoncé l’objectif de réduire le déficit à 3 % du PIB en 2013. Les deux finalistes ne se distinguaient que par l’horizon auquel ils pensaient pouvoir atteindre un déficit nul, 2016 pour l’un, 2017 pour l’autre. Du coup, assez logiquement, François Hollande a mené une politique budgétaire assez proche de celle de son adversaire, à base de hausses d’impôt (près de 30 milliards en 2012, comme en 2011) et de coupes dans les dépenses. Malheureusement, PS comme UMP ont négligé les leçons désormais même admises par le FMI.

En effet, la réduction des déficits, qu’elle passe par des hausses d’impôts ou coupes de dépenses, pèse fort sur la croissance, au point de compromettre la réduction des déficits, comme l’avait anticipé Jacques Sapir à l’automne 2012. Résultat, en mai 2013, devant l’évidence, Pierre Moscovici avait été contraint de négocier avec nos partenaires européens un report de l’objectif d’un déficit à 3% du PIB de 2013 à 2015. En réalité, le déficit atteint alors 4,3 %, ce qui en dit long sur l’échec de la politique menée. Il est donc totalement effarant de constater qu’à peine 16 mois plus tard, le gouvernement constate à nouveau l’échec de sa politique et se retrouve contraint de demander un nouveau report de deux ans.

Ce que cela dit du gouvernement

L’épisode de la semaine dernière n’est pas glorieux. On peut dire que cela donne de l’air au gouvernement, qui serait dans une position bien difficile s’il devait réduire le déficit de 1,4 points du PIB l’an prochain et qui sera sans doute plus confortable pour le faire en trois ans, même si la théorie des coefficients budgétaires implique que cette réduction devrait nous coûter entre 1,5 et 3 points de PIB… Mais cette seconde révision, outre le fait de curieusement valider ce qu’a dit Arnaud Montebourg il y a quelques jours et qui lui a coûté son poste alors même que ce que dit Michel Sapin aujourd’hui n’est pas très différent, démolit plus encore la crédibilité de l’équipe au pouvoir, qui n’en avait pourtant vraiment pas besoin.

Quelle confiance donner à ces amateurs de la gestion du budget, qui découvrent en mai 2013 que l’objectif pour l’année ne sera pas tenu, et pas à la marge, puisque le déficit a été 40 % supérieur à la prévision ! Et à peine 16 mois plus tard, ces mêmes amateurs repoussent à nouveau de deux ans l’objectif de 3 %. Ce qu’ils étaient censés atteindre en 2013 le serait en 2017 !!! Encore plus effarant, Pierre Moscovici, ministre de l’économie de 2012 à 2014 est promu au même poste dans la Commission Européenne ! Et que dire de ces chiffons de papiers qu’on appelle traités européens, sans cesse foulés aux pieds par des dirigeants dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils semblent totalement irresponsables.

Comment croire en 2014 un gouvernement qui dit qu’il tiendra en 2017 ce qu’il disait tenir en 2013 il y a 18 mois ? L’impasse, décrite par Patrick Artus, démontre la faillite complète de François Hollande. Et elle pourrait avoir des conséquences sur la teneur du débat politique à venir, pas forcément positives.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

dimanche, septembre 7 2014

Edito - Une explication des inégalités dans les pays émergents

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Le débat sur les inégalités ne cesse de progresser, ce qui explique l’immense succès international du livre de Thomas Piketty. The Economist rapporte l’étude du « prix Nobel d’économie » 2007, Eric Maskin, qui tente d’expliquer la hausse des inégalités dans les pays émergents.

La globalisation, vecteur d’inégalités

The Economist admet volontiers que les inégalités augmentent dans les pays émergents. Ils citent la hausse de 9 % de l’indice Gini entre 1993 et 2008 pour l’Afrique sub-saharienne, et de 34 % pour la Chine depuis 20 ans. Il explique aussi que cela contredit les théories de Ricardo, pour qui le libre-échange devait profiter aux travailleurs « low skill » (bonjour le biais idéologique), comme de 1700 à 1900 en France, où le rapport entre les revenus des 10 % qui gagnaient le plus et des 10% qui gagnaient le moins, est passé de 31 à 11. Mais depuis les années 1970 ou 1980 selon les pays, les inégalités explosent, avec le cas des États-Unis, comme le rapporte la Fed, qui révèle que de 2010 à 2013, les revenus des 10 % les plus riches ont progressé de 10 % alors que ceux des 20 % les moins riches ont baissé de 8 %

Selon Eric Maskin, les travailleurs bien formés des pays émergents sont en contact avec les travailleurs plus productifs des pays dits développés. Et ce contact entre personnes différentes maximiserait la productivité globale, les plus productifs tirant la productivité des moins productifs, dont l’activité est complémentaire de celle des premiers. La mondialisation a démultiplié ce genre de contacts, favorisant donc les travailleurs les mieux formés des pays émergents, par rapport aux moins formés, qui ne sont pas exposés aux travailleurs des pays dits développés. The Economist rapporte que les entreprises exportatrices au Mexique paient des salaires 60 % plus élevés que les autres et que les usines des multinationales en Indonésie paient leur encadrement 70 % plus cher que les entreprises indonésiennes.

Les zones d’ombre de cette théorie

Même si elle voit sans doute assez juste dans sa globalité, cette étude est critiquable sur deux aspects. D’abord, elle postule que la productivité des travailleurs peu formés dans les pays dits développés est supérieure à celle des travailleurs très formés des pays émergents. Mais ici, l’auteur confond sans doute les revenus ou le PIB / habitant et la productivité. Et si ce raisonnement était juste, alors, les multinationales n’auraient aucune raison pour délocaliser puisque ce qu’’elles perdraient en salaire chez nous serait alors rattrapé par la productivité supérieure. Ce faisant, il apporte de l’eau au moulin de Pascal Lamy, mais des études démontrent que ++ce raisonnement est totalement faux. ++ L’autre parti-pris contestable d’Eric Maskin consiste à soutenir que les travailleurs bien formés des pays émergents bénéficient de leur contact avec les travailleurs peu formés des pays dits développés. Mais ici, il se trompe. D’abord, l’explosion des inégalités dans ces pays démontre qu’il y a une zone d’ombre dans son raisonnement car, s’il avait raison, en bénéficiant de la double exposition aux travailleurs les mieux formés des pays émergents et des pays dits développés, alors, les travailleurs les moins formés des pays dits développés devraient bien se porter. La réalité, c’est sans doute que les travailleurs les plus formés des deux types de pays interagissent ensemble, ce qui contribue à leur faire tirer un profit disproportionnel de la mondialisation, qui ignore totalement les travailleurs les moins formés.

Le débat sur les inégalités ne cesse de progresser dans le monde. Mais pour l’instant, malgré des chiffres extraordinairement parlant, il ne trouve pas d’issue politique. Mais tôt ou tard, leur explosion finira par trouver une concrétisation politique, qui mettra enfin une muselière à la mondialisation.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

vendredi, août 15 2014

Edito - Le tandem Hollande/Valls : Les incompétents qui font sombrer le pays

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La France est un pays sérieux : la preuve, les têtes pensantes du ministère de l’Intérieur ont faire arrêter un manifestant qui, dans une mise en scène rodée, mimait la scène de soldats abattant des enfants (terroristes) : notre ami est le roi des pépères, et la kalachnikov est en caoutchouc. Mais l’État français est fermement dirigé, et notre vaillant gouvernement, toutes affaires cessantes, a fait arrêter notre ami pépère pour que vérifier par expertise que la kalachnikov était en caoutchouc… Et notre ami s’est trouvé en garde-à-vue : pathétique.

C’est ainsi : dès qu’on les regarde de près, nos braves dirigeants apparaissent nature, ie comme des crétins finis.

Notre gouvernement passe son temps à tenter de nous dissiper avec ce genre de calembredaines, et on finit par de désintéresser de son action,… Sauf qu’ils sont en train de fiche en France un bazar rare,… et que nous allons tous passer à la casserole.

Le tandem Hollande/Valls, les fossoyeurs de la Gauche, ces deux irresponsables aux épaules en forme de bouteille de Coca-Cola, nous avaient vanté les mérites du Pacte de responsabilité. Un truc bidon, qui était en fait la remise des clés du pays au MEDEF. Pour faire joli, François Hollande et Manuel Valls avaient promis la baisse des cotisations sociales des salariés les moins payés. Un « marqueur de Gauche », comme le disait Le Monde (des innocents).

Mais voilà : le Conseil constitutionnel a annulé la baisse des cotisations sociales. Du travail d’amateur.

Tétanisés devant la réussite économique de l’Allemagne, notre pays frère, François Hollande n’avait rien trouvé de mieux que d’appeler l’Allemagne à lancer des programmes pour draguer à la croissance, pour que la France en profite. La réponse a été un coup de pied au cul, par le président de la banque centrale allemande Bundesbank, Jens Weidmann, qui a invité la France à être «un exemple en matière budgétaire» et à cesser d’en appeler à l’Allemagne pour soutenir sa croissance. Angela Merkel n’a pas bronché une oreille, et elle a laissé le banquier dézinguer François Hollande.

Il y a deux jours, nouvel épisode dans l’inexorable chute. Jean-Christophe Cambadélis a jugé «inévitable» d’abandonner l’objectif d’un déficit public de 3% du PIB en 2015. En septembre 2013, Paris avait obtenu de Bruxelles un délai de deux ans pour passer sous la barre des 3%, objectif initialement fixé pour 2013, et promis de ramener son déficit public à 3,6 % du PIB fin 2014 et 2,8 % fin 2015. Engagement martelé par El Blancos. Aujourd’hui, nos gouvernants renoncent. En juillet, les prix à la consommation ont baissé de 0,3% et on voit apparaitre un risque de déflation. C’est grave.

L’illusionniste Michel Sapin, qui avait estimé la croissance française à 1%, reconnait qu’on ne dépassera pas les 0,5%. Ce qui oblige à revoir toutes les prévisions fiscales…

A ce stade, nous n’avons plus le choix : il faut que Angela Merkel gouverne la France. Pendant ce temps, notre gouvernement s’occupera des enquêtes sur les kalachnikovs en caoutchouc.

On en rit,… mais pas trop, car François Hollande et Manuel Valls sont entrain de flinguer notre pays…

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

lundi, juin 30 2014

Edito - Le dangereux retour des austéritaires, au PS !

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Paradoxe assez incroyable qui démontre à quel point la décomposition de la pensée économique, alors que les preuves des méfaits des politiques austéritaires ne cessent de s’accumuler et sont aujourd’hui admises par des intellectuels de tous les bords, le PS y cède de plus en plus, comme le montre le dernier rapport de la Cour des Comptes et le rapport de Jean Pisani-Ferry.

Quand un socialiste propose de faire du Sarkozy !

Le PS est vraiment dans une phase de décomposition intellectuelle avancée pour produire une intelligentsia qui embraye le pas à la pensée économique de la droite la plus bête, pour paraphraser Paul Krugman au sujet de la défense de la politique de l’offre de François Hollande. Didier Migaud, député « socialiste » nommé par Nicolas Sarkozy à la tête de la Cour des Comptes, a publié un rapport qui questionne la capacité du pays à tenir ses objectifs de réduction du déficit budgétaire et propose de réanimer la politique initiée par Nicolas Sarkozy, visant à supprimer 10 000 postes de fonctionnaires par an, mais en incluant les collectivités locales et la Sécurité Sociale au lieu de la limiter à l’État. Il avait déjà critiqué la promesse du président de créer 60 000 postes dans l’éducation, malgré un véritable besoin.

Jean Pisani-Ferry, ancien conseiller économique des ministres de l’économie de Lionel Jospin de 1997 à 2002, pousse encore plus loin la logique austéritaire. Il dénonce le poids des dépenses publiques « 12 points supérieur à l’Allemagne », en feignant d’ignorer qu’il compare des choux et des carottes et que la réalité est beaucoup plus équilibrée, notre service public étant beaucoup plus étendu que vos voisins. Il propose de diminuer les dépenses publiques de 54,8 à 48,8% d’ici à 2025, soit un effort de 0,6 point de PIB tous les ans. On suppose qu’il ne prend pas en compte le fait que la baisse des dépenses réduit le PIB, d’un coefficient de 0,9 à 1,7 selon la dernière étude du FMI. Une telle baisse réduirait le PIB de 5 à 10% sur 10 ans, ce qui contredit complètement l’objectif de réduction du poids de la dette, qui serait augmenté d’autant, comme cela se passe dans une partie des pays de la zone euro.

L’austérité est contre productive

Il y a quand même quelque chose de piquant à voir des socialistes proposer de démanteler l’État et baisser les dépenses publiques alors même que le très libéral et anti-Etat The Economist vient de publier un long article démontrant les ravages des politiques d’austérité. Il est tout de même effarant que des hiérarques socialistes ferment les yeux sur les ravages des politiques suivies dans le reste de l’UE, la Grèce où des études suggèrent que pas moi de 30% de la richesse nationale aurait été perdue depuis 2007, avec son cortège de chômage et d’effondrement du pouvoir d’achat (28% en Irlande et 18% en Espagne). The Economist soutient que la crise aura également un effet sur le long terme en réduisant les dépenses d’investissement des entreprises, ce qui sera un handicap pour le futur.

Paul Krugman, qui a démonté les politiques austéritaires dans son dernier livre, livre un jugement sévère sur l’UE. Pour lui « les problèmes inhérents à l’euro ont été aggravés par de mauvaises décisions. Les leaders européens ont insisté, et ont continué à insister, malgré les preuves éclatantes, sur le fait que la crise n’était qu’une affaire d’irresponsabilité fiscale, et ont donc imposé une austérité sauvage qui ne fait qu’empirer une situation déjà terrible » et conclut « il est terrifiant de voir un si grand nombre d’européens rejeter les valeurs démocratiques, mais au moins, une partie du problème vient des responsables qui semblent plus intéressés par la stabilisation des prix et la probité fiscale que par la démocratie ». Il est tout de même incroyable de voir le Parti dit Socialiste ignorer la voix de ce « prix Nobel d’économie ».

Merci néanmoins à Didier Migaud et Jean Pisani-Ferry de démontrer que les sommités économiques issues du Parti Socialiste ont à ce point arrêter de penser sur les questions économiques. Car outre le fait d’ignorer Paul Krugman, ils ignorent même les derniers travaux du FMI, pourtant guère suspects de laxisme.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mardi, mai 20 2014

Edito - Mettre fin au cauchemar de l'Euro ! Pour stopper la désindustrialisation et le chômage...

O.A1.jpgJacques Sapir réagit au documentaire de France 2 présentant le «roman de l'euro». L'économiste nous livre une autre version de l'histoire, celle d'un «cauchemar» dont il est urgent de sortir !

Jacques Sapir dirige le groupe de recherche Irses à la FMSH, et coorganise avec l'Institut de prévision de l'économie nationale (IPEN-ASR) le séminaire franco-russe sur les problèmes financiers et monétaires du développement de la Russie. Vous pouvez lire ses chroniques sur son blog RussEurope

Le « roman de l'Euro », quel beau titre pour une soirée de propagande sur France 2 ! On nous a présenté donc comme un « roman » ce qui est, pour la majorité des Français, mais aussi des Italiens, des Espagnols, des Portugais et des Grecs, un véritable cauchemar.

Le «roman de l'Euro», quel beau titre pour une soirée de propagande sur France 2! On nous a présenté donc comme un «roman» ce qui est, pour la majorité des Français, mais aussi des Italiens, des Espagnols, des Portugais et des Grecs, un véritable cauchemar. Notons que les réalisateurs n'avaient pris aucun risque. Les voix discordantes étaient réduites au strict minimum. Et si l'on doit saluer le courage d'un Philippe Villin, toujours très battant sur ce terrain, le spectateur moyen est laissé dans l'ignorance du nombre important d'économistes qui ont exprimé, ou qui expriment aujourd'hui, leurs doutes quant à la survie et surtout l'efficacité de l'Euro. Des Bernard Maris, conseiller économique à la Banque de France, Bernard Mazier, Alain Cotta ou Frédéric Lordon, il ne fut donc pas questions, ni des quelques soixante-dix noms d'économistes européens ou américains. De «débat», il n'y eut que le nom, et cela est indigne, mais hélas très habituel, de la télévision publique mais aussi de la France en général.

L'Euro existe depuis 1999 pour ce qui concerne l'Euro bancaire et depuis 2002 pour la monnaie courante, ce que l'on appelle l'Euro fiduciaire. Jusqu'en 2008, soit jusqu'à la crise des subprimes, il a provoqué un fort ralentissement de la croissance sur les pays qui l'ont utilisé. On peut comparer les taux de croissance annuel entre pays de la zone euro et le reste des pays développés.

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L'écart est, par an, de 0,5 % à 0,7 % avec la moyenne des pays de l'OCDE, qui incluse en fait les pays de la zone Euro. Cette situation s'est en réalité aggravée avec la crise, et l'on voit que dans la période 2007-2011, le taux de croissance annuel de la zone Euro est bien plus faible que celui des États-Unis, ou de la Suisse et de la Norvège. L'effet de freinage sur la croissance dû à l'existence de l'Euro est indéniable. Encore faut-il savoir que la zone Euro est elle-même très hétérogène. L'impact de la crise de l'Euro sur les divers pays mérite que l'on s'y attarde.

Un seul pays a vu son PIB s'accroître de manière conséquente par rapport à 2008, c'est l'Allemagne. La France stagne (avec un gain total pour l'ensemble de la période, soit 5 ans de 0,72 %). Par contre la chute est importante pour les autres pays. Elle est impressionnante dans le cas de la Grèce (-23,3 %) mais elles est très significative pour l'Espagne, l'Italie et le Portugal, et loin d'être négligeable pour un pays comme les Pays-Bas. Si l'on retirait l'Allemagne de la zone Euro, on verrait que le bilan global est encore plus négatif.

Mais, ces chiffres sont loin de nous dire l'ampleur réel du problème induit par l'Euro. La chute des investissements est encore plus spectaculaire, et cette fois elle est générale.

De 2008 à 2013, l'investissement, autrement dit la source même du progrès économique et social pour toute économie, s'est contracté dans tous les pays considérés. Cette contraction est très faible en Allemagne, significative en France et en Belgique, importante en Italie, aux Pays-Bas et au Portugal, et catastrophique en Espagne et en Grèce. Ces derniers pays sont ramenés au niveau d'investissement qui était le leur au milieu des années 1980. Il ne faut donc pas nourrir d'illusions quant à l'effet des politiques d'austérité. Ces dernières ont permis à certains de ces pays de retrouver une balance commerciale en équilibre, mais ce fut au prix d'une contraction drastique des importations. Compte tenu de l'effondrement des investissements dans ces pays, on doit s'attendre à des chutes importantes de la productivité qui vont faire réapparaître à bref délai un problème de balance commerciale.

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Source: Base de donnée du FMI.

On voit, par contre, que l'Allemagne a un excédent important, et qui paraît même déraisonnable. L'Allemagne se fait tracter par le reste du monde, zone Euro incluse. Cette situation, elle la doit à l'Euro. Si l'Allemagne avait conservé le Deutschemark, ce dernier se serait réévalué au fur et à mesure des excédents commerciaux. Son taux de change serait probablement compris entre 1,50 et 1,55 dollars (ou USD) pour 1 DM. Mais, l'Allemagne bénéficie de l'Euro, et l'impact dépressif sur le taux de change qu'exercent les situations des autres pays. C'est pourquoi le taux de change de l'Euro, poussé à la hausse par les excédents allemands, mais à la baisse par les déficits des autres pays (dont la France) voit son taux de change évoluer entre 1,35 et 1,40 USD. Ce taux est excellent pour l'industrie allemande, mais bien trop fort pour les autres pays, qui doivent pour s'ajuster sacrifier leurs importations et leurs investissements. Un taux de 1,10 USD correspondrait à ce qui serait nécessaire pour la France, et pour l'Italie et l'Espagne, des taux compris entre 1,05 USD et 0,95 USD assurerait une bonne compétitivité sans avoir à sacrifier le long terme, par la compression des investissements. On mesure immédiatement qu'il ne peut y avoir de taux de change unique correspondant aux différentes économies. L'écart des taux de change d'équilibre pour les différents pays, et sans inclure la Grèce, va de 0,95 à 1,55 USD. L'ampleur de cet écart signe l'impossibilité de faire fonctionner la monnaie unique sans provoquer une catastrophe en Europe, et au-delà dans l'économie mondiale. Car, l'impact des politiques d'austérité qui n'ont été mises en œuvre que pour «sauver» l'Euro dépasse de loin les frontières de l'Europe . En fait, la zone Euro exerce une effet dépressif sur l'ensemble de l'économie mondiale.

L'impact social de l'Euro est aussi catastrophique, en particulier, mais pas uniquement, dans le domaine du chômage.

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Source: Base de donnée du FMI

La prise de conscience de la catastrophe induite par l'Euro sur l'économie européenne commence à être perçue, que ce soit par les gouvernements ou par les agents privés. De fait, aujourd'hui, le marché des dettes tant publiques que privées, tend à se fractionner, et l'on est revenu à la situation de 2000. Il faut ici rappeler que le marché des dettes était le seul sur lequel on avait pu noter une réelle convergence. Cette dernière est désormais effacée.

Il ne faut donc pas s'étonner si des voix s'élèvent pour demander une baisse du taux de change de l'Euro face au Dollar, et en particulier en France. Mais, si l'économie française qui est l'une des moins intégrées dans la zone Euro pourrait en tirer quelques profits, cela ne résoudrait nullement le problème de l'Italie ou de l'Espagne. Or, qui peut croire que la croissance reviendrait en France si ces deux pays sont en dépression ?

Mais, les calculs réalisés au Ministère des Finances, et dont Arnaud Montebourg s'est fait l'écho au début de cette année avec une déclaration importante au journal les Échos, dans une interview sur le site internet , ont l'immense intérêt de montrer de manière incontestable que nous aurions grand intérêt à sortir de l'Euro. Les taux de croissance qui sont indiqués par la DGTP (Direction Générale du Trésor et de la Prévision), soit 1,2 % de croissance la première année et 0,6 % la seconde en cas de dépréciation de 10 % de l'Euro correspondent d'ailleurs aux valeurs «hautes» du modèle qui a été publié en septembre dernier. Nous tablions, pour une dépréciation de 20 % de la monnaie française (et non de l'Euro seulement) sur un gain direct de 2,5 % à 2,8 %, et un gain indirect total de 4,5 % à 6 % par an se répétant pour les 3 premières années .

La seule solution raisonnable, celle qui mettrait fin au cauchemar de l'Euro, serait une dissolution concertée de ce dernier. Il faut souhaiter qu'elle soit prise le plus rapidement possible, car le désastre imposé par l'Euro n'a que trop duré.

La solution dite de «dépréciation» de l'Euro se heurte à plusieurs obstacles. D'une part, on ne «déprécie» pas si simplement la monnaie correspondant à une zone économique qui est en excédent commercial (du fait de l'Allemagne). On peut certes faire l'équivalent d'une «quantitative easing» à l'européenne, c'est-à-dire obliger la Banque Centrale Européenne à racheter des montants importants de dettes publiques pour injecter de la monnaie et, par un processus de marché, comme il y aurait plus d'offre d'euros que de demande, provoquer une baisse du cours par rapport au Dollar et au Yen. Mais, un tel programme rencontrera l'opposition absolue de l'Allemagne. En effet, l'article 88 de la loi fondamentale allemande interdit à la Banque Centrale de prêter à l'État, et la cour de Karlsruhe a statué que les pratiques de la BCE ne doivent pas violer la constitution allemande. D'ailleurs, le problème se pose dès aujourd'hui à propos du programme Outright Monetary Operation envisagé par Mario Draghi, le président de la BCE, dont la légalité au regard de la loi allemande et du statut de la BCE est mise en cause par 6 juges sur 8. Enfin, il faudrait que la BCE adopte de manière claire une politique de ciblage du taux de change (et du taux de change réel par surcroît), ce qu'elle s'est toujours refusée à faire. On peut le déplorer, mais il faut le constater, il n'y a pas de majorité qui permette de faire changer de politique la BCE. Sauf à expulser l'Allemagne de la Zone Euro, rien ne sera possible dans la Zone Euro.

On le mesure alors. La seule solution raisonnable, celle qui mettrait fin au cauchemar de l'Euro, serait une dissolution concertée de ce dernier. Il faut souhaiter qu'elle soit prise le plus rapidement possible, car le désastre imposé par l'Euro n'a que trop duré.

Source : FigaroVox/Tribune

dimanche, mai 4 2014

Edito - Christian Saint-Etienne, sur la vente d'Alstom

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Christian Saint-Etienne, professeur titulaire de la Chaire d'économie industrielle au Conservatoire National des Arts et Métiers, écrit un article très intéressant dans le Figarovox :

"... Mais c'est une claque pour la classe dirigeante française car elle fait apparaître son incompétence collective depuis 18 ans. Voici les preuves...

En transférant la prise de décision aux États-Unis, Alstom Energie ne pourra pas décider d'investissements ou de diversifications futures sans l'accord des actionnaires américains. Or ce transfert résulte de choix stratégiques imbéciles de Serge Tchuruk qui jette à la poubelle boursière GEC-Alsthom en 1998 avant de « théoriser » en 2001 son ambition de faire d'Alcatel une « entreprise sans usines ». Alstom est vendu et Alcatel est un mort-vivant alors que les entreprises industrielles intégrées comme General Electric et Siemens survivent. Tchuruk et ceux qui l'ont conseillé devraient être jugés pour haute trahison. Au passage, c'est la Gauche qui gouverne la France à l'époque.

Une Gauche qui au même moment met en place les 35 heures en 1998-2002. Il faut revenir sur l'origine de cette mesure. Elle n'est pas « prise sur un coin de table » en 1997 comme le veut la légende ni appliquée aveuglément à tout le secteur productif à cause de la seule rigidité de Martine Aubry. En fait, tout le monde était d'accord, Gauche et Droite, décideurs économiques et politiques, car s'était installée dans les années 1990 l'idée que nous étions entrés dans un monde post-industriel et post-travail. La rigidité de la Gauche n'a fait qu'aggraver les conséquences d'une vision insensée selon laquelle il fallait laisser mourir l'appareil industriel en France pour produire en Asie et partager le travail car il allait manquer. Et beaucoup de prophètes tarés continuent de véhiculer ces idées fausses. Or et c'est la clé de compréhension des malheurs de la France, l'erreur commise par nos élites dirigeantes entre 1996 et 2002 a été de confondre le passage de la deuxième à la troisième révolution industrielle avec l'entrée dans un monde post-industriel !

Car nous sommes passés, en effet, de la deuxième à la troisième révolution industrielle dans les années 1980 avec une accélération foudroyante dans les années 1990. ... C'est exactement au moment de l'accélération de la troisième révolution industrielle que nos pseudo-élites écrasent les entreprises de charges sociales, d'impôts et de réglementation pour partager les emplois de la deuxième révolution industrielle tout en tuant la naissance des entreprises de la troisième révolution industrielle. Ces dernières émergent quand même, mais chétives et sous alimentées en profits et fonds propres.

Or la suite est la conséquence de l'intuition clé de cet article : c'est parce que la Droite partage cette idée fausse et vicieuse, ou qu'elle n'a pas la capacité intellectuelle d'en démontrer la fausseté, qu'elle ne prendra jamais réellement les mesures, entre 2002 et 2012 pour définitivement tuer les 35 heures (on les rogne à la marge), éliminer l'ISF sur les actions et fortement réduire les charges et réglementations sur les entreprises.

Puis, dans les deux premières années de la présidence actuelle, et en dépit du CICE, le gouvernement finit le travail en achevant le malade par un retour de l'âge de départ à la retraite à 60 ans, la suppression de la TVA sociale et l'alourdissement criminel de la fiscalité sur le capital qui accélère la fuite des investisseurs.

La vente d'Alstom est donc le constat de faillite de la vision fausse qui gouverne la France depuis 1996 (loi Robien du 11 juin 1996 non obligatoire mais qui s'inscrit déjà dans cette vision). De juin 1996 à juin 2014 (début de mise en œuvre du plan Valls), les élites françaises ont partagé deux idées : celle évoquée précédemment de la fin de l'industrie et son corollaire, seule la dépense publique peut encore créer des richesses et des emplois. Rien n'arrête plus la dépense publique qui atteindra son sommet en 2013 (en pourcentage du PIB). La France se réveille groggy de la plus colossale erreur stratégique de son histoire depuis la Libération qui aura gouverné la France pendant 18 ans !!! (...)"

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE