Keyword - François Bayrou

Fil des billets - Fil des commentaires

samedi, février 7 2015

Edito - Philosophons...

0.A0010gdt.jpg

"La politique, c'est l'art de faire croire au peuple qu'il gouverne"

Louis Latzarus

Guillaume de Thieulloy, dans les 4 Vérités, s'inquiète des appels fréquents à la constitution d'un "gouvernement d'union nationale" :

"(...) À première vue, l’idée est bonne. Si toutes les bonnes volontés s’accordaient pour mener ensemble les réformes nécessaires pour sortir la France de l’ornière, nous devrions y applaudir chaleureusement.

Le problème, c’est que je doute fort que ce gouvernement d’union nationale soit un gouvernement au service de la France et des Français. Il y a, au contraire, tout lieu de croire que ce soit un gouvernement au service de l’oligarchie pour parachever la spoliation des contribuables et la suspension des libertés publiques pour les citoyens.

Rappelons que le FMI a « conseillé » aux États endettés de confisquer une part substantielle du patrimoine privé. Et, en matière de libertés publiques, il suffit de regarder ce qui se passe en ce moment au nom de la lutte contre le terrorisme…

Il me semble, par ailleurs, assez probable que notre confrère Emmanuel Ratier ait raison et que la manifestation du 11 janvier soit une sorte de « répétition générale » de ce qui pourrait se passer si Marine Le Pen se trouvait au 2e tour de l’élection présidentielle en 2017.

Ces grandes manifestations « républicaines » se reproduiraient pendant 15 jours pour déjouer le « péril fasciste » – le qualificatif « républicain » ne servant plus à désigner un mode de gouvernement, mais à dire qui est fréquentable et qui ne l’est pas.

Vous aurez, à ce sujet, noté avec quelle facilité – et quelle complicité médiatique – le FN a été prié de ne pas participer à la manifestation du 11 janvier. Puisqu’il est entendu que ce n’est pas un parti républicain (beaucoup moins, naturellement, que les autorités saoudiennes ou turques présentes !), il était « logique » qu’il ne soit pas présent dans une marche « républicaine » ? De même qu’il était « logique » d’interdire, au nom de la « laïcité » et de la « république », la manifestation des associations « Ri­poste laïque » et « Résistance républicaine », puisque l’oligarchie avait décidé que ces dernières n’étaient ni laïques, ni républicaines !

Jusqu’à présent, il était possible à ceux qui ne voulaient pas entendre ces inquiétudes sur les missions d’un éventuel « gouvernement d’union nationale » de crier au populisme. Mais, tout récemment, est arrivé un événement décisif : un véritable coup d’État organisé par le « système » en Suède.

« Le Monde » commente ainsi : « Une fois de plus, la Suède donne l’exemple. Confrontés à la perspective d’une crise politique prolongée, les partis politiques traditionnels ont décidé de s’unir pour permettre au gouvernement de fonctionner en neutralisant la capacité de nuisance parlementaire du parti populiste d’extrême droite ».

Vous avez bien lu : « nuisance parlementaire » ! C’est au nom de la république et de ses valeurs que l’on bride, non plus seulement le peuple, mais même les parlementaires qui auraient le mauvais goût de ne pas applaudir à toutes les décisions de l’oligarchie !

L’excellent site « Contrepoints » a, quant à lui, commenté : « Le dernier masque de la démocratie représentative, dans sa version postmoderne et corrompue, vient de tomber ».

Concrètement, que s’est-il passé ? Un parti dit « populiste », fort de 12 % des suffrages, est parvenu, en s’alliant avec un autre parti, à mettre le gouvernement en minorité sur son budget.

C’est le jeu classique de la vie parlementaire et on ne voit pas bien où est le mal. Cependant, cette « nuisance parlementaire » du parti « populiste » a entraîné une réaction, dont il y a effectivement tout lieu de craindre que, comme le dit « Le Monde » (vous savez ce journal « neutre » et « objectif » qui avait applaudi à la prise de Phnom Penh par les Khmers rouges !), elle ne soit prise en exemple ailleurs, et notamment en France.

Droite et gauche se sont alliées, dans un accord valable jusqu’en 2022, en se répartissant les postes ministériels, indépendamment des résultats électoraux à venir.

Il est impossible de dire plus crûment que les élections ne servent à rien. Il est impossible de dire plus crûment que nous ne sommes plus en démocratie – si tant est que nous l’ayons jamais été…

Voilà ce qu’est un « gouvernement d’union nationale », dont tant de voix « autorisées », des « grands » médias à François Bayrou, en passant par Manuel Valls ou Alain Juppé, réclament la mise en œuvre en France – là aussi pour contrer le « populisme ».

Franchement, à part l’hypocrisie, on voit mal ce qui distingue un tel régime d’une dictature !"

Et si le "parti populiste", qui incarne plus que jamais l'opposition, devenait majoritaire ?

samedi, janvier 10 2015

Edito - A quoi bon Charlie ?

0.A0011a-ATTENTAT-CHARLIE-HEBDO-640x468.jpg

L'actuel Gouvernement ne comprend que des amateurs... Il faut unir tout le peuple contre les criminels mais on exclut le FN (qui n'est pas criminel à ce que je sache)

Il s'agit là, d'une décision irréfléchie, et l'UMP fonce : le journal Le Monde à raison la belle union nationale n'a pas tenu plus que 24 heures.

Le secrétaire général de l'UMP Laurent Wauquiez a affirmé que son parti était "unanime" pour s'opposer à l'exclusion du FN de la "marche républicaine" prévue dimanche en hommage à l'attentat contre Charlie Hebdo. "C'est une position unanime : il n'est pas acceptable que le Front national soit exclu pour une manifestation d'unité nationale. On ne pourrait pas comprendre que certains soient exclus, a estimé Laurent Wauquiez, à l'issue d'une réunion exceptionnelle du bureau politique de l'UMP.

Pourtant, François Fillon (UMP) a affirmé qu'on ne pouvait "pas parler d'unité nationale en excluant plusieurs millions de Français".

De plus, le président du MoDem, François Bayrou, a jugé jeudi que c'était "une mauvaise décision d'exclure qui que ce soit" de la "marche républicaine" de dimanche en hommage aux victimes de l'attentat contre Charlie Hebdo, dont est tenu à l'écart le Front national. "L'unité nationale, pour exister, doit se donner comme règle qu'on n'exclut personne", a déclaré à l'AFP le maire de Pau.

Une magnifique victoire offerte aux terroristes, par la plus nulle et désespérante des classes politiques.

De façon concomitante, la ministre de la Culture Fleur Pellerin veut "débloquer en urgence" environ un million d'euros pour Charlie Hebdo, a-t-elle annoncé sur France 5. La ministre fait travailler ses équipes pour "changer les textes", afin que Charlie Hebdo puisse bénéficier "d'aides structurelles" auxquelles un hebdomadaire satirique n'a pas droit, selon les règles actuelles des aides à la presse.

C'est, je le répète, vraiment un gouvernement d'amateur.

Au milieu de tout çà, une bonne nouvelle : Michel Houellebecq suspend la promotion de sa bouse “Soumission”.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

lundi, novembre 10 2014

Edito - Ces crétins de Jouyet et Fillon collent les affiches de Le Pen

FRANCE-POLITICS-OPPOSITION-FILLON-JOUYET-FILES

L’UMPS, ie l’absence de perspective politique, est le principal moteur du FN. Tous les mêmes et rien ne bouge,… alors on vote FN pour les faire dégager (sans imaginer un instant que le FN soit en mesure de diriger le pays). __ Alors, les amours tumultueux de Jean-Pierre Jouyet et François Fillon ?__ __ Jean-Pierre Jouyet, grand pote de François Hollande, est une figurine de l’UMPS : ministre sous Nicolas Sarkozy, et secrétaire général de l’Élysée, donc n° 2, sous François Hollande__. Le changement, c’est maintenant…

François Fillon ? Le matin, il est sur les radios pour nous dire que le gouvernement de François Hollande, c’est la calamité des calamités. Mais à midi, il casse la croûte au Pavillon Ledoyen avec Jean-Pierre Jouyet. C’était le 24 juin. La cantine de l’Élysée n’est pas assez relevée, alors la République offre Ledoyen à ces deux héros du courage politique. Un rendez-vous sur l’agenda, avec nécessairement rapport à François Hollande dans l’après-midi.

Toute la journée d’hier, Jean-Pierre Jouyet et François Fillon nous ont livré un fabuleux concours de mensonges

Il n’a pas parlé de Nicolas Sarkozy, non je n’en ai pas parlé, en fait si il en a parlé, non ma parole je t’assure que je n’en ai pas parlé… Ils nous dégoûtent… Grave.

François Fillon, qui voulait être président de la République, prend sa carte au club de François Bayrou. Il a été catastrophique et devrait s’inscrire à la Cahuzac School, car il n’a tenu qu’une journée.

Jean-Pierre Jouyet, égérie de la Gauche mole, qui exerce une des plus hautes fonctions de l’État, a compris hier dans l’après-midi qu’il était cramoisi quand les journalistes du journal Le Monde lui ont rappelé qu’il avait été enregistré, avec son accord. Alors, il s’est planté devant l’Élysée – usurpateur ! (plus de trois jours) – pour démentir ce qu’il avait dit le matin. Nul. Prévoir aussi un stage à la Cahuzac School.

Les pressions sur le Parquet par François Hollande ou Christiane Taubira ?

Ça ne se passe plus comme cela. C’est ouaté, indirect et suave, car François Hollande sait qu’il a trop à perdre avec des interventions directes. Mais les faits conduisent à faire quelques remarques.

1/ Fillon-le-menteur a rêvé de « taper », ce qui montre que ça se faisait du temps de Sarkozy-Fillon, … avec des résultats plus ou moins heureux, comme nous l’expliquerait notre ami le juge Courroye.

2/ Jouyet-le-menteur se fout du monde. C’est lui qui a pris contact avec François Fillon, non par culte de l’amitié, mais pour tirer des tuyaux du scandale Bygmalion qui avait explosé quelques jours plutôt, obligeant Jean-François Copé à démissionner pour laisser le pouvoir au « triumvirat » Jean-Pierre Raffarin, Alain Juppé et François Fillon. On voit bien le petit Jouyet excité comme une puce : « Je vais avoir des infos de première bourre » (Ce qui justifie l’addition de Ledoyen, repas servi dans un salon privé).

3/ En fait, une seule question qui intéressait Jean-Pierre Jouyet et François Hollande : l’affaire Bygmalion va-t-elle permettre de niquer Nicolas Sarkozy ?

Que peut imaginer que Jean-Pierre Jouyet et François Fillon se fixent en urgence un rencard chez Ledoyen pour parler de la faim dans le monde, du réchauffement de la planète, et ou de la dette publique de la France ?… Non, il n’y a qu’un sujet à l’ordre du jour : nous avons tous deux intérêt à zigouiller Sarkozy, alors comment exploiter les évènements du moment ? L’UMPS dans toute sa splendeur.

Please zigouille and fuck Sarkozy

Pendant le gueuleton chez Ledoyen, François Fillon a du balancer un max d’infos, en qualité de membre (flasque) du triumvirat. Mais en contrepartie, il a fait une petite réclamation : « Please zigouille and fuck Sarkozy, car il a fait payer par l’UMP l’avance forfaitaire de 150 000 euros qui lui avait été versée pour mener sa campagne et les 363 615 euros correspondant au dépassement du plafond légal des dépenses, sommes arrêtées par le Conseil constitutionnel en juillet 2013 ».

Retour sur images. Juillet 2013, c’était l’époque du Sarkothon, pour 10,5 millions d’euros, restant à charge du fait du rejet des comptes de la campagne, et ces paiements de 150 000 et 363 615 euros s’étaient ajoutés à la dette de l’UMP.

Même-moi j'l’avais vu en juillet 2013…

Paiement en juillet 2013, repas le 24 juin 2014, rapport des commissaires aux comptes de l’UMP certifiant les comptes du parti le 30 juin, signalement par les mêmes le 1 juillet au Parquet de Paris et enquête préliminaire ouverte par ce Parquet le 2 juillet… (puis une information judiciaire, le 6 octobre 2014 pour « abus de confiance », « complicité » et « recel ») : tout est limpide,… ou presque.

Pourquoi un an d’attente ? Parce qu’il était impossible de savoir avant, a répondu hier soir le parquet de Paris. Hum, hum…

Restons prudents car un avocat de Nicolas Sarkozy avait analysé que le procédé était régulier, et Bercy avait conclu dans le même sens. On verra, mais arrêtons les salades, please… Le rapport des commissaires aux comptes du 1° juillet n’a rien révélé. La distinction entre les deux sommes était clairement posée par l’analyse des textes et par la décision du Conseil constitutionnel, et même moi je m'en étais aperçu le 18 juillet 2013.

Alors, un deal, genre : « Nous on ne touche pas à ça. Mais si les commissaires aux comptes fait soudain le 1er juillet 2014 un rapport sur des paiements datant de plus d’un an, peut-être que ça fera l’affaire ».

Ces manips vont faire des massacres dans l’opinion. Et que faire ? Dans trois jours, François Hollande va sacrifier Jean-Pierre Jouyet (qui aura trois mois plus tard un joli lot de consolation) et puis après ? Le mal est fait, et les séquelles sont graves.

Tout ceci est désolant

Que faut-il faire pour que nous ayons des politiques au niveau ? Compliqué, alors que les leaders cherchent d’abord à conforter leur rente de situation, et soignant des réseaux à leur service.

Mais que faire pour que la justice ne soit plus salie par ce genre d’affaire ? Là, c’est plus simple : l’indépendance du Parquet.

Dis, François, pourquoi tu tousses ?

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

dimanche, septembre 21 2014

Edito - Nicolas Sarkozy ou le retour d'un mort-vivant

0.A0017773028886_les-affaires-judiciaires-de-nicolas-sarkozy.jpg

François Hollande a repris la politique de Nicolas Sarkozy,… et voilà Nicolas Sarkozy qui reprend le discours de François Hollande… Vous avez sûrement lu le texte de Nicolas Sarkozy sur Facebook ? Moi, oui. On dirait du pur Hollande. Un plan marketing à la noix…

C’est d’ailleurs bizarre qu’il ait choisi de communiquer par un texte, car tout le monde sait qu’il n’écrit pas lui-même. D’où cette première question : qui est la plume ? Visiblement, ce n’est plus Henri Guaino l’exalté, car le texte c’est vraiment de l’eau de boudin tiède.

Le texte a un côté première année de science Pipo, assez rigolo. « C’est au terme d’une réflexion approfondie que j’ai décidé de proposer aux Français un nouveau choix politique »Eh bien deux ans de réflexion pour pondre ça, ça promet pour la suite ! Pas mal non plus : « On ne fait rien de grand sans l’unité de la nation. On ne fait rien de grand sans espérance, sans perspective ». , c’est niveau Bac philo, pour les derniers de la classe ! Et bien sûr rien sans le roudoudou d’amour, tellement tendance : « J’aime trop la France »…. « Aime-moi vite, le jour se lève… » Çà me rappelle les belles années du lycée…

Normalement, je devrais republier sur ce blog (que vous pouvez voir et à revoir dans l'onglet ci-dessus dans "vous avez sûrement "lu le texte") ce chef d’œuvre de niaiseries, car il est l’expression même de la fragilité du projet Nicolas Sarkozy. Certes, le mec a du métier. Bien sûr dans le contexte économique et social des années qui viennent, tout peut arriver. Mais le plan Nicolas Sarkozy est en réalité bien plombé. Nicolas Sarkozy le battu de 2012 qui devient un espoir pour 2014, va falloir ramer.

Ça va commencer par un peu d’ivresse

Nicolas Sarkozy va reprendre l’UMP. Il l’a dirigeait de manière interposée via Jean-François Copé, alors il connait bien. Son seul adversaire est Bruno Le Maire, un type correct, mais qui n’a pas avec lui les bataillons de militants… Tous les ennemis de Nicolas Sarkozy jouent la carte légitimiste – Vive le parti et ses statuts – justement car ils veulent via les statuts imposer les primaires à Nicolas Sarkozy. Aussi, le congrès sera facile et quasi bon enfant, genre la belle Droite est de retour.

L’UMP, qui aura sans doute changé de nom, va ensuite engranger des victoires électorales, et Nicolas Sarkozy pourra faire le malin… alors que ce sera juste le mouvement de bascule liée aux dramatiques errances de François Hollande et El Blancos. Le Sénat va passer à Droite en septembre, puis suivront les régionales et les cantonales : autant de victoires annoncées pour l’UMP.

Mais pour la présidentielle, c’est une autre affaire

Le bilan accablant de Nicolas Sarkozy est encore sous nos yeux, et « c’est du lourd » politiquement, économiquement et socialement. Qui peut imaginer Nicolas Sarkozy réussissant en 2017 ce qu’il n’avait pas su faire cinq ans plus tôt ? Les salades sur l’unité du pays, c’est facile, mais quel crédit donner à Nicolas Sarkozy sur la seule question qui vaille, la politique économique et sociale ?

Et puis quel positionnement politique ? Le Sarkozy nouveau ne doit pas être celui de 2002, d’où tout le laïus sur le thème « j’ai changé ». D'accord, mais qui peut y croire ? Et quel personnage créer ? Un blaireau genre François Bayrou, mais plus à Droite ? Quelle crédibilité ? Et qui va cadenasser le mec pour que le naturel ne revienne pas au galop ?

Reste les affaires judiciaires, diverses et variées, avec deux solides de corruption de l’ami Gilbert Azibert et d’abus de confiance, pour avoir fait payer par l’UMP sa part de condamnation personnelle après le rejet du compte de campagne des présidentielles. Là, la partition est connue : c’est celle de Berlu. Taper à fond sur les juges, et crier au complot. Comme la justice est le plus critiqué des services publics, ça peut marcher. Mais politiquement c’est nul, et indigne d’une personne qui concourt à la fonction présentielle.

Nouveau chapitre, donc, avec le pataquès du Sarko Circus, et c’est vraiment une bonne nouvelle pour François Hollande : les médias vont trouver un nouveau dérivatif.

Finalement, cette lettre en dit beaucoup des approximations du projet de Nicolas Sarkozy : un discours mièvre, la recherche improbable d’une nouvelle image, l’occultation du bilan et une absence de projet économique et social. Le gout de la revanche, c’est bon pour un championnat de foot, pas pour la vie politique de l’État.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

jeudi, mai 1 2014

Edito - Lecture : "Le silence de la loi" de Cédric Parren

ob_d81a2e_loi-parren.jpgLa France est le pays des lois. Ce n'est pas un scoop.

Le 16 mars 2013, dans l'émission télévisée de Laurent Ruquier, On n'est pas couché, François Bayrou faisait la comparaison entre le Code du Travail français, 2691 pages, et par exemple le Code du Travail suisse, une centaine de pages. Cela donnait une idée de l'hypertrophie législative française, mais ce n'était que la pointe d'un iceberg inimaginable.

Le mérite du livre de Cédric Parren, Le Silence de la loi, est de donner toute sa dimension à cet iceberg. Dans son prologue, il compare le premier code de lois complet d'Hammurabi (1750 ans avant JC), qui se trouve au Louvre sur une stèle de basalte noir de deux mètres de haut et qui comprend 282 articles, aux 70 codes en vigueur en France actuelle. En prenant le même gabarit, la stèle équivalente française "mesurerait trois mille deux cent vingt-huit mètres de hauteur":

"Erigée à Paris, elle projetterait son ombre jusqu'au Caire."

Les chiffres qu'il donne par la suite sont à l'avenant et sont vertigineux : 11 000 lois en vigueur, 130 000 décrets, 10% des articles de ces lois mal faites étant changés chaque année, 90 % des projets de lois étant d'origine gouvernementale (le gouvernement légifère encore davantage par ordonnances), 70 % des textes adoptés étant servilement repris des 30 000 directives européennes, sans parler des 200 accords bilatéraux conclus chaque année et des 3 000 conventions multilatérales de l'Union européenne avec des pays tiers (tels que la Suisse).

De cette inflation législative il résulte une instabilité juridique, un accaparement de la fabrique des lois par l'exécutif, une complexité coûteuse, un développement exponentiel de la chicane et, en définitive, une restriction phénoménale des libertés, par leur division furtive, avec - c'est le bonus - l'approbation des asservis eux-mêmes - c'est la servitude volontaire dont parlait déjà La Boétie : "L'honnête homme doit désormais se faufiler entre plus de onze mille infractions différentes, qui se voient sans cesse élargies dans le temps et dans l'espace."

Le corollaire de ce pullulement de lois c'est d'accoutumer la population à leur relativité et c'est d'autoriser juges et policiers à mettre à l'ombre qui ils veulent, les prétextes légaux ne manquant pas.

Le corollaire de ce pullulement de lois, qui règlementent tout dans les plus petits détails, c'est aussi le nivellement et l'uniformisation de tout. Car pour s'y conformer, tout finit par se ressembler : les voitures, les bâtiments, les êtres humains.

A qui profite le crime de ces lois, qui devraient être faites pour les hommes et non pas pour lesquelles les hommes devraient être faits, et refaits ? A l'institution étatique : "La croissance imperturbable de l'appareil administratif, qui n'a de cesse d'étendre aussi bien le périmètre de son pouvoir que la férocité de ses moyens d'action, cause mécaniquement une inflation législative, qui devient dès lors un indicateur du degré de bureaucratisation d'un pays."

Ce processus se traduit par une extension permanente du champ d'application, toute contestation ou compétition étant exclues du fait du monopole de la production de lois. Car l'astuce aura été de légitimer cette production au moment de la Révolution française en en transférant le pouvoir au peuple, "bien évidemment filtré par la "représentation" parlementaire" : "Le régime démocratique confère à la loi le statut d'impératif catégorique. Subitement, la liberté n'est plus synonyme d'autonomie vis-à-vis de l'autorité ; elle devient une simple participation à la prise de décision. Dans cette optique, ne pas se plier aux injonctions de l’État est un geste incompréhensible, puisque sa légitimité est assurée par son caractère démocratique. Dès lors toute contestation est soit une manifestation de stupidité, soit un acte terroriste".

Du fait de l'atomisation de la société (avec la dégradation des liens familiaux, religieux et associatifs), l’État n'a pas trouvé d'opposants à son extension. Devenu État-providence, avec ses cohortes pléthoriques de fonctionnaires, il a pu déplacer à son profit le centre de gravité du pouvoir de fabriquer les lois : "Dorénavant, les fonctionnaires conçoivent et rédigent les lois et les règlements à leur avantage exclusif, puis les modifient au cas où les mailles du filet ne seraient pas assez serrées".

Et les politiciens ne sont plus que les intercesseurs de la population auprès de cet État omnipotent : "La loi n'est, en effet, que la continuation de la religion par d'autres moyens. Les prêtres, hier, les politiciens aujourd'hui, sont seuls de taille à traiter avec les puissances invisibles, au prix toutefois d'une liturgie complexe et dispendieuse".

Seulement, tout excès donne un jour naissance à son contraire. C'est ainsi que trop de loi finira par tuer la loi : "Par son outrance, l'inflation normative conduit au mépris généralisé des règles et, partant, à l'anomie".

C'est là que réside l'espoir : "Bientôt, la liberté sera à nouveau un fait plutôt qu'un droit".

Et la loi sera alors réduite au silence, après s'être développée... silencieusement.

Le silence de la loi, Cédric Parren, 80 pages Les belles lettres.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE