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mercredi, novembre 12 2014

Edito - Le référé rigolo de Fillon le rigolo

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Le presque président de la République engage une procédure de référé « d’heure à heure » pour obtenir la copie intégrale de l’enregistrement de la conversation entre Jean-Pierre Jouyet et les deux journalistes du journal Le Monde, a indiqué son avocat, lundi 10 novembre, dans un communiqué. « D’heure à heure », veut dire que vu l’urgence, on demande au président du tribunal de statuer au plus vite, sans attendre l’audience normale de référé, qui se tient toute les semaines. Ça urge

L'excellent avocat commis d’office, Jean-Pierre Versini-Campinchi parvient à nous expliquer sans pouffer de rire : « Le contenu de cet enregistrement ayant été partiellement rendu public, nous allons engager une procédure de référé d’heure à heure devant le président du tribunal de grande instance de Paris aux fins de lui demander soit de nous faire remettre, soit de faire remettre à un tiers de son choix, une copie intégrale de l’enregistrement audio, ceci aux fins que cette pièce puisse être versée dans la procédure pénale qui sera aussitôt engagée ».

Donc, le presque président de la République veut engager une procédure pénale pour diffamation contre Davet et Lhomme, les deux journalistes du journal Le Monde (deux chouchous qui ont leur cantine à l’Elysée), et pourquoi pas s’il s’estime diffamé ? L'excellent avocat commis d’office ajoute que « cette procédure de référé est un préalable puisque la loi exige que la demande soit faite auprès du juge des référés avant tout procès ». Ah bon ?

C’est bizarre, car la loi dit pile l’inverse. Tout ce qui ressort de la publication des idées relève de la loi sur la presse. Comme cette loi est un casse-tête procédural, les avocats rusaient en engageant des procédures civiles en référé pour la contourner. Je le sais bien pour avoir manœuvré… quand c’était admis. Mais depuis la jurisprudence est claire : pour toute publication, seule la loi sur la presse est applicable. Et c’est parfaitement logique.

Avec le pénal, est en cause la présomption d’innocence, qui justifie un respect scrupuleux des droits de la défense : « Je défends mes droits en fonction des accusations ; donc, tu commences par m’accuser, et je m’organise ». La loi sur la presse formalise cela, depuis plus d’un siècle, avec la règle de l’offre de preuve : la personne citée en correctionnelle a dix jours pour produire ses sources, et la personne poursuivant peut répliquer par une contre-offre de preuve dans les cinq jours. Ceci par voie d’huissier et au domicile élu d’un avocat du barreau de la juridiction.

L'excellent avocat commis d’office connait aussi bien que moi toutes ces règles, et il a déjà prévu le synthol et l’albuplast pour la gamelle qu’il va se ramasser. Mais, après quelques gouttes d’arnica, il pourra dire, outragé, que, décidément, le presque président de la République est victime d’un terrible complot.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

dimanche, octobre 19 2014

Edito - Des professions (notaires, pharmaciens ...) confrontées à la démocratie d'opinion

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Nous assistons actuellement à une mise en cause grave et injuste de professions qui ont fait la force de l'économie française.

C'est une situation grave qui déstructure un maillage territorial de qualité : notaires, pharmaciens, huissiers ... ont contribué à construire des édifices professionnels de grande qualité dans la durée. Une qualité à un prix modéré par rapport aux compétences et aux responsabilités.

C'est une situation injuste, parce qu'il y a rupture du contrat professionnel et parce qu'il n'y a pas reconnaissance de la réalité des services rendus.

Quand il faut changer le statut des parlementaires (retraite, avantages ...) avec leurs cortèges de privilèges, l’État s'offusque de la perspective de rompre un contrat.

Mais face aux notaires, pharmaciens, huissiers ... il n'y aurait pas de rupture de contrat ? Cet argument ne résiste à aucun examen sérieux.

En réalité, ces professions subissent un rapport à une démocratie d'opinion qui les fragilise.

1) ce sont des professions réputées nanties : or la France actuellement, c'est la chasse aux "nantis" avec un plafond qui descend d'ailleurs de plus en plus bas pour "mériter" ce qualificatif "honteux" par définition,

2) ce sont des professions qui ont négligé leur image de marque : elles sont associées à des rapports d'autorité et la France ne connait plus l'autorité. Maintenant, c'est le patient qui fait son ordonnance après avoir trouvé le médicament miracle sur Internet, le justiciable qui prévoit sa décision de justice, l'acheteur qui rédige l'acte ... Puisque tout se vaut, ces professions ont perdu leur espace d'expertise.

3) c'est la victoire de la culture du "rayon de grande surface" : le client vient prendre sur le champ, repart et il est content quand le produit est toujours moins cher.

L'irresponsabilité des politiques pour ne pas défendre des valeurs solides, respectueuses d'années de formation et de technicité, est considérable.

Ils sont tellement nuls collectivement qu'ils donnent le sentiment d'aimer la contagion. Que restera-t-il qui fonctionne dans ce pays ?

Les services publics sont démembrés.

Des fonctions privés essentielles sont fragilisées.

On assiste à un réel travail de destruction par des politiques qui paraissent perdus, de mauvaise humeur comme si l'opinion devait payer le prix de l'impopularité qu'elle leur impose.

L'opinion les écoute de moins en moins. Elle ne les croit plus. Ils ne donnent pas le sentiment de savoir où il faut aller. Si au moins, il y avait davantage d'humilité pour respecter des professions qui le méritent.

C'est quand même un drôle de climat dont la suite logique ne peut qu'inquiéter très sérieusement.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE