mercredi, janvier 21 2015

Edito - François Hollande ou le vrai socle du rebond : la victoire contre ... soi

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Quand une impopularité s'est installée au sujet d'un trait de tempérament d'un individu, le rebond naît d'abord dans l'apparence manifeste que la personne concernée a gagné contre ... elle. Donc elle a changé. C'est la victoire que l'opinion publique salue avec le maximum d'émotion.

A l'automne 1988, je participe à une réunion publique avec Jacques Chirac. L'ex-candidat à la présidentielle apparaît défait, détruit. Alain Juppé se tient quelques pas derrière lui et lui souffle même parfois des passages de son intervention. Le soir de la défaite contre François Mitterrand, son épouse avait dit : "les français ne l'aiment pas". Jacques Chirac était agité, cassant, trop pressé. En 1995, il gagne d'abord contre lui-même. Il est cool, sympa, proche. Il voyage seul dans le train pour ses déplacements en province. Il organise des tables de travail. Il fait même preuve d'auto-dérision. En mai 1995, Jacques Chirac est aimé des français et gagne.

En 2000, aux États-Unis, lors de la primaire, tout vouait McCain à une victoire facile face à GW Bush. Ce dernier est le "mauvais garçon" : élève moyen, Gouverneur modeste, fils peu proche de son père. Mais l'équipe de GW Bush va désamorcer les critiques en endossant un grief majeur (l'alcool) et montrer que GW Bush a gagné contre lui. D'un coup, cette victoire éclaire tout sous un autre angle : sa volonté, la place de la religion, la place de la famille dont celle de son épouse ... Le "brave gars" était né.

Quand un trait de tempérament inquiète l'opinion, dès que l'intéressé le gomme, la réconcilation est prometteuse.

François Hollande était "mou". Le voilà Rambo : c'est la plus manifeste victoire contre soi.

A partir de là en effet, une autre histoire devient possible.

Ce qui est intéressant en l'espèce, c'est que cette victoire coïncide avec un efficace redéploiement des supports de communication.

A ce rythme, dans cette ambiance, les cantonales de mars vont s'annoncer sous un angle très différent du défoulement initialement prévu.

C'est quand même très ludique de voir désormais l'opinion fluctuer ainsi, offrir des nouvelles chances en permanence. Reste à savoir pour quelle durée. Mais dans le cas de François Hollande force est de constater qu'une nouvelle page est manifestement ouverte.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mardi, novembre 11 2014

Edito - Catalogne : quand voter devient la fête ...

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Quand plus de 2 200 000 personnes votent un dimanche pour revendiquer leur indépendance territoriale, soit 40 % du corps électoral et que 80 % d'entre elles votent dans la même direction, comment est-il possible de ne pas donner suite à ce message ?

C'est l'enjeu d'avant-hier en Catalogne.

Ce 9 novembre 2014 restera à tout jamais un grand moment de démocratie.

1) L'opinion veut de l'espoir. Le réel est insupportable. Tout va mal et rien n'est jamais réglé. Il est donc naturel de chercher à changer le cadre.

2) Ce nouveau cadre est perçu comme pouvant mettre la crise en crise. Les citoyens veulent de la proximité donc des instances où ils savent pouvoir peser.

3) C'est le temps de la parole à donner aux citoyens. Les élites sont discréditées. Les citoyens veulent reprendre le pouvoir et l'exercer directement le plus souvent possible. Sous cet angle, c'est le message le plus positif qui soit. Parce que voter devrait toujours être une fête, le meilleur hommage à ceux qui ont combattu pour cette avancée démocratique.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

vendredi, avril 11 2014

Edito - Jean-Luc Mélenchon peut qualifier Marine Le Pen de fasciste

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Marine Le Pen, pour développer le chiffre d’affaires de l’épicerie familiale, a choisi le thème du relookage pépère et mémère. Donc, quiconque osera dire que le FN est d’extrême droite sera attaqué illico presto en justice. Bon. Sauf qu’on n’a pas vu le premier procès depuis ce fier effet d’annonce,... et que c’est en toute hypothèse bien mal barré : Jean-Luc Mélenchon qui avait traité Marine Le Pen de fasciste… a été honoré d’un procès, qui a été perdu…

Être homme politique présente quelques petits avantages question liberté d’expression : on peut y aller franco. Pour que le débat politique ait lieu, il faut admettre une part d’outrance, surtout en période de campagne électorale, et cette outrance est d’autant plus admise qu’un leader politique dispose de moyens pour répliquer. Plus fondamentalement, il faut admettre que si une idée est dans l’air, il faut qu’elle puisse s’exprimer, pour être mise sur la table et soumise aux contre-arguments.

Les limites sont les attaques personnelles, les éructations qui ne contiennent aucune idée, et le discours de haine. Ici, on redoute moins l’idée elle-même, que son rôle déclencheur. Le discours de haine (1) désinhibe les malfrats, et celui qui tient le discours est dans l’incapacité de contrôler les effets. C’est le jeu de lâcher de chiens qui est condamné.

Alors, notre affaire ?

On part d’un sondage publié le 5 mars 2011, qui donnait Marine Le Pen en tête au premier tour de la présidentielle de 2012. Réponse de Jean-Luc Mélenchon sur iTélé : « Tout ça est une guignolisation de la vie politique, absolument invraisemblable. Pourquoi voulez-vous que le peuple français soit le seul peuple qui ait envie d'avoir un fasciste à sa tête ?

« Kézaco, moi fasciste ? » Marine Le Pen avait fait citer Jean-Luc Mélenchon devant la 17° chambre correctionnelle de Paris pour injure, en visant l'article 29 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, aux termes duquel « toute expression outrageante, termes de mépris ou invective qui ne renferme l'imputation d'aucun fait est une injure ». C’est l’argument : l'imputation péjorative d'une opinion illicite et universellement réprouvée constitue une injure.

Pas si simple. Pour Jean-Luc Mélenchon, ce n’était pas une question d’injure, mais de qualification politique. Il s’était amusé à relever que Marine Le Pen parlait elle-même de « fascisme doré des marchés financiers » et de « fascisme vert » à propos d’une certaine religion qui la défrise. Plus essentiellement, qualifier de fasciste, « ce n'est certes pas un compliment, mais c'est une opinion » qui a sa place dans le débat public.

Et d’expliquer que la « négation des conflits de classes » au profit de « communautés mythiques comme la nationalité ou la religion », et la posture « ni droite, ni gauche », sont des marqueurs « typiques » du fascisme. Enfin, et à très juste titre, il ajoutait que sanctionner pénalement cette caractérisation politique reviendrait à « interdire tout travail scientifique sur ce thème ».

Le jugement, rendu ce 10 avril, n’est pas connu mais on trouve les attendus principaux dans la presse.

« Si le terme fasciste peut prendre une connotation outrageante quand il est utilisé en dehors de tout contexte politique ou s'il est accompagné d'autres termes dégradants, il est, en revanche, dépourvu de caractère injurieux lorsqu'il est employé entre adversaires politiques sur un sujet politique ».

« Dans un tel contexte, il se situe dans le cadre d'un débat d'idées et d'une polémique sur la doctrine et le rôle d'un parti politique, sur lesquels Jean-Luc Mélenchon pouvait légitimement faire valoir son opinion sans dépasser les limites autorisées de la liberté d'expression en la matière ».

Marine Le Pen a annoncé qu’elle interjetait appel (2) (3) (4). Une nouvelle défaite promise. Aimer perdre, un destin...

PS : Je trouve que cette phrase de Jean Clair (qui c'est ?) est en revanche ouvertement diffamatoire. "Jean Clair trouve en effet qu'accuser Alain Finkielkraut d'être « un fourrier du FN » est « une ignominie » , quand on sait que le père de celui-ci, juif polonais, a été déporté à Auschwitz, avant d'émigrer en France". En effet, cette phrase accrédite un lien entre le FN et Auschwitz. Il y a décidément beaucoup de cons à cette académie française

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE