lundi, janvier 12 2015

Edito - L'économiste Jean-Louis Caccomo menacé d'internement psychiatrique

0.A0011caccomo_jean_louis.jpgJe reproduis ci-dessous la lettre que l’économiste Jean-Louis Caccomo a été contraint d’envoyer au Ministre et à la Cour européenne des droits de l’homme. Merci de la relayer le plus largement possible en soutien à cet éminent professeur de l'Université de Perpignan, et en soutien des libertés fondamentales.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

"J’ai l’honneur de vous écrire pour vous alerter que mon université a déclenché vendredi une procédure d’internement psychiatrique à mon encontre sans aucun motif.

Je dois vous dire que j’ai déjà été victime d’un internement psychiatrique qui m’a coûté deux ans de ma vie à la demande du président de l’université en invoquant le motif de précaution.

En effet, un étudiant chinois a commis un assassinat sur mon campus et il a été jugé irresponsable car schizophrène. A l’époque, le président Sarkozy est venu assister aux obsèques. A la suite de ce tragique événement, j’ai été interné sous contrainte pendant deux ans, puis transféré à Montpellier pour y subir les électrochocs.

J’ai réintégré mon poste en juin 2014 et je suis depuis suivi par Montpellier qui m’a jugé apte à la reprise du travail. Pourtant la direction de l’IAE a déclenché à mon encontre une procédure d’hospitalisation vendredi qu’il m’a fallu 4 heures pour stopper.

Je voulais donc vous alerter sur les méthodes en vigueur dans mon université alors que j’ai contribué depuis 15 ans au rayonnement de l’Université de Perpignan (parfois au péril de ma vie comme en Thaïlande, Syrie ou Algérie) à travers mes nombreux articles académiques et mes livres mondialement reconnus.

Il est clair que je n’en resterai pas là d’autant qu’ils me disent qu’ils ont le droit de me faire interner à tout moment sur simple signalement de mon université, bafouant mes droits fondamentaux les plus élémentaires.

Je vous serai très reconnaissant de me répondre car je ne peux vivre dans cette angoisse permanente d’être interné.

Bien cordialement",

Jean-Louis Caccomo

PS

Le dernier livre de Jean-Louis Caccomo :

Le modèle français dans l'impasse, 252 pages, Tatamis.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mercredi, janvier 7 2015

Edito - Michel Houellebecq : "Soumission" sera t-il disponible à la médiathèque de Béziers ?

0.A00117775902727_soumission-de-michel-houellebecq.jpg

Michel Houellebecq n’est pas du tout un nouveau venu sur la scène littéraire, puisque son premier grand succès date de 1998 avec "Les particules élémentaires". Un roman mémorable sur les mœurs contemporaines. Depuis lors, la publication de chacun de ses livres a été un véritable événement. Que dire alors du dernier, ou plutôt du tout prochain, puisqu’il sera en librairie dès cette semaine ? Les critiques qui ont eu le privilège de le lire en priorité en ont déjà fait tout un tintamarre. Alain Finkielkraut, il y a déjà huit jours dans Le Journal du dimanche, expliquait tout le bien qu’il en pensait, non seulement parce que Houellebecq l’avait fait beaucoup rire mais surtout parce que le romancier se révélait une fois de plus remarquable analyste de son époque.

Il faut dire que le sujet est brûlant, puisqu’il concerne la présence de l’islam en France et que l’auteur l’aborde de la façon la plus provocante, en imaginant la victoire électorale d’un parti musulman et l’accession de son candidat à l’Élysée...

Le problème avec Houellebecq c’est que la formidable charge ironique du propos se dissimule sous une totale neutralité de ton. Je retiendrais volontiers la formule de Bernard Pivot : « Tout est à la fois énorme et subtil, outré et malin, invraisemblable et logique ». Le roman ne consiste nullement dans un pamphlet à charge, pas plus que dans une démonstration politique. Il nous offre un regard sur nous-mêmes, sur notre société, dont la vertu est de nous faire comprendre ce que nous sommes réellement.

Le résultat, c’est que tout le monde est obligé de réagir. Parfois violemment, comme Laurent Joffrin, le directeur de Libération, indigné par cette prose réactionnaire mais talentueuse. Précisément, c’est bien la preuve que Houellebecq a touché juste. Nul ne peut être indifférent à son investigation qui découvre les zones où ça fait mal. Précision indispensable : il y a toujours de la métaphysique dans l’air avec cet étrange garçon. Si elle s’insère ici dans le sillage de Huysmans, ce n’est pas seulement par amour de la littérature. C’est qu’il y a beaucoup à retenir de l’œuvre d’un écrivain puissant, qui surdéterminait son réalisme par une quête esthétique et mystique.

Source : Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 5 janvier 2015.

mardi, décembre 30 2014

Edito - Les discours ou quand l'âme est inscrite dans les mots

0.A00119788861126138_1_75.jpgJe recommande l'ouvrage sorti dernièrement sur les "discours qui ont changé le monde moderne". Le recueil des discours est remarquable.

Que montre cette lecture ? La force du discours c'est la preuve que l'image ne suffit pas pour emporter la conviction.

Et cet ouvrage apporte la preuve du caractère incontournable de l'écrit.

La campagne 2007 de Nicolas Sarkozy aurait-elle connu le même lancement sans le discours du 14 janvier 2008 ? Celle de François Hollande aurait-elle eu la même dimension sans le discours du Bourget du 22 janvier 2012 ?

Autant de circonstances qui appellent à se poser la question de fond : qu'est ce qu'un discours réussi ?

Finalement, il y a deux critères essentiels :

1) c'est quand l'âme est inscrite dans les mots : les mots prennent un sens particulier qui rejoint l'imaginaire,

2) c'est surtout quand cet imaginaire repose sur un clivage clair entre un discours et un ennemi. Finalement, c'est la qualité de l'ennemi qui fait la force du discours qui s'oppose.

Que serait de Charles de Gaulle sans Adolf Hitler ?

La gauche de François Mitterrand sans l'aristocratie de VGE ?

Tony Blair sans Margaret Tatcher ?

Barack Obama sans GW Bush ?

L'énergie de Nicolas Sarkozy sans l'immobilisme de Jacques Chirac ?

La normalité de François Hollande sans la provocation permanente de Nicolas Sarkozy ?

C'est tout le mystère des bons discours : susciter l'imaginaire en réaction à une réalité qui insupporte. Ce contexte rend plus humble la seule qualité de la plume.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mercredi, décembre 24 2014

Edito - Le conte de Noël néolibéral de Jacques Attali

0.A0011jacques-attali-10830788bwivg_1713.jpg

Dès que j’ai entendu la publicité pour son dernier livre, « Devenir Soi », j’avais envie d’en savoir plus sur le dernier opus du conseiller de nos gouvernants, sans vouloir, quand même, perdre le temps pour le lire. Merci donc à Régis Soubrouillard, du quotidien Marianne, de l’avoir fait et d’en avoir tiré un papier si amusant.

Le refus de la société

Finalement, c’est ce tout ce qui transparaît de la théorie du conseiller de Nicolas Sarkozy et François Hollande. Comme le rappelle Régis Soubrouillard, quand John Kennedy demandait de s’interroger sur ce que l’on peut faire pour son pays, Jacques Attali répond : « demandez-vous ce que vous pouvez faire pour… vous ». Pour l’homo néolibéralus, tout semble secondaire par rapport à son nombril : famille, concitoyens ou pays ne sont plus que des points de détail pour ces boules de pulsions et d’ego à dominante marchande. Jacques Attali semble remplir son livre de biographies indigentes et indigestes de personnes, d’Arthur Rimbaud à Bill Gates, qui se seraient accomplies pour démontrer sa thèse.

Mais cette avalanche de cas particuliers n’a pas le moindre intérêt démonstratif et ne montre pas en quoi « l’État ne pourrait rien ». Les États-Unis ou la Chine démontrent encore largement que la volonté nationale permet de faire beaucoup, tout comme de nombreux autres pays souvent bien moins puissants que ne le sont les pays européens dont la France, que ce soit en Amérique Latine ou en Asie. Régis Soubrouillard rappelle justement que la réussite de la Silicon Valley doit beaucoup aux investissements publics massifs de l’État, contredisant la bluette néolibérale individualisto-marchande que tente de raconter l’apprenti-sorcier Jacques Attali dont le rejet pathologique de l’État laisse perplexe.

Le refus de l’humanité

Ce faisant, ce livre fait penser à un autre, autrement plus intéressant et mieux argumenté, « La dissociété » de Jacques Généreux, sans doute un des meilleurs et des plus complets décryptages de cette société néo-libérale. L’intellectuel y insistait sur le fait que « la nature humaine est faite de l’interaction continue entre une aspiration à l’autonomie et une aspiration à l’association, entre la pulsion d’autosatisfaction et le désir de société, (…) le désir d’être soi et le désir d’être avec ». Jacques Attali représente la caricature de ces néolibéraux qui sacrifient sans vergogne l’être avec à l’être soi, « le délire narcissique exaltant l’autonomie et la toute-puissance du moi » pour reprendre Jacques Généreux.

Bien sûr, pour camoufler son individualisme infantile et barbare, le conseiller de nos princes équilibre son discours de considérations pseudo-religieuses, mais elles semblent être du calibre d’un touriste trop pressé qui reste à l’extrême surface des choses. Ne pouvant quand même pas ignorer la dureté de l’époque, il « dresse en effet un tableau très sommaire et complètement apocalyptique de l’époque : les dérives du progrès technique, la pollution, les guerres, le chômage, la criminalité, la ‘somalisation’ du monde ». Mais il est quasiment comique, pour ne pas dire ridicule, de penser que ce sont des individus isolés qui pourront en venir à bout. Ce sont nos sociétés de citoyens qui sont la réponse.

Merci donc à Régis Soubrouillard de s’être infligé ce pensum. La superficialité et la légèreté de son discours démontrent de facto que la « pensée » néolibérale n’est qu’un courant d’air, absolument vide. Bien sûr, elle domine le temps présent, mais elle finira par disparaître.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

lundi, décembre 22 2014

Edito - Livre : "Joë" de Guillaume de Fonclare

0.A0011ob_4cd47b_joe-fonclare.jpgDans la vie, qui n'est un long fleuve tranquille pour personne, il est des êtres humains dont l'exemple aide à surmonter les vicissitudes et à grandir, surtout quand il y a de nombreux points communs douloureux avec eux et qu'ils ont su s'en affranchir.

Dans le magnifique livre que vient de consacrer Guillaume de Fonclare à Joë Bousquet, l'auteur partage avec le poète et romancier d'avoir eu la vie changée brutalement (Guillaume de Fonclare par une maladie neuromusculaire, Joë Bousquet par une balle reçue le 27 mai 1918 sur un champ de bataille), et de s'être retrouvé dans un fauteuil roulant.

Aussi ce récit n'est-il pas une biographie à proprement parler, non plus qu'une hagiographie, mais plutôt un livre de connaissance d'une personne hors du commun, avec qui l'auteur a plusieurs choses en commun, et de reconnaissance envers celui qui vous a fait comprendre où se trouve l'essentiel et vous a fait grandir.

C'est le prénom de Joë que Guillaume de Fonclare a d'abord retenu d'une conversation avec un ami, un prénom qui sonnait américain. Il ne connaissait rien d'autre de l'écrivain - "mais le mal était fait" -, jusqu'au jour où Joë Bousquet a croisé de nouveau sa route, alors qu'il était directeur de l'Historial de la Grande Guerre, à Péronne.

Joë Bousquet est né un 19 mars, en 1897. Enfin, c'est plutôt un mort-né qui est alors venu au monde et qui ressuscite après deux heures de réanimation par une sage-femme. Un an plus tard, sa nourrice meurt tandis qu'il la tète. Un an plus tard encore, il manque de succomber à une fièvre typhoïde, mais s'en sort au bout de trois semaines :

"Vous êtes dès votre plus jeune âge un survivant, et vous garderez un goût marqué pour les expériences morbides, cherchant avec constance à vous tenir sur la frontière de votre existence dans une expérience sensible de ce qu'est la vie, et de ce qu'est la mort".

Jeune homme, Joë Bousquet ne s'intéresse guère aux études: "Votre principal centre d'intérêt, ce sont les filles, et plutôt les jeunes dames que les fillettes, autant pour choquer le beau monde que pour vous lancer des défis stupides; des jeunes femmes de bonne famille, et quelquefois des femmes mariées".

En 1917, la rencontre avec Marthe va faire basculer son existence. Le tombeur, qui fait très bien l'amour et très bien la guerre, tombe, lors d'une permission, dans les bras d'une jeune femme en instance de divorce: "C'est la folie des corps". Il lui promet de l'épouser quand la guerre sera finie, mais se repent très vite de cette promesse, tant il craint d'aliéner sa liberté. Il demande même que sa permission soit écourtée...

Après avoir reçu une lettre de Marthe lui annonçant qu'elle s'est donnée la mort, il se jette "dans une terrible mêlée, pressé d'en finir à son tour, fou de douleur et consumé de remords", mais la mort ne veut pas de lui. Deux autres lettres suivent, une de Marthe qui dément son suicide, une autre de son père à elle exigeant un mariage immédiat pour régulariser la situation.

La mort ne veut pas de lui, mais le tombeur de dames tombe sous une balle qui traverse ses deux poumons et fracasse deux de ses vertèbres. L'espoir de guérison sera déçu. La moitié de son corps sera à jamais inerte et inutile. Ses amours avec Marthe en seront victimes. L'autre moitié le faisant souffrir, il s'adonnera à la drogue, pour supporter.

A partir de ce moment-là Joë Bousquet va vivre reclus, une bonne partie de son temps, se satisfaisant de son demi-corps, dans une chambre, occupée auparavant par son grand-père, au 53 rue de Verdun à Carcassonne : "Désormais c'est vous qui décidez à quel moment l'extérieur s'immiscera à l'intérieur, à quel moment une lettre, une visite, un soin viendra vous rappeler que vous n'êtes pas seul au monde".

Guillaume de Fonclare raconte cette nouvelle vie qui se terminera le 28 septembre 1950. Joë Bousquet va reprendre le grec et le latin, se passionner pour le Moyen Âge et le catharisme. Et il va écrire, beaucoup, "un vaste bric-à-brac d'idées et de souvenirs, d'historiettes et de longs poèmes en prose", "une œuvre lumineuse sans que la lumière du soleil ne vienne jusqu'à lui".

La lecture de ces textes n'est pas d'un abord facile, "mais pour peu que l'on s'oblige à ne pas chercher un sens à ce qu'on lit, et qu'on se laisse porter par votre prose, comme on se laisse porter par le courant de la rivière sur un bateau, c'est une expérience saisissante qui ouvre sur un monde étrange aux surprenants parfums, un monde onirique et déroutant peuplé de fées, de magiciens, d'interrogations essentielles et métaphysiques".

L'impuissance de Joë Bousquet ne sera pas suffisante pour le faire renoncer à aimer et à être aimé des femmes. Marthe lui aura appris que l'on peut "aimer une femme autrement qu'avec son corps". Il aimera et sera aimé d'Alice, de Ginette, de Germaine... et d'autres jeunes filles, sans doute : "l'amour n'est pas que sexe, et le sexe n'est pas question que de phallus".

D'être cloîtré n'empêche pas Joë Bousquet d'entretenir d'autres relations qu'amoureuses avec l'extérieur: "Vous êtes aussi devenu en quelques années un intellectuel de haut vol, vos lectures et les rencontres ont formé votre esprit et vous êtes l'égal des grands penseurs de votre temps".

Joë Bousquet correspond avec les plus illustres "philosophes, écrivains, artistes, issus du mouvement surréaliste en premier lieu ; André Breton et Paul Eluard seront des amis proches et fidèles tout au long de votre vie".

Guillaume de Fonclare ajoute: "Les murs de votre chambre sont à l'aune de ces rencontres et de ces amitiés, nombre d’œuvres des plus grands peintres de ce premier tiers du XXe siècle y sont accrochées; Dalí, Dubuffet, Tanguy, Bellmer et Miró".

Et puis il y a l'amitié de Joë Bousquet et de Max Ernst, qui précède la découverte de quelque chose qui les lie depuis longtemps sans qu'ils le sachent, et qui dépasse l'entendement: "Avec Max, il est question de destinée commune, et si votre raison repousse l'idée d'un Dieu vous avez le pressentiment que la conjonction de vos vies dépasse les possibilités du hasard et de la statistique".

Il n'est pas étonnant que la fréquentation posthume de Guillaume de Fonclare avec Joë Bousquet lui ait "appris qu'il y a des tristesses heureuses". En lisant son livre un passage frappe, parce qu'il corrobore l'expérience d'une vie, qui se nourrit de nos imperfections: "Nous sommes tous des invalides. Oui, nous souffrons tous de la même plaie, blessés de vivre puisqu'il faut mourir, puisqu'il y a la mort tout au bout".

Joë, Guillaume de Fonclare, 144 pages, Stock

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

vendredi, novembre 21 2014

Edito - Minus, lapsus et mordicus - Notre patrimoine latin

0.A001ACH003595440_1412913380_320x320.jpgNous parlons tous latin.

Saviez-vous qu'Olibrius était un empereur romain d'Occident (mort en 472), dont la légende a fait le symbole d'un homme incapable mais plein de jactance ? Que minus est l'abréviation de minus habens, " qui a moins (d'intelligence) " ? Que plusieurs albums d'Astérix ont été traduits en latin ? Que les distributeurs de billets de la banque du Vatican se lisent en latin ? C'est tout naturellement que nous employons tous les jours et sans y penser des mots comme lavabo, agenda, quiproquo ou constat, qui ont l'air tellement français mais qui sont en réalité des mots du latin sous leur forme d'origine, au même titre que consensus, placebo, a priori, vice versa, minus, lapsus, ipso facto ou referendum... Mais que dire de motus et de rasibus ? Ne serait-ce pas plutôt du " latin de cuisine ", ce pseudo-latin inventé par des érudits facétieux, toujours prêts à jouer avec les mots ? En passant allègrement du latin de l'Église au latin des tribunaux, et du latin des naturalistes au latin d'Astérix, Henriette Walter propose un nouveau regard sur cette langue encore bien vivante dans les usages du XXIe siècle, et pleine de ressources, que l'on s'est trop vite empressé d'enterrer. Un ouvrage ludique et passionnant, ponctué d'anecdotes, de devinettes et de récréations, pour conjuguer humour et érudition.

Dans la veine de ses plus grands succès, Henriette Walter nous embarque dans une passionnante odyssée étymologique.

Parution : 13 Novembre 2014 Format : 1 x 240 mm Nombre de pages : 320 Prix : 22,00 € ISBN : 2-221-13342-0

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mercredi, octobre 22 2014

Edito - Zemmour: record de ventes !

0.A001066996_obj6725708-1_667x333.jpg

« Le Suicide français » se vend désormais à plus de 15 000 exemplaires par jour. Plus de 300 000 livres ont déjà été imprimés. Un phénomène !

... Les 533 pages sont en passe de devenir un phénomène : la semaine dernière, Albin Michel enregistrait entre 15 000 et 20 000 sorties par jour, soit autant de commandes de libraires dévalisés.

« On est en flux tendu, explique-t-on chez l’éditeur. On imprime à tour de bras et on expédie les exemplaires chez les détaillants, on n’a presque pas de stocks ! » Le premier tirage de 120 000 exemplaires a été écoulé en une semaine. Ce sont désormais près de 300 000 Suicide français qui ont été fabriqués ! Et ce n’est pas terminé : les chiffres ne faiblissent pas, incitant les plus optimistes à parier sur un total de 500 000 livres achetés, soit au moins autant que Valérie Trierweiler.

Un chiffre faramineux pour un ouvrage au prix de 22,90 euros…

Ces chiffres ne comprennent pas les ventes numériques, soit environ 15 % supplémentaires… En tout, Albin Michel pourrait enregistrer un chiffre d’affaires de 10 millions d’euros sur ce seul livre. Bref, tous les records sont battus. Derrière le phénomène éditorial, reste à comprendre ce que ce triomphe signifie. Éric Zemmour est-il devenu le porte-voix de cette France qui ne se sent représentée ni par les médias traditionnels, ni par les discours politiques, ni par les intellectuels qui tenaient jusqu’ici le haut du pavé ?

Source

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mardi, octobre 21 2014

Edito - Cécile Brunschvicg, la féministe "d'abord"

0.A00cebrun_m.jpgMembre du gouvernement sous le Front Populaire, Cécile Brunschvicg a milité durant près de quarante ans au sein du mouvement féministe réformiste. Affiliée au Parti radical à partir de 1924, directrice du journal La Française à partir de 1926, pacifiste, elle a lutté tout au long de sa vie pour les droits sociaux et politiques des femmes.

Presque inconnue du grand public, elle demeure dans les manuels d’histoire une des trois premières femmes françaises à avoir fait partie d’un gouvernement sous le Front Populaire, comme sous secrétaire d’État à l’Éducation nationale. Pourtant c’est au sein du mouvement féministe réformiste où elle a milité près de quarante ans de 1908 à sa mort que Cécile Brunschvicg a acquis son statut et ses compétences de femme politique. Au sein des deux principales associations de son époque, la section Travail du Conseil national des femmes françaises et l’Union française pour le suffrage des femmes, qu’elle a présidées toutes deux, elle a milité sans relâche pour l’égalité des sexes. Directrice du journal La Française, membre du Parti radical, pacifiste, mais aussi engagée dans les questions sociales, elle n’a eu de cesse d’agir sur tous les fronts pour la promotion des idées féministes et l’amélioration de la condition féminine. C’est par l’angle du féminisme que nous avons choisi d’aborder la vie et les nombreux engagements de cette femme qui se définissait elle-même comme « Féministe d’abord ». Sans être une biographie traditionnelle au déroulé chronologique, cette étude permet d’appréhender les combats et les idées de Cécile Brunschvicg, sa conception de l’égalité des sexes, mais aussi sa lutte pour les droits sociaux et les droits politiques.

Cécile Formaglio - "Féministe d'abord" : Cécile Brunschvicg (1877-1946). - Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014, 334 p.-10 pl. 22 €

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

lundi, octobre 13 2014

Edito - VIDEO : Robert Paxton dénonce les propos "ridicules" d'Eric Zemmour

0.A00zem_1.png

L'historien mis en cause par Eric Zemmour dans On n'est pas couché sur France 2, et dans son ouvrage paru cette semaine, lui a répondu sur le rôle de Vichy dans le sauvetage des juifs français...

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

vendredi, octobre 10 2014

Edito - En librairie depuis 6 jours seulement, le livre d'Eric Zemmour connaît un départ fulgurant détrônant celui de Valérie Trierweiler.

0.A001051401_zemmour-va-t-il-detroner-trierweiler-des-meilleures-ventes-en-librairie-web-tete-0203842314868.jpg

L’ex-première dame n’est pas la seule à faire un carton en librairie. Eric Zemmour connaît lui aussi un départ canon concernant la vente de son dernier ouvrage Le Suicide Français. Et pour cause, le livre vient de dépasser celui de Valérie Trierweiler qui pour l’instant caracolait en tête des ventes selon les calculs du réseau Datalib nous apprend hier Le Point.

L’ouvrage qui suscite de nombreux heurts sur les plateaux de télévisions a été imprimé à 100.000 exemplaires. S’arrachant depuis le début de sa commercialisation à plus de 5000 exemplaires par jour, le livre fait d’objet d’une réimpression à 20.000 ouvrages anticipée par les éditions Albin Michel.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mardi, septembre 23 2014

Edito - La France vendue au Qatar ? Un livre cible Nicolas Sarkozy

0.A001sarko-qatar.jpg

Décidément cette rentrée littéraire est explosive. Après le livre de Valérie Trierweiler sur François Hollande, celui de Cécile Duflot, sur son expérience au gouvernement, le prochain ouvrage à rencontrer le succès pourrait être celui cosigné par Pierre Péan et Vanessa Ratignier : "Une France sous influence. Quand le Qatar fait de notre pays son terrain de jeu".

C'est ICI

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

dimanche, septembre 14 2014

Edito - Le rôle toujours sacré du livre mais pour maintenant conforter l'esprit

0.A0080-69.jpg

Contrairement à bon nombre d'analyses sur la disparition de supports d'informations en raison d'une concurrence de plus en plus forte, les récents succès de livres montrent combien l'opinion sait remarquablement gérer les fonctions complémentaires de supports d'informations.

En France, les explications de Valérie Trierweiler auraient-elles eu un impact analogue avec un support autre qu'un livre ? Assurément pas.

Le livre garde un caractère sacré pour l'explication sérieuse. Encore faut-il que cette explication sérieuse ne sombre pas dans la confusion donc qu'elle puisse être résumée par quelques mots. François Hollande ne se remettra pas de la formule des "sans dents" comme de celle des "handicapés qui font commerce de leur handicap", comme de la scène où il est prosterné sur un lit ... Le livre c'est la réalité de mots démultipliée par la force de l'imaginaire.

C'est une première évolution.

Une seconde évolution mérite l'attention.

Hier, le livre alertait l'esprit. Aujourd'hui, il doit conforter l'esprit, consolider l'idée admise avant ... lecture.

En effet, rien ne voue un livre au succès.

Prenons le cas des États-Unis. Hillary Clinton rate la promo de son livre tandis qu'Elizabeth Warren change de dimension avec le succès du sien. Presque comme Barack Obama en 2007.

Pourquoi ?

Parce que les lecteurs voient dans un livre ce qu'ils comptaient voir et qui dépasse de beaucoup le seul livre. C'est donc un redoutable miroir. François Hollande est très impopulaire. Le livre de Valérie Trierweiler apporte de l'eau au moulin de l'opinion. L'eau que l'opinion attendait pour conforter son sentiment initial.

Si François Hollande avait été populaire, le succès du livre de Valérie Trierweiler aurait été très difficile.

Le livre ne crée plus l'assaut pour faire changer l'esprit mais il conforte l'opinion installée. Il rassure. Il crédibilise.

Hillary Clinton ne fait pas décoller sa campagne de lancement pour la présidentielle. Donc le lancement de son livre pas davantage.

Elisabeth Warren apporte le neuf attendu par l'opinion. Elle clive. Elle surprend. Donc le livre bénéficie de ce courant.

L'opinion se fait progressivement tellement à l'idée d'avoir toujours raison qu'elle devient une vague contre laquelle il est quasi-impossible de lutter. C'est une situation qui a de quoi inquiéter quand on connait la versatilité de l'opinion comme le caractère superficiel de bon nombre de ses critères de décisions.

Hier, le livre était un cri, une alerte, une mise en cause. Aujourd'hui, il est devenu un témoin rassurant sinon voué à disparaître dans l'embouteillage des publications.

Ce témoin que l'opinion se plait à questionner pour être confortée dans ... son choix de départ.

Pas sûr que le livre y gagne dans la durée ni l'opinion d'ailleurs.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

samedi, septembre 6 2014

Edito - Les critiques terriblement machos contre le livre de Valérie Trierweiler

0.A00mercipourcemoment.jpg

Je lis les commentaires assassins sur le livre de Valérie Trierweiler, et je dois dire aux uns et aux autres : vous avez tort.

Je relève d’abord – le service investigation du blog ayant vérifié les états génétiques des éditorialistes – que ces signatures sont à 95 % masculines, ce qui montre l’arriération de notre société. La presse française est une presse de "petits mecs de merde", avec quelques poupées cosmétiques. Donc tous ces "petits mecs de merde" arrivés là parce que sont des "petits mecs de merde" nommés par des "petits mecs de merde" vomissent sur une femme. Une femme qui n’entre pas dans le module gentil du « Secrétariat d’État aux droits de femmes », et qui commet l’horreur absolue : elle dit ce qu’elle pense. Donc, le verdict est sans appel : cette femme pense mal.

Je souhaite donc bonheur et apaisement à tous les sales "petits mecs de merde" qui ont viré leur femme comme une malpropre – des neuneus qui, chez une femme, focalisent à moins d’un mètre,… D'accord ? – et qui font dans leur froc parce que l’ex larguée, humiliée et bafouée, se permet de dire comment elle a vécu le largage… Une femme, qui chez ces gens, est considérée comme un kleenex, et qui s’exprime… Imaginons que ça se généralise… C’est absolument insupportable en effet. Non, la femme doit aller pleurnicher chez ses parents –pas « jojos » – et basta !

Car je n’oublie pas la violence de la répudiation, par ce bigame impénitent… alors que Valérie Trierweiler était en convalescence d’une hospitalisation : « Je fais savoir que j'ai mis fin à la vie commune que je partageais avec Valérie Trieweiler ». Gougnafier de chez gougnafier…

Une décapitation affective,… et en public ! Spectacle horrible pour les enfants ! Horrible. Alors, vous qui dézinguez Valérie Trierweiler, mesurez-vous la violence de la répudiation ? Ou admettez-vous la répudiation si le chef est blanc ? Mesurez-vous tout de ce que renferme de cynisme, de méchanceté, de sentiment de supériorité, ce communiqué ? Il a viré la « pas jojo »

Valérie Trierweiler a pris le temps de la réaction. François Hollande avait pondu un communiqué de quinze mots à l’AFP ; elle, elle a écrit, seule, un livre de 300 pages. Et que dit-elle dans ce livre qui se lit très bien ? Elle dit des choses qui confirment ce que disait le communiqué de François Hollande.

Qui peut imaginer un instant que Valérie Trierweiler a inventé l’expression des « sans-dents » ? Non, c’est bien l’œuvre de l’autre salopard. Mais, comme le dit la chanson, celui qui dit la vérité doit être exécuté. Qui peut imaginer un instant que Valérie Trierweiler a inventé la scène où François Hollande se fout de la gueule des handicapés ? D’ailleurs, qu’elle a été sa politique ? Allô Nabila ?

Je n’ai pas a en dire plus ici. Le livre est en vente, et du fait du succès, la réédition est en cours ce qui est très bien. Lisez ce livre, et méditez sur une société où les femmes refusent la soumission, dénoncent l’humiliation dont elles sont l’objet, quelle que soit la « puissance » du macho répudiateur.

Ce livre, quels que soient ces défauts, est absolument essentiel car il est une incroyable avancée dans la lutte contre le machisme. Ce que les machistes et leurs poupées ont bien compris,… d’où leurs cris effarouchés.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

vendredi, septembre 5 2014

Edito - Valérie Trierweiler déjà en tête des ventes sur Amazon !

0.A0054074ed135708a6d4d534271.jpg

Du monde de l'édition, il faut savoir raison garder et avoir quelques repères simples. En France, dans l'édition, les ventes c'est le règne des 3B : baise, bouffe et biftons. Vous voulez faire un score record, il faut choisir un thème qui traite du cul, de la table ou du fric.

Tout le reste n'est pas dans la même gamme des ventes.

Quelle a été la meilleure vente en 2013 en France : 50 nuances de Grey avec 1, 8 millions de ventes sur la seule année 2013 !

Il y a plusieurs années, quand des éditeurs cherchaient les balades thématiques avec de belles vues panoramiques, toutes l'ensemble des ventes furent doublées par un produit : "comment chier dans les bois" qui a ouvert une gamme de nouveaux critères : faire l'amour dans les bois ...

Voilà la réalité du marché français !

Il faut d'ailleurs une certaine persévérance de tempérament pour refuser de "participer" à un jeu quand celui-ci devient aussi facile.

Dès que le livre de Valérie Trierweiler annonce faire entrer dans la chambre à coucher, dans la salle de bains ... : le succès est assuré. La promo est très pro sur ce point. De l'excellent travail qui répond au marché.

En 24 heures, Valérie Trierweiler est en tête des ventes d'Amazon toutes catégories.

Il faut avoir deux autres repères :

1) un bon score actuellement pour la vente d'un livre c'est le seuil de 5 000 ventes. C'est déjà très bien. Quand Valérie Trierweiler va dépasser les 100 000 ventes, on voit bien le rapport réel entre ce score et les ... autres.

2) un auteur de ce profil se fait en moyenne 12 à 15 % de droits d'auteur, généralement avec une augmentation des pourcentages en fonction des seuils de ventes, ce qui motive l'auteur pour participer à la commercialisation du produit. Ce sera un excellent coup pour l'éditeur, très rentable pour l'auteur qui touchera en moyenne 1,50 € par livre vendu.

Tous les actuels commentaires pour snober ce livre vont être vite rangés au rang de la parole verrouillée classique en France.

Valérie Trierweiler est accablée de critiques actuellement. Qu'elle prépare un second tome sur des éléments encore plus "intimes" et elle peut-être assurée de ventes encore plus performantes.

Ainsi vont les français !

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mercredi, août 27 2014

Edito - "J’irai cracher sur vos tombes"

0.A00465120925-photo.gifVous êtes fatigués de regarder la télé ? Est-ce que les livres sérieux ayant des sujets métaphysiques vous « décomposent » ? Est-ce que vos synapses veulent prendre une pause ?

Aujourd’hui je serais votre médecin : prenez un peu de Boris Vian et tous les insuffisances disparaîtront !

J’irai cracher sur vos tombes est idéal contre l’ennui supérieur, la tristesse, le pessimisme. Faisant partie d’une trilogie à coté de Et on tuera tous les affreux et Tous les morts ont la même peau, ce roman a été interdit en France sous les accusations de : xénophobie, discrimination, misogynie. Malgré tout cela, osez de regarder au delà des apparences et vous découvrirez un sujet qui dépasse toute imagination : Lee Andersen est un noir ayant la peu blanche qui veut se venger sur les blancs pour la mort de son frère ayant la peu noire. Boris Vian nous laisse magistralement sur notre faim jusqu’à la fin du roman quand on se rend compte quelles étaient les intentions d’Andersen et toutes ses actions prennent une autre dimension.

Bien qu’on soit troublé par les scènes violentes (des crimes, des scènes de sexe ou même une scène de pédophilie) ou par son langage « coloré », « libre » condimenté par des mots d’origine américaine, tout en éprouvant le non-conformisme de Boris Vian, on refuse de laisser de coté ce roman. Son réalisme choque, mais Boris Vian a eu le courage d’affranchir les stéréotypies, les limites. Écrit en style BD, J’irai cracher sur vos tombes comporte tous les ingrédients d’un best-seller : suspens, crime, sexe, alcool, drogues.

Donc, messieurs et mesdames les lecteurs, soyez francs avec vous-mêmes et goûtez au sarcasme, à l’ironie, à l’humour noir de Boris Vian avec J’irai cracher sur vos tombes. ''« Toute la musique américaine est sortie d’eux (les noirs) » assure Lee, avant d’ajouter « (…) les blancs sont bien mieux placés pour exploiter les découvertes des Noirs. (…) Je ne crois pas qu’on puisse trouver dans Gershwin un passage original qu’il n’ait pas copié, démarqué ou reproduit. Je vous défie d’en trouver un dans la Rhapsody in Blue ».''

Boris Vian crache encore de sa tombe… A travers son oeuvre magistrale et très critiquée à son époque, il reste actuel dans la mémoire collective.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

dimanche, août 10 2014

Edito - "Naissance du sous-homme au coeur des Lumières"

0.A00I-Grande-16386-naissance-du-sous-homme-au-coeur-des-lumieres-les-races-les-femmes-le-peuple.net.jpgA l’école de la République, les écoliers apprennent que l’humanisme des Lumières est un progrès, qu’il représente le franchissement décisif d’une marche, qu’il est la conception la plus haute qu’on puisse avoir de l’Homme. En une dizaine d’ouvrages, le Pr Xavier Martin a montré qu’abondent les textes du XVIIIe siècle qui disent autre chose, voire le contraire.

Des textes signés des auteurs prestigieux, Voltaire. Rousseau, Diderot, ou des multiples auteurs secondaires en qui s’exprime l’esprit du temps. Ils invitent à réexaminer en profondeur la nature et la réalité de cet « humanisme » éclairé. L’homme des droits de l’homme et sa compagne( 2001), Nature humaine et Révolution française (2002),Voltaire méconnu (2007). ont dévoilé des « aspects cachés de l’humanisme des Lumières » qu’on peut résumer en un réductionnisme radical. Il baigne le XVIIIe siècle, passe par la Révolution et atteint le XIXe siècle (S’approprier l’homme, un thème obsessionnel de la Révolution, 2013 ; Mythologie du Code Napoléon, 2003).

Xavier Martin a relevé une tournure omniprésente chez les philosophes : Ie « ne. que. », expression syntaxique de ce réductionnisme.

Une pensée nominaliste

Il est une autre tournure que le nouvel ouvrage du Professeur Martin met en évidence dans les écrits philosophiques : l’incise « qu’on appelle ». « L’animal appelé homme », écrit Voltaire. L’homme est une convention. Nous sommes là au cœur des Lumières, à l’articulation idéologique où naît le sous-homme et cette articulation est nominaliste. « Ce type de pensée réduit à néant la notion de genre, la notion d’espèces, commodités d’ordre mental et rien de plus ». Dès lors que l’homme n’est pas clairement reconnu comme espèce, qu’est-il ? La notion est mouvante.

La frontière avec l’animal n’existe plus. L’homme et l’animal se distinguent par un plus ou moins, plus ou moins de sensibilité, plus ou moins d’intelligence. Sont appelés hommes, c’est-à-dire appartiennent à l’humanité, ceux que les philosophes estiment répondre aux critères qu’ils ont eux-mêmes fixés.

La nature humaine étant ainsi faite, ils se prennent comme critères : une élite masculine, européenne et pensante. Conséquence, un mépris – une haine – pour les ethnies exotiques, les femmes et le peuple.

Les citations pleuvent, se recoupent et forment un constat accablant.

Les peuples lointains, soit les Africains et les Lapons, sont assimilés à des bêtes, au mieux des animaux nobles, souvent des animaux très inférieurs. L’animal auquel on compare volontiers l’Africain est l’orang-outan. La conviction que l’homme noir « est tout autant ou davantage parent du singe que de l’homme blanc », écrit Xavier Martin, cette conviction « plus ou moins sourde ou explicite, conceptuellement assez confuse et tâtonnante, mais accueillie diffusément comme scientifique, est dominante dans l’opinion dite éclairée ». Pour Voltaire, le physique nègre est l’occasion de rire de la Genèse, son obsession : « une plaisante image de l’Être éternel qu’un nez noir épaté avec peu ou point d’intelligence ! ».

La femelle

Dans l’ontologie plutôt imprécise que dessine la nouvelle philosophie, les femmes sont radicalement séparées des hommes et inférieures.

Les philosophes les pensent constitutivement mal organisées pour penser. Si une femme fait profession de penser, les philosophes la tolèrent en regrettant qu’elle ne soit pas un homme. Ils le lui disent et elle est supposée en être flattée. Fleurit l’épithète « femelle ». Espèce femelle, auteur femelle, moine femelle, le qualificatif méprisant aura largement cours également sous la Révolution.

Ce mépris s’accompagne d’une réification : la femme est un objet de consommation. Dans cette perspective, le viol devient un acte bénin. Il est même envisagé par les philosophes que l’homme soit la vraie victime du viol qu’il commet, victime qu’il est de la ruse féminine qui feint de résister. Voltaire, Diderot tiennent à l’affirmer, à le démontrer, et surtout Rousseau, « indéniable virtuose de la pensée retorse » qui « donne ici largement sa mesure », Benjamin Constant parlera, lui, de « galanteries trop vives ». Le mode de défense choisi par les amis de DSK lors de l’affaire Nafissatou Diallo aurait paru naturel, voire scientifiquement étayé, aux philosophes. D’autant qu’il s’agissait d’une femme noire, cumul de deux « infériorités ».

Auxquelles s’y ajoute une troisième : l’origine plébéienne.

« Vous savez qui je suis ? »

Voltaire situe le peuple quelque part « entre l’homme et la bête ».

Rousseau parle de « populace abrutie et stupide », D’Holbach d’une « populace imbécile ». Pour d’Alembert le peuple est un « animal imbécile » et il s’agit de haïr « le gros du genre humain comme il le mérite ». Cela jure avec la réputation de ces auteurs ? C’est un très mince échantillon d’une considérable production « démophobe » qui nous ramène, sans surprise, à l’animalisation : « C’est une très grande question de savoir jusqu’à quel degré le peuple, c’est-à- dire neuf parts du genre humain sur dix, doit être traité comme des singes », écrit Voltaire.

Ce mépris global se détaille suivant les métiers. Le manouvrier, l’artisan, l’agriculteur sont gens peu estimables, mais je les surestime : choses et bêtes peu estimables. Par ce biais, Voltaire trouve une fois de plus moyen d’attaquer le catholicisme. Jésus n’est pas seulement né « dans un village de juif, d’une race de voleurs et de prostituées » – antisémitisme ordinaire chez les philosophes – il est fils de charpentier, comble de l’infamie !

La voie souterraine des idées

Tout cela mène Xavier Martin à exprimer des « perplexités » dans le dernier chapitre. Comment les publications universitaires, spécialisées, peuvent-elles affirmer l’humanisme des Lumières, sinon au prix de mensonges par omission ou d’atténuations péniblement menées, de caviardage des textes ?

Comment les spécialistes peuvent-ils utiliser le concept d’ « anti-Lumières » pour désigner des auteurs dont la pensée serait à l’opposé des Lumières (en gros : une pensée raciste et sous-humanisante, qui nie l’unité fondamentale du genre humain), alors que manifestement ces auteurs (Jules Soury, Georges Vacher de Lapouge.) se rattachent aux philosophes du XVIIIe par un cordon ombilical ?

Sans cacher que l’analyse d’un tel dossier est délicate et que le risque de l’anachronisme existe, l’auteur observe les tenants et les aboutissants de la philosophie des Lumières, son cheminement à travers les théories racialistes du XlXe siècle jusqu’aux idées nazies. Toutes ont comme autre point commun, et cela ne surprend pas, une haine viscérale du christianisme.

« L’image de l’homme comme transcendé religieusement s’est dissipée, effectivement, lors de son immersion dans l’animalité, conçue comme un progrès par les innovateurs affranchis des essences donc du donné humain, au siècle des Lumières. Et l’humanité en est devenue friable et soluble ; on a pu la nier chez certains humains ».

Des Lumières aux camps de concentration ? L’itinéraire est de plus en plus précisément balisé, n’en déplaise à l’histoire officielle.

Xavier Martin, Naissance du sous-homme au cœur des Lumières – Les races, les femmes, le peuple, Paris, DMM, 2014, 440 p. Source: Présent

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

dimanche, juin 22 2014

Edito - Didier Goux : en territoire ennemi

0.A00314zcinkrYL._.jpgJe suis tombé sur le livre de Didier Goux « En territoire ennemi » Les Belles Lettres, 2014, 23,50 €, dont je ne saurais trop recommander la lecture.

Je précise tout de suite que je ne connais pas l’auteur et que je n’ai lu aucun de ses ouvrages précédents : cet édito ne saurait donc être considéré comme un article de complaisance – d’autant plus que, politiquement, bien des idées nous rapprochent ; mais, en matière de littérature, il n’y a pas des auteurs de « droite » ou de « gauche », il n’y a que les auteurs qui savent écrire et ceux qui s’y efforcent vainement.

Didier Goux nous promène, dans de brefs chapitres d’une à quatre pages, rédigés en une langue très travaillée, mais jamais précieuse ni pédante, dans des considérations qui ne sont possibles que grâce à son immense culture (qu’on devine plus qu’elle ne s’impose) à la fois littéraire, musicale et cinématographique; l’ouvrage terminé, on (re)lira autrement Balzac, Dostoïevski, Proust, et bien d’autres ; on réécoutera autrement Trenet, Ferré ou Montand (analyse très fine de ses « Grands Boulevards ») ; on reverra autrement certains grands classiques du cinéma, notamment américains ou suédois (j’attends désormais avec impatience l’occasion de porter un regard différent sur Fanny et Alexandre, de __Bergman__).

Et puis certains chapitres nous amènent à nous interroger sur notre époque et sur nous-mêmes d'une façon inédite pour beaucoup d’entre nous ; à titre d’exemple, les réflexions que lui inspire cette phrase de Georg Lukàcs : « La vision d’une fin du monde, de la fin de la culture, est toujours la forme amplifiée par idéalisme du pressentiment de la fin d’une classe ». (...) : « De même que Balzac voit très bien, et montre encore mieux, l’irrémédiable agonie de l’aristocratie et de la grande propriété foncière, de même (Renaud) Camus ne cesse de décrire le déclin et la disparition programmée de la bourgeoisie, tuée, étouffée, absorbée par ce qu’il prétend être la petite-bourgeoisie (...) ; nul ne conteste, je crois, la première partie du constat, à savoir le retrait jusqu’à perte de vue de la bourgeoisie « à l’ancienne », son emprise de plus en plus faible sur la vie et les mœurs de ce pays, les rapports sociaux qui y ont cours. De même, les deux auteurs lient effectivement ce qu’ils voient à la fin du monde –ou au moins d’un monde –et à celle de la culture qui lui est tenue pour consubstantielle (...) Ont-ils raison ? Ou bien sont-ils victimes, l’un et l’autre, de cet « idéalisme » dont parle Lukàcs et qui leur ferait prendre la fin d’une classe pour celle du monde et de la culture ? ».

Au fond, les livres à la fois intelligents et faciles à lire, légers et profonds, tout en vous ouvrant des perspectives nouvelles (sans être nécessairement bouleversantes) sont assez rares.

Le Rédacteur en cehef de BEZIERS POLITIQUE

mardi, juin 3 2014

Edito - Lecture : "Transe, Dostoïevski, Russie, ou la philosophie à la hache" de Cezary Wodzinsky

ob_87d3a4_philosophie-a-la-hache-wodzinsky.jpgLa Russie reste largement hermétique à l'esprit occidental. L'occidental a du mal à comprendre que des Russes éminents acceptent depuis le XIXe siècle les technologies occidentales, synonymes du bien-être qu'elles apportent, tout en s'affligeant de ce qu'ils considèrent comme ses conséquences, le matérialisme et le socialisme athée, qui portent atteinte à l'âme russe éternelle.

Si, au XVIe siècle, les guerres de religion entre catholiques et protestants en Occident y sont relativement connues, il n'en est pas de même du Raskol qui a secoué l'orthodoxie russe au cours de ce même XVIe siècle, divisée entre, d'une part, les raskolniki, c'est-à-dire les vieux-croyants, avec à leur tête Avvakum, et les sectateurs, et, de l'autre, les orthodoxes, partisans de Nikon, le patriarche réformateur, inspiré par la culture occidentale, grecque en particulier, donc étrangère, incompréhensible, illisible.

Or, dans son essai, Cezary Wodzinsky raconte que ce schisme - raskol signifie schisme - n'a pas eu seulement des conséquences religieuses mais également politiques.

"Le Raskol", selon Nicolas Berdiaev "fut une évasion de l'histoire, car l'histoire était dominée par le prince d'ici-bas, l'antéchrist qui s'était hissé à la tête de l’Église et de l’État."

Le synode orthodoxe, où les étrangers dominent, "condamne les raskolniki comme hérétiques" et les raskolniki "désignent comme Antéchrist tout d'abord le patriarche, puis bientôt le tsar".

Cette époque, autour de 1666 (dans l'Apocalypse, 1'000 est le "nombre d'années d'emprisonnement de Satan et 666, le chiffre de la Bête") est le "Temps des troubles", qui voit les raskolniki hérétiques persécutés se réfugier dans des sous-sols, avec, pour conséquence de ce renoncement au monde, des suicides collectifs et massifs, et l'apparition des usurpateurs du tsar, de l'imposture généralisée.

La création par Ivan le Terrible de l'opritchnina, corps d'élite à sa dévotion, renforçant son autocratie et la centralisation du pouvoir, a précédé cette période d'usurpation et en a préparé le terrain. La conséquence en sera l'effacement des "frontières qui établissent la différence entre comportement et anticomportement, ordre et anti-ordre":

"Le véritable Christ ne peut se manifester que comme faux Antéchrist, ce qui signifie en retour que le véritable Antéchrist vient au monde sous la forme d'un faux Christ dont l'effet (in)visible, aussi visible qu'invisible, est justement le Raskol, c'est-à-dire la situation où ni vrai ni faux ne sont reconnus à aucune des parties."

Depuis l'époque du Raskol, la Russie est en état de transe permanente:

"C'est-à-dire qu'elle est devenue un champ d'expérimentation dans l'histoire de la perte de capacité à distinguer le bien du mal. Qu'elle est une possibilité chronique de confusion entre salut et condamnation, grâce et péché, paradis et enfer, en bref entre Christ et Antéchrist..."

Et Dostoïevski dans tout ça ? Eh bien son monde est "un essai de représentation de la Russie en transe", un monde sans issue, qui le mobilise. Car il est bien conscient qu'une restauration de l'ordre ancien est trop simpliste. La beauté sauvera-t-elle le monde? Non, car elle est à la fois diabolique et divine. Alors peut-être faut-il approfondir le gouffre:

"Plus on est au désespoir, plus grand est l'espoir de salut en raison du contraste "optique"."

D'où son eschatologie active puise-t-elle sa force?

"De son refus de la mort, sa vitalité anti-mort, à partir entre autres d'une vision qui d'une manière sans précédent fait du cimetière un lieu bouillonnant de vie."

Cette vision est celle de Nicolas Fiodorov, qui a mis au point "un projet de ressuscitation de tous les morts". La mort ne serait pas inéluctable. Elle pourrait être vaincue. Il serait possible de transformer le plus grand mal en plus grand bien.

Pour vaincre la mort, il ne manque pas d'imagination sur les moyens technologiques, un véritable visionnaire, et son eschatologie est celle d'un ingénieur, tandis que celle de Dostoïevski, séduit par celle de Fiodorov, est chaotique et fait appel à la grâce qui "n'est ni bonne ni mauvaise":

"Elle n'est pas non plus bonne-et-mauvaise, mais silencieuse. Et ...d'or."

Aussi les moyens de Fiodorov de parvenir à la ressucitation sont-ils différents de ceux de Dostoïveski:

"Les descriptions "maladroites" de la grâce chez Dostoïevski se transforment en projet d'ingénierie fantastique de ressuscitation de tous les morts. La grâce devient plastique, ouvrage et instrument nimbé de grâce dans les mains du fils de l'homme."

Friedrich Nietzsche recommandait de "philosopher au marteau". Au début du livre, l'auteur, encouragé par Dostoïevski propose d'empoigner une hache, pour démolir un certain ordre, "pour déterminer la possibilité d'une autre constellation composée à partir des fragments de la démolition".

A la fin du livre, l'auteur constate que Dostoïveski a bien fait usage de la hache dans son œuvre, "recueil de crimes et de meurtres, de viols et de péchés en tous genres, de souffrances innocentes et de passions mortelles, d'actes de violence et de brutalité, de suicides par désespoir ou par idolâtrie, de projets déments ourdis pour l'extermination de l'humanité, et ainsi de suite". Ainsi a-t-il fait "des trous dans le monde" pour "que réapparaisse son "au-delà" à sa frontière mobile":

"Toucher la grâce à coups de hache, qui d'autre que Dostoïevski aurait l'audace d'une telle entreprise? Qui aurait pensé que de telles trouées feraient les ouvertures que la grâce se choisit pour se glisser dans le monde ?"

Cezary Wodzinsky, lui, dans cet essai, avec sa hache, a fait des trous dans la surface de l’œuvre de Dostoïevski pour se glisser dans son monde et lui donner un sens.

Transe, Dostoïevski, Russie, ou la philosophie à la hache, Cezary Wodzinsky, 136 pages, L'Age d'Homme

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

dimanche, mai 18 2014

Edito - "Ailleurs" de Bertrand Schmid

0.ob_361b24_ailleurs-schmid.jpgQui n'a pas eu envie de partir ailleurs, de laisser tout derrière lui, de commencer une nouvelle vie, d'"être dans la liberté" ? A fortiori quand au bout du chemin il y a une belle rencontre espérée.

Le narrateur du petit livre de Bertrand Schmid - petit livre par la taille et par le nombre de pages, mais d'une tout autre dimension par la qualité du style -, part ainsi, ailleurs, sa petite valise d'enfant à la main.

Il prend d'abord le train, puis le bus. Il achève son parcours à pied. Il a quitté la brume de ses montagnes pour d'autres montagnes bien différentes, suivies d'une morne plaine. On ne peut pas dire qu'il ait gagné au change. Tout ici semble vide et déserté, humide et ruisselant.

Seulement elle l'attend. Il ne l'a jamais vue, mais il a entendu sa voix. Certes il a vu des photos d'elle, "mais des photos ce n'est pas elle". S'il n'y avait pas eu elle, son voyage aurait avorté. Et, quand il la voit enfin et quand ils s'étreignent, il en oublie sa valise...

Il n'est pas déçu: "Elle est de Milo, mais des lumières dedans, des chairs pâles de Manet, des azurs comme ce lac où déjeunent les poètes, avec le vert qui les soutient, les muses qui les épuisent".

Alors à ses pieds il est déchu de lui-même : "Ce sera ça, nous deux, des redditions, pas de cessez-le-feu, pas de choix, la promesse est rompue".

Sa compagne travaille et se lève tôt matin. Il se lève de même. Mais que faire de ses journées ? Chaque jour, il promène son ennui dans des rues toutes semblables, isolé par la pluie. "Chaque once de son absence", il la passe dans des troquets à boire des bières.

Puis un jour sa compagne l'emmène chez des amis en forêt. Pendant le souper il ne pipe mot, mais, à un moment donné, après que la politique a occupé la fin du repas et qu'il s'est terminé par un silence pesant - "on ne veut plus voir l'autre, qui n'est plus à portée" - il le rompt en disant: "Je sors un peu".

Pendant le périple nocturne qu'il accomplit, il perçoit et saisit enfin le sens de son voyage. Qui le mène enfin chez lui.

"Le but n'est pas seulement le but, mais le chemin qui y conduit", dit Lao-Tseu...

"Ailleurs", Bertrand Schmid, 80 pages, Éditions d'autre part

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

jeudi, mai 1 2014

Edito - Lecture : "Le silence de la loi" de Cédric Parren

ob_d81a2e_loi-parren.jpgLa France est le pays des lois. Ce n'est pas un scoop.

Le 16 mars 2013, dans l'émission télévisée de Laurent Ruquier, On n'est pas couché, François Bayrou faisait la comparaison entre le Code du Travail français, 2691 pages, et par exemple le Code du Travail suisse, une centaine de pages. Cela donnait une idée de l'hypertrophie législative française, mais ce n'était que la pointe d'un iceberg inimaginable.

Le mérite du livre de Cédric Parren, Le Silence de la loi, est de donner toute sa dimension à cet iceberg. Dans son prologue, il compare le premier code de lois complet d'Hammurabi (1750 ans avant JC), qui se trouve au Louvre sur une stèle de basalte noir de deux mètres de haut et qui comprend 282 articles, aux 70 codes en vigueur en France actuelle. En prenant le même gabarit, la stèle équivalente française "mesurerait trois mille deux cent vingt-huit mètres de hauteur":

"Erigée à Paris, elle projetterait son ombre jusqu'au Caire."

Les chiffres qu'il donne par la suite sont à l'avenant et sont vertigineux : 11 000 lois en vigueur, 130 000 décrets, 10% des articles de ces lois mal faites étant changés chaque année, 90 % des projets de lois étant d'origine gouvernementale (le gouvernement légifère encore davantage par ordonnances), 70 % des textes adoptés étant servilement repris des 30 000 directives européennes, sans parler des 200 accords bilatéraux conclus chaque année et des 3 000 conventions multilatérales de l'Union européenne avec des pays tiers (tels que la Suisse).

De cette inflation législative il résulte une instabilité juridique, un accaparement de la fabrique des lois par l'exécutif, une complexité coûteuse, un développement exponentiel de la chicane et, en définitive, une restriction phénoménale des libertés, par leur division furtive, avec - c'est le bonus - l'approbation des asservis eux-mêmes - c'est la servitude volontaire dont parlait déjà La Boétie : "L'honnête homme doit désormais se faufiler entre plus de onze mille infractions différentes, qui se voient sans cesse élargies dans le temps et dans l'espace."

Le corollaire de ce pullulement de lois c'est d'accoutumer la population à leur relativité et c'est d'autoriser juges et policiers à mettre à l'ombre qui ils veulent, les prétextes légaux ne manquant pas.

Le corollaire de ce pullulement de lois, qui règlementent tout dans les plus petits détails, c'est aussi le nivellement et l'uniformisation de tout. Car pour s'y conformer, tout finit par se ressembler : les voitures, les bâtiments, les êtres humains.

A qui profite le crime de ces lois, qui devraient être faites pour les hommes et non pas pour lesquelles les hommes devraient être faits, et refaits ? A l'institution étatique : "La croissance imperturbable de l'appareil administratif, qui n'a de cesse d'étendre aussi bien le périmètre de son pouvoir que la férocité de ses moyens d'action, cause mécaniquement une inflation législative, qui devient dès lors un indicateur du degré de bureaucratisation d'un pays."

Ce processus se traduit par une extension permanente du champ d'application, toute contestation ou compétition étant exclues du fait du monopole de la production de lois. Car l'astuce aura été de légitimer cette production au moment de la Révolution française en en transférant le pouvoir au peuple, "bien évidemment filtré par la "représentation" parlementaire" : "Le régime démocratique confère à la loi le statut d'impératif catégorique. Subitement, la liberté n'est plus synonyme d'autonomie vis-à-vis de l'autorité ; elle devient une simple participation à la prise de décision. Dans cette optique, ne pas se plier aux injonctions de l’État est un geste incompréhensible, puisque sa légitimité est assurée par son caractère démocratique. Dès lors toute contestation est soit une manifestation de stupidité, soit un acte terroriste".

Du fait de l'atomisation de la société (avec la dégradation des liens familiaux, religieux et associatifs), l’État n'a pas trouvé d'opposants à son extension. Devenu État-providence, avec ses cohortes pléthoriques de fonctionnaires, il a pu déplacer à son profit le centre de gravité du pouvoir de fabriquer les lois : "Dorénavant, les fonctionnaires conçoivent et rédigent les lois et les règlements à leur avantage exclusif, puis les modifient au cas où les mailles du filet ne seraient pas assez serrées".

Et les politiciens ne sont plus que les intercesseurs de la population auprès de cet État omnipotent : "La loi n'est, en effet, que la continuation de la religion par d'autres moyens. Les prêtres, hier, les politiciens aujourd'hui, sont seuls de taille à traiter avec les puissances invisibles, au prix toutefois d'une liturgie complexe et dispendieuse".

Seulement, tout excès donne un jour naissance à son contraire. C'est ainsi que trop de loi finira par tuer la loi : "Par son outrance, l'inflation normative conduit au mépris généralisé des règles et, partant, à l'anomie".

C'est là que réside l'espoir : "Bientôt, la liberté sera à nouveau un fait plutôt qu'un droit".

Et la loi sera alors réduite au silence, après s'être développée... silencieusement.

Le silence de la loi, Cédric Parren, 80 pages Les belles lettres.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

- page 1 de 2