dimanche, décembre 21 2014

Edito - 6 mois après, le dépeçage d’Alstom s’accomplit

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En juin, le gouvernement annonçait une prise de participation dans Alstom, avec la création de co-entreprise avec General Electric, qui reprenait également une partie des activités de l’entreprise française. Quelques mois après, il semble que les vautours s’agitent sur les derniers restes d’Alstom.

Trois vautours et un cadavre

Le bilan est amer. Le vote de l’Assemblée Générale d'avant hier a entériné un dépeçage complet de l’entreprise. Pas moins de 70 % du chiffre d’affaires de l’entreprise va être cédé à General Electric pour 12,35 milliards. Plus de 60 000 salariés changent d’employeurs. Toute la question est de savoir combien le seront encore dans quelques années. Pire, la fiction des co-entreprises tombe puisque GE détiendra « 50 % plus une action en capital et en droits de vote » comme le rapporte le journal Le Monde. Et sur le nucléaire, GE disposera de « 80 % du capital et 50 % plus deux voix en droits de vote ». Bref, dans la réalité, comme je l’annonçais alors malheureusement Alstom est dépecé par GE, le vautour en chef.

Mais le géant étasunien n’est pas le seul vautour en chef. Habile, pour obtenir le soutien des autres partis-prenantes, il partage le cadavre avec les actionnaires et les dirigeants, s’assurant un vote positif lors de l’Assemblée Général. C’est ainsi que « le groupe a annoncé qu’il compter reverser à ses actionnaires, sous la forme d’une offre publique de rachat d’actions, 3,5 à 4 milliards d’euros ». Cela aide à obtenir 99,2 % de vote positif à l’Assemblée. Mais ce n’est pas tout : Patrick Kron, actuel PDG, va recevoir 150 000 actions, qui représentent plus de 4 millions d’euros. Le Figaro cite un délégué syndical CGT-Métallurgie pour qui « 2000 hauts dirigeants vont également se partager 60 millions d’euros ».

La victoire du capitalisme cannibale

Voici un nouvel exemple typique du mode de fonctionnement de ce capitalisme totalement dérégulé et qui ressemble définitivement à la loi de la jungle. Le pire est que l’État avait théoriquement un droit de vote, ce qui signifie qu’il a entériné ce plan barbare, où les dirigeants de l’entreprise n’hésitent pas à la dévorer eux même contre espèces sonnantes et trébuchantes. Quand aux actionnaires, dans ce système, il y a bien longtemps qu’ils ne se soucient plus du long terme et qu’ils ne regardent que ce que cela leur rapporte à court terme, les rendant ouverts à ce genre de dépeçage où ils touchent rapidement beaucoup d’argent, plutôt que d’essayer de construire quoique ce soit dans la durée,

Mais que restera-t-il demain d’Alstom ? Finalement, ne devrait subsister que la partie transport ferroviaire, qui n’intéressant pas General Electric. Mais, même si GE a une forte et ancienne présence en France, comment ne pas comprendre que les intérêts de la filière énergie d’Alstom ne seront qu’un détail par rapport à ceux des actionnaires et des dirigeants du monstre étasunien. La France a soldé sa filière énergétique et l’État laisse faire sans que grand monde ne se rende compte de cette énorme arnaque et des mécanismes délétères à l’œuvre dans ce capitalisme cannibale qui dévore les organisations pour gagner toujours plus d’argent, sachant laisser quelques restes à ceux dont il a besoin.

Dès le début de l’affaire, en avril, on pouvait comprendre qu’il fallait protéger Alstom de General Electric, mais aussi de Siemens. Malheureusement, le laisser-faire continue à régner. Il est effarant que François Hollande ait été moins interventionniste sur Alstom que son prédécesseur à l’Elysée.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

vendredi, mai 2 2014

Edito - Etat : quand l'ex-actionnaire devient un simple mauvais acteur

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Alstom en est le dernier exemple : l’État français est un actionnaire sur le retrait qui ne parvient même plus à trouver les signes extérieurs d'apparence pour laisser penser qu'il est devenu un simple acteur de qualité.

L'économie française dans le monde aujourd'hui ce sont des chefs d'entreprises qui la font. Pour prendre un seul exemple, Bernard Arnault est aujourd'hui le véritable promoteur et défenseur de l'image de l'économie française dans le monde.

François Hollande, Arnaud Montebourg s'agitent pour sauver les apparences pouvant laisser croire que les politiques français ont encore un pouvoir mais lequel ?

Quatre sujets peu traités à ce jour méritent l'attention dans le dossier Alstom :

1) Quelle part du produit de la cession restera dans la trésorerie de l'entreprise ou ira aux actionnaires ? C'est la seconde hypothèse (retour aux actionnaires) qui dépasse la première et de loin. Pourquoi en est-il aujourd'hui aussi peu question ?

2) Une fois la cession opérée, qui sera en position de force : l'Etat ou GE ? GE parce que toute compression des commandes publiques françaises sera l'argument pour réviser les "engagements" en matière d'emploi.

3) A quel titre l’État peut-il supplanter les actionnaires ? Existerait-il un "État actionnaire" pour les décisions stratégiques de fond mais qui ne met pas "la main à la poche" pour renflouer ou pour supporter les pertes ?

4) Pourquoi faire vivre l’État une fois de plus dans l'opposition et non pas dans le projet ? L’État serait ainsi le "vengeur des salariés" mais quand deviendra-t-il le créateur des perspectives nouvelles ?

Toutes ces questions de simple bon sens montrent bien que c'est une "pièce politique" de mauvais goût qui se déroule sous nos yeux. L'ex-actionnaire sans moyen réel qu'est l’État devient un simple mauvais acteur récitant une pièce des vieilles années mais aujourd'hui se comporter ainsi c'est agiter des mots, du vent.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE