dimanche, janvier 11 2015

Edito - "Je Suis Charlie" : une opinion publique qui ne se connaissait pas ?

0.A0011o-CHARLIE-HEBDO-facebook.jpg

La période actuelle est très surprenante. Les conditions de sortie de cette période peuvent l'être encore davantage que les actuelles circonstances. Il y a ce que la semaine montre et ce qu'elle laisse en interrogations.

Ce qu'elle montre :

- un choc émotionnel naturellement fort puisqu'il touche au dernier carré de sacré : la vie,

- face à ce choc la capacité de l'opinion publique française à vivre un "coup de révolte",

- ce coup de révolte mobilise parce que, derrière les mots d'ordre globaux, les raisons des participants sont très différentes.

Mais il reste des interrogations majeures, peut-être encore plus importantes que les acquis de cette semaine :

- s'agit-il d'une révolte ou d'une résistance : dans le 1er cas, l'attention retombera vite. Dans le second cas, l'attention vivra. Pour l'instant, la réalité de l'attention sur des faits internationaux de terrorisme a été très faible dans les médias français et encore actuellement à la différence de médias étrangers. La résistance, si elle naît, deviendra-t-elle universelle ou seulement sur le territoire français ? Qui se souciait en France cet automne du symbole des Églises en feu ?

- le temps de l'union ne doit pas cacher des échecs considérables sur des institutions françaises. Quand ce débat sera-t-il ouvert sérieusement alors même qu'il ne l'a jamais été ?

La semaine donne le sentiment d'une opinion qui ne se connaissait pas.

Elle devait être indifférente et elle se découvre historiquement mobilisée.

Elle avait des signes permanents d'alertes mais même les évoquer semblait jusqu'alors difficile.

Si un réel feu de mobilisation a été allumé, il risque d'être difficile à éteindre tant du retard avait été pris. Et dans ce cas, les changements pourraient être profonds : le "printemps français" ?

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

vendredi, mai 2 2014

Edito - L'idée de Nation

AVT_France_1595.pngDéfinition de la Nation

La Nation est davantage une construction idéologique qu'une réalité concrète, ce qui explique la difficulté de lui donner une définition pleinement satisfaisante. Son étymologie est liée à la notion de naissance (nascere). Ainsi, à l'époque médiévale, l'idée de nation renvoie ainsi à un groupe d'hommes à qui l'on attribue une origine commune. Mais la conception moderne de la nation dépasse largement le cadre ethnique ou tribal. Elle trouve plutôt sa source dans un ensemble complexe de liens qui fondent le sentiment d'une appartenance commune. Elle est ainsi à la fois extérieure aux individus, en même temps qu'elle est intériorisée et transmise d'une génération à l'autre. Pour s'imposer, elle suppose également l'existence d'une volonté durable de vivre au sein d'un même ensemble.

Certaines données objectives permettent de définir une nation : le territoire, l'ethnie, la langue, la religion, la culture, l'État. Mais l'idée de nation ne leur est pas réductible. Il existe ainsi des nations plurilingues (ex : la Suisse) ou connaissant plusieurs religions (ex : l'Allemagne). Il y a également des nations sans territoire propre ou d'autres encore qui sont partagées entre plusieurs États. Aussi la nation apparaît-elle d'abord comme une construction politique, dont la fonction est de garantir la cohésion sociale et de faire respecter l'autorité de l'État. Pour ces raisons, l'idée de nation est elle-même liée à l'histoire de chaque pays.

Des différences de développement et de conception de l'idée de Nation

buste-de-marianne-celebre-modele-injalbert-60-cm-1441014.jpgElle s'est parfois imposée à partir d'institutions étatiques préexistantes ou, au contraire, a favorisé la construction d'États regroupant des populations précédemment dispersées sur plusieurs territoires.

En France, c'est l'action centralisatrice et unificatrice du pouvoir royal qui a contribué de manière décisive à l'émergence de la nation. Mais le sentiment national, présent chez une élite restreinte, s'est diffusé assez lentement. Il faut en effet attendre la fin du XVe siècle pour que l'idée de nation devienne incontournable en France. La guerre de Cent Ans (1337-1453) a soudé les populations dans l'adversité et contribué de manière décisive à l'émergence de l'identité nationale de part et d'autre de la Manche. Dans d'autres pays, l'idée de nation s'est développée en l'absence d'un cadre étatique unitaire.

Ernest Renan (1823-1892), dans sa célèbre conférence de 1882 intitulée "Qu'est-ce qu'une Nation ?", pose, quant à lui comme critères de l'appartenance nationale, "le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis." Selon lui, "l'existence d'une nation est un plébiscite de tous les jours."

État, Nation et État-Nation

Réalité historique et politique, objet de réflexion et de débats théoriques, la Nation est également devenue depuis la Révolution française une notion juridique à part entière. L'article 3 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 dispose ainsi que "le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément."

En application de ce principe, la Nation est devenue la source des différents pouvoirs, se substituant au droit divin qui légitimait le pouvoir monarchique. La désignation des détenteurs du pouvoir par le biais de l'élection et le principe d'égalité des citoyens devant la loi et les charges publiques découlent de cette conception de la Nation. Celle-ci peut être définie comme le peuple constitué en corps politique, dont la volonté est mise en œuvre par des représentants élus, sans qu'aucun corps intermédiaire ne puisse y faire obstacle.

1602431819.jpgLa constitution du peuple en un corps politique, la nation, détentrice de la Souveraineté, modifie par ailleurs la conception de l'État en le soumettant au principe démocratique. La nation le relie ainsi à la société en lui conférant une légitimité démocratique.

Pour cette raison l'État et la nation sont très souvent associés, au point que pour certains toute nation a le droit de disposer d'un État et tout État doit s'appuyer sur l'existence d'une Nation. L'existence des États-nations apparaît dès lors comme une conséquence logique du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, dont le principe s'est imposé au XXe siècle dans la conduite des relations internationales. L'État se caractérise alors par la superposition d'une entité politique souveraine avec un ensemble culturel unifié du point de vue linguistique ou religieux.

Source : Extraits de Vie publique

Les nations, en tant que telles, sont contestées dans leur existence et mises à rude épreuve aujourd'hui face à des ensembles multinationaux puissants: organisations multinationales, fédérations d'états, entreprises mondialisées, d'une part et provinces autonomistes d'autre part.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE