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Comment ne pas être affligé par le débat sur la loi Macron ? La grande majorité des médias accrédite les arguments absolument pas démontrés selon lesquels la dérèglementation pourrait soutenir la croissance comme des perroquets. Petit décryptage de ce projet.

Un outil pour la croissance ?

L’un des premiers arguments pour justifier la libéralisation du travail du dimanche sont les touristes chinois qui pourraient alors rester à Paris le dimanche pour faire des courses. Passons sur le fait que l’organisation de notre société devrait être définie par les besoins des riches touristes chinois… Cela en dit long sur la boussole de ceux qui osent avancer cet argument. Encore plus effarant, ils ne paient généralement pas la TVA, ce qui limite quand même grandement l’intérêt de leurs achats. Soit dit en passant, rien ne justifie cette niche fiscale qui ne profite qu’aux plus riches. Pourquoi les riches voyageurs internationaux ne devraient pas payer les taxes que les citoyens lambda paient tous les jours ?

D’autres disent que la baisse des prix des professions dites protégées créerait du pouvoir d’achat. Passons sur le fait que la baisse du prix des notaires touchera d’abord les plus riches, qui y passent plus souvent que les classes populaires… Ensuite, cette idée est doublement absurde. La baisse des prix est déflationniste en réduisant le pouvoir d’achat de ces professions et pourrait donc pénaliser la croissance. Pire, on voit souvent que la libéralisation ne provoque pas une baisse des prix : la santé, les écoles privées, l’énergie ou les renseignements téléphoniques démontrent l’exact contraire, pour de multiples raisons. Bref, les arguments sur lesquels repose cette loi ne sont vraiment pas solides.

Boucs émissaires et égoïsme

Mais il y a d’autres aspects de cette loi qui pose problème. Si elle restera probablement sans aucun effet sur la croissance, en revanche, elle est une pièce de plus dans le discours néolibéral qui s’impose. S’il est possible qu’elle s’attaque à quelques rentes exagérées (je ne connais pas assez ces dossiers pour me prononcer), toute la dialectique sur les rentes et les « professions protégées » n’est pas neutre dans le climat actuel. Elle entretient l’idée que ces professions bénéficieraient d’un avantage indu, qu’elles ne contribueraient pas aux efforts que tout le monde fait. Mais ce faisant, cela décrit un objectif final où plus personne ne devrait bénéficier de la moindre protection.

Cette présentation du débat est assez habile car l’assimilation de la réglementation à une protection, puis à une rente, si elle n’est sans doute pas tout le temps fausse (sans quoi l’argument ne pourrait sans doute pas tenir), revient à discréditer a priori toute forme d’organisation et de réglementation de notre économie. L’idée même de défendre la moindre contrainte est implicitement disqualifiée par la rhétorique développée en défense du projet de loi Macron, quelques années à peine après le désastre des subprimes et la plus grave crise économique, provoquée justement par un abus de laisser-faire dans la finance. Derrière cette loi, il y a bel et bien l’idéologie néolibérale la plus dogmatique.

Le néolibéralisme est habile car il créé des boucs émissaires (les professions « protégées) qui nourrissent son idéologie, pour essayer de nous faire croire que la sommes des égoïsmes et la suppression des cadres de notre société produirait du bien commun, alors qu’ils ne produisent que la loi de la jungle.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE