Keyword - Libéralisme dogmatique

Fil des billets - Fil des commentaires

vendredi, décembre 12 2014

Edito - Que penser du projet de loi Macron ?

0.A00114537891_6_34b5_manuel-valls-et-emmanuel-macron-quitte_d58d4522799baca38f8c0809b8ae7c33.jpg

C’est le sujet législatif de la semaine. Le projet de loi Macron a été présenté en conseil des ministres, puis à la presse avant hier. Il doit rester comme un marqueur du quinquennat, une des meilleures illustrations du cap libéral assumé par François Hollande, puisqu’il prolonge les travaux de la commission Attali.

Jacques Attali au pouvoir ?

Quand on prend un peu de recul, il y a de quoi être assez estomaqué par ce projet phare de la deuxième moitié du mandat de François Hollande. Bien sûr, il peut exister certaines rentes injustifiées et excessives et il est normal de s’y attaquer et certaines complexités de notre droit peuvent être contre-productives, mais ce projet va bien au-delà. De manière stupéfiante, il s’agit d’un projet néolibéral, qui, sous couvert initialement de redonner du pouvoir d’achat aux ménages, ce qu’avait défendu Arnaud Montebourg cet été, est un projet global de déréglementation de l’économie française, visant à faire reculer le service public et poussant le détail jusqu’à prévoir quelques dérisoires milliards de session d’actifs.

Encore plus effarant, ce projet fourre-tout est un prolongement du rapport de Jacques Attali de « libération de la croissance », qu’avait en partie mis en place Nicolas Sarkozy. Il est tout de même incroyable de voir ce qu’on appelle la gauche déréglementer plus encore l’économie française deux ans et demi après avoir pris le pouvoir à la droite ! Ainsi, François Hollande dépasse Nicolas Sarkozy sur sa droite sur plusieurs questions économiques. Par exemple, il est assez effarant que ce soit le candidat du PS qui libéralise le travail du dimanche, que le président de l’UMP avait tant de fois appelé de ses vœux mais n’avait pas osé faire. Tout ceci démontre la faillite du débat politique actuel quand il se limite au PS et à l’UMP.

Courant d’air néolibéral

Mais le traitement de l’information est également accablant. Si ce n’est un éclairage des décodeurs très descriptif, Le Monde couvre la loi comme pourraient le faire les éléments les plus libéraux et dogmatiques du Medef, accréditant l’idée que cette loi s’attaque aux « maladies de la France », qu’elle est censée doper la croissance et publiant naturellement une tribune qui défend l’ouverture du travail le dimanche, qui serait une « chance économique et sociale ». La couverture de cette loi ressemble plus à de la propagande, la seule question autorisée semblant être de dire qu’elle ne va sans doute pas assez loin puisque le gouvernement a renoncé à réformer les pharmacies, ou les taxis…

La présentation du débat sur le travail du dimanche est particulièrement choquante puisqu’elle se résume à de purs arguments mercantilistes, à savoir que les touristes chinois pourraient dépenser plus en France, et ne pas avoir à aller à Londres, sans jamais vraiment se poser la question de la vie familiale et son équilibre. En outre, parler de volontariat est un peu hypocrite quand 15 % des Français recherchent un travail et il faut noter que la question de la rémunération supplémentaire est renvoyée à des accords, l’État n’imposant pas de cadre… Bref, sur cette question, encore une fois, de manière assez effarante, le Parti Socialiste semble vouloir dépasser l’ancienne majorité par sa droite.

Pour toutes ces raisons, la loi Macron, avec l’opposition de la France à la taxe Tobin européenne, démontre non seulement les reniements de François Hollande, mais aussi la dérive effarante d’une classe politique où ce qu’on appelle la gauche dépasse la droite par la droite sur certains sujets.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mardi, novembre 18 2014

Edito - Emmanuel Macron, ayatollah du laisser faire

0.A001renault1.jpg

Le ministre de l’économie est décidément incorrigible. Il a participé lundi 10 novembre à l’inauguration d’une nouvelle usine Renault à Alger en affirmant qu’ « il ne faut pas avoir peur de produire à l’étranger ». Retour sur ses déclarations.

Le Cimetière automobile

Pour le ministre, « les voitures assemblées à Oran l’étaient auparavant en Turquie et en Roumanie. Il n’y a donc pas de perte pour notre pays (…) L’ouverture de cette usine est au contraire une très bonne nouvelle pour la France ». Le problème est que le ministre n’a pas choisi la bonne industrie pour faire sa « démonstration » en faveur de l’ouverture à l’étranger d’usines françaises. Certes, les premiers volumes de l’usine d’Oran viendront peut-être principalement en provenance d’autres pays que la France. Mais cet état de fait ne sera peut-être pas durable. Après tout, il n’y a que la Méditerranée à traverser pour envoyer les véhicules en France.

Ensuite, l’industrie automobile est un des exemples les plus criants de la désindustrialisation de la France. Au milieu des années 2000, notre pays assemblait encore entre 3 et 3,5 millions de voitures par an. Aujourd’hui, ce chiffre est tombé entre 1,5 et 2 millions, soit une baisse de presque 50 % en quelques années seulement. Et comme la production globale de nos constructeurs est restée à peu près stable, cela signifie bien qu’ils ont délocalisé massivement la production de leurs produits, faisant passer notre solde commercial dans le domaine d’un bel excédent à un déficit. Pire, alors que l’État en est actionnaire, Renault est allé bien plus loin que PSA dans le domaine.

Le libre-échange pour les nuls

Alors bien sûr, Emmanuel Macron soutient que « si Renault n’avait pas pris cette décision de relocalisation en Algérie, un autre l’aurait prise à sa place (…) Il faut désormais installer de la production si l’on veut profiter de la croissance de ces pays. La relation économique, ce ne sont plus juste des exportations. Pour gagner, il faut donner des gages ». L’argument n’est pas faux puisque beaucoup de pays cherchent à imposer une production locale. C’est le cas de la Chine notamment ou des pays d’Amérique Latine. Mais cela souligne a contrario que la France, elle, ne réclame jamais de gages avec les entreprises qui vendent sur notre territoire.

Pourquoi acceptons-nous qu’Apple et les autres fabricants de téléphones, tablettes ou ordinateurs, n’assemblent pas un produit en France, ou même en Europe ? Le ministre tient un discours totalement incohérent dans la mesure où il reconnaît qu’il n’est pas injuste pour un pays de réclamer une part plus grande de la valeur ajoutée des produits vendus sur son sol, et trouve donc normal que les entreprises françaises investissent à l’étranger, sans jamais demander la réciproque aux entreprises qui vendent dans l’hexagone, tout en laissant faire une désertion fiscale détestable, où les citoyens paient à la place des multinationales.

Merci donc à Emmanuel Macron de démontrer aussi clairement les failles de son raisonnement. Au nom d’un libéralisme dogmatique et à courte vue, il apporte lui aussi sa contribution à la désindustrialisation de la France, tout en démontrant l’utilité du protectionnisme !

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE