Keyword - Le Monde

Fil des billets - Fil des commentaires

samedi, février 7 2015

Edito - Philosophons...

0.A0010gdt.jpg

"La politique, c'est l'art de faire croire au peuple qu'il gouverne"

Louis Latzarus

Guillaume de Thieulloy, dans les 4 Vérités, s'inquiète des appels fréquents à la constitution d'un "gouvernement d'union nationale" :

"(...) À première vue, l’idée est bonne. Si toutes les bonnes volontés s’accordaient pour mener ensemble les réformes nécessaires pour sortir la France de l’ornière, nous devrions y applaudir chaleureusement.

Le problème, c’est que je doute fort que ce gouvernement d’union nationale soit un gouvernement au service de la France et des Français. Il y a, au contraire, tout lieu de croire que ce soit un gouvernement au service de l’oligarchie pour parachever la spoliation des contribuables et la suspension des libertés publiques pour les citoyens.

Rappelons que le FMI a « conseillé » aux États endettés de confisquer une part substantielle du patrimoine privé. Et, en matière de libertés publiques, il suffit de regarder ce qui se passe en ce moment au nom de la lutte contre le terrorisme…

Il me semble, par ailleurs, assez probable que notre confrère Emmanuel Ratier ait raison et que la manifestation du 11 janvier soit une sorte de « répétition générale » de ce qui pourrait se passer si Marine Le Pen se trouvait au 2e tour de l’élection présidentielle en 2017.

Ces grandes manifestations « républicaines » se reproduiraient pendant 15 jours pour déjouer le « péril fasciste » – le qualificatif « républicain » ne servant plus à désigner un mode de gouvernement, mais à dire qui est fréquentable et qui ne l’est pas.

Vous aurez, à ce sujet, noté avec quelle facilité – et quelle complicité médiatique – le FN a été prié de ne pas participer à la manifestation du 11 janvier. Puisqu’il est entendu que ce n’est pas un parti républicain (beaucoup moins, naturellement, que les autorités saoudiennes ou turques présentes !), il était « logique » qu’il ne soit pas présent dans une marche « républicaine » ? De même qu’il était « logique » d’interdire, au nom de la « laïcité » et de la « république », la manifestation des associations « Ri­poste laïque » et « Résistance républicaine », puisque l’oligarchie avait décidé que ces dernières n’étaient ni laïques, ni républicaines !

Jusqu’à présent, il était possible à ceux qui ne voulaient pas entendre ces inquiétudes sur les missions d’un éventuel « gouvernement d’union nationale » de crier au populisme. Mais, tout récemment, est arrivé un événement décisif : un véritable coup d’État organisé par le « système » en Suède.

« Le Monde » commente ainsi : « Une fois de plus, la Suède donne l’exemple. Confrontés à la perspective d’une crise politique prolongée, les partis politiques traditionnels ont décidé de s’unir pour permettre au gouvernement de fonctionner en neutralisant la capacité de nuisance parlementaire du parti populiste d’extrême droite ».

Vous avez bien lu : « nuisance parlementaire » ! C’est au nom de la république et de ses valeurs que l’on bride, non plus seulement le peuple, mais même les parlementaires qui auraient le mauvais goût de ne pas applaudir à toutes les décisions de l’oligarchie !

L’excellent site « Contrepoints » a, quant à lui, commenté : « Le dernier masque de la démocratie représentative, dans sa version postmoderne et corrompue, vient de tomber ».

Concrètement, que s’est-il passé ? Un parti dit « populiste », fort de 12 % des suffrages, est parvenu, en s’alliant avec un autre parti, à mettre le gouvernement en minorité sur son budget.

C’est le jeu classique de la vie parlementaire et on ne voit pas bien où est le mal. Cependant, cette « nuisance parlementaire » du parti « populiste » a entraîné une réaction, dont il y a effectivement tout lieu de craindre que, comme le dit « Le Monde » (vous savez ce journal « neutre » et « objectif » qui avait applaudi à la prise de Phnom Penh par les Khmers rouges !), elle ne soit prise en exemple ailleurs, et notamment en France.

Droite et gauche se sont alliées, dans un accord valable jusqu’en 2022, en se répartissant les postes ministériels, indépendamment des résultats électoraux à venir.

Il est impossible de dire plus crûment que les élections ne servent à rien. Il est impossible de dire plus crûment que nous ne sommes plus en démocratie – si tant est que nous l’ayons jamais été…

Voilà ce qu’est un « gouvernement d’union nationale », dont tant de voix « autorisées », des « grands » médias à François Bayrou, en passant par Manuel Valls ou Alain Juppé, réclament la mise en œuvre en France – là aussi pour contrer le « populisme ».

Franchement, à part l’hypocrisie, on voit mal ce qui distingue un tel régime d’une dictature !"

Et si le "parti populiste", qui incarne plus que jamais l'opposition, devenait majoritaire ?

samedi, janvier 10 2015

Edito - A quoi bon Charlie ?

0.A0011a-ATTENTAT-CHARLIE-HEBDO-640x468.jpg

L'actuel Gouvernement ne comprend que des amateurs... Il faut unir tout le peuple contre les criminels mais on exclut le FN (qui n'est pas criminel à ce que je sache)

Il s'agit là, d'une décision irréfléchie, et l'UMP fonce : le journal Le Monde à raison la belle union nationale n'a pas tenu plus que 24 heures.

Le secrétaire général de l'UMP Laurent Wauquiez a affirmé que son parti était "unanime" pour s'opposer à l'exclusion du FN de la "marche républicaine" prévue dimanche en hommage à l'attentat contre Charlie Hebdo. "C'est une position unanime : il n'est pas acceptable que le Front national soit exclu pour une manifestation d'unité nationale. On ne pourrait pas comprendre que certains soient exclus, a estimé Laurent Wauquiez, à l'issue d'une réunion exceptionnelle du bureau politique de l'UMP.

Pourtant, François Fillon (UMP) a affirmé qu'on ne pouvait "pas parler d'unité nationale en excluant plusieurs millions de Français".

De plus, le président du MoDem, François Bayrou, a jugé jeudi que c'était "une mauvaise décision d'exclure qui que ce soit" de la "marche républicaine" de dimanche en hommage aux victimes de l'attentat contre Charlie Hebdo, dont est tenu à l'écart le Front national. "L'unité nationale, pour exister, doit se donner comme règle qu'on n'exclut personne", a déclaré à l'AFP le maire de Pau.

Une magnifique victoire offerte aux terroristes, par la plus nulle et désespérante des classes politiques.

De façon concomitante, la ministre de la Culture Fleur Pellerin veut "débloquer en urgence" environ un million d'euros pour Charlie Hebdo, a-t-elle annoncé sur France 5. La ministre fait travailler ses équipes pour "changer les textes", afin que Charlie Hebdo puisse bénéficier "d'aides structurelles" auxquelles un hebdomadaire satirique n'a pas droit, selon les règles actuelles des aides à la presse.

C'est, je le répète, vraiment un gouvernement d'amateur.

Au milieu de tout çà, une bonne nouvelle : Michel Houellebecq suspend la promotion de sa bouse “Soumission”.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

Edito - Face aux terroristes, l'Union nationale n'aura pas duré deux jours !

0.A00115391455.jpg

... L’ensemble des formations, du Front de gauche à l’UMP, ainsi que tous les syndicats et plusieurs associations antiracistes, participeront à ce rassemblement organisé à l’initiative de la gauche, au risque d’en faire une manifestation largement partisane avant d’être simplement citoyenne.

Mais cet appel à l’unité s’arrête au Front national, qui n’a pas été invité à rejoindre le cortège par le PS ou l’exécutif. Avec, derrière les convictions bien réelles exprimées par les responsables politiques, l’existence de calculs politiques à court terme...

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/politique/article/2015/01/09/l-union-nationale-se-brise-sur-la-question-du-fn_4552529_823448.html#TSmU9ifZt4DH7AyX.99

Source : Le Monde - 09/01/2015

lundi, décembre 29 2014

Edito - Avec Podemos et Syriza, l’Europe va-t-elle suivre l’Amérique Latine ?

0.A0011la-propagande-du-monde-contre-syriza-et-podemos_5159142-L.jpg

Aujourd’hui, les parlementaires grecs votent pour le 3ème tour de la présidentielle. Si le candidat du pouvoir ne recueille pas 180 voix, des élections législatives anticipées seront organisées, offrant une nouvelle opportunité à Syriza. Avec Podemos en Espagne, la gauche radicale a le vent en poupe en Europe.

Les dérapages du Monde

La couverture de la montée de la gauche radicale est extrêmement révélatrice du fond idéologique de ceux qui en parlent. Pour le journal Le Monde « les mouvements d’extrême-gauche séduisent aussi des électeurs épuisés par une rigueur imposée ‘d’en haut’ depuis Bruxelles, et nostalgiques d’un État-providence généreux ». On ne peut sans doute pas faire plus déformé et donc révélateur dans le traitement de l’information. Le journal Le Monde alterne entre « gauche radicale » et extrême gauche, ce qui n’a pas le même sens. Puis, il parle de séduire, sous-entendant qu’il n’y a aucune démarche rationnelle dans le soutien à Syriza et Podemos, qui ne feraient que séduire et ne pourraient bien sûr pas convaincre les citoyens.

Passons également sur cette « nostalgie d’un État-providence généreux » si révélatrice d’une capitulation de cette gauche eurolibérale vis-à-vis des conquêtes que ces ancêtres ont défendues il y a des décennies. On y décèle également ce refus borné du débat qui consiste à dire que notre système de protection aurait forcément vécu, qu’il serait trop généreux et que in fine, il serait normal de le démanteler et que tous ceux qui le refusent seraient des nostalgiques archaïques. Ceci rejoint les déclarations de Jean-Claude Juncker et la visite de Pierre Moscovici à Athènes. Mais ces leçons suffisantes et superficielles pourraient finalement pousser les peuples européens plus encore dans les bras des alternatifs.

Une légitime révolte démocratique

Au final, la tournure des débats européens confirment ce sentiment que j’ai depuis quelques temps, à savoir que l’Europe finira par suivre l’Amérique Latine, Et la bonne nouvelle, c’est qu’elle semble se tourner vers des Lula et non des Chavez, car on ne décèle chez Syriza et Podemos qu’un véritable progressisme et en aucun cas les dérives autoritaristes de certains dirigeants de ce monde, rendant bien ridicule le qualificatif d’extrême-gauche utilisé par le journla Le Monde. Comme si refuser l’austérité (comme les « prix Nobel d’économie » Krugman et Stiglitz), vouloir réduire les inégalités ou remettre en cause l’Union européenne étaient extrémistes ! Bien sûr, le journal Le Monde pointe le fait que Syriza veut renégocier la dette de la Grèce.

Mais il ne faut pas oublier que l’Union européenne a déjà accepté deux fortes restructurations, que les niveaux actuels sont comparables à ceux qui avaient déclenché les premiers réaménagements. A moins que l’on pense que cela était des solutions extrémistes… Bref, ce que nous voyons sous nos yeux, avec Syriza et Podemos, c’est une réaction démocratique normale et bienvenue de citoyens qui pourraient bien renvoyer les deux grands partis qui ont été incapables de gérer leur pays (au point de laisser un quart de la population au chômage) et de donner les clés de leur destin collectif à de nouveaux venus qui, eux, se sont montrés capables d’exprimer leur révolte mais aussi de proposer une véritable alternative.

Merci aux Grecs et aux Espagnols de montrer qu’il y a une voie de sortie de cette impasse dans laquelle les dirigeants européens ont placé leurs pays. La solution, c’est le renvoi de ces partis décatis qui ne pensent plus, si ce n’est à leur ego et leur carrière, sans pour autant tomber dans l’extrémisme.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

dimanche, décembre 21 2014

Edito - 6 mois après, le dépeçage d’Alstom s’accomplit

0.A00114542808_6_c9dc_transbordeur-servant-a-deplacer-les-trains_1ac582f75d414c10633bc8fecdfabbbb.jpg

En juin, le gouvernement annonçait une prise de participation dans Alstom, avec la création de co-entreprise avec General Electric, qui reprenait également une partie des activités de l’entreprise française. Quelques mois après, il semble que les vautours s’agitent sur les derniers restes d’Alstom.

Trois vautours et un cadavre

Le bilan est amer. Le vote de l’Assemblée Générale d'avant hier a entériné un dépeçage complet de l’entreprise. Pas moins de 70 % du chiffre d’affaires de l’entreprise va être cédé à General Electric pour 12,35 milliards. Plus de 60 000 salariés changent d’employeurs. Toute la question est de savoir combien le seront encore dans quelques années. Pire, la fiction des co-entreprises tombe puisque GE détiendra « 50 % plus une action en capital et en droits de vote » comme le rapporte le journal Le Monde. Et sur le nucléaire, GE disposera de « 80 % du capital et 50 % plus deux voix en droits de vote ». Bref, dans la réalité, comme je l’annonçais alors malheureusement Alstom est dépecé par GE, le vautour en chef.

Mais le géant étasunien n’est pas le seul vautour en chef. Habile, pour obtenir le soutien des autres partis-prenantes, il partage le cadavre avec les actionnaires et les dirigeants, s’assurant un vote positif lors de l’Assemblée Général. C’est ainsi que « le groupe a annoncé qu’il compter reverser à ses actionnaires, sous la forme d’une offre publique de rachat d’actions, 3,5 à 4 milliards d’euros ». Cela aide à obtenir 99,2 % de vote positif à l’Assemblée. Mais ce n’est pas tout : Patrick Kron, actuel PDG, va recevoir 150 000 actions, qui représentent plus de 4 millions d’euros. Le Figaro cite un délégué syndical CGT-Métallurgie pour qui « 2000 hauts dirigeants vont également se partager 60 millions d’euros ».

La victoire du capitalisme cannibale

Voici un nouvel exemple typique du mode de fonctionnement de ce capitalisme totalement dérégulé et qui ressemble définitivement à la loi de la jungle. Le pire est que l’État avait théoriquement un droit de vote, ce qui signifie qu’il a entériné ce plan barbare, où les dirigeants de l’entreprise n’hésitent pas à la dévorer eux même contre espèces sonnantes et trébuchantes. Quand aux actionnaires, dans ce système, il y a bien longtemps qu’ils ne se soucient plus du long terme et qu’ils ne regardent que ce que cela leur rapporte à court terme, les rendant ouverts à ce genre de dépeçage où ils touchent rapidement beaucoup d’argent, plutôt que d’essayer de construire quoique ce soit dans la durée,

Mais que restera-t-il demain d’Alstom ? Finalement, ne devrait subsister que la partie transport ferroviaire, qui n’intéressant pas General Electric. Mais, même si GE a une forte et ancienne présence en France, comment ne pas comprendre que les intérêts de la filière énergie d’Alstom ne seront qu’un détail par rapport à ceux des actionnaires et des dirigeants du monstre étasunien. La France a soldé sa filière énergétique et l’État laisse faire sans que grand monde ne se rende compte de cette énorme arnaque et des mécanismes délétères à l’œuvre dans ce capitalisme cannibale qui dévore les organisations pour gagner toujours plus d’argent, sachant laisser quelques restes à ceux dont il a besoin.

Dès le début de l’affaire, en avril, on pouvait comprendre qu’il fallait protéger Alstom de General Electric, mais aussi de Siemens. Malheureusement, le laisser-faire continue à régner. Il est effarant que François Hollande ait été moins interventionniste sur Alstom que son prédécesseur à l’Elysée.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

vendredi, décembre 12 2014

Edito - Que penser du projet de loi Macron ?

0.A00114537891_6_34b5_manuel-valls-et-emmanuel-macron-quitte_d58d4522799baca38f8c0809b8ae7c33.jpg

C’est le sujet législatif de la semaine. Le projet de loi Macron a été présenté en conseil des ministres, puis à la presse avant hier. Il doit rester comme un marqueur du quinquennat, une des meilleures illustrations du cap libéral assumé par François Hollande, puisqu’il prolonge les travaux de la commission Attali.

Jacques Attali au pouvoir ?

Quand on prend un peu de recul, il y a de quoi être assez estomaqué par ce projet phare de la deuxième moitié du mandat de François Hollande. Bien sûr, il peut exister certaines rentes injustifiées et excessives et il est normal de s’y attaquer et certaines complexités de notre droit peuvent être contre-productives, mais ce projet va bien au-delà. De manière stupéfiante, il s’agit d’un projet néolibéral, qui, sous couvert initialement de redonner du pouvoir d’achat aux ménages, ce qu’avait défendu Arnaud Montebourg cet été, est un projet global de déréglementation de l’économie française, visant à faire reculer le service public et poussant le détail jusqu’à prévoir quelques dérisoires milliards de session d’actifs.

Encore plus effarant, ce projet fourre-tout est un prolongement du rapport de Jacques Attali de « libération de la croissance », qu’avait en partie mis en place Nicolas Sarkozy. Il est tout de même incroyable de voir ce qu’on appelle la gauche déréglementer plus encore l’économie française deux ans et demi après avoir pris le pouvoir à la droite ! Ainsi, François Hollande dépasse Nicolas Sarkozy sur sa droite sur plusieurs questions économiques. Par exemple, il est assez effarant que ce soit le candidat du PS qui libéralise le travail du dimanche, que le président de l’UMP avait tant de fois appelé de ses vœux mais n’avait pas osé faire. Tout ceci démontre la faillite du débat politique actuel quand il se limite au PS et à l’UMP.

Courant d’air néolibéral

Mais le traitement de l’information est également accablant. Si ce n’est un éclairage des décodeurs très descriptif, Le Monde couvre la loi comme pourraient le faire les éléments les plus libéraux et dogmatiques du Medef, accréditant l’idée que cette loi s’attaque aux « maladies de la France », qu’elle est censée doper la croissance et publiant naturellement une tribune qui défend l’ouverture du travail le dimanche, qui serait une « chance économique et sociale ». La couverture de cette loi ressemble plus à de la propagande, la seule question autorisée semblant être de dire qu’elle ne va sans doute pas assez loin puisque le gouvernement a renoncé à réformer les pharmacies, ou les taxis…

La présentation du débat sur le travail du dimanche est particulièrement choquante puisqu’elle se résume à de purs arguments mercantilistes, à savoir que les touristes chinois pourraient dépenser plus en France, et ne pas avoir à aller à Londres, sans jamais vraiment se poser la question de la vie familiale et son équilibre. En outre, parler de volontariat est un peu hypocrite quand 15 % des Français recherchent un travail et il faut noter que la question de la rémunération supplémentaire est renvoyée à des accords, l’État n’imposant pas de cadre… Bref, sur cette question, encore une fois, de manière assez effarante, le Parti Socialiste semble vouloir dépasser l’ancienne majorité par sa droite.

Pour toutes ces raisons, la loi Macron, avec l’opposition de la France à la taxe Tobin européenne, démontre non seulement les reniements de François Hollande, mais aussi la dérive effarante d’une classe politique où ce qu’on appelle la gauche dépasse la droite par la droite sur certains sujets.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

jeudi, décembre 11 2014

Edito - Martine Aubry défend le repos dominical

0.A001116.jpg

Dans une tribune du journal Le Monde, le maire de Lille s'oppose à la loi Macron et écrit notamment :

"Ce n’est pas une réforme subalterne, c’est un moment de vérité autour de la seule question qui vaille : dans quelle société voulons-nous vivre ?"

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

jeudi, novembre 20 2014

Edito - Pourquoi Juppé sera élu ?

0.A001Alain-Juppe.jpg

Partons du principe – car il semble difficile d’ imaginer le contraire – qu’il y aura un candidat UMP au deuxième tour de la présidentielle de 2017, et que son adversaire , qu’il soit du PS ou du FN , n’aura aucune chance de le battre ( sans faire injure à tous les autres, qu’ils soient de la « gauche de la gauche », écologistes ou centristes).

Nicolas Sarkozy va certainement être élu, le mois prochain , à la présidence de l’ UMP – sans avoir battu pour autant Alain Juppé , qui a eu l’ habileté de ne pas se présenter à une élection jouée d’avance (là encore, sans faire injure à MM. François Fillon, Bruno Le Maire , Xavier Bertrand ou Hervé Mariton) , les sarkofanatiques étant très majoritaires parmi les militants de ce parti.

Une fois élu, le nouveau président de l’UMP va travailler à remettre en ordre de marche et à refaire l’ unité de ce parti, que François Fillon et Jean-François Copé se sont soigneusement employés, pendant plus de deux ans, à mettre en pièces : nul doute qu’il y parviendra, mais la question est de savoir au bénéfice de qui – car près de deux longues années le sépareront de la désignation du candidat de l’UMP aux présidentielles, et, cette fois, par les sympathisants, et non par les militants ; et le seul opposant crédible à Nicolas Sarkozy est évidemment Alain Juppé ; or, que se passera-t-il, entre décembre 2014 et la fin de 2016 ?

Nicolas Sarkozy, devenu président de l’UMP, sera condamné à tenir le devant de la scène en permanence ; or, tout indique, en quelques semaines, depuis qu’ il a fait officiellement son « retour », qu’il a perdu la main : il semble ne plus être capable que de reprendre sa tactique, qui lui avait réussi en 2007, consistant à accumuler les promesses tous azimuts mais contradictoires entre elles, et dont le seul fil directeur est le contre-pied systématique des décisions du pouvoir actuel ; il donne ainsi, à son détriment, une image du « robot qui refait toujours le même numéro » ; là où il surprenait par sa nouveauté en 2007, il décontenance ses supporteurs en 2014 par cette impression de « déjà vu », de retour à un passé vieux de 10 ans, le passé d’avant la crise : à un monde disparu.

En quelques jours, il a multiplié les prises de position qui doivent laisser perplexe son électorat, et dont Gérard Courtois, dans un article du quotidien Le Monde daté du 18 novembre intitulé « Nicolas Sarkozy à la godille », dresse une liste non exhaustive, toutes ces improvisations imprévisibles au jour le jour donnant de lui une impression de fragilité et d'incohérence.

De ce fait, Alain Juppé n’aura presque pas besoin de s’exprimer : Nicolas Sarkozy suffit à renforcer, par contraste, son image de solidité et de cohérence : il sera l’« homme sérieux » opposé au bateleur d’estrades. Or, en période de crise et de désarroi (ce qui n’était pas le cas en 2007), les Français préféreront un président rassurant à un président anxiogène : grâce à Nicolas Sarkozy, même l’ âge d'Alain Juppé, qui semblait constituer son principal handicap, deviendra pour lui un gage d’expérience, donc un atout .

Mais, surtout, il ne faut pas oublier que, de plus en plus, celui que les sympathisants ou les militants choisissent aux primaires comme candidat à la présidentielle est celui que les sondages donnent comme ayant le plus de chances de l 'emporter : ce fut le cas pour l'illustre inconnue qu’était Ségolène Royal en 2006, ce fut la raison de la popularité de DSK (dont on ignorait tout du programme) avant ses exploits au Sofitel ; or, Alain Juppé « ratisse plus large » que Nicolas Sarkozy - la majorité des électeurs du FN, dont le ralliement avait été la principale raison de la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007, et qui croient désormais en leurs chances de victoire, étant, cette fois-ci, irrécupérables par qui que ce soit ; et ceci apparaîtra forcément dans les sondages.

Entre un Alain Juppé rassurant qui s’est habilement positionné au centre droit (où il récupérera beaucoup d’électeurs non seulement centristes, mais aussi des déçus de François Hollande) et un Nicolas Sarkozy anxiogène courant derrière l’électorat de Marine Le Pen qui ne l' abandonnera pas, la cause semble entendue.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

jeudi, novembre 13 2014

Edito - Fillon/Jouyet : l’affaire d’une fin de régime ?

110996

C’est l’histoire qui occupe l’actualité politique. L’ancien Premier Ministre serait aller voir le Secrétaire Général de l’Élysée pour lui demander d’accélérer le cours de la justice pour affaiblir celui qui fut son chef pendant cinq ans. Comme une impression de fin de cycle.

Tous compromis ?

Cette affaire appuie là où cela fait mal de multiples manières. Elle rappelle que l’actuel Secrétaire Général de l’Élysée est un homme, qui, s’il est un ami du président de la République, qu’il connait depuis l’ENA, a aussi été ministre du précédent président de la République. Jean-Pierre Jouyet est une des illustrations les plus extrêmes de cette indistinction grandissante entre un PS et une UMP qui défendent la globalisation, l’Union Européenne, l’euro, la course folle à la baisse du prix du travail, la baisse déraisonnée des déficits ou le recul du service public, habillés d’une manière ou d’une autre.

Tout change et rien ne change. Et cette affaire a d’autres aspects guère reluisants. D’abord, le mensonge permanent, avec Jean-Pierre Jouyet qui a démenti ce qu’avançaient les journalistes du Monde, pour finalement l’admettre devant l’évidence des enregistrements, qui n’étaient même pas dissimulés. Ensuite, cela rappelle également que Nicolas Sarkozy est sous le coup de nombreuses affaires, dont notamment le fait d’avoir dépensé entre 11 et 17 millions d’euros de plus pour sa campagne présidentielle de 2012 que le plafond légal de 21 millions, ce qui pourrait bien le disqualifier pour 2017. Enfin, cela rappelle également les mœurs de cette jungle politique où tous les coups semblent permis.

Besoin d’air frais

Bien sûr, cela pourrait faire le jeu du FN, mais le parti de la famille Le Pen, même s’il est à ses plus hauts historiques, est très loin d’être en position d’accéder au pouvoir, et les placards sont pleins d’histoires pas plus reluisantes que celle-ci, sans parler de son extrémisme, sa démagogie et son amateurisme. Finalement, ce que montre cette affaire, c’est que notre pays a besoin d’un grand coup de balais. Le PS et l’UMP ont atteint un niveau de décomposition et de décadence qui pourrait faire penser à la fin de l’empire romain. Il faudrait sans doute que les Français montrent la porte aux deux grands partis qui dominent notre vie politique depuis trop longtemps pour notre bien à tous.

La seule chose qu’il faut espérer avec cette affaire, c’est qu’elle contribue à faire comprendre davantage encore qu’il faut un renouvellement profond de notre vie politique et que la solution ne se trouvera pas dans les trois partis qui dominent notre vie politique depuis si longtemps.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mercredi, novembre 12 2014

Edito - Le référé rigolo de Fillon le rigolo

0.A001535d7798ba889f94048e34393e125.jpg

Le presque président de la République engage une procédure de référé « d’heure à heure » pour obtenir la copie intégrale de l’enregistrement de la conversation entre Jean-Pierre Jouyet et les deux journalistes du journal Le Monde, a indiqué son avocat, lundi 10 novembre, dans un communiqué. « D’heure à heure », veut dire que vu l’urgence, on demande au président du tribunal de statuer au plus vite, sans attendre l’audience normale de référé, qui se tient toute les semaines. Ça urge

L'excellent avocat commis d’office, Jean-Pierre Versini-Campinchi parvient à nous expliquer sans pouffer de rire : « Le contenu de cet enregistrement ayant été partiellement rendu public, nous allons engager une procédure de référé d’heure à heure devant le président du tribunal de grande instance de Paris aux fins de lui demander soit de nous faire remettre, soit de faire remettre à un tiers de son choix, une copie intégrale de l’enregistrement audio, ceci aux fins que cette pièce puisse être versée dans la procédure pénale qui sera aussitôt engagée ».

Donc, le presque président de la République veut engager une procédure pénale pour diffamation contre Davet et Lhomme, les deux journalistes du journal Le Monde (deux chouchous qui ont leur cantine à l’Elysée), et pourquoi pas s’il s’estime diffamé ? L'excellent avocat commis d’office ajoute que « cette procédure de référé est un préalable puisque la loi exige que la demande soit faite auprès du juge des référés avant tout procès ». Ah bon ?

C’est bizarre, car la loi dit pile l’inverse. Tout ce qui ressort de la publication des idées relève de la loi sur la presse. Comme cette loi est un casse-tête procédural, les avocats rusaient en engageant des procédures civiles en référé pour la contourner. Je le sais bien pour avoir manœuvré… quand c’était admis. Mais depuis la jurisprudence est claire : pour toute publication, seule la loi sur la presse est applicable. Et c’est parfaitement logique.

Avec le pénal, est en cause la présomption d’innocence, qui justifie un respect scrupuleux des droits de la défense : « Je défends mes droits en fonction des accusations ; donc, tu commences par m’accuser, et je m’organise ». La loi sur la presse formalise cela, depuis plus d’un siècle, avec la règle de l’offre de preuve : la personne citée en correctionnelle a dix jours pour produire ses sources, et la personne poursuivant peut répliquer par une contre-offre de preuve dans les cinq jours. Ceci par voie d’huissier et au domicile élu d’un avocat du barreau de la juridiction.

L'excellent avocat commis d’office connait aussi bien que moi toutes ces règles, et il a déjà prévu le synthol et l’albuplast pour la gamelle qu’il va se ramasser. Mais, après quelques gouttes d’arnica, il pourra dire, outragé, que, décidément, le presque président de la République est victime d’un terrible complot.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

lundi, novembre 10 2014

Edito - Ces crétins de Jouyet et Fillon collent les affiches de Le Pen

FRANCE-POLITICS-OPPOSITION-FILLON-JOUYET-FILES

L’UMPS, ie l’absence de perspective politique, est le principal moteur du FN. Tous les mêmes et rien ne bouge,… alors on vote FN pour les faire dégager (sans imaginer un instant que le FN soit en mesure de diriger le pays). __ Alors, les amours tumultueux de Jean-Pierre Jouyet et François Fillon ?__ __ Jean-Pierre Jouyet, grand pote de François Hollande, est une figurine de l’UMPS : ministre sous Nicolas Sarkozy, et secrétaire général de l’Élysée, donc n° 2, sous François Hollande__. Le changement, c’est maintenant…

François Fillon ? Le matin, il est sur les radios pour nous dire que le gouvernement de François Hollande, c’est la calamité des calamités. Mais à midi, il casse la croûte au Pavillon Ledoyen avec Jean-Pierre Jouyet. C’était le 24 juin. La cantine de l’Élysée n’est pas assez relevée, alors la République offre Ledoyen à ces deux héros du courage politique. Un rendez-vous sur l’agenda, avec nécessairement rapport à François Hollande dans l’après-midi.

Toute la journée d’hier, Jean-Pierre Jouyet et François Fillon nous ont livré un fabuleux concours de mensonges

Il n’a pas parlé de Nicolas Sarkozy, non je n’en ai pas parlé, en fait si il en a parlé, non ma parole je t’assure que je n’en ai pas parlé… Ils nous dégoûtent… Grave.

François Fillon, qui voulait être président de la République, prend sa carte au club de François Bayrou. Il a été catastrophique et devrait s’inscrire à la Cahuzac School, car il n’a tenu qu’une journée.

Jean-Pierre Jouyet, égérie de la Gauche mole, qui exerce une des plus hautes fonctions de l’État, a compris hier dans l’après-midi qu’il était cramoisi quand les journalistes du journal Le Monde lui ont rappelé qu’il avait été enregistré, avec son accord. Alors, il s’est planté devant l’Élysée – usurpateur ! (plus de trois jours) – pour démentir ce qu’il avait dit le matin. Nul. Prévoir aussi un stage à la Cahuzac School.

Les pressions sur le Parquet par François Hollande ou Christiane Taubira ?

Ça ne se passe plus comme cela. C’est ouaté, indirect et suave, car François Hollande sait qu’il a trop à perdre avec des interventions directes. Mais les faits conduisent à faire quelques remarques.

1/ Fillon-le-menteur a rêvé de « taper », ce qui montre que ça se faisait du temps de Sarkozy-Fillon, … avec des résultats plus ou moins heureux, comme nous l’expliquerait notre ami le juge Courroye.

2/ Jouyet-le-menteur se fout du monde. C’est lui qui a pris contact avec François Fillon, non par culte de l’amitié, mais pour tirer des tuyaux du scandale Bygmalion qui avait explosé quelques jours plutôt, obligeant Jean-François Copé à démissionner pour laisser le pouvoir au « triumvirat » Jean-Pierre Raffarin, Alain Juppé et François Fillon. On voit bien le petit Jouyet excité comme une puce : « Je vais avoir des infos de première bourre » (Ce qui justifie l’addition de Ledoyen, repas servi dans un salon privé).

3/ En fait, une seule question qui intéressait Jean-Pierre Jouyet et François Hollande : l’affaire Bygmalion va-t-elle permettre de niquer Nicolas Sarkozy ?

Que peut imaginer que Jean-Pierre Jouyet et François Fillon se fixent en urgence un rencard chez Ledoyen pour parler de la faim dans le monde, du réchauffement de la planète, et ou de la dette publique de la France ?… Non, il n’y a qu’un sujet à l’ordre du jour : nous avons tous deux intérêt à zigouiller Sarkozy, alors comment exploiter les évènements du moment ? L’UMPS dans toute sa splendeur.

Please zigouille and fuck Sarkozy

Pendant le gueuleton chez Ledoyen, François Fillon a du balancer un max d’infos, en qualité de membre (flasque) du triumvirat. Mais en contrepartie, il a fait une petite réclamation : « Please zigouille and fuck Sarkozy, car il a fait payer par l’UMP l’avance forfaitaire de 150 000 euros qui lui avait été versée pour mener sa campagne et les 363 615 euros correspondant au dépassement du plafond légal des dépenses, sommes arrêtées par le Conseil constitutionnel en juillet 2013 ».

Retour sur images. Juillet 2013, c’était l’époque du Sarkothon, pour 10,5 millions d’euros, restant à charge du fait du rejet des comptes de la campagne, et ces paiements de 150 000 et 363 615 euros s’étaient ajoutés à la dette de l’UMP.

Même-moi j'l’avais vu en juillet 2013…

Paiement en juillet 2013, repas le 24 juin 2014, rapport des commissaires aux comptes de l’UMP certifiant les comptes du parti le 30 juin, signalement par les mêmes le 1 juillet au Parquet de Paris et enquête préliminaire ouverte par ce Parquet le 2 juillet… (puis une information judiciaire, le 6 octobre 2014 pour « abus de confiance », « complicité » et « recel ») : tout est limpide,… ou presque.

Pourquoi un an d’attente ? Parce qu’il était impossible de savoir avant, a répondu hier soir le parquet de Paris. Hum, hum…

Restons prudents car un avocat de Nicolas Sarkozy avait analysé que le procédé était régulier, et Bercy avait conclu dans le même sens. On verra, mais arrêtons les salades, please… Le rapport des commissaires aux comptes du 1° juillet n’a rien révélé. La distinction entre les deux sommes était clairement posée par l’analyse des textes et par la décision du Conseil constitutionnel, et même moi je m'en étais aperçu le 18 juillet 2013.

Alors, un deal, genre : « Nous on ne touche pas à ça. Mais si les commissaires aux comptes fait soudain le 1er juillet 2014 un rapport sur des paiements datant de plus d’un an, peut-être que ça fera l’affaire ».

Ces manips vont faire des massacres dans l’opinion. Et que faire ? Dans trois jours, François Hollande va sacrifier Jean-Pierre Jouyet (qui aura trois mois plus tard un joli lot de consolation) et puis après ? Le mal est fait, et les séquelles sont graves.

Tout ceci est désolant

Que faut-il faire pour que nous ayons des politiques au niveau ? Compliqué, alors que les leaders cherchent d’abord à conforter leur rente de situation, et soignant des réseaux à leur service.

Mais que faire pour que la justice ne soit plus salie par ce genre d’affaire ? Là, c’est plus simple : l’indépendance du Parquet.

Dis, François, pourquoi tu tousses ?

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mercredi, octobre 8 2014

Edito - La paradoxale avancée de l’agenda néolibéral

0.A001ap_margaret_thatcher_ronald_reagan_ll_130408_wblog.jpg

Depuis quelques mois, alors que l’agenda austéritaire et néolibéral a plongé le continent européen dans une récession prolongée, on pourrait penser que les idées alternatives ont un boulevard. Las, il semble que pour soigner le mal, plus de ce même mal s’impose pour le moment comme la solution !

Le retour des austéritaires

C’est un immense paradoxe. Entre la révolution copernicienne du FMI fin 2012, qui a remis en cause ses recommandations en partant du constat que les politiques austéritaires avaient un effet dépressif bien plus important que prévu, les rendant contre-productives, et le marasme dans lequel les économies européennes se sont enfermées en cherchant à réduire les déficits, l’agenda défendu par Paul Krugman devrait s’imposer. Mais non, même s’il faut reconnaître que l’Union Européenne accepte pour le moment que les objectifs de réduction des déficits ne soient pas atteints aussi vite que prévu, en Grèce, en Espagne ou en France, la tonalité actuelle du débat semble marquer un effarant retour en arrière. Il faut dire que la dramatisation ridicule du passage du cap des 2000 milliards de dette n’aide pas.

Même si le gouvernement a repoussé en deux temps l’objectif d’un déficit à 3 % du PIB, de 2013 à 2015, puis 2017, la direction de la politique budgétaire reste désespérément à l’austérité, même si elle n’est pas aussi brutale qu’à une époque ou ailleurs. Jacques Sapir décrypte de manière remarquable le paradoxe de cette époque, où l’échec des politiques d’austérité, qui, en cassant la croissance, ont même du mal à réduire les déficits en pénalisant les rentrées fiscales, donne du grain à moudre aux austéritaires qui appellent à plus d’austérité, comme on peut le voir à l’UMP, dont tous les candidats demandent une baisse d’au moins 100 milliards de la dépense publique, qui, selon les calculs du FMI, provoquerait une chute de 4,5 à 8% du PIB. Il est effarant d’oublier Keynes et les leçons du passé récent.

Toujours plus de laisser-faire

Mais la cause des austéritaires n’est pas dénuée d’arrières-pensées, comme on a pu le constater dans le traitement délirant du passage du cap de 2000 milliards de dettes. Beaucoup d’austéritaires sont en fait des opposants à l’État, des partisans du laisser-faire et du laisser-passer, qui voient dans la crise actuelle une opportunité pour faire reculer le défenseur de l’intérêt général pour faire avancer leur agenda de recul de l’État généralisé. C’est ainsi que Le Monde, comme Le Figaro, ont profité de l’occasion pour développer les idées de vente du patrimoine de l’État ou même de libéralisation des monopoles publics. On en trouvait les prémisses dans le débat sur le ras-le-bol fiscal ou la compétitivité.

Bien sûr, ce discours est largement tenu par la droite aujourd’hui, mais il faut noter que la gauche dite de gouvernement adhère largement à cet agenda. Pierre Moscovici avait légitimé le ras-le-bol fiscal. François Hollande semble vouloir jouer son quinquennat sur l’amélioration de la compétitivité, virage déjà entamé avec le rapport Gallois. Et le Parti Socialiste, qui, de 1997 à 2002, avait plus privatisé que la droite, semble se préparer à une nouvelle vente du patrimoine de l’Etat, alors même que le bilan de la privatisation des autoroutes est absolument désastreux, puisqu’elles n’aboutissent qu’à créer des rentes pour des groupes privés qui réalisent des bénéfices indécents sur le dos des usagers.

Comme le souligne l’économiste Dani Rodrik dans La Tribune, tout le paradoxe de la situation est finalement, que l’écteur moyen, en continuant à voter pour des partis qui mettent en place cet agenda, soutiennent de facto la cause des plus riches. Mais cela ne durera pas, comme le montre l’émergence de Podemos.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

vendredi, octobre 3 2014

Edito - Le coq, l'autruche et le renard

0.A00capitelle_faugeres.jpg

Le Washington Post, Le Monde ... tentent de trouver le contenu offensif du nouveau rituel quotidien de l'information. C'est un enjeu passionnant au moment où la concurrence s'accélère dans les supports, dans le rythme, dans l'internationalisation.

En France, selon la juste classification d'Eric le Boucher (les saboteurs), ce défi s'annonce très difficile car il y a trois tempéraments qui se dissocient de plus en plus : le coq, l'autruche et le renard.

Appliquée à l'information, le coq, c'est le journal de TF1 13 heures : des plongées dans les musées des régions : la "France est belle et l'Histoire l'a faite grande ...".

L'autruche, c'est l'ensemble des "hors jeux" : sortir de l'euro, fermer les frontières, relancer la dépense publique pour créer des emplois ... Il ne s'agit pas de démontrer, il faut affimer.

Le renard, c'est le tempérament qui s'adapte, qui ruse, qui intègre les réalités pour tenter de les surmonter.

Comme chacun cherche désormais dans l'information ce qu'il veut trouver et rejette ce qu'il n'accepte pas, comment trois tempéraments aussi différents peuvent-ils cohabiter en trouvant "leurs" informations dans un même support ?

Ceux qui vont résoudre cette énigme auront du mérite parce que, pour la première fois peut-être à ce point, le rituel quotidien de l'information n'existe peut-être plus tout simplement ?

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

vendredi, août 15 2014

Edito - Le tandem Hollande/Valls : Les incompétents qui font sombrer le pays

FRANCE-POLITICS-GOVERNMENT

La France est un pays sérieux : la preuve, les têtes pensantes du ministère de l’Intérieur ont faire arrêter un manifestant qui, dans une mise en scène rodée, mimait la scène de soldats abattant des enfants (terroristes) : notre ami est le roi des pépères, et la kalachnikov est en caoutchouc. Mais l’État français est fermement dirigé, et notre vaillant gouvernement, toutes affaires cessantes, a fait arrêter notre ami pépère pour que vérifier par expertise que la kalachnikov était en caoutchouc… Et notre ami s’est trouvé en garde-à-vue : pathétique.

C’est ainsi : dès qu’on les regarde de près, nos braves dirigeants apparaissent nature, ie comme des crétins finis.

Notre gouvernement passe son temps à tenter de nous dissiper avec ce genre de calembredaines, et on finit par de désintéresser de son action,… Sauf qu’ils sont en train de fiche en France un bazar rare,… et que nous allons tous passer à la casserole.

Le tandem Hollande/Valls, les fossoyeurs de la Gauche, ces deux irresponsables aux épaules en forme de bouteille de Coca-Cola, nous avaient vanté les mérites du Pacte de responsabilité. Un truc bidon, qui était en fait la remise des clés du pays au MEDEF. Pour faire joli, François Hollande et Manuel Valls avaient promis la baisse des cotisations sociales des salariés les moins payés. Un « marqueur de Gauche », comme le disait Le Monde (des innocents).

Mais voilà : le Conseil constitutionnel a annulé la baisse des cotisations sociales. Du travail d’amateur.

Tétanisés devant la réussite économique de l’Allemagne, notre pays frère, François Hollande n’avait rien trouvé de mieux que d’appeler l’Allemagne à lancer des programmes pour draguer à la croissance, pour que la France en profite. La réponse a été un coup de pied au cul, par le président de la banque centrale allemande Bundesbank, Jens Weidmann, qui a invité la France à être «un exemple en matière budgétaire» et à cesser d’en appeler à l’Allemagne pour soutenir sa croissance. Angela Merkel n’a pas bronché une oreille, et elle a laissé le banquier dézinguer François Hollande.

Il y a deux jours, nouvel épisode dans l’inexorable chute. Jean-Christophe Cambadélis a jugé «inévitable» d’abandonner l’objectif d’un déficit public de 3% du PIB en 2015. En septembre 2013, Paris avait obtenu de Bruxelles un délai de deux ans pour passer sous la barre des 3%, objectif initialement fixé pour 2013, et promis de ramener son déficit public à 3,6 % du PIB fin 2014 et 2,8 % fin 2015. Engagement martelé par El Blancos. Aujourd’hui, nos gouvernants renoncent. En juillet, les prix à la consommation ont baissé de 0,3% et on voit apparaitre un risque de déflation. C’est grave.

L’illusionniste Michel Sapin, qui avait estimé la croissance française à 1%, reconnait qu’on ne dépassera pas les 0,5%. Ce qui oblige à revoir toutes les prévisions fiscales…

A ce stade, nous n’avons plus le choix : il faut que Angela Merkel gouverne la France. Pendant ce temps, notre gouvernement s’occupera des enquêtes sur les kalachnikovs en caoutchouc.

On en rit,… mais pas trop, car François Hollande et Manuel Valls sont entrain de flinguer notre pays…

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mardi, août 12 2014

Edito - La nouvelle gifle de Merkel à Hollande

0.A004369549_6_a14c_angela-merkel-et-francois-hollande-a-l_9f3bcdb3ed04abf4e02f9b3d90b5cb86.jpg

Il y a quelque chose de pathétique dans le comportement de François Hollande. Il ne cesse d’en appeler à l’Allemagne, pour qu’elle soutienne davantage la croissance ou appuie une politique monétaire moins dure. Et à chaque fois, Berlin l’envoie dans les roses, ce qui ne l’empêche pas de recommencer.

Une nouvelle rebuffade

Lundi, dans Le Monde, François Hollande avait demandé : « un soutien plus ferme à la croissance » de l’Allemagne, « ses excédents commerciaux et sa situation financière lui permettent d’investir davantage. C’est le meilleur service que l’Allemagne peut rendre à la France et à l’Europe ». Avec cette immixtion effarante dans les affaires allemandes, il s’est attiré une réplique cinglante du porte-parole d’Angela Merkel, qui a dit « les déclarations très générales en provenance de Paris ne fournissent aucune raison pour de quelconques corrections dans la politique économique (…) l’Allemagne est déjà une locomotive importante, la plus importante même pour la conjoncture de la zone euro ».

Ce n’est pas la première fois que François Hollande et Angela Merkel s’opposent. Déjà, à peine après son élection, le nouveau président de la République s’opposait à la camisole budgétaire, souhaitait des euro obligations et demandait de faire plus pour la croissance. Déjà, il avait capitulé sur toute la ligne, Angela Merkel lui permettant de sauver les formes avec un plan de croissance dérisoire, qualifié par Paul Krugman de « pistolet à eau contre un rhinocéros qui charge », acceptant à la fois le refus ferme de l’Allemagne sur les euro obligations et signant le TSCG conçu par son prédécesseur. Depuis, il faut quand même noter un léger assouplissement des objectifs de réduction des déficits budgétaires, mais cela doit sans doute plus au réalisme de l’Allemagne qu’à l’influence de François Hollande.

Ce que cela dit de François Hollande et de l’Europe

Il y a tout de même quelque chose de pathétique à voir notre chef de l’État mendier aussi maladroitement et naïvement une relance de l’économie allemande. Rien ne plaide aujourd’hui pour une telle politique outre-Rhin. Le chômage est à un bas niveau et la nouvelle coalition va mettre en place un salaire minimum qui va donner plus de pouvoir d’achat aux classes populaires. Certes, la balance extérieure allemande est positive mais l’appartenance à la zone euro permet de limiter la cherté de la monnaie par rapport aux fondamentaux de l’économie allemande. Outre le fait d’être totalement irréaliste, il est stupéfiant de demander à un pays de mener une politique qui sert d’abord l’intérêt de ses voisins.

Cet épisode a néanmoins l’intérêt de révéler plus encore tous les défauts structurels de cette construction européenne. Cela démontre l’impuissance de la France, qui, en ayant accepté d’abandonner sa politique monétaire puis soumis sa politique budgétaire aux omens bruxellois, après six longues années de marasme économique et un chômage record, se retrouve contrainte de mendier une relance à l’Allemagne, que Berlin lui refuse logiquement puisque ce n’est pas vraiment son intérêt. Mais le pire est qu’après d’aussi longues années d’échec patent, personne dans la majorité ne semble remettre en cause cette construction qui ne marche pas et impose des politiques totalement antisociales.

Même si on pense que l’Allemagne aurait intérêt à mener une politique de relance, une partie des problèmes vient de la monnaie unique. Si chacun avait gardé sa monnaie, le mark s’apprécierait fortement par rapport aux autres pays européens, ce qui agirait comme une forme de relance.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

samedi, août 9 2014

Edito - Bitcoin : l’effarante complaisance de nos dirigeants

Bitcoins Rise

Malgré les nombreux scandales, Bitcoin poursuit son chemin, notamment en France, où, coup sur coup, le ministre Michel Sapin dit que « réguler n’est pas museler » suite à un rapport du ministère et où un rapport du Sénat PS-UMP prend plutôt position en faveur de bitcoin et des monnaies virtuelles.

Unanimisme administration-PS-UMP

Comme le rapporte Le Monde, Michel Sapin considère que, si « les monnaies virtuelles sont une réalité qu'il ne faut pas grossir (...), elles témoignent d'une capacité d'innovation qu'il faut promouvoir » et « le système doit être régulé par la puissance publique ». Le rapport du ministère alerte néanmoins sur les utilisations frauduleuses, favorisées par l’anonymat, qu’il faudrait donc pouvoir lever, et souligne aussi la nécessité de mieux protéger les utilisateurs. Le directeur de Tracfin précisait en effet que « les utilisateurs ne profitent d'aucune garantie d'un tiers ou de l’État lorsque, par exemple, une plate-forme étrangère comme MtGox met la clé sous la porte ». Bref, les dangers sont pointés mais pas traités.

Le ministre s’est presque fait le promoteur des monnaies virtuelles en disant dans Le Monde : « elles ont d'abord un intérêt pratique car elles offrent des possibilités de transactions à coût plus faible que les services de paiement classiques. Elles offrent également une alternative aux consommateurs, une autre philosophie de l'échange, moins institutionnel. C'est un modèle que je respecte, et qui repose sur une capacité d'innovation qu'il faut promouvoir. Pour ce faire, le système doit être régulé, au bon sens du terme, sans jugement de valeur. Réguler n'est pas museler ».

Quelques jours plus tard, deux sénateurs, l’UMP Philippe Marini et le PS François Marc, ont poursuivi leur promotion : « le bitcoin offre une très grande sécurité des transactions : celles-ci sont cryptées et validées par un grand nombre d’ordinateurs de manière décentralisée, sans passer par un système central par définition plus vulnérable ». Malgré tout, ils n’ignorent pas leurs risques pointant que « le bitcoin ne bénéficie d’aucune garantie de convertibilité en monnaie réelle par les pouvoirs public. Cela laisse les utilisateurs bien dépourvus en cas de perte généralisée de confiance dans le système ».

Oui oui au pays de la fausse monnaie

Cet unanimisme m’atterre au lieu de me faire changer d’avis sur ces « monnaies virtuelles », qui ne sont pour moi que billets de Monopoly que trop de gogos prennent pour de l’argent réel alors qu’il s’agit juste d’une énorme escroquerie, quelque soit le raffinement du décryptage ou la « rémunération » des personnes qui contribuent au système. Il est effarant que nos dirigeants (et la plupart des journalistes qui écrivent sur le sujet) ne se posent pas davantage de questions sur les fondements de ces « monnaies » virtuelles, qui ne reposent sur absolument rien. Bien malin le fondateur de Bitcoin qui a peut-être créé la première imprimante virtuelle d’argent sans que grand monde ne s’en aperçoive.

Car par delà tous les inconvénients du système (déjà fortement disqualifiant), il est tout de même incroyable que l’on ne se demande pas davantage s’il faut, ou non, simplement, autoriser les « monnaies » virtuelles. Car ce ne sont pas des monnaies mais une création virtuelle qui ne repose sur rien de réellement concret. Si on suit leur logique, n’importe quel escroc pourrait, demain, créer sa propre monnaie, et devenir riche du jour au lendemain, du moment où il conçoit un système suffisamment sophistiqué pour sembler donner du sens à ce qui n’en a pas. Il est tout de même extrêmement inquiétant de constater que le ministre du budget de la France ne voit pas l’énorme escroquerie qu’est en réalité le bitcoin.

Tout ceci montre, pour ceux qui en douteraient encore, que nos dirigeants, PS et UMP, sont incapables de prendre du recul sur la question fondamentale de la monnaie. Ils ne font que réagir aux évènements sans jamais se poser la question du sens plus global des choses, gérant au lieu de diriger.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

lundi, juin 23 2014

Edito - Mattéo Renzi ou la gauche française à la recherche d'un socialisme qui pourrait réussir

EU-ITALY/

En France, deux mots semblent fâchés, irréconciliables : socialisme et réussite. Est-il possible de trouver un socialisme qui réussit ? Les directeurs de conscience cherchent et trouvent ... Mattéo Renzi. C'est la nouvelle icône de la gauche française. La magazine Le Monde cède à la mode cette semaine. Il y aurait tellement de choses à dire que l'article "termine" à la page 39 sur un paragraphe qui n'est pas ... fini.

Ce qui marque surtout, c'est la double écriture qui peut exister sur les mêmes faits quand la gauche cherche son icône. Tout trouve grâce à ses yeux. Le marketing politique, vulgaire, devient la sociologie politique, plus noble.

Le storytelling devient efforts pour parler au peuple.

En réalité, en dépit d'efforts de mots, cette génération intègre trois modifications majeures :

1) la scénarisation des campagnes : la campagne électorale comme la gestion devient un film avec ses épisodes, ses temps forts, ses jeux de rôles ...

2) dans cette scénarisation, les temps forts ne dépendent pas des contenus mais des postures : l'article du Monde est une caricature. Matteo Renzi existe par le choix ou pas d'une cravate, la participation à un match de foot ... Pour un candidat de droite, ce serait des anecdotes populistes. Là, bien entendu, il s'agit de tranches de vies qui montrent l'authentique d'un tempérament.

3) cette scénarisation est post-idéologique : il n'y a pas de vision mais des images, ce qui est très différent. __ Matteo Renzi, c'est la dernière branche à laquelle tente de se raccrocher un establishment de gauche qui, pour la première fois à ce point, tente encore de laisser penser que le divorce entre socialisme et réussite pourrait ne pas être définitif.__

Et si Matteo Renzi dans quelques mois devenait surtout l'icône que pour réussir il faut abandonner les dogmes du socialisme. Dur réveil alors.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mardi, juin 3 2014

Edito - Les régions : Une réforme ? Quelle réforme ?

0.Adessin-ixene-fusion-regions_article_large.jpg

On part du consensus : communes, communautés de communes, départements, régions, c’est trop. Après ça, se gâte, quand il faut définir l’alternative. Le projet de François Hollande va soulever bien des citriques. Ce n’est pas un problème, car c’est le but recherché : on veut nous vendre le film d’un François Hollande réformateur, qui combat les immobilismes du pays. Alors réformateur ?

La méthode ne peut que surprendre. Le projet est né en réaction à la déculottée des municipales, et il faut faire vite, dans la précipitation. François Hollande et sa petite équipe nous sortent une carte de France redessinée, sans débat, ni concertation, et… sans méthode, laissant de côté les grandes questions : pourquoi ne pas redessiner les régions ? pourquoi conserver les départements ? pourquoi renoncer à une grande décentralisation ?

Il faut redessiner le territoire administratif ? D'accord. On part des grandes métropoles, des bassins d’activité et des cultures, et on essaie de définir des lignes, cohérentes. Mais, c’était ici impossible car il fallait éviter trop de chicayas politiques et une réforme constitutionnelle. Alors le choix a été fait de ne pas toucher aux régions existantes, mais de les regrouper. Comme le découpage actuel, au regard de l’histoire des territoires, n’a rien d’aberrant, on va créer de l’arbitraire par le regroupement. Pour vouloir faire vite, on passe donc à côté de la réforme nécessaire, c’est sûr.

Par ailleurs, la suppression des départements est reportée… à 2020 ! C’est comme si c’était fait… Ajoutons qu’il faudra une réforme de la Constitution, soit une majorité qualifiée des 3/5 des parlementaires, ce qui est hautement improbable vu le nombre d’élus locaux au Parlement, ou un référendum, que l’on sait injouable, car il serait un référendum contre le gouvernement. En pratique, on va donc passer de 22 régions à 14, et conserver tous les départements…

On peut alors aborder le fond. La fusion des régions ne va créer aucune économie, et de ce point de vue la réforme n’a pas d’intérêt. La question n’est pas la taille des régions, mais leurs compétences, comme l’explique au Monde le PS Alain Rousset, président d’Aquitaine et de l’Association des régions de France : « Les régions françaises sont dans la moyenne européenne. Mais à compétence égale avec nos voisines allemandes, la puissance des régions françaises est cinq fois inférieure. C’est là que se situe le problème ».

Alain Rousset souligne : « La dépense par habitant des régions françaises est de 395 euros par an. La dépense moyenne en Europe se situe entre 3 000 et 4 700 euros… Nos voisins, qui ont déjà mené cette politique de décentralisation, ont connu du succès dans la création d’entreprises. Cette nouvelle étape de la décentralisation doit être une réponse à la crise que nous traversons. Il est donc impératif que les régions aient davantage de moyens financiers et plus de responsabilités ».

Passer, par regroupement, de 22 à 14 régions, en gardant les départements, n’est qu’une petite réforme technique. La vraie question est : La France doit-elle rester un État centralisé ou aller vers une grande décentralisation ? Et puis, un président si affaibli peut-il conduire un projet qui bouleverserait tant l’État central ?

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mercredi, mai 21 2014

Edito - Européennes: J-4 !

0.Acouv_ipsos.pngVingt-deux ans après l'adoption ric-rac du traité de Maastricht sur l'euro, neuf ans après le net rejet du référendum sur le traité constitutionnel européen, c'est une résignation de plus en plus grincheuse que les Français ressentent à l'égard de l'Union européenne (UE). Tel est le principal enseignement de l'enquête réalisée par Ipsos-Steria Sondage Ipsos-Steria pour Le Monde, le Cevipof et Terra Nova - Elections européennes 2014 - Baromètre quotidien d’intentions de vote - 14 mai]_ pour Le Monde, le Cevipof et Terra Nova et Terra Nova - Elections européennes 2014 - Baromètre quotidien d’intentions de vote - 14 mai].

Ainsi, d'une manière générale, les Français ne sont plus que 39 % à juger que l'appartenance de la France à l'UE est une « bonne chose », contre 39 % également qui pensent que ce n'est « ni une bonne ni une mauvaise chose », et 22 % que c'est une « mauvaise chose ». Le rejet de l'UE porté par le Front national – dont 61 % des sympathisants déclarent qu'elle est une « mauvaise chose » pour la France – pèse de plus en plus sur l'ensemble de l'opinion.

De même, lorsqu'on interroge les Français sur leur sentiment d'appartenance, près d'un sur cinq (19 %) dit se sentir « seulement français » et près d'un sur deux (46 %) « plus français qu'européen ». Soit un total de 65 %, contre 32 % qui se déclarent « autant européen que français ».

Source : Le Monde.

vendredi, janvier 24 2014

Edito - Le gaullisme sans de Gaulle ou l'impossible héritage

gaulle3.jpgLe gaullisme de parti a rendu l'âme en 2002 lorsque l'UMP a succédé au RPR. Rejointe par des centristes et des libéraux, la nouvelle Union - un grand parti de droite - officialisait une réalité devenue indéniable : le gaullisme comme doctrine n'était plus un repère. ...

"Chaque Français fut, est et sera "gaulliste"", disait Charles de Gaulle en 1952. Fut, c'est à voir. En 1940, les Français étaient plutôt pétainites. Est ? Qui dirait le contraire ? Sûrement pas le président Sarkozy qui sera à Londres le 18 juin pour commémorer l'appel lancé ce jour-là par le Général à la "résistance". Ce soixante-dixième anniversaire est propice aux hommages, sincères ou intéressés. Aux protestations de fidélité sinon à la captation d'héritage. Il coïncide avec le quarantième anniversaire de la disparition du grand homme, le 9 novembre 1970, qui, lui aussi, incite à poser la question : "Qu'est-ce que le gaullisme aujourd'hui ?" Ceux qui se réclament du Général sont légion : archéo-gaullistes, gaulliens, néo-gaullistes... Antigaullistes repentis aussi, souvent les plus éloquents : Régis Debray, Max Gallo, Jean-Pierre Chevènement...

Un œil sur Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin se veut le plus orthodoxe. Le 19 juin, il lance à Paris un "mouvement", un "rassemblement", deux termes tirés de la vulgate gaulliste. Entendre : au-dessus des partis. Habileté ou conviction, l'ex-premier ministre pousse loin le mimétisme. Il entend "dépasser les divisions habituelles entre la gauche et la droite", quand de Gaulle disait : "Ce n'est pas la gauche, la France, ce n'est pas la droite..."

Le gaullisme de parti a rendu l'âme en 2002 lorsque l'UMP, voulue par Jacques Chirac et... Dominique de Villepin, a succédé au RPR. Rejointe par des centristes et des libéraux, la nouvelle Union - un grand parti de droite - officialisait une réalité devenue indéniable : le gaullisme comme doctrine n'était plus un repère. Aux marges de l'UMP ou en dehors d'elle subsiste ce qu'il en reste, Le Chêne par exemple, une association que préside Michèle Alliot-Marie, ci-devant présidente du RPR, aujourd'hui garde des sceaux ; gardienne, au sein de cette petite structure de "gaullistes du renouveau", d'une flamme vacillante.

Comme Dominique de Villepin, Michèle Alliot-Marie croit à l'actualité du gaullisme. Pour d'autres, il est un simple ornement, une référence obligée. Et pour la plupart une nostalgie. Bien en peine de répondre à la question : "Qu'est-ce qu'être gaulliste aujourd'hui ?", ils s'en tirent avec des formules passe-partout. Alain Juppé, maire (UMP) de Bordeaux, dans Le Monde du 12 avril : "Mon gaullisme à moi, c'est une pensée politique qui allie patriotisme et humanisme."

François Fillon, premier ministre, dans Le Journal du dimanche du 27 mars: "Le gaullisme est une éthique, ce n'est pas un programme clé en main pour répondre à la crise que rencontre le pays aujourd'hui." Une éthique, un patriotisme mêlé d'humanisme... Tout le monde, à ce compte, aujourd'hui est gaulliste, autrement dit personne. Vu de droite, et parfois de gauche, le gaullisme ressemble à une boîte à outils où les élus puisent pour enrubanner leurs propos, se mettre sous la protection de, se prévaloir du lignage. Personne n'est dupe mais comme de Gaulle est le dernier de nos grands hommes, il sert à tout.

de_gaulle_est_mort_0.jpg"Le gaullisme, pour moi, déclarait Nicolas Sarkozy en octobre 2008, c'est la rupture. Le Général n'a cessé toute sa vie de rompre..." Le mythe est malléable, le président de la République le sait, il en a usé et parfois abusé. Il l'invoque aujourd'hui pour justifier la "rupture" tant attendue comme Dominique de Villepin pour en appeler au "sursaut". Quand ils n'instrumentalisent pas l'homme du 18-Juin, les politiques concèdent que le gaullisme appartient au passé. Nicolas Sarkozy à Colombey-les-Deux-Eglises, là où est inhumé le héros, en octobre 2008 : "Au fond, le gaullisme est une histoire qui a commencé avec le général de Gaulle et s'est achevée avec lui." Dans Laissons de Gaulle en paix ! (Fayard, 2006), l'ancien premier ministre Edouard Balladur n'avait pas dit autre chose : le gaullisme est mort avec le Général en 1970.

Quarante ans ont passé qui ont métamorphosé la France. De Gaulle ne la reconnaîtrait plus. Ni son verbe ni sa Weltanschauung, sa métaphysique du monde, n'auraient prise sur celui qu'il appelait son "cher et vieux pays". Sacrilège : l'euro a remplacé le franc. A l'exaltation de la nation version Jeanne d'Arc a succédé un débat sur l'identité nationale version Barrès. Le secteur public, bras armé du Plan, n'a plus d'influence sur l'économie. La France a réintégré pleinement l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN). Aux deux "blocs", l'américain et le soviétique, s'est substitué un monde multipolaire façonné par la mondialisation des échanges. L'argent, partout, est roi. Là, de Gaulle ne serait pas surpris : "Mon seul adversaire, celui de la France, n'a jamais cessé d'être l'argent."

Ceux qui continuent à se disputer la vraie croix de Lorraine sont des nains comparés à ce géant. Peut-être se rappellent-ils ce que disait de Gaulle avant qu'il ne devienne de Gaulle, en 1932, dans Le Fil de l'épée (Berger-Levrault) : "L'action, ce sont les hommes au milieu des circonstances." Les circonstances changent. Les hommes se hissent ou non à leur hauteur. C'est cela être gaulliste aujourd'hui. On est curieux de savoir ce qu'en dira le chef de l'Etat le 18 juin à Londres, lui qui affirmait avant son élection : "Le gaullisme ne se commémore pas, il se vit !"

LE MONDE | 16.06.2010