samedi, décembre 6 2014

Edito - Roland Dumas : « Ceux qui commandent sont les États-Unis et Israël »

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Roland Dumas interrogé par Sihem Souid pour Le Point. Loin des simagrées des députés votant une résolution dépourvue de toute force juridique et qui relève de l’enfantillage – un État mité par des colonies, sans capitale, et sans liberté de circulation des habitants… une misérable manip’ politique – Roland Dumas s’exprime pour dire deux ou trois choses fortes et juges, reparler de la grande maison commune… Je me sens moins seul.

Que pensez-vous de la politique étrangère menée par François Hollande depuis son élection ?

Le général de Gaulle tenait à ce que la France soit indépendante. Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing (VGE) et Mitterrand ont été dans cette ligne de conduite qui donnait satisfaction à tout le monde, dire oui avec des réserves mais ne pas entrer dans le commandement intégré de l'Otan. Avec Chirac, des discussions ont eu lieu pour une réintégration, mais les contreparties qu'il voulait n'ont pas été acceptées (le commandement de la zone sud - la Méditerranée). Sarkozy a annoncé que la France réintégrait le commandement intégré de l'Otan. Avec l'arrivée de François Hollande au pouvoir, la politique étrangère a entériné ce changement de cap avec peu de débats internes et pas de débat public en réintégrant définitivement le commandement intégré de l'Otan, et cela, sans vraie contrepartie. En réalité, aujourd'hui, ceux qui commandent sont les États-Unis et Israël. Aujourd'hui, nous sommes dans une alliance où la France n'a plus rien à dire. Nous n'avons plus de politique étrangère indépendante.

Quel œil portez-vous sur le travail mené par Laurent Fabius au Quai d'Orsay ?

Il a été mon Premier ministre, donc je ne peux pas en dire du mal (sourires). Vous connaissez le proverbe anglais "right or wrong, my country is my country". Il a été un très bon Premier ministre, mais il est un moins bon ministre des Affaires étrangères car il ne pousse pas les idées que je viens de vous exposer qui sont les idées traditionnelles de la France. La France a perdu son indépendance en matière de politique étrangère !

Que feriez-vous aujourd'hui si vous étiez encore ministre des Affaires étrangères ?

Je serais déjà toujours resté fidèle à la pensée socialiste. J'aurais rétabli une vraie politique française avec la Russie ! La France doit rétablir une relation privilégiée avec la Russie. Nous traitons mal les Russes, contrairement à ce qui peut se dire dans le monde ! Nous ne tenons compte d'aucun des engagements qui ont été pris, notamment avec Gorbatchev concernant la conférence de Moscou. L'alliance outre-Atlantique n'a pas tenu ses engagements envers Moscou. Je suis contre l'injustice même en politique internationale.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mercredi, novembre 26 2014

Edito - Ferguson, 20 000 habitants, 2 000 soldats

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Ferguson, 20 000 habitants, 2 000 soldats : la démocratie, les droits de l’homme et les « valeurs » resplendissent dans la lumière. Cette lumière, c’est le savoir-faire acquis en Afghanistan, en Irak et en Israël, s’exporte.

Toutes mes pensées à la population soumise à cette violence armée,… mais ne renoncez à rein, et ne baissez pas les bras. Nous ne sommes jamais que dans le réel.

Les produits cosmétiques en vente à Washington depuis 6 ans ne valent rien, même en solde. Le mal est profond, et ce pouvoir né de la violence et qui a grandi gavé au mensonge institutionnel, ne tient que par la violence et le mensonge. Avec, au passage, une pensée émue pour les crétins finis qui, ici, s’extasient devant la croissance US, pour laquelle les démunis ne sont qu’une variable d’ajustement de la société élitiste.

Oui, chères amies et chers amis, ne baissez pas les bras. La violence et le mensonge ne conduisent à rien et n’ont qu’un temps, même s’ils bénéficient d’une impitoyable répression. Votre rendez-vous avec l’histoire, car il est impossible de mentir tout le temps et à tout le monde.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

samedi, août 16 2014

Edito - Conflits internationaux, le silence de l'Union Européenne

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Dans un contexte international trouble, où les conflits se multiplient ces dernières semaines aux portes de l'Europe – toujours plus lointaines - l'Union Européenne reste étrangement sans voix. Pourtant, elle ne manque pas de représentants pour exprimer son opinion, dans la personne de Mme Catherine Ashton, Haut Représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, voire même, par celle de Mr Herman Van Rompuy, le « très charismatique » président du Conseil européen.

Il semble laborieux d'unifier et de parler au nom de vingt-huit pays si différents, de par leur intérêt disparate sur le plan international. Avec d'un côté, l'Allemagne, toujours partante pour ne rien faire, et la France qui essaye, tant bien que mal d'assumer sa stature. Mais, que c'est difficile, quand on ne sans donne plus les moyens. D'ailleurs, le silence de l'UE sur les questions internationales fait écho avec celui de notre président François Hollande. L’un comme l’autre, semble dans un flou total sur la position à adopter sur les conflits divers, souvent suspendus aux lèvres du président Américain, qui lui-même, ne sait plus très bien sur quel pied danser. Un pas devant, un pas derrière, un tango diplomatique, qui décrédibilise les puissances occidentales, l'Europe, et ... La France.

La crise Israélo-Palestinienne, qui a connu un nouveau regain ces dernières semaines avec des interventions militaires terrestres dans la bande de Gaza, a vu émerger des pays qui ont su prendre leur part de responsabilité, comme l'Égypte ou l'Arabie Saoudite, face au mutisme de l'Union Européenne, et de ses membres. Lors d'un sommet, tenu le 10 aout, entre ces deux pays du Proche-Orient, les cas de la Libye, de l'Irak et de la Syrie, on en outre était abordé. Le président Égyptien, Abdel Fattah Al Sissi, est arrivé aujourd'hui en Russie, pays avec lequel l'Union Européenne a réussi le coup de force, de détériorer un peu plus ses relations, tout au long de la crise Ukrainienne. Moscou, qui, pourtant, serait un allié de taille pour répondre aux enjeux qui secouent le Proche-Orient.

Ce silence a au moins le mérite de permettre à quelques « rebelles » de l'UMP-PS, de critiquer ouvertement l'UE, mais pas trop. Pourtant, cette institution technocratique, se montre inapte à répondre aux enjeux géopolitiques mondiaux, car essentiellement formaté à promouvoir les aspirations libérales sur le plan économique. Une parole diplomatique, qui, in fine, se contente timidement par voie de communiqué de regretter que le « cessez-le-feu (...) ait déjà été violé » et autres postures dérisoire au regard des évènements. L’Union Européenne sur les questions diplomatiques, n’est que l’ombre des États-Unis, elle-même très affaiblie.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

samedi, juillet 19 2014

Edito - Information : jusqu'où la réalité des faits peut-elle être kidnappée ?

La crise de régime en France atteint une gravité inédite.

Les politiciens brassent dans le vide. L'analyse faite par VGE dans Paris Match cette semaine est d'une terrible lucidité. Les affaires de l'UMP jointes à l'amateurisme du Gouvernement font que la majorité est défaite sans qu'une alternative séduisante ne se dégage. Deux forces de gouvernement décrédibilisées en même temps, c'est rare à ce point.

La Justice est désormais perçue comme partiale. C'est une appréciation (juste ou fausse ?) qui correspond désormais à une réalité dans l'opinion parce qu'il ne suffit plus que la "justice soit rendue" mais il faut aussi que "la décision de justice soit perçue comme la Justice". Ce qui est plus qu'une nuance. Dans l'affaire Taubira, la ministre a gagné dans le prétoire mais elle a perdu dans l'opinion à entendre les commentaires unanimes sur la sanction d'un délit très grave d'expression, voire de pensée.

L'Information, supposée quatrième pouvoir, est entrée dans la même zone de crise. Perpignan et le viol qui n'a pas eu lieu. L'eau et la condamnation trop rapide. Marseille et l'animal jamais persécuté ... : presque chaque jour apporte un fait qui n'a pas ... eu lieu.

L'information est déstabilisée par ce qui est rapporté à tort comme par ce qui n'est pas rapporté à tort aussi. Les voitures brûlées dans la nuit du 14 juillet ont été occultées. Dimanche les conditions d'attaque d'une synagogue à Paris ont été considérablement sous-traitées... L’État d'Israël et le Hamas ne peuvent raisonnablement être mis à égalité dans leurs conditions de fonctionnement.

Des actes reposant sur des guerres religieuses ne peuvent être sous-considérés à ce point.

Il y a aujourd'hui trois vecteurs d'offensive pour kidnapper la réalité de faits :

- l'engagement partisan du journalisme qui a considérablement progressé ces dernières années. Presque chaque support national d'opinion a désormais une ligne éditoriale très engagée,

- l'éditorialisation qui a trop pris le pas sur la simple présentation matérielle de faits,

- la personnalisation de l'information comme si bien s'entendre avec un journaliste était la meilleure garantie d'un certain traitement avant même le contenu réel de l'information. Selon une signature, le contenu devient terriblement prévisible.

Peut-être pour la première fois à ce point, tous ces piliers d'un bon fonctionnement démocratique sont en crise mais surtout tous en même temps.

Il y a quelques semaines, le FN est arrivé en tête en France lors des européennes. C'est plus qu'une alerte. Ce score n'est pas celui de la séduction d'un discours nouveau ou d'un leadership attractif.

C'est le score de la fièvre collective, exclusivement de la fièvre liée au mal être ambiant.

Depuis les Européennes, cette fièvre n'est pas tombée, loin s'en faut. Il suffit d'entendre les commentaires, les analyses. Des barrières tombent les unes après les autres. Nous assistons à une réelle fin de régime. Cette fin est inscrite dans les faits. Il reste plus qu'à connaître le calendrier mais surtout l'ampleur du désastre à l'issue de ce sinistre épisode.

Si cela continue sur l'actuelle "dynamique", la lucidité doit conduire à conclure à un réel désastre collectif.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

vendredi, juillet 11 2014

Edito - Obama et l'esprit "start-up nation"

USA-FISCAL/OBAMA-SHUTDOWN

Depuis que je peux activement écrire sur ce blog à des fins politiques, jamais je n'ai constaté un tel décrochage entre la France et les pays qui comptent. Nous sommes aujourd'hui sur un champ d'échecs d'une gravité extrême.

Les quartiers difficiles ont généré leur accent et leur vocabulaire bien au-delà du tissu d'égalité de l'enseignement.

Les médias s'exposent à un discrédit permanent par le choix et surtout par le non traitement de l'information.

Face à Nicolas Sarkozy, les deux journalistes ont été nullissimes, ce qui est dommage parce qu'avec le répondant de l'ancien président de la République, ils l'auraient poussé dans ses retranchements s'ils avaient été courageux, bref ... journalistes.

Le rapport sur la SNCF et l'accident dramatique est terrible de responsabilités qui ne seront jamais exécutées.

Il y a matière à combien de rapports de ce type dans d'autre domaines où les maintenances ne sont pas assurées dont les réseaux d'eau.... ?

Deux hommes innocents ont passé 11 ans de leurs vies derrière les barreaux : conséquence concrète : rien. Si les journalistes félicitent la justice d'avoir consenti à reconnaître ses erreurs. Quel sens du sacrifice et de la responsabilité !

Qu'est ce qui manque à notre pays : le goût du neuf, le nouveau matin.

Il n'a même plus le courage de vivre le "grand soir" alors comment serait-il possible de lui demander de vivre un nouveau matin ?

Ce nouveau matin que des nations ont engagé actuellement. La veille des fêtes du 4 juillet, Barack Obama s'est rendu dans les locaux de l'incubateur 1776 pour parler de l'esprit "start-up nation". Un esprit qui est partagé dans des dimensions différentes en Israël, en Grande-Bretagne, au Canada...

Mais la France non.

En France, la startup est celle qui est d'abord capable de gagner des subventions avant même de gagner des ... clients.

Celle qui vit dans les satellites des grands groupes et non pas face à la brise de l'indépendance.

Sans changement majeur rapide, le jour où l'opinion prendra conscience du niveau de la manipulation dont elle est actuellement l'objet, le réveil risque d'être violent.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

dimanche, mai 25 2014

Edito - Chypre, une ile coupée en deux, voire en trois…

0.Achypre-ente-l-europe-et-la-turquie.jpgAlors que Chypre est membre à part entière de l'union européenne depuis le 1er mai 2004, le passé et le passif de cette île n’est pas vraiment connu de nous autres Européens, notamment les dernières évolutions de ce territoire coupé en deux depuis 1974, après l’occupation du nord du pays par l’armée turque. Une intervention qui a modifié aussi la sociologie et l’économie du pays. En fait, Chypre n’est pas seulement coupé en deux mais en trois, avec deux bases sous pleine souveraineté britannique qui abritent non seulement les avions britanniques mais servent également aux alliés (américains essentiellement) pour poser leurs avions et déplier leurs « grandes oreilles ». A deux pas de la Syrie, du Liban, d’Israël… c’est toujours utile…

J’ai relu hier ce livre de Jean-François Drevet et je conseille à chacun de lire et/ou de le relire. Car il campe à la fois le paysage politique de cette séparation mais aussi ses conséquences en matière de population comme économiques. Alors que le nord semblait s’appauvrir, le sud retrouvait un certain dynamisme. Les négociations du début des années 2000 sous l’égide de Kofi Annan ont failli aboutir mais ont buté sur des intransigeances des deux cotés. A lire J.-F. Drevet, on comprend que la situation n’est pas toujours très simple. Et qu’on ne peut imputer ce rejet vraiment aux chypriotes grecs, du moins à eux seuls.

L’intérêt de l’intégration européenne semble visible, même si l’Europe hérite ainsi d’un pays coupé en deux par un mur. Mais finalement cette situation un peu ubuesque – où le nord est à la fois dans l’Union européenne et hors d’atteinte de l’UE – n’est pas vraiment une première. C’était déjà le cas de l‘Allemagne de l’Est pendant une trentaine d’années.

Normalien, géographe, Jean-Francois Drevet a été responsable de la prospective, puis de l’élargissement à la DG (direction générale) de la politique régionale de la Commission Européenne de 1989 à 2005.

• Chypre, entre l’Europe et la Turquie (éditions Karthala, 2011, 356 p., 24 euros);

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE