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mercredi, décembre 24 2014

Edito - Et si la Grèce ne sortait toujours pas de l’impasse ?

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Hier a lieu le second tour de l’élection présidentielle grecque, qui devrait donner lieu à un troisième le 29 décembre, étant donné que le gouvernement peine à réunir une majorité qualifiée. 5 ans après le début de la crise, une pleine sortie ne semble malheureusement pas encore à l’ordre du jour.

Vers une impasse présidentielle ?

Il y a une semaine, le gouvernement n’a réuni que 160 voix sur 300 pour Stavros Dimas, un pillier du parti de centre-droit au pouvoir, ancien commissaire européen, et non les 200 nécessaires pour être élu. Déjà, il est proprement effarant que le Premier Ministre propose comme président du pays un ancien membre de cette troïka qui torture le pays depuis près de cinq ans. Le second tour ne devrait pas permettre de trancher car la majorité requise est également de 200 voix, le seuil baissant à 180 pour le troisième tour, qui doit être tenu le 29 décembre. Des bruits circulent sur de possibles tentatives d’achat des voix manquantes, auprès des membres d’un petit parti de droite hostile aux potions amères de la troïka.

Néanmoins, il ne faut pas exclure la possibilité que le gouvernement grapille les 20 voix qui lui manquent d’ici une semaine car l’opposition aux mémorandums est très morcelée et le Premier Ministre joue l’intox en annonçant qu’un échec « pourrait s’avérer fatal à l’évolution européenne du pays » et qu’une élection de son poulain « ne serait pas interprétée comme un plébiscite du gouvernement, mais comme le choix de défendre la Constitution et de respecter l’institution présidentielle ». Comme en 2012, Nouvelle Démocratie joue la carte de « moi ou le chaos », carte efficace dans un petit pays en crise où l’Europe représente une forme de garantie face au voisin Turc, avec qui le pays a été en guerre à Chypre.

Partie de poker sur l’Égée

Comme on pouvait malheureusement le prévoir dès 2010, s’ils sont révoltés par les politiques qui sont menées depuis maintenant près de 5 ans, les Grecs ne semblent pas vouloir couper le cordon avec l’Union européenne. C’est sans pour cette raison qu’Alexis Tsipras se dit « déterminée à maintenir la Grèce dans la zone euro ». On peut considérer cela assez paradoxal car ce faisant, il se prive d’une marge de manœuvre nécessaire pour relancer son pays (par la dévaluation et la monétisation de sa dette restante), mais, par conviction ou par calcul, le chef de Syriza ne l’aborde pas, même s’il promet hausse du salaire minimum et des dépenses publiques et annulation de deux tiers de la dette publique.

Romaric Godin, de La Tribune, a écrit, comme souvent, un très bon papier sur ce que fera Syriza s’ils arrivent au pouvoir, loin des caricatures souvent véhiculées. Il note justement qu’en cas de victoire de Tsipras, les dirigeants de l’Union européenne pourraient bien être contraints de céder et accepter une troisième restructuration de la dette d’Athènes plutôt que de se lancer dans un conflit qui pourrait inspirer d’autres pays d’Europe du Sud, comme l’Italie ou l’Espagne, où les opposants à la monnaie unique ont le vent en poupe. Mais la situation de la Grèce démontre aussi encore une fois que jamais la crise de l’euro ne finira car il s’agit d’une construction qui est bancale et artificielle. Elle ne prendra fin qu’à son démontage.

Et pendant ce temps, pour gagner du temps et protéger ce veau d’or moderne, on martyrise les peuples. Ce faisant, on constate que ce sont ceux qui appliquent les potions amères de la troïka qui sont déraisonnables. Il est dommage, même si cela était prévisible, que la voie de la raison tarde à s’imposer.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mercredi, octobre 8 2014

Edito - La paradoxale avancée de l’agenda néolibéral

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Depuis quelques mois, alors que l’agenda austéritaire et néolibéral a plongé le continent européen dans une récession prolongée, on pourrait penser que les idées alternatives ont un boulevard. Las, il semble que pour soigner le mal, plus de ce même mal s’impose pour le moment comme la solution !

Le retour des austéritaires

C’est un immense paradoxe. Entre la révolution copernicienne du FMI fin 2012, qui a remis en cause ses recommandations en partant du constat que les politiques austéritaires avaient un effet dépressif bien plus important que prévu, les rendant contre-productives, et le marasme dans lequel les économies européennes se sont enfermées en cherchant à réduire les déficits, l’agenda défendu par Paul Krugman devrait s’imposer. Mais non, même s’il faut reconnaître que l’Union Européenne accepte pour le moment que les objectifs de réduction des déficits ne soient pas atteints aussi vite que prévu, en Grèce, en Espagne ou en France, la tonalité actuelle du débat semble marquer un effarant retour en arrière. Il faut dire que la dramatisation ridicule du passage du cap des 2000 milliards de dette n’aide pas.

Même si le gouvernement a repoussé en deux temps l’objectif d’un déficit à 3 % du PIB, de 2013 à 2015, puis 2017, la direction de la politique budgétaire reste désespérément à l’austérité, même si elle n’est pas aussi brutale qu’à une époque ou ailleurs. Jacques Sapir décrypte de manière remarquable le paradoxe de cette époque, où l’échec des politiques d’austérité, qui, en cassant la croissance, ont même du mal à réduire les déficits en pénalisant les rentrées fiscales, donne du grain à moudre aux austéritaires qui appellent à plus d’austérité, comme on peut le voir à l’UMP, dont tous les candidats demandent une baisse d’au moins 100 milliards de la dépense publique, qui, selon les calculs du FMI, provoquerait une chute de 4,5 à 8% du PIB. Il est effarant d’oublier Keynes et les leçons du passé récent.

Toujours plus de laisser-faire

Mais la cause des austéritaires n’est pas dénuée d’arrières-pensées, comme on a pu le constater dans le traitement délirant du passage du cap de 2000 milliards de dettes. Beaucoup d’austéritaires sont en fait des opposants à l’État, des partisans du laisser-faire et du laisser-passer, qui voient dans la crise actuelle une opportunité pour faire reculer le défenseur de l’intérêt général pour faire avancer leur agenda de recul de l’État généralisé. C’est ainsi que Le Monde, comme Le Figaro, ont profité de l’occasion pour développer les idées de vente du patrimoine de l’État ou même de libéralisation des monopoles publics. On en trouvait les prémisses dans le débat sur le ras-le-bol fiscal ou la compétitivité.

Bien sûr, ce discours est largement tenu par la droite aujourd’hui, mais il faut noter que la gauche dite de gouvernement adhère largement à cet agenda. Pierre Moscovici avait légitimé le ras-le-bol fiscal. François Hollande semble vouloir jouer son quinquennat sur l’amélioration de la compétitivité, virage déjà entamé avec le rapport Gallois. Et le Parti Socialiste, qui, de 1997 à 2002, avait plus privatisé que la droite, semble se préparer à une nouvelle vente du patrimoine de l’Etat, alors même que le bilan de la privatisation des autoroutes est absolument désastreux, puisqu’elles n’aboutissent qu’à créer des rentes pour des groupes privés qui réalisent des bénéfices indécents sur le dos des usagers.

Comme le souligne l’économiste Dani Rodrik dans La Tribune, tout le paradoxe de la situation est finalement, que l’écteur moyen, en continuant à voter pour des partis qui mettent en place cet agenda, soutiennent de facto la cause des plus riches. Mais cela ne durera pas, comme le montre l’émergence de Podemos.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

samedi, octobre 4 2014

Edito - La folie des rachats d’action doit être stoppée

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Ce n’est pas L'Humanité qui a lancé ce débat, ni même la presse « de gauche », tellement eurolibérale qu’il ne lui vient pas à l’idée de changer quoique ce soit, mais The Economist, le journal des élites globalisées, qui consacre un nouveau dossier à cette nouvelle perversion du néolibéralisme.

Tes actions tu rachèteras

La bible néolibérale n’y va pas par quatre chemins en dénonçant la « cocaïne d’entreprise » et rappelle que « les entreprises dépensent des montants records pour racheter leurs propres actions. Les investisseurs devraient être inquiets ». Le graphique qui suit a tout pour faire peur puisqu’il montre que si la tendance se poursuit, le record de la fin 2007, juste avant le krach de 2008, semble devoir prochainement être battu. Sur les douze derniers mois, les entreprises étasuniennes ont racheté la bagatelle de 500 milliards de dollars de leurs actions, d’Apple à Wal Mart. Exxon y a consacré 200 milliards et IBM y dépense deux fois plus qu’en recherche et développement ! Même les entreprises japonaises s’y mettent.

La situation a atteint de tels extrêmes que 38 % des entreprises y consacrent plus que leur trésorerie ne le permet, le reste étant couvert par des emprunts ! The Economist cite le cas de Home Depot, qui, depuis 2008 a consacré 28 % de sa trésorerie au paiement des dividendes et 52 % à l’achat de ses propres actions, au point d’emprunter 2 milliards en partie pour cela. Depuis 2010, l’action a triplé… Les 500 plus grandes entreprises y consacrent un tiers de leur trésorerie. Apple, après avoir longtemps mis ses actionnaires à la diète, a annoncé vouloir consacrer 130 milliards de dollars à racheter ses actions. The Economist note que le secteur financier avait consacré 207 milliards de dollars pour racheter ses actions de 2006 à 2008, avant d’obtenir 250 milliards de l’État pour être sauvé de la faillite en 2009.

La prise de pouvoir des actionnaires

Malgré tout, The Economist soutient que « les rachats d’actions ne sont pas forcément une mauvaise idée. Quand les entreprises achètent leurs actions sur le marché, elles retournent l’argent en trop aux actionnaires d’une manière comparable aux dividendes ». Sauf qu’il démontre bien que le phénomène atteint aujourd’hui un niveau totalement délirant. En outre, il pointe que les mécanismes de rémunération des dirigeants des entreprises alignent leurs intérêts sur ceux des actionnaires avec un biais extrêmement court-termiste qu’il peut pousser à sacrifier les investissements à long terme pour pouvoir racheter toujours davantage d’actions dans une logique de bulle absolument délirante et dangereuse. La Tribune montre également qu’il s’agit d’un moyen commode de déguiser la rémunération de ses salariés.

Du coup, il note que les gestionnaires de fonds commencent à s’inquiéter du manque d’investissement des entreprises et préviennent que « le capitalisme actionnarial doit promouvoir la croissance et la création et non juste partager les dépouilles ». Curieusement, The Economist note que le rachat d’actions était interdit avant, que les États-Unis ont changé les règles en 1982, le Japon en 1994 et l’Allemagne en 1998. Ce faisant, il donne sans doute malgré lui la solution à cette nouvelle perversion du système économique actuel : il faut purement et simplement interdire les rachats d’action par les entreprises, ou, a minima, le traiter de manière extrêmement dissuasive d’un point de vue fiscal.

Les rachats massifs de leurs propres actions par les grandes entreprises sont un nouveau signe du profond dysfonctionnement du système économique, du fait du règne du laisser-faire et du laisser-passer. L’État doit reprendre la main pour le diriger dans le sens de l’intérêt général, et pas ceux des plus riches.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mercredi, avril 16 2014

Edito - Romaric Godin : Municipales - Vote FN, abstention : l'impensé européen.

2013-02-11hollande.jpgVote FN, abstention… les explications fusaient après les résultats du premier tour des municipales… C’est un article de Romaric Godin (1) de La Tribune ( là son compte twitter ) qui a le plus attiré mon attention, un article intitulé " Municipales françaises : un coup de semonce pour l’Europe" ! (2). Je lui ai donc demandé un entretien.

Il faut, je pense, prendre bien le temps de l'écouter... peser chaque mot de ce qu'il dit. On entend actuellement, presque trois semaines après l'enregistrement de cet entretien, les médias rendre compte du fait que François Hollande demande un délai encore sur les "critères de Maastricht" que la France n'atteint toujours pas... A un moment, Romaric Godin évoque une marche inéluctable de la France vers une politique d'austérité réelle en France...

Il est plus que temps qu'un débat réel sur l'Union Européenne et l'euro se mette en place si on ne veut continuer de faire le lit du FN : c'est ce que je crois.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE