samedi, janvier 17 2015

Edito - Vite en finir avec la culture du "tout se vaut"

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Si le temps de l'émotion ne cède pas rapidement la place au temps de la raison dans l'actuel drame traversé la semaine dernière par la France, des semaines redoutables s'annoncent.

Ce devrait être la fonction des responsables politiques que d'assurer le plus rapidement possible cette évolution. Ils ne le font pas.

Après le temps de l'évitement, ils annoncent le temps de l'affrontement avec ce mot terrible de "guerre". Ni l'un ni l'autre ne sont efficaces.

François Hollande dit que la France est "en guerre". Mais qu'a-t-il fait en conséquence pour défendre des intérêts de la France à l'étranger comme hier au Niger ?

Notre pays est en train de sombrer dans des travers d'une extrême gravité :

1) juger l'importance des morts en fonction du nombre de kilomètres qui nous séparent du drame : à plusieurs reprises cet été sur ce blog ont été publiés des drames lointains : églises brûlées, chrétiens martyrisés ... Quels étaient alors les échos ?

2) Pire encore avoir un jugement de classe sur des morts en fonction de leur notoriété médiatique : c'est pourtant ce à quoi nous venons d'assister depuis 10 jours de façon caricaturale.

3) Considérer que, dans les valeurs collectives, il n'y ait plus de place pour du sacré. Or, la vie est sacrée. Mais le respect d'autrui est également sacré.

Il n'y a aucune raison d'offenser autrui quand on l'a accepté sur son territoire. Il doit y respecter des règles. Mais il doit aussi être respecté.

Dans ce droit au respect, il doit y avoir une hiérarchie. Faute de hiérarchie, il n'y a plus de repère. Faute de repère, une communauté humaine ne peut fonctionner.

Dans tous les domaines en France depuis des décennies la mode est au "tout se vaut". Les enfants font la leçon aux enseignants, souvent d'ailleurs avec le soutien déterminé des parents. Des parents qui ont abandonné leur fonction d'éducation comme si un tiers pouvait la remplir avec autant d'efficacité....

Cette culture est destructrice parce qu'avec le "tout se vaut" c'est toujours le plus bas qui gagne et qui devient le marqueur.

Pour ce qui me concerne, je suis contrarié quand des croyances religieuses sont offensées. Je n'ai jamais apprécié l'humour vulgaire au détriment de l’Église chrétienne ou de ses représentants. En conséquence, je suis persuadé qu'il doit en être de même pour celles et pour ceux qui se retrouvent dans d'autres religions.

Je n'ai jamais apprécié des chansons sur des thèmes de "nique ta mère" ou les groupes de rap qui transforment méthodiquement les femmes en objet sexuel avec une vulgarité scandaleuse.

J'ai dû lire deux ou trois fois un Charlie Hebdo. Ce n'était pas mon style d'humour. En revanche, j'ai été choqué et particulièrement triste que le droit sacré de vivre puisse être ainsi agressé.

Au cours des derniers jours, la seule position sage me semble avoir été celle du Pape François : le progrès dans une civilisation passe d'abord par le respect mutuel. __ 4) L'actuelle situation Française est intenable dans la durée. Puisque la France se déclare officiellement en guerre qu'avait-elle fait pour protéger ses intérêts à l'étranger par exemple au Niger ? Combien de Français__ dans des territoires lointains peuvent être exposés à des représailles sans être dans le confort de palais parisiens hyper-protégés ?

La raison n'est jamais mécaniquement dans le camp du grand nombre apparent. Ce grand nombre a longtemps choisi l'évitement. A tort. Il choisit aujourd'hui l'affrontement. A tort probablement. Dans ce nouveau choix, s'il met autant de temps à découvrir ses erreurs que celui qui fut nécessaire pour découvrir que l'évitement a été une erreur, de très lourds drames sont à prévoir.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

vendredi, mai 9 2014

Edito - Rapt de 250 lycéennes : L’incurie du pouvoir nigérian, et notre indifférence

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Le groupe islamiste armé Boko Haram a revendiqué dans une vidéo, obtenue lundi 5 mai par l'Agence France-presse, l'enlèvement de deux cent soixante-seize lycéennes à la mi-avril dans le nord-est du Nigeria. Il y menace de les traiter en « esclaves » et de les « marier » de force. « Je vais les vendre sur le marché, au nom d'Allah. (...) J'ai dit que l'éducation occidentale devait cesser. Les filles, vous devez quitter l'école », dit le chef du groupe extrémiste, Abubakar Shekau.

Qui ça ? Des nigérianes. Ah bon,… alors ce n’est pas si grave. Enfin un peu de sensationnel quitte à me répéter de façon lourdingue : « J'ai enlevé vos filles. Je vais les vendre sur le marché, au nom d'Allah ». Là tout s’éclaire. C’est le revival du Mali, le Nigeria est menacé d’une sécession, entre le Nord musulman et le Sud chrétien… Ce qui est fort regrettable pour ce sympathique pays, avec ses 165 millions d’habitants, ses investissements en flèche, et ses réserves pétrolières, qui en font le premier exportateur pétrolier africain et la première puissance économique d’Afrique. Si vous voulez faire du fric en Afrique, ne perdez pas votre temps, misez sur le Nigéria.

D’ailleurs, le monde des gens bien ne s’y trompe pas. Depuis mercredi, se presse dans une capitale blindée de forces de l’ordre un Forum économique mondial, qui est une sorte de Davos africain. Une opération de prestige pour Goodluck Jonathan, le président nigérian, candidat à sa réélection en 2015.

Alors, voici soudain dénoncé à la face du monde ce mal absolu, le groupe Boko Haram,… et ce sont effectivement de vrais salopards. Mais, dans ce pays riche et démocratique, comment un tel groupe, créé il y a plus de douze ans, peut-il prospérer ? Encore un ravage de l’intégrisme ?

Oui, sauf que l’intégrisme ne prospère pas sans son terreau, toujours le même, l’injustice sociale. Dans le riche Nigéria, 60 % de la population vit avec moins de 2 dollars par jour, et les inégalités s’accroissent depuis le retour à la démocratie en 1999. Cette pauvreté est omniprésente dans le Nord, bordé par le Niger, le Tchad et le Cameroun. Le nom de Boko Haram, qui signifie le « livre interdit » par rejet de l’instruction, est là-bas déjà inscrit par la réalité sociale : dans le Nord, 80 % des jeunes sont illettrés et 50 % des enfants en âge d’être scolarisés ne le sont pas. Des chiffres qui, je l’espère, ne plomberont pas le moral du Davos africain.

Mais il y a plus. A l’origine, Boko Haram était un mouvement religieux protestataire, qui recueillait de l’écho dans la population compte tenu de l’inégalité viscérale de l’économie nigériane. Aussi, tout l’appareil nigérian, mis en cause, a engagé une répression violente, parfois erratique, parfois aveugle, toujours incohérente… et sans aborder la moindre réforme sociale sérieuse. Mais taper sur le terrorisme, c’est la recette magique... Résultat : Boko Haram n’a cessé de se renforcer, avec plus de 200 attentats et méfaits graves, dont certains au cœur d’Abuja, souvent contre des écoles. Au total plus de 1500 morts.

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Le rapt massif du 14 avril témoigne de l’incurie de l’État. Les faits sont eu lieu à Chibok, dans le Nord du pays, dans la zone où Boko Haram est bien installée. Pour réaliser cet enlèvement massif, une véritable colonne de véhicules a fait la distance, avec une équipe nombreuse et armée. On parle de 200 djihadistes, 20 pick-up, des motos. Les bandits se sont présentés en uniforme de l'armée nigériane, tenant des propos rassurants et prenant tranquillement le contrôle du lycée. Des coups de feu ont alors été tirés, les jeunes filles embarquées manu militari, et le bâtiment a été incendié. Quelques jeunes filles ont pu s’échapper, et ont tout expliqué.

Des alertes ont été données : aucune réaction des autorités.

Le lendemain de l'enlèvement, le porte-parole de l'armée a affirmé que la quasi-totalité des filles avait été secourues. En réalité, la police et l’armée n’ont rien fait. Dans cette zone réputée dangereuse, comment le convoi a-t-il pu passer – à l’aller et au retour – sans encombre, sans être repéré ? Aucune patrouille pour contrôler ces routes, alors que l'alerte a été donnée ? Et comment justifier qu’il n’y ait eu aucune contre-attaque par les forces de l’ordre en trois semaines ?

Ce lundi, Boko Haram a commis une nouvelle attaque dans une autre ville du Nord-Est, Gamboru Ngala, avec un bilan de 300 morts. 300 morts ?... Trois lignes dans la presse. Il est vrai que c’est moins passionnant que la messe médiatique pour le marathon de Boston, où le monde entier était amené à se recueillir sur les trois morts de l’an dernier. Ça aurait aussi pu être plus intéressant si Boko Haram avait flingué un avion au-dessus de la mer… Mais là, juste un massacre au Nord du Nigéria

« Article 1 : Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Il y a vraiment des jours où j’enrage.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE