Keyword - Jacques Attali

Fil des billets - Fil des commentaires

mercredi, décembre 24 2014

Edito - Le conte de Noël néolibéral de Jacques Attali

0.A0011jacques-attali-10830788bwivg_1713.jpg

Dès que j’ai entendu la publicité pour son dernier livre, « Devenir Soi », j’avais envie d’en savoir plus sur le dernier opus du conseiller de nos gouvernants, sans vouloir, quand même, perdre le temps pour le lire. Merci donc à Régis Soubrouillard, du quotidien Marianne, de l’avoir fait et d’en avoir tiré un papier si amusant.

Le refus de la société

Finalement, c’est ce tout ce qui transparaît de la théorie du conseiller de Nicolas Sarkozy et François Hollande. Comme le rappelle Régis Soubrouillard, quand John Kennedy demandait de s’interroger sur ce que l’on peut faire pour son pays, Jacques Attali répond : « demandez-vous ce que vous pouvez faire pour… vous ». Pour l’homo néolibéralus, tout semble secondaire par rapport à son nombril : famille, concitoyens ou pays ne sont plus que des points de détail pour ces boules de pulsions et d’ego à dominante marchande. Jacques Attali semble remplir son livre de biographies indigentes et indigestes de personnes, d’Arthur Rimbaud à Bill Gates, qui se seraient accomplies pour démontrer sa thèse.

Mais cette avalanche de cas particuliers n’a pas le moindre intérêt démonstratif et ne montre pas en quoi « l’État ne pourrait rien ». Les États-Unis ou la Chine démontrent encore largement que la volonté nationale permet de faire beaucoup, tout comme de nombreux autres pays souvent bien moins puissants que ne le sont les pays européens dont la France, que ce soit en Amérique Latine ou en Asie. Régis Soubrouillard rappelle justement que la réussite de la Silicon Valley doit beaucoup aux investissements publics massifs de l’État, contredisant la bluette néolibérale individualisto-marchande que tente de raconter l’apprenti-sorcier Jacques Attali dont le rejet pathologique de l’État laisse perplexe.

Le refus de l’humanité

Ce faisant, ce livre fait penser à un autre, autrement plus intéressant et mieux argumenté, « La dissociété » de Jacques Généreux, sans doute un des meilleurs et des plus complets décryptages de cette société néo-libérale. L’intellectuel y insistait sur le fait que « la nature humaine est faite de l’interaction continue entre une aspiration à l’autonomie et une aspiration à l’association, entre la pulsion d’autosatisfaction et le désir de société, (…) le désir d’être soi et le désir d’être avec ». Jacques Attali représente la caricature de ces néolibéraux qui sacrifient sans vergogne l’être avec à l’être soi, « le délire narcissique exaltant l’autonomie et la toute-puissance du moi » pour reprendre Jacques Généreux.

Bien sûr, pour camoufler son individualisme infantile et barbare, le conseiller de nos princes équilibre son discours de considérations pseudo-religieuses, mais elles semblent être du calibre d’un touriste trop pressé qui reste à l’extrême surface des choses. Ne pouvant quand même pas ignorer la dureté de l’époque, il « dresse en effet un tableau très sommaire et complètement apocalyptique de l’époque : les dérives du progrès technique, la pollution, les guerres, le chômage, la criminalité, la ‘somalisation’ du monde ». Mais il est quasiment comique, pour ne pas dire ridicule, de penser que ce sont des individus isolés qui pourront en venir à bout. Ce sont nos sociétés de citoyens qui sont la réponse.

Merci donc à Régis Soubrouillard de s’être infligé ce pensum. La superficialité et la légèreté de son discours démontrent de facto que la « pensée » néolibérale n’est qu’un courant d’air, absolument vide. Bien sûr, elle domine le temps présent, mais elle finira par disparaître.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

vendredi, décembre 12 2014

Edito - Que penser du projet de loi Macron ?

0.A00114537891_6_34b5_manuel-valls-et-emmanuel-macron-quitte_d58d4522799baca38f8c0809b8ae7c33.jpg

C’est le sujet législatif de la semaine. Le projet de loi Macron a été présenté en conseil des ministres, puis à la presse avant hier. Il doit rester comme un marqueur du quinquennat, une des meilleures illustrations du cap libéral assumé par François Hollande, puisqu’il prolonge les travaux de la commission Attali.

Jacques Attali au pouvoir ?

Quand on prend un peu de recul, il y a de quoi être assez estomaqué par ce projet phare de la deuxième moitié du mandat de François Hollande. Bien sûr, il peut exister certaines rentes injustifiées et excessives et il est normal de s’y attaquer et certaines complexités de notre droit peuvent être contre-productives, mais ce projet va bien au-delà. De manière stupéfiante, il s’agit d’un projet néolibéral, qui, sous couvert initialement de redonner du pouvoir d’achat aux ménages, ce qu’avait défendu Arnaud Montebourg cet été, est un projet global de déréglementation de l’économie française, visant à faire reculer le service public et poussant le détail jusqu’à prévoir quelques dérisoires milliards de session d’actifs.

Encore plus effarant, ce projet fourre-tout est un prolongement du rapport de Jacques Attali de « libération de la croissance », qu’avait en partie mis en place Nicolas Sarkozy. Il est tout de même incroyable de voir ce qu’on appelle la gauche déréglementer plus encore l’économie française deux ans et demi après avoir pris le pouvoir à la droite ! Ainsi, François Hollande dépasse Nicolas Sarkozy sur sa droite sur plusieurs questions économiques. Par exemple, il est assez effarant que ce soit le candidat du PS qui libéralise le travail du dimanche, que le président de l’UMP avait tant de fois appelé de ses vœux mais n’avait pas osé faire. Tout ceci démontre la faillite du débat politique actuel quand il se limite au PS et à l’UMP.

Courant d’air néolibéral

Mais le traitement de l’information est également accablant. Si ce n’est un éclairage des décodeurs très descriptif, Le Monde couvre la loi comme pourraient le faire les éléments les plus libéraux et dogmatiques du Medef, accréditant l’idée que cette loi s’attaque aux « maladies de la France », qu’elle est censée doper la croissance et publiant naturellement une tribune qui défend l’ouverture du travail le dimanche, qui serait une « chance économique et sociale ». La couverture de cette loi ressemble plus à de la propagande, la seule question autorisée semblant être de dire qu’elle ne va sans doute pas assez loin puisque le gouvernement a renoncé à réformer les pharmacies, ou les taxis…

La présentation du débat sur le travail du dimanche est particulièrement choquante puisqu’elle se résume à de purs arguments mercantilistes, à savoir que les touristes chinois pourraient dépenser plus en France, et ne pas avoir à aller à Londres, sans jamais vraiment se poser la question de la vie familiale et son équilibre. En outre, parler de volontariat est un peu hypocrite quand 15 % des Français recherchent un travail et il faut noter que la question de la rémunération supplémentaire est renvoyée à des accords, l’État n’imposant pas de cadre… Bref, sur cette question, encore une fois, de manière assez effarante, le Parti Socialiste semble vouloir dépasser l’ancienne majorité par sa droite.

Pour toutes ces raisons, la loi Macron, avec l’opposition de la France à la taxe Tobin européenne, démontre non seulement les reniements de François Hollande, mais aussi la dérive effarante d’une classe politique où ce qu’on appelle la gauche dépasse la droite par la droite sur certains sujets.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

jeudi, septembre 25 2014

Edito - Philosophons...

0.A006935076-10602832.jpg

« Quand on dit que l’Europe de Maastricht créera des emplois, ça reste vrai. Il se trouve que le traité de Maastricht n’est pas encore appliqué. Lorsqu’il le sera, il est évident qu’il y aura une très forte croissance qui en découlera, car nous aurons un grand espace économique avec une monnaie unique ».

Jacques Attali (1943-vivant) est un humoriste français.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mercredi, février 12 2014

Edito - L'élimination du département pourrait-elle sauver notre République ?

carte-de-france-depart.jpgEn son temps, la proposition 19 du rapport Attali avait le mérite de la clarté : "Renforcer les régions et les intercommunalités en faisant disparaître en dix ans l'échelon départemental". La suppression du département serait-elle encore la solution idéale pour sauver notre République ? Pourtant sa création a été la base de la construction politique et administrative de notre État, marquant la victoire de l'unité et de l'égalité révolutionnaires sur la diversité de l'Ancien Régime. le principe d'égalité est fondamental pour les Révolutionnaires, autant l'égalité entre les personnes, que, bien qu'elle soit moins souvent évoquée, l'égalité appliquée au territoire. La centralisation jacobine ou le jacobinisme centralisateur, au choix, c'est ce second aspect du principe d'égalité, qui implique unité de langue, unité de poids et mesures et... unité du découpage administratif. Dans cette logique, le département, véritable acte de baptême de l’État unitaire à la française, est une machine de guerre contre les provinces de l'Ancien Régime. Il constitue le mètre étalon de l'unité et de l'égalité révolutionnaires, puis républicaines, enfin, tout simplement, nationales.

la Restauration et le second Empire ne vont pas effacer le département, mais au contraire en approfondir la logique centralisatrice. la déconcentration apparaît dans le cadre départemental. Le préfet devient "l'Empereur aux petits pieds" du département, celui qui frappe de plus près sur les communes pour les faire tenir tranquilles ; comme disait Odilon Barrot, "la déconcentration, c'est le marteau qui frappe, mais on a raccourci le manche".

france_anciennes_provinces.gifDeux siècles et trois décennies plus tard, le département constituerait donc un poids pour la République et il suffirait de le supprimer pour alléger la hiérarchie administrative et régler la question du déficit public. Certes, le principe de l'égalité républicaine territoriale, déjà atteint en 1982, a été sacrifié en 1988 sur l'autel d'Ouvéa, quand Michel Rocard a réussi à obtenir l'apaisement de la révolte des néo-Calédoniens grâce aux accords de Matignon...

La logique du mètre étalon départemental, remis en cause par la loi de 1982 qui transformait les préfets quasiment en sous "sous-préfets aux champs" a été aussi touchée par la révision de 2003 avec une République dont l'"organisation est décentralisée". Quelle drôle d'idée d'inscrire cette phrase dans l'article 1er de la Constitution ? Le Conseil d’État, pas si bête, était contre.

Si l'on veut un processus simple, alors supprimons le département. Dans le même sens, on peut aussi faire vraiment naître le pays en liaison avec l'intercommunalité comme une véritable nouvelle collectivité territoriale et pas comme une structure bâtarde dépourvue de statut juridique clair. Séparons les compétences du département en deux, donnons-en une partie au nouveau pays et l'autre à la région. Le déficit public sera sinon supprimé, tout au moins réduit de manière conséquente. Et faisons des régions de nouvelles provinces dans leur diversité ; si nécessaire, transformons même leurs frontières, pour favoriser une réelle identité culturelle. Et alors l'unité républicaine aura fait son temps ! On passera de la régionalisation au régionalisme, abandonnant le respect de principes d'unités et d'égalité. On est du côté de la situation de l'Espagne ou de l'Italie, plus proche aujourd'hui du fédéralisme.

Mais attention en France à ce que la suppression du département ne sonne pas le glas de l’État unitaire et n'entraîne un retour à l'inégalité de l'Ancien Régime, inégalité des collectivités territoriales, impliquant à terme une inégalité individuelle.

Qui a dit que l'histoire était un éternel recommencement ?

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE