lundi, janvier 19 2015

Edito - Terrorisme : Merci de se renseigner avant de parler

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Ils ne savent rien et ne comprennent rien, mais ils parlent : c’est, hélas, devenu de coutume. N’importe quel inconnu sorti de son bocal devient un grand savant dès lors qu’une chaîne de télé, en recherche d’audience, l’a honoré du titre d’"expert en terrorisme".

Le problème est que nos politiques emboîtent le pas, avec une surenchère des dispositions répressives, toutes contradictoires entre elles, et dont la plupart résultent du droit positif depuis de décennies. Genre l’encellulement individuel, qui est une obligation légale depuis 100 ans, et qui est toujours différée,… et comme si les directeurs de prison – noble métier – n’avaient jamais songé à prendre de telles mesures.

Quel examen sanguin pour qualifier une radicalisation ? Allons.... Arrêtons le délire, et donnons un vrai coup de main à l’aumônerie musulmane… hélas si marginalisée. Au moins, tout cela serait quelque chose de sérieux à faire…

Les grands instruits qui nous gouvernent ont leur solution sur demain,… alors qu’ils ne l’ont pas fait hier… Les décrets d’application de la loi antiterroriste de novembre 2014 n’ont pas été pris, et la loi reste inapplicable,… ce qui me gêne quelque part.

Grâce à nos fumeux experts, voici déjà annoncée la nouvelle loi antiterroriste. Du bidon assuré dès lors qu’on ne sait toujours rien des commanditaires de la tuerie de Charlie.

S'il vous plait, respectez le travail de la police.

On parle d’islamistes, de djihadistes. C’est sans doute vrai, mais où sont les preuves ? Et de quel groupe parle-ton ? Qui endoctrine ? Qui finance ?

Bref, la bande d’assassins est-elle vraiment unie, et qui est le commanditaire ? C’est toute la question. Un jour nous aurons la réponse, car les flics font un travail du meilleur niveau pour faire parler les réseaux, les ordinateurs et les portables. Tôt ou tard nous saurons qui a décidé et pourquoi.

Si on en reste à la raison – mais là je sais que je suis décalé – on attend de connaitre les maux pour trouver les remèdes. Problème : depuis quelques jours, c’est pile l’inverse. Sans rien savoir de l’enquête, et alors que les interpellations ressortent du banditisme et non de l’islamisme, les médecins charlatans délivrent leurs prescriptions.

C'est franchement nul à chier.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

Edito - François Hollande ou la communication finira-t-elle par avoir la peau de la réflexion ?

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Depuis une semaine, le "scénario de la guerre" nous est vendu comme une super-production. Avant hier à 13 heures 15, le supplément infos de France 2 était un "modèle" en la matière.

Le scénario est simple : François Hollande est transformé en chef de guerre pour lutter contre le pire ennemi qui soit : l'ennemi de l'intérieur. En 2012 son ennemi de l'intérieur c'était la finance. A-t-il seulement livré cette guerre annoncée (?), voilà qu'il en ouvre une seconde : celle des religions. Ou plutôt une quatrième puis-qu’entre temps il y avait eu la guerre perdue de la baisse du chômage puis celle pas encore livrée mais déjà annoncée de la guerre pour le climat (décembre 2015).

L'actualité serait morose et rasante. La "guerre" contre l'ennemi intérieur écrase cette actualité. L'opération "bouclier de France" applique les mêmes fondamentaux que le "bouclier du désert" en 1991. Les "enfants politiques de Mitterrand" retrouvent l'ambiance d'octobre 1990 quand toute la nation était soudée autour de son Président (Mitterrand) pour libérer les otages. Rien ne manque à la comparaison y compris les Le Pen qui se prennent les pieds dans le tapis dans de telles circonstances.

Mais quand la communication s'effacera-t-elle devant une réflexion ?

1) La réflexion suppose le pluralisme des appréciations. Ce pluralisme fait totalement défaut. Par exemple, les États-Unis commencent à expliquer pourquoi Obama n'aurait pas voulu venir le 11 janvier. Pas un mot en France sur ce volet.

2) la réflexion suppose une analyse calme avec des visions dans le temps, des plans de paix. Où sont ces analyses, ces visions, ces plans quand tout n'est qu'émotions immédiates ?

3) Et comme en France le soutien "vole au secours du succès", les sondages vont maintenant auto-entretenir le rebond dans l'opinion. Il y a même la formulation que François Hollande aurait "réussi la seconde élection" celle devant la crise ... Il faut quand même oser dans une démocratie.

La super-production marche à fond. Le "pays de la pensée" prend un surprenant visage quand il doit défendre la liberté d'opinion et d'expression.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

dimanche, janvier 18 2015

Edito - Sur le mouvement "Je suis Charlie": "En état de choc, on fait n’importe quoi"

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« En état de choc, on fait n’importe quoi » : Guillaume de Prémare livre son décryptage du choc « Charlie Hebdo » et du mouvement « Je suis Charlie ».

Que pensez-vous de ce que nous vivons autour du choc « Charlie Hebdo » ?

Il faut partir du fait générateur qui est le terrorisme. La France a déjà connu, dans un passé récent, des vagues de terrorisme. Mais elles n’étaient pas de la même nature. Je vois deux différences profondes.

La première différence est que les vagues de terrorisme des années 1980 et 1990 étaient principalement destinées à faire pression sur la politique internationale de la France, qu’il s’agisse du conflit israélo-palestinien ou de l’Algérie. Aujourd’hui, les terroristes cherchent aussi à faire pression sur la France par rapport à ses engagements militaires à travers le monde, mais ils poursuivent plus largement un objectif de conquête politico-religieuse à l’échelle mondiale, ce qui est nouveau, appuyé sur une idéologie politico-religieuse qui est ancienne.

La deuxième différence, c’est que les terroristes venaient jusqu’ici le plus souvent de l’extérieur. Aujourd’hui, l’islam radical s’appuie principalement sur des musulmans qui vivent en France, et sont même de nationalité française.

Ne manquez pas la suite... (un entretien avec Guillaume de Prémare, en texte et en VIDEO)

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

samedi, janvier 17 2015

Edito - Vite en finir avec la culture du "tout se vaut"

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Si le temps de l'émotion ne cède pas rapidement la place au temps de la raison dans l'actuel drame traversé la semaine dernière par la France, des semaines redoutables s'annoncent.

Ce devrait être la fonction des responsables politiques que d'assurer le plus rapidement possible cette évolution. Ils ne le font pas.

Après le temps de l'évitement, ils annoncent le temps de l'affrontement avec ce mot terrible de "guerre". Ni l'un ni l'autre ne sont efficaces.

François Hollande dit que la France est "en guerre". Mais qu'a-t-il fait en conséquence pour défendre des intérêts de la France à l'étranger comme hier au Niger ?

Notre pays est en train de sombrer dans des travers d'une extrême gravité :

1) juger l'importance des morts en fonction du nombre de kilomètres qui nous séparent du drame : à plusieurs reprises cet été sur ce blog ont été publiés des drames lointains : églises brûlées, chrétiens martyrisés ... Quels étaient alors les échos ?

2) Pire encore avoir un jugement de classe sur des morts en fonction de leur notoriété médiatique : c'est pourtant ce à quoi nous venons d'assister depuis 10 jours de façon caricaturale.

3) Considérer que, dans les valeurs collectives, il n'y ait plus de place pour du sacré. Or, la vie est sacrée. Mais le respect d'autrui est également sacré.

Il n'y a aucune raison d'offenser autrui quand on l'a accepté sur son territoire. Il doit y respecter des règles. Mais il doit aussi être respecté.

Dans ce droit au respect, il doit y avoir une hiérarchie. Faute de hiérarchie, il n'y a plus de repère. Faute de repère, une communauté humaine ne peut fonctionner.

Dans tous les domaines en France depuis des décennies la mode est au "tout se vaut". Les enfants font la leçon aux enseignants, souvent d'ailleurs avec le soutien déterminé des parents. Des parents qui ont abandonné leur fonction d'éducation comme si un tiers pouvait la remplir avec autant d'efficacité....

Cette culture est destructrice parce qu'avec le "tout se vaut" c'est toujours le plus bas qui gagne et qui devient le marqueur.

Pour ce qui me concerne, je suis contrarié quand des croyances religieuses sont offensées. Je n'ai jamais apprécié l'humour vulgaire au détriment de l’Église chrétienne ou de ses représentants. En conséquence, je suis persuadé qu'il doit en être de même pour celles et pour ceux qui se retrouvent dans d'autres religions.

Je n'ai jamais apprécié des chansons sur des thèmes de "nique ta mère" ou les groupes de rap qui transforment méthodiquement les femmes en objet sexuel avec une vulgarité scandaleuse.

J'ai dû lire deux ou trois fois un Charlie Hebdo. Ce n'était pas mon style d'humour. En revanche, j'ai été choqué et particulièrement triste que le droit sacré de vivre puisse être ainsi agressé.

Au cours des derniers jours, la seule position sage me semble avoir été celle du Pape François : le progrès dans une civilisation passe d'abord par le respect mutuel. __ 4) L'actuelle situation Française est intenable dans la durée. Puisque la France se déclare officiellement en guerre qu'avait-elle fait pour protéger ses intérêts à l'étranger par exemple au Niger ? Combien de Français__ dans des territoires lointains peuvent être exposés à des représailles sans être dans le confort de palais parisiens hyper-protégés ?

La raison n'est jamais mécaniquement dans le camp du grand nombre apparent. Ce grand nombre a longtemps choisi l'évitement. A tort. Il choisit aujourd'hui l'affrontement. A tort probablement. Dans ce nouveau choix, s'il met autant de temps à découvrir ses erreurs que celui qui fut nécessaire pour découvrir que l'évitement a été une erreur, de très lourds drames sont à prévoir.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

jeudi, janvier 15 2015

Edito - La politique française à l'heure de 24 heures chrono

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Cette série TV au succès international a installé de nouveaux codes dont le rythme particulièrement soutenu. Des observateurs sérieux évoquent même qu'elle aurait été la "vraie" rampe de lancement de Barack Obama dans la lignée du Président Palmer.

24 heures chrono, c'est le nouveau rythme de la politique française. Les rôles sont bien répartis. Manuel Valls est Jack Bauer : sur tous les fronts à la fois, prêt à prendre des "libertés" avec les libertés pour protéger à tout prix. François Hollande est le Président Palmer : face à l'activité du 1er il incarne le calme, le recul.

François Hollande se positionne comme le ciment de la nation et tous ses nouveaux réseaux sociaux à l'exemple de Vine retracent l'union nationale autour de François Hollande.

Les journalistes impulsent le rythme sur le terrain tout particulièrement avec les reportages multi-géographies.

Quant à l'opposition politique, elle est spectatrice de la "nouvelle vie politique". Étonnant à ce point comme elle est parvenue à "perdre la main".

Quant à l'opinion, elle semble se prêter au scénario avec une faible exigence pour l'instant sur la cohérence des propos comme des visions dans la durée. Elle reprendrait les déclarations des uns et des autres il y a seulement un mois, les contradictions seraient manifestes.

Mais le scénario a changé et le nouveau rythme a aussi installé ses nouveaux mots. Rassurant face au drame mais très inquiétant sur le fond.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mercredi, janvier 14 2015

Edito - Les Français devraient "revisiter" les attentats du 11 septembre 2001

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La quantité de morts ne peut créer une échelle des tristesses. Mais avec moins de 20 morts, les Français devraient revisiter leurs commentaires sur les attentats du 11 septembre 2001.

En septembre 2001 :

- 2 996 morts immédiats,

- 6 291 blessés !

Ces chiffres sont ceux de l'impact immédiat sans comptabiliser les décès ultérieurs dont les maladies des pompiers.

A entendre les actuels discours, il serait utile, honnête et responsable de revenir sur les déclarations des intéressés alors sur GW Bush, Donald Rumsfeld...

A l'époque, en dehors des postures, bon nombre des déclarations françaises ont été très décalées de la part du personnel politique français et tout particulièrement avec une gauche toujours animée par un anti-américanisme primaire.

Dominique de Villepin a eu raison de refuser la guerre fondée sur des motifs officiels mensongers mais il avait trouvé aussi les mots justes dans l'épreuve de 2001. Un des rares.

Il y a aujourd'hui une partie considérable du personnel politique français qui devrait, dans l'escalade actuelle des mots comme des initiatives, faire preuve d'une honnêteté intellectuelle face à leur incompréhension d'alors. La qualité de leurs actuelles analyses y gagnerait.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mardi, janvier 13 2015

Edito - « Ne remplaçons pas notre réflexion par l’émotion », entretien avec Régis Debray

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Que vous inspire le grand rassemblement national de dimanche ?

Régis Debray : Il ne faut pas bouder un moment d’unanimité. Paris vaut bien une messe et la République une petite comédie unanimiste de nos officiels qui ont su récupérer une émotion populaire.

Mais ne remplaçons pas notre réflexion par l’émotion. On est tous un peu saturés de slogans et de grands mots. La République n’est pas seulement un « Embrassons-nous Folleville ». C’est une exigence. C’est une discipline. Et c’est un courage.

Les trois valeurs de la République – Liberté, Égalité, Fraternité – ont été scandées et répétées depuis la tuerie de Charlie. Que pensez-vous de ce rappel et de cette invocation ?

R. D. : J’avais craint à un moment que la liberté fasse oublier l’égalité et la fraternité. Je suis content de voir la sainte devise républicaine retrouver sa plénitude, au demeurant complexe, voire contradictoire.

Fraternité, oui. Tous les hommes sont frères et il n’y a pas d’un côté les croyants et les incroyants, les impies et les élus. Affirmer que tous les hommes sont égaux, c’est rappeler qu’il n’y a pas de privilège de naissance conféré par une grâce surnaturelle.

Liberté, bien sûr, mais dans le cadre des lois. La liberté d’expression a toujours été encadrée, depuis la déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen. La loi du 29 juillet 1881 stipule que tout citoyen peut écrire et imprimer ce qu’il veut, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. La République, c’est l’état de droit et le respect de la loi.

Après la tuerie et cette unanimité très démonstrative, très impressionnante, sur quoi peut-on fonder un après ?

R. D. : La question de fond est de savoir si un moment d’unanimité peut se transformer en une pratique effective. On peut espérer le retour du politique, c’est-à-dire la supériorité du politique sur l’économique.

Le grand événement contemporain en Occident est l’avènement du Nombre, escorté de la Figure, le règne de la dictature comptable du chiffre, accompagnée par celle de la photogénie. La sphère économique doit retrouver sa position de subordonnée. Nous devons retrouver les finalités.

Exiger que nos responsables cessent d’être des comptables bruxellois, uniquement préoccupés par le sublime objectif de réduction du déficit et par le non moins sublime grand dessein, le passage du rail au transport par autocar.

On peut espérer qu’ils retrouvent la France comme une personne et plus comme une entreprise. On peut espérer qu’ils retrouvent l’Histoire, c’est-à-dire la mémoire et l’espoir. Que le sondage ne soit pas l’alpha et l’oméga de leur conduite. Que le politique retrouve sa dignité.

En France, la politique a été une religion séculière depuis 1789. Si vous mettez fin à cette religion séculière, c’est la religion révélée qui va devenir une politique. Nous y avons échappé grâce à notre héritage chrétien et à notre tradition de laïcité républicaine. On risquerait d’y revenir si le vide d’appartenance et le vide symbolique persistaient.

Considérer enfin que l’éducation n’est pas uniquement destinée au marché du travail mais qu’elle peut aussi servir à la transmission du savoir.

Comment retrouver un sens fondateur ?

R. D. : Il passe par une refonte de l’école, le retour à ses principes. Qu’elle redevienne un lieu d’instruction et non un lieu d’animation. Non pas adapter les consciences à l’état de la société actuelle mais apprendre à penser par soi-même.

Pour apprendre à se passer de maîtres, il faut des maîtres. Des maîtres correctement payés et respectés dans leur dignité. Quand l’échelle des valeurs est indexée sur l’échelle des revenus, la tâche est difficile.

La fraternité, tout le monde semble sacrifier à cette valeur…

R. D. : J’ai fait un livre sur le sujet, Le moment fraternité. La fraternité est le contraire de la fratrie, et de la biologie. C’est le sens et non le sang qui la constitue. Elle consiste à s’unir par le cœur et la tête.

Il n’y a que des moments-fraternité commandés par la détresse, la fragilité, la vulnérabilité. La fraternité, c’est la reconnaissance d’une paternité symbolique. On est frères en Christ, en une valeur qui vous dépasse. Il n’y a pas de fraternité sans sacralité. Aujourd’hui, on vit dans l’illusion de l’individu qui est son propre père. Ça ne marche pas.

Dans le défilé du 11 janvier, nous avons récupéré la fierté. Par le drapeau, par la Marseillaise, par l’affirmation qu’on peut être français sans être franchouillard et que n’avons pas à baisser la tête devant d’autres cultures. L’héritage de la France passe aussi par la gauloiserie à la Wolinski comme par la fronde à la Bernard Maris. C’est le génie français.

Comment en est-on arrivé à ces dérives communautaires, de toutes sortes, de toutes confessions, à ce soudain déluge de violence extrême ?

R. D. : On a remplacé la molécule par les atomes. Pour retrouver la communion, il faut retrouver la molécule. Les atomes juxtaposés, c’est la guerre de tous contre tous.

L’idée aussi que le bonheur est la valeur suprême. Or, le bonheur, c’est l’individu. L’illusion d’autosuffisance de l’individu contemporain ne le mène pas bien loin.

Quel est le défi principal à partir d’aujourd’hui ?

R. D. : La reconquête du symbolique, qui unit. Le diabolique est ce qui divise. Le capitalisme financier est diabolique. C’est chacun pour soi, comme dans un naufrage. Donc, retrouver le fédérateur. Qui dit fédérateur dit sacralité et qui dit sacralité ne dit pas nécessairement bondieuserie.

Les compagnons de la Libération avaient un père, De Gaulle, qui avait un sacré, la France. Qu’est-ce qu’une sacralité ? C’est ce qui ne se marchande pas, ne se négocie pas et ce qui polarise la limaille et fait d’un tas un tout. La sacralité est ce qui dépasse les hommes, ce qui peut les unir. Mais c’est aux hommes de choisir ce qui les dépasse.

Entretien avec Régis Debray, publié par La Croix

dimanche, janvier 11 2015

Edito - "Je Suis Charlie" : une opinion publique qui ne se connaissait pas ?

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La période actuelle est très surprenante. Les conditions de sortie de cette période peuvent l'être encore davantage que les actuelles circonstances. Il y a ce que la semaine montre et ce qu'elle laisse en interrogations.

Ce qu'elle montre :

- un choc émotionnel naturellement fort puisqu'il touche au dernier carré de sacré : la vie,

- face à ce choc la capacité de l'opinion publique française à vivre un "coup de révolte",

- ce coup de révolte mobilise parce que, derrière les mots d'ordre globaux, les raisons des participants sont très différentes.

Mais il reste des interrogations majeures, peut-être encore plus importantes que les acquis de cette semaine :

- s'agit-il d'une révolte ou d'une résistance : dans le 1er cas, l'attention retombera vite. Dans le second cas, l'attention vivra. Pour l'instant, la réalité de l'attention sur des faits internationaux de terrorisme a été très faible dans les médias français et encore actuellement à la différence de médias étrangers. La résistance, si elle naît, deviendra-t-elle universelle ou seulement sur le territoire français ? Qui se souciait en France cet automne du symbole des Églises en feu ?

- le temps de l'union ne doit pas cacher des échecs considérables sur des institutions françaises. Quand ce débat sera-t-il ouvert sérieusement alors même qu'il ne l'a jamais été ?

La semaine donne le sentiment d'une opinion qui ne se connaissait pas.

Elle devait être indifférente et elle se découvre historiquement mobilisée.

Elle avait des signes permanents d'alertes mais même les évoquer semblait jusqu'alors difficile.

Si un réel feu de mobilisation a été allumé, il risque d'être difficile à éteindre tant du retard avait été pris. Et dans ce cas, les changements pourraient être profonds : le "printemps français" ?

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

Edito - A quand l'interrogation sur l'exception économique française ?

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Avant hier, selon les chiffres du Département américain du travail, le taux de chômage aux États-Unis a encore reculé en décembre, tombant à son plus bas niveau depuis juin 2008 (5,6 %).

L'année 2014 est la meilleure depuis 15 ans en ce qui concerne les nouvelles embauches. L’économie a créé 2,95 millions d’emplois l’année dernière contre 3,18 millions lors du boom d’Internet et des industries technologiques en 1999.

Jason Furman a souligné que le taux de chômage a décru au rythme le plus rapide en 30 ans.

Tout contribue à une telle relance : prix historiquement bas de l'énergie, taux historiquement bas du prix de l'argent, rebond de croissance dans de nombreux pays ...

Et la France reste à l'arrêt. Le chômage progresse toujours. Le pourcentage de chômage au sein des jeunes atteint des niveaux records. Le 1er semestre 2015 s'annonce redoutable pour des gros pourvoyeurs d'emplois dont le BTP avec la baisse des dotations d’État aux collectivités locales.

C'est un décrochage caricatural entre la France et les autres pays. Cette triste "exception économique française" méritera quand même un jour une explication sérieuse entendue par l'opinion. Encore faut-il que cette explication soit exprimée, ce qui est loin d'être acquis dans l'actuelle ambiance.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

vendredi, janvier 9 2015

Edito - De grâce, je vous demande de ne pas aller dans le sens voulu par les terroristes !

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Qui sont les terroristes, assassins de la rédaction de Charlie ? Agissent-ils seuls ? Ont-ils des commanditaires ? Ont-ils un maître à penser ? Reçoivent-ils des consignes ? De qui ? Ont-ils un réseau local ? Quelle est leur préparation ? Quelles sont leurs motivations ? Qu’a-t-on trouvé chez eux ? Que disent leurs ordinateurs ? Ont-ils des échanges avec des groupes étrangers ? Lesquels ? Quels sont leurs sites de référence ? Ont-ils gardé des liens avec leurs filières irakiennes ? Ont-ils des financements extérieurs ? Y a-t-il d’autres armes ? Quelle documentation trouve-t-on chez eux ? Avaient-ils tenté d’autres opérations ? Ont-ils eux-mêmes un rôle de leaders ? Ou sont-ils deux loups solitaires ? Avaient-ils infiltré des associations ? Ont-ils contaminé autour d’eux ? Que disent leur famille, leurs amis, leurs voisins ?

Il faut attendre pour répondre au juste niveau. Les fuyards vont être arrêtés,… peut-être abattus. Même si c’est le cas, une enquête judiciaire très approfondie aura lieu, justement pour répondre à ces questions. Cela prendra du temps, et en attendant, on doit poser quelques principes, calmement.

1/ La qualification d’islamiste, étiquette facile, ne veut pas dire grand-chose : attendons les faits pour étudier et comprendre.

Nous y verrons plus clair avec les progrès de l’enquête, mais il y a déjà des pistes sérieuses. On décrit des professionnels car, devant des hommes et des femmes sans défense, ils ont fait un usage méthodique de leurs armes. C’est un peu court… Je note des faits établis : ils se sont trompés d’adresse, puis d’étage ; lorsqu’ils descendent de voiture, l’un deux perd sa basket… Je passe sur cette invraisemblable affaire de carte d’identité tombée…

Et puis, est-on sûr que ce sont des islamistes, au sens de fous-furieux de leurs convictions ? Oui, il y a le contexte religieux, dévoyé et violent. Mais s’ils ont tué, ils n’ont rien détruit… La scène du crime a été longue, très longue, semble-t-il entre 10 et 15 minutes. L’enquête de police nous en apprendra beaucoup sur le discours, les comportements, les buts… Et puis, la manière dont, pendant la fuite, ils assassinent le policier, en s’arrêtant pour l’achever d’une balle dans la tête, a beaucoup avoir avec la truanderie, et peu avec l’islamisme. Nous devons comprendre, et nous ne pouvons rien construire dans la confusion.

2/ Le pays doit renforcer ses liens avec la communauté musulmane, et avec tous les Etats musulmans, amis de la France.

Si le but premier de ce crime est une vengeance meurtrière, le second est de braquer de la société française, pour isoler la communauté musulmane. Leur rêve, c’est de cliver, de casser. Pour eux, des musulmans vivant paisiblement dans une démocratie, c’est juste insupportable, car ça ruine leur système. Dans le mauvais climat actuel, avec des lascars comme Eric Zemmour et Michel Houellebecq qui annoncent avec des analyses imbéciles la guerre civile, les terroristes comptent sur le choc que va créer leur crime pour causer des ravages sur le thème : les Occidentaux d’un côté, les Musulmans de l’autre. Aussi, notre devoir impérieux est de combattre ce plan destructeur.

Ce crime est un crime prévu par la loi, ce n’est pas une affaire de civilisation, comme Nicolas Sarkozy s’est dépêché de la dire. Où est le problème de civilisation quand deux personnes isolées violent une loi que toute la société reconnait ? Une association fatiguée affirme que 99 % de la communauté musulmane respecte la loi et rejette le crime. Mais le 1%, ça fait entre 60 et 80 000 personnes ? Où sont-elles ? Des criminels, je n’en ai compté que deux ! Si la société se trouve plus divisée après ce crime, ce sera une victoire pour les terroristes. Alors, par pitié, ne leur donnons pas raison, et multiplions les signes de respect et d’amitié avec les Musulmans.

3/ La France est forte, et elle ne doit pas renoncer à ses libertés car elle dispose de toutes les armes juridiques pour riposter.

Là encore, il serait pitoyable d’offrir aux terroristes ce qu’ils cherchent : une France qui renonce à être ce qu’elle est, une terre de justice, forte parce qu’elle respecte les droits et libertés. La partie est facile pour un groupe armé qui attaque des civils… Dans un premier temps, la police et la justice plient sous le choc, c’est inévitable, mais nous avons tout dans nos lois et notre organisation policière pour faire face. C’est l’Etat de droit, qui est l’ennemi de ces obscurantistes. Si la République décide de bouleverser ses lois après un crime, elle reconnait la victoire de ce crime, qui l’a désarçonnée, mise à nu.

Aussi, j’espère vivement que la réponse à ce crime ne sera pas un abandon de notre culture juridique, par une horreur genre Patriot Act… lourd et inefficace contre le crime, et qui vise surtout à assurer le contrôle social. Je souhaite que les criminels soient arrêtés, jugés avec tous les droits de la défense, et qu’ils puissent faire valoir leur droit jusque devant la Cour européenne des droits de l’Homme, cette belle justice qui représente le contraire de l’arriération qui les motive.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

jeudi, janvier 8 2015

Edito - Charlie Hebdo : une pensée pour eux en accord avec notre émotion, notre loi et notre amitié

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C’est d’abord l’émotion qui déborde, quand vers midi apparait sur l’écran de GoogleNews l’attentat contre Charlie et les 12 morts. Des mots qu’on ne voudrait jamais lire… 12 personnes, visées et tuées méthodiquement… Cette violence, on l’a connue, il y a quarante ans avec Action Directe, la RAF chez nos voisins allemands, les Brigades Rouges en Italie,… et tant d’autres. Depuis quelques années, on la voit tous les jours, frappant aveuglément des innocents, à quelques heures de vol, dans des pays qui sont des sources de notre culture. Alors, les fous-furieux sont aussi en France ? Au cœur de Paris ? Tuant froidement des journalistes ?

Je n’avais ni sympathie, ni considération pour le Charlie de ces dernières années, cette feuille sectaire et obsessionnelle, qui puait le renfermé. Mais c’était un journal, et nous avons besoin de toutes les idées, même celle qui choquent qui heurtent ou qui blessent (CEDH, Handyside, 7 décembre 1976) et, à une autre époque, Cabu, Wolinski et les autres, nous faisaient bien rire. Cabu a donné de bons coups de main sur bien des causes. Et puis tuer, non. Non, en toutes circonstances. Ça ne se discute pas. L’hebdomadaire satirique, connu pour ces caricatures parfois décriées, a du lancer, il n'y a pas si longtemps que cela, un appel aux dons pour pouvoir poursuivre ses activités. Une solution de derniers recours qui en dit long. Redynamiser le journal en cette période de “crise de la presse” des journaux satiriques comme celui-ci ou Siné sont d’autant plus touchés qu’ils sont financés par leurs seuls lecteurs : les ventes et les abonnements demeurent leur seule source de revenus.

Un temps masqué par l’émotion, vient le temps de la loi, et ici, un peu de calme est nécessaire. Pour l’instant, nous avons assez infos, qui résultent des qualifications retenues par le procureur de la République de Paris : assassinats, tentatives d'assassinats, port d'armes prohibées, vol à main armée et en bande organisée, association de malfaiteurs en vue de commettre des actes terroristes. Mais pour le reste, de grâce, un peu de patience… L’enquête commence, et elle a été confiée à trois grands services : la section antiterroriste de la brigade criminelle, la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et la Sous-Direction antiterroriste de la Direction centrale de la police judiciaire. Alors, un minimum de respect pour le travail de la police… et pour les victimes.

Quelques minutes après les faits, commençaient les mots et allusions insupportables des experts divers et variés, nous annonçant un commando de professionnels,… alors qu’on apprenait le soir que l’un deux a laissé sa carte d’identité dans la voiture,… et qu’un autre a perdu une basket en courant… Toute personne censé sait le monde qui existe entre ce que l’on dit dans une affaire de la sorte et ce que dévoile l’enquête. Chercher à savoir, oui, mais la précipitation n’apporte rien, et la gravité des faits doit appeler à prendre un peu de distance, pour attendre ce que diront la police et la justice.

« Dans l'Islam la vie humaine est sacrée » a rappelé Dalil Boubakeur, dénonçant une vision absolument erronée, malade de la religion. Même tonalité depuis Téhéran, avec Marzieh Afkham, la porte-parole de la diplomatie iranienne, affirmant que « tout acte terroriste contre des innocents est étranger à la pensée et aux enseignements de l'islam ». Oui, bien sûr,… mais on n’avance pas : pour toutes les religions, et tous les systèmes de pensée, la vie humaine est sacrée. Je crois d’ailleurs comprendre qu’il y a eu aussi des victimes musulmanes. En fait, s’est imposée très vite, plus ou moins formulée, la question qui hantait les esprits : et la communauté musulmane dans cette affaire ? Avec aussitôt l’injonction : qu’ils dénoncent et se démarquent ! La religion a peu à dire de ce qui s’est passé hier, car c’est un crime, et le crime relève de la loi. C’est la barrière qui s’impose à tous et qui est acceptée par tous. Aucun groupe musulman en France, de quelque manière que ce soit, n’a jamais apporté le moindre indice de compréhension ou d’empathie avec le crime. Aucun ! Si je me trompe, apportez-moi la preuve,… mais apportez-moi aussi la preuve qu’il s’agit bien d’un groupe musulman, porteur donc d’un savoir religieux.

Avec tout le respect que je dois aux victimes, je dois dire que la Communauté musulmane française se désintéressait totalement de ce que pouvait publier Charlie, comme elle se désintéresse totalement de ce pauvre Houellebecq, dont on se demande qu’elle serait l’inspiration si l’Islam n’existait pas. Les conceptions véhiculées par l’un ou l’autre, ou encore cet aficionado des médias qu’est Zemmour, sont tellement ignorantes et éloignées de la vie des musulmans, que ceux-ci s’en contrefichent. En 14 ans, depuis 2001, seulement trois procès significatifs ont été engagés contre des saillies antimusulmanes : Michel Houellebecq, les caricatures et Eric Zemmour... Et malgré cela, c’est contre eux le procès permanent de l’intolérance… Est-ce une faute de s’adresser au juge pour demander l’application de la loi commune ? Où est cette intolérance ? Quels faits ? Quels dommages ? Quittez les présupposés, et regardez le réel… Les inepties et attaques malveillantes sont légion, mais si les musulmans déplorent ceux qui alimentent le moteur de l’islamophobie, leurs préoccupations sont ailleurs, et s’appellent le travail, le logement, les études, la santé… le tout avec la garantie de la loi.

La spiritualité est une force intérieure, du domaine intime de la croyance, du sacré,… un trésor hors de portée. Avec les musulmans, nous sommes frères et sœurs. Nous partageons l’amitié, les passions, l’amour… la beauté. Ils nous apportent, nous apprennent et donc nous enrichissent. Ils ne demandent aucune évolution du droit, mais simplement que la loi s’applique de la même manière pour tous. L’islamophobie est une aberration car il n’y a pas de péril social dès lors qu’on s’accorde sur l’application de la loi. L’islamophobie a le vent en poupe, hélas,… mais hélas surtout pour ceux qui sont incapables de regarder la réalité en face, s’inventent des barrières illusoires, et qui par l’entretien des peurs xénophobes – universelles – se privent de la compréhension du monde, et du bonheur de l’amitié.

Un tout autre problème est la fabrique de combattants politiques, c’est-à-dire ce que nous avons tous vus depuis trois ans : le recrutement, la formation, la modélisation, le financement, l’enrôlement de mercenaires de causes dévoyées, par des dirigeants étatiques sans scrupules qui fabriquent des armes qu’ils ne savent plus contrôler. Et qui compensent leur incapacité à conduire un projet politique par des appels théocratiques à une pureté mythique, qui n’est qu’une arriération. L’islamisme a d’ailleurs surtout fait des ravages dans les pays musulmans, et l’attentat de Paris doit aussi nous rappeler que toute vie est égale.

Parce que nous vivons des heures de braise, je veux insister : il n’y a aucun problème avec l’Islam, mais tous les problèmes avec cette fabrication de fous-furieux. Mais alors, il faut élargir le spectre, analyser les choix politiques et identifier les vrais responsables.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mercredi, janvier 7 2015

Edito - La Gauche va-t-elle enfin comprendre ?

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2015 commence fort pour Emmanuel Macron. Le ministre de l’Économie a eu une formule, au sujet des jeunes patrons de start-up, qui consterne la gauche. « Il faut des jeunes qui aient envie de devenir milliardaires », affirme-t-il dans Les Échos, en guise de conclusion à un développement consacré à la force de ces petites entreprises innovantes.

La Gauche comprend-elle enfin que ceux qui réussissent (les riches) sont utiles aux pauvres, que ce sont les talentueux, les doués, qui donnent du travail à ceux qui le sont moins, que si l'on spolie ceux qui créent de la valeur, ils partent apporter leur savoir-faire ailleurs ? Pas sûr que nos politiciens français, intégristes de l’Égalité, soient capables de comprendre cela.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

Edito - Michel Houellebecq : "Soumission" sera t-il disponible à la médiathèque de Béziers ?

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Michel Houellebecq n’est pas du tout un nouveau venu sur la scène littéraire, puisque son premier grand succès date de 1998 avec "Les particules élémentaires". Un roman mémorable sur les mœurs contemporaines. Depuis lors, la publication de chacun de ses livres a été un véritable événement. Que dire alors du dernier, ou plutôt du tout prochain, puisqu’il sera en librairie dès cette semaine ? Les critiques qui ont eu le privilège de le lire en priorité en ont déjà fait tout un tintamarre. Alain Finkielkraut, il y a déjà huit jours dans Le Journal du dimanche, expliquait tout le bien qu’il en pensait, non seulement parce que Houellebecq l’avait fait beaucoup rire mais surtout parce que le romancier se révélait une fois de plus remarquable analyste de son époque.

Il faut dire que le sujet est brûlant, puisqu’il concerne la présence de l’islam en France et que l’auteur l’aborde de la façon la plus provocante, en imaginant la victoire électorale d’un parti musulman et l’accession de son candidat à l’Élysée...

Le problème avec Houellebecq c’est que la formidable charge ironique du propos se dissimule sous une totale neutralité de ton. Je retiendrais volontiers la formule de Bernard Pivot : « Tout est à la fois énorme et subtil, outré et malin, invraisemblable et logique ». Le roman ne consiste nullement dans un pamphlet à charge, pas plus que dans une démonstration politique. Il nous offre un regard sur nous-mêmes, sur notre société, dont la vertu est de nous faire comprendre ce que nous sommes réellement.

Le résultat, c’est que tout le monde est obligé de réagir. Parfois violemment, comme Laurent Joffrin, le directeur de Libération, indigné par cette prose réactionnaire mais talentueuse. Précisément, c’est bien la preuve que Houellebecq a touché juste. Nul ne peut être indifférent à son investigation qui découvre les zones où ça fait mal. Précision indispensable : il y a toujours de la métaphysique dans l’air avec cet étrange garçon. Si elle s’insère ici dans le sillage de Huysmans, ce n’est pas seulement par amour de la littérature. C’est qu’il y a beaucoup à retenir de l’œuvre d’un écrivain puissant, qui surdéterminait son réalisme par une quête esthétique et mystique.

Source : Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 5 janvier 2015.

samedi, janvier 3 2015

Edito - Casser l'actuel système bancaire : la Silicon Valley va le faire

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Aujourd'hui les changements passent par l'économie et non par la politique. La démocratisation de la musique, c'est Itunes et pas une loi. Celle des informations planétaires c'est Facebook, Twitter, Instagram et pas une loi. Demain celle du film c'est Netflix et pas une loi. La lutte contre les grands monopoles d'informations, c'est Google.

... : la liste est longue des réformes de fond portées par le marché et non plus par les institutions publiques.

Demain, il en sera de même pour le système bancaire. Square, Wealthfront ... vont faire exploser l'actuel système bancaire.

Le discours du Bourget avec François Hollande c'est la flûte des politiques qui promettent l'opposé de ce qu'ils font une fois aux affaires. Jacques Chirac avait confié l'économie à un "ex-petit garagiste" (René Monory) dont on pouvait penser qu'avant de devenir un professionnel de la politique il lui resterait quelques souvenirs de son ancienne profession. François Hollande la confie à un banquier. Comment le peuple peut-il comprendre ce symbole après le Bourget ?

C'est comme Piketty dont on découvre désormais qu'il est l'ex-compagnon de Filippetti, ex Ministre de la Culture qui est l'actuelle compagne de Montebourg et qui avait porté plainte contre son ex-compagnon pour violences ...

Tout ce système de consanguinité court à sa perte. Les vraies révolutions seront portées par les marchés ou par les derniers révolutionnaires comme en Grèce ou en Espagne où il semble rester des leaders qui ont encore le sens du refus. Quant à la France, la résistance aux systèmes c'est au Musée comme dans tant d'autres domaines.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

vendredi, janvier 2 2015

Edito - François Hollande, Thomas Piketty et l'audace du ... non !

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François Hollande avait déjà connu son "effet boomerang" avec son thème de l'inversion de la courbe du chômage comme marqueur de l'efficacité de la politique présidentielle. Il a probablement mis en place son second "effet boomerang" avec le thème de l'audace. Le 31 décembre Hollande célèbre l'audace et l'union. Le 1er janvier, Thomas Piketty célèbre l'audace de dire Non et donne une leçon de division sur la politique économique.

Nouveau raté magistral.

Thomas Piketty a refusé hier sa nomination pour la Légion d'honneur au rang de chevalier et taclé une nouvelle fois au passage le gouvernement.

« Je viens d'apprendre que j'étais proposé pour la Légion d'honneur. Je refuse cette nomination, car je ne pense pas que ce soit le rôle d'un gouvernement de décider qui est honorable », a déclaré Thomas Piketty.

« Ils feraient bien de se consacrer à la relance de la croissance en France et en Europe », a-t-il ajouté.

Thomas Piketty critique régulièrement la politique menée par François Hollande. « Personne ne m'avait prévenu de cette nomination, sinon je les en aurai immédiatement dissuadés », a assuré à l'AFP Thomas Piketty.

Point pratique qui a été confirmé par Geneviève Fioraso qui avait proposé de le nommer.

François Hollande vient de faire les frais de l'audace du non. Le contenu de l'audace pourrait désorienter le "rebond présidentiel" dans une ambiance où dire oui devient si rare en France quand l'initiative émane des politiques.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

jeudi, janvier 1 2015

Edito - Politique : le "privé" a gagné tous les terrains : le "vol" consenti.

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La grande innovation des vœux de François Hollande le 31/12/2014 ? Pour la première fois à ce point la communication a porté sur "les coulisses" de la préparation. Même le réseau social Vine a été utilisé pour montrer la préparation. Les médias classiques ont été porteurs d'images et d'infos sur le choix du bureau, les éclairages, les conditions de préparation du Président ...

C'est une étape nouvelle du narcissisme : faire une émission sur ... l'émission !

Bref, tout ce qui d'ordinaire restait ... privé.

C'est le tournant vrai de 2014 : le privé a gagné tous les terrains.

Le privé familial avec les débordements de confidences sur des vies intimes dont le succès du livre de Trierweiller.

Le privé professionnel par exemple à Béziers avec le succès d'un maire soutenu par le FN mais soit disant non encarté et qui partage 80 % des idées de Marine Le Pen dont la carte de visite de présentation n'a pas été le programme mais une étape de sa carrière professionnelle personnelle très habilement scénarisée initialement par des journalistes de supports nationaux idéologiquement très proches de l'intéressé puis considérée comme unanimement acquise.

Le privé "psychologique" quand toute la primaire de l'UMP repose sur le point de savoir si le tempérament de Nicolas Sarkozy a changé ou pas. C'est parce que cette donne est essentielle que le premier concerné communique à ce point sur la réconciliation avec Dominique de Villepin, preuve du changement quand il est ainsi possible de s'entendre avec son "principal ennemi d'hier". Fatima Allaoui aura peut-être très prochainement la change d'y prétendre si le FN la soutient comme promis...

Et maintenant avec la mode des "coulisses", le privé devient porteur des messages que le message public officiel ne porte plus tant le discours officiel est décrédibilisé.

Une nouvelle génération de campagnes électorales est en train de voir le jour.

Une fois de plus, sans le reconnaître officiellement, la France est sur le chemin des États-Unis qui ont déjà franchi cette étape depuis longtemps. Obama, son épouse, Pete Souza excellent dans cette scénarisation du "faux moment privé " supposé volé.

Mais c'est du vol consenti, bien organisé où voleur et volé font la paire, d'un commun accord.

Pas sûr que l'opinion se prête encore longtemps à ce jeu.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

Edito - Les « synthèses » de François Hollande : force ou faiblesse politique ?

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Le goût de la synthèse, aboutissant à des compromis acceptables par tous (tout en laissant chacun un peu insatisfait), si souvent reproché à François Hollande, est-il vraiment un défaut en politique ?

Certes, la synthèse peut aboutir à des textes qui n’ont pour but que de satisfaire toutes les parties, même si, en pratique, ils s’avèrent inapplicables, mêlant des décisions incompatibles entre elles. On connaît la plaisanterie sur l’Union Soviétique à ses débuts qui, constatant que le nombre de voitures en circulation augmentait, a décidé de se doter d’un Code de la Route jusque là inexistant ; le Politburo, réuni pour le rédiger, se divise sur la question de savoir si les véhicules devront rouler à droite, comme dans la plupart des pays, ou à gauche, comme en Grande-Bretagne, où les accidents sont moins nombreux ; finalement, il parvient à une synthèse : les voitures rouleront à droite et les camions à gauche.

En pratique, dans la vie politique, il est très rare que le point de vue des tenants d’une thèse, s’ils ne sont pas majoritaires mais s’ils sont tout de même assez nombreux, puisse être totalement ignoré, à moins de plonger le pays dans un chaos durable (François Hollande a tranché en faveur du mariage homosexuel, question pour laquelle il n’y avait pas de compromis possible – ce devait être oui ou non – jugeant que, malgré leurs manifestations spectaculaires, ses adversaires étaient trop peu nombreux pour paralyser durablement le pays) ; toute la vie politique est faite d’affrontements finissant obligatoirement par déboucher sur des compromis, et peut-être l’art suprême de la politique consiste-t-il à trouver le compromis avant l’affrontement, qui est le compromis auquel on serait arrivé de toutes façons après l’affrontement, mais en ayant réussi à l’éviter : ce qui suppose une bonne capacité à évaluer les rapports de force en présence, de façon à prévoir sur quoi leur affrontement finira par déboucher : les victoires par écrasement total d’un adversaire puissant étant finalement assez rares.

On donne souvent en exemple, et à tort, de « passage en force » , sans vraies négociations, la fixation de l’âge de la retraite à 62 ans par Nicolas Sarkozy ; en réalité, Nicolas Sarkozy savait très bien qu’un équilibre durable (quelques années) du régime des retraites imposait de fixer cet âge à 64 ou 65 ans , comme dans la plupart des pays européens ; le choix de l’âge de 62 ans était un compromis, n’ayant pour but que de faire sauter le verrou psychologique et historique du chiffre rond de 60 ans - et, demain, le gouvernement qui le portera à 64 ans ne se heurtera effectivement plus aux mêmes manifestations ; l’erreur tactique de Nicolas Sarkozy a consisté à ne pas avoir « mis en scène » ce compromis : voulant porter l’âge de la retraite à 62 ans, il aurait dû commencer par proposer de le porter à 64 ans, puis ouvrir des négociations pour finir par accepter 62 ans, offrant ainsi aux syndicats une porte de sortie honorable : « On a quand même gagné deux ans, ce n’est pas rien ! » ; il a commis l’erreur de mener comme une épreuve de force l'atteinte d'un objectif qui, en réalité, constituait lui-même déjà un compromis .

En politique étrangère, il en est de même : le but de la diplomatie est de parvenir à éviter les guerres, en faisant accepter les traités de paix sur lesquels une guerre aurait débouché, mais sans que celle-ci ait eu lieu ; inversant la célèbre formule de Clausewitz, on pourrait dire que « La diplomatie est la poursuite de la guerre par d’autres moyens » ; évidemment, ceci suppose, là aussi, la même évaluation du rapport des forces par les deux camps ; car, si l’un d’eux a l’impression qu’il peut obtenir une victoire militaire totale, la diplomatie ne peut plus rien .

Il n’est donc pas impossible que l’art de la synthèse et du compromis, fondé sur la capacité de bien évaluer les rapports de forces, soit la forme la plus sophistiquée et élaborée de la politique, même si elle est la moins spectaculaire ; sa seule faiblesse réside dans le fait que les peuples préfèrent souvent le plus spectaculaire au plus efficace…

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mardi, décembre 30 2014

Edito - Les discours ou quand l'âme est inscrite dans les mots

0.A00119788861126138_1_75.jpgJe recommande l'ouvrage sorti dernièrement sur les "discours qui ont changé le monde moderne". Le recueil des discours est remarquable.

Que montre cette lecture ? La force du discours c'est la preuve que l'image ne suffit pas pour emporter la conviction.

Et cet ouvrage apporte la preuve du caractère incontournable de l'écrit.

La campagne 2007 de Nicolas Sarkozy aurait-elle connu le même lancement sans le discours du 14 janvier 2008 ? Celle de François Hollande aurait-elle eu la même dimension sans le discours du Bourget du 22 janvier 2012 ?

Autant de circonstances qui appellent à se poser la question de fond : qu'est ce qu'un discours réussi ?

Finalement, il y a deux critères essentiels :

1) c'est quand l'âme est inscrite dans les mots : les mots prennent un sens particulier qui rejoint l'imaginaire,

2) c'est surtout quand cet imaginaire repose sur un clivage clair entre un discours et un ennemi. Finalement, c'est la qualité de l'ennemi qui fait la force du discours qui s'oppose.

Que serait de Charles de Gaulle sans Adolf Hitler ?

La gauche de François Mitterrand sans l'aristocratie de VGE ?

Tony Blair sans Margaret Tatcher ?

Barack Obama sans GW Bush ?

L'énergie de Nicolas Sarkozy sans l'immobilisme de Jacques Chirac ?

La normalité de François Hollande sans la provocation permanente de Nicolas Sarkozy ?

C'est tout le mystère des bons discours : susciter l'imaginaire en réaction à une réalité qui insupporte. Ce contexte rend plus humble la seule qualité de la plume.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

lundi, décembre 29 2014

Edito - La marque Trudeau et la nouvelle politique 2015

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Deux démocraties modernes importantes vont vivre des temps forts électoraux sur 2015 qui vont impacter les autres pays : les États-Unis et le Canada.

Les États-Unis vont entrer dans le dispositif des primaires pour 2016. Avec la fin de la présidence de Barack Obama, c'est toute une génération démocrate qui peut être emportée comme elle le fut déjà pour partie lors des élections intermédiaires de novembre 2014. La jeune génération républicaine va passer à l'assaut.

Ce style de "jeune génération" c'est la "marque Trudeau" au Canada.

Son père avait déjà modifié le leadership politique. Mais Justin Trudeau peut entièrement le révolutionner. C'est encore un étage de plus dans le "star système". Tout est médiatique. Tout doit être charme. Toute bataille va se gagner par les images et surtout par l'émotion.

Il ne s'enlise pas dans la politique mais il veut réinventer le Canada. Y parviendra-t-il ? Ce nouveau style peut le conduire à se brûler les ailes. Ce qui est sûr, c'est que ces deux campagnes vont donner un sérieux coup de vieux à d'autres démocraties dont la France.

Est-ce que l'opinion va voter pour le spectacle afin de sortir de crise quand la gestion de la crise la désespère tant ?

Fin 2015, un début de réponse sera disponible.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

dimanche, décembre 28 2014

Edito - 2014 : la politique est plus que jamais par terre

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2014 a été une année désastreuse pour la République, et on le doit entièrement aux « responsables » politiques. Et en 2015, ils vont nous faire la leçon « démocratique » parce que, écœurés, nous allons nous abstenir.

Quels ont été les événements majeurs de 2014 ? La plus dramatique des insignifiances… mais l’addition est lourde.

2014 ? C’est François Hollande qui se promène casqué dans les rues de Paris, sur un scooteur 100 % républicain, pour ses petites galipettes clandestines. Christiane Taubira qui arrive en vélo à la réunion des « frondeurs » aux universités du PS à La Rochelle, où elle ne prononce pas un mot… mais la photo était bonne. Fleur Pellerin, ministre de l’inculture, qui explique qu’elle ne lit pas de livres, mais qui négocie avec Michel Hazanavicius un rôle dans le prochain OSS 117 ; Bambi qui, après avoir voulu mettre fin à la prostitution, inflige à nos gosses ses débiles ABCD de l’égalité, avant de remballer sa camelote deux mois plus tard ; l’enfoiré mondain de Pierre Moscovici, viré du gouvernement tellement il est nul, et qui se retrouve Commissaire européen, pour stigmatiser la France pas encore assez libérale ; Benoit Hamon, le fantastique héros de la Gauche de la Gauche, alors sinistre de l’enseignement, qui fusille la rentrée scolaire pour un discours post-ado à la fête de la rose du farfadet Arnaud Montebourg… Le sous-ministre Thomas Thévenoud qui ne déclare pas ses revenus car il souffre de « phobie administrative ». Arnaud Montebourg, autre héros de la Gauche de la Gauche, qui quitte le ministère de l’économie pour s’inscrire à une formation pour patrons à l’Insead qui coûte 34 500 €. François Hollande qui encourage Benjamin Netanyahou « à prendre toutes les mesures pour protéger sa population ». Et ajoutons la volonté d’aller bombarder Damas, avant de se faire calmer par Barack Obama

2014, c’est aussi Nicolas Sarkozy enregistré clandestinement par son homme de confiance l’ex journaliste de Minute Patrick Buisson ; c’est l’affaire Bygmalion, avec un système de fausses factures permettant de doubler le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 ; c’est Laurent Wauquiez et NKM qui font mesurer leurs bureaux pour savoir qui aura le plus grand ; Patrick Balkany et Serge Dassault pris dans des trafics crapuleux.

2014, ce sont les élections européennes du mois de mai : le FN en tête avec 25 %, suivi de l’UMP à 20,8% et du PS à 14%. Ce n’est pas grave, nous ont aussitôt expliqué les gentils sondages, car ce vote n’existe pas. Et déjà, on nous met sous le nez le sondage favorable à la loi Macron… Sauf que le même jour, la législative de l’Aube, la PS est éliminé, arrivé en 3° position avec 15 % des voix, loin derrière le FN à 27 %. Le tout, avec 70 % d’abstention. Oui, la politique est plus que jamais par terre : aux élections régionales et départementales de 2015, le FN sera encore en tête, aux alentours de 25 %, et le PS va subir une nouvelle déroute.

2014, c’est la hausse de l’endettement, des impôts et du chômage.

En fait, tout le monde a intégré que Marine Le Pen sera en tête au premier tour de la présidentielle de 2015, et les trois dans la course jouent une seul partition : « c’est moi qui serait le mieux placé pour la battre au second tour ».

Rien à attendre de François Hollande et de Nicolas Sarkozy, qui, bien programmés, vont poursuivre leur cirque habituel, qui a perdu la France. Alain Juppé ? Malgré ses casseroles nombreuses et variées, il se situe au-dessus du lot, mais s’il veut nos suffrages, il va falloir qu’il nous dise quelle politique il va faire, avec qui, et qu’il quitte le bonheur ouaté de sa belle image de papy gentil, pour venir sur le terrain, filer des marrons à Nicolas Sarkozy et François Hollande, ces deux erreurs historiques de la politique française.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

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