mardi, septembre 30 2014

Edito - Michel Onfray : "L'école d'aujourd'hui tue sur place les enfants des pauvres !"

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Interrogé dans __Le Figaro__, Michel Onfray dit des choses intéressantes :

"L'école se substitue aux familles en matière d'éducation , dès lors, et pour ce faire, elle a renoncé à l'instruction. Demander à l'école qu'elle apprenne à lire, écrire, compter, penser devrait être une demande de bon sens : elle devient désormais une provocation !

Apprendre la maitrise de la programmation informatique, apprendre la théorie du genre, sous prétexte de féminisme et de lutte contre les discriminations sexuelles, (un programme auquel au demeurant je souscris...), apprendre à sauver la planète sont des programmes qu'il n'est pas inutile d'envisager, bien sûr, mais une fois que les savoirs élémentaires sont acquis. Or, le sont ils ? Si l'on sort des réponses idéologiques, on sait bien que non… J'ai enseigné vingt ans dans un lycée technique, je sais de quoi je parle...

Le fils d'ouvrier agricole et de femme de ménage que je suis s'en est sorti grâce à une école qui n'existe plus. L'école d'aujourd'hui tue sur place les enfants de pauvres et sélectionne les enfants des classes favorisées qui monnaient dans la vie active non pas ce qu'ils ont appris à l'école, mais ce qu'ils ont appris chez eux.Lire ou relire Bourdieu plus que jamais d'actualité ...Si l'on justifie cela, alors il faut continuer et défendre cette école qui massacre tous les enfants de gueux, dont je fus. Sinon, il faut abolir cette usine à éjecter les enfants de pauvres hors du système.

Une partie de la presse dite de gauche, vous accuse d'être réactionnaire . Que leur répondez-vous?

Il y a bien longtemps que je ne me soucie plus de cette presse qui se dit de gauche alors qu'elle n'a plus aucun souci du peuple qu'elle méprise et renvoie ainsi dans les bras de Marine Le Pen. Ces journaux transforment d'autant plus en diable Marine Le Pen qu'ils préfèrent ignorer, et on les comprend, que ce sont eux qui, pour avoir renoncé à la gauche qui s'occupait du peuple, nourrissent le FN et l'engraissent. Cette presse-là défend le programme économique libéral et européen de l'UMP et du PS. Quand l'UMP est au pouvoir, elle est contre, mais quand le PS l'y remplace, elle est pour. Dès lors, pour laisser croire que droite et gauche ça n'est pas la même chose, la presse dite de gauche s'excite sur des sujets sociétaux en croyant que la gauche est là. Or elle ne s'y trouve que de façon minoritaire. ...

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

vendredi, septembre 5 2014

Edito - Sept Français sur dix continuent d'être très favorables au port de l’uniforme !

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Le port de l'uniforme fait l’unanimité : 67 % des sondés l’approuvent. Il est considéré comme une bonne mesure pour lutter contre les inégalités sociales, que l'école ne parvient pas à combattre, selon 57 % des Français.

Notre blog BEZIERS POLITIQUE y est plutôt très favorable, ainsi que les interviewés ci-dessous...

1. Au nom de l'égalité et de la laïcité

L’idée enthousiasme Tina : « Je trouve cette idée géniale pour la mixité, l'égalité, et l'amitié. J'ai connu la blouse à l'école primaire puis au lycée, tous les élèves se fréquentaient, on ne voyait pas de différences entre les élèves riches et les pauvres, et la plupart du temps, on ne connaissait pas la situation des parents. L'amitié naissait par affinité et non par classe sociale. Pour la paix dans nos écoles, cela mérite d'essayer ».

Michel, ancien élève d’un lycée militaire, se souvient que « l’uniforme avait le mérite de gommer les différentes classes sociales et d'économiser les vêtements civils. Nous avions un magasin d'habillement où il était simple d'échanger un pantalon usé ou quoi que ce soit d'autre... » Pragmatique, il relève que « cela permettait aussi de ne pas craindre une déchirure, le stress de la tache d'encre n'existait pas ! »

Un « principe d’égalité » pour Jean-Pierre. Un avis partagé par Jorge : « Plus de différence, plus de discrimination, plus de riches, plus de pauvres en apparence ». Parent d’élèves, Karine plébiscite cette idée : « Bien sûr, l'uniforme ou la blouse ne vont pas faire disparaître les différences, mais au moins les gommer, les rendre moins criantes, moins "revendicatives", et ça sera déjà énorme. Le principe d'égalité commence peut-être à s'expliquer dès le plus jeune âge, et quoi de plus concret que l'apparence vestimentaire, la même pour tous quand il s'agit de recevoir la connaissance et la culture ? ».

Yves a lui-même porté l’uniforme lorsqu’il préparait le concours d’entrée de l’École supérieure des géomètres à l’ENP d’Armentières, en 1955 : « Blouse blanche, chemise blanche, cravate noire et pour sortir en ville un couvre-chef (casquette ou chapeau) ». « Pas du tout traumatisé », il y est favorable pour « effacer les différences, apprendre à se fondre dans le groupe, se respecter quelle que soit son origine, ne pas étaler au grand jour la marque de ses vêtements, respecter ainsi l'une des valeur de notre devise = égalité ».

« Enfin vers la voie d'une bonne solution pour résoudre les communautarismes en milieu scolaire ! Tous dans la même tenue et au travail ! » lance Arnaud-Luc. « Si cela peut renforcer la laïcité, oui » ajoute JL. « S'y opposer me semble très RINGARD. C'est oublier le principe républicain.Tous égaux devant la LOI », réagit Philippe.

2. Une arme contre la course aux marques

Annie est « tout à fait d’accord, cela évitera le racket et la course aux vêtements de marque ». « Pas de différence de niveau de société et pas de racket », renchérit POGV. Pour les mêmes raisons, Monique est « tout à fait pour ». « Ce serait déjà une forme d'égalité ». Mais à condition que ce ne soit « pas trop onéreux !! » « Cela éviterait cette course aux marques, ces jalousies, ces rackets, ces discriminations, ces moqueries, ajoute Corinne. Cela aurait l'avantage qu'à l'école tous seraient égaux pour étudier, et non pour faire de la représentation » .

Partisan de l’uniforme dès la maternelle, M.Leandri, ancien élève de Sup de Co, dénonce « la surenchère des marques » qui « conduit à une quasi obligation pour les élèves de porter ce qui a été lancé par les industriels appuyés par des équipes de marketing très pointues. Sinon, c’est la marginalisation et l’exclusion du groupe scolaire. La conséquence se retrouve dans la gestion du budget des parents qui doivent payer pour des équipements et vêtements dans la tendance décidée par ces professionnels ».

Gérard a enseigné toute sa carrière dans un lycée militaire. « Mes élèves étaient en uniforme (garçons et filles) et personne ne se plaignait. Outre le gommage de la situation financière des parents, cela évite une course stupide à l'affichage de griffes de la mode. Dans beaucoup de pays, l'uniforme est de rigueur et même en France :je l'ai constaté le mois dernier en Martinique... ».

« Pour avoir vécu aux Antilles où tous les enfants scolarisés portent un uniforme, je dois dire que c'est très bien accepté par les enfants, les parents et les professeurs. Cela permet de gommer les différences sociales et les problèmes de rackets dans et devant les établissements scolaires. Mes filles, qui étaient réticentes lorsque nous sommes arrivés aux Antilles, ont très bien accepté cela et sont pour la même chose en métropole » explique Philippe.

Catherine, elle, se prononce pour le retour des blouses, « infiniment moins chères que des uniformes (il en faut au moins deux, hiver, demi-saison et été) , inabordables pour de nombreuses familles à moins de très sérieusement augmenter la prime de rentrée scolaire, sans compter que l'on doit se vêtir quand on n'est pas à l'école ! ».

3 . Le retour du « respect »

Cette idée « devrait être nécessairement accompagnée d'une aide vestimentaire pour les familles les plus démunies. À une époque où le look est roi, l'uniforme scolaire serait une mesure d'égalité sociale évidente et, de plus, structurante pour la jeunesse… A condition de lui enseigner le respect… de l'uniforme », affirme Ynugatev.

Choquée par les tenues vestimentaires des élèves, Martine est favorable à un retour de l'uniforme. « Autrefois nous étions obligés de mettre une blouse, cela ne nous a pas empêché de travailler et d’être heureux. Actuellement, je vois les jeunes aller au collège, il n’y a plus aucun respect : survêtement avec un côté remonté jusqu’au genou ! ».

Même réaction de la part de Paule : « Il faut revenir à plus de sévérité et de règles d'éducation. Oui pour l'uniforme, cela permet de ne plus avoir de tenues incorrectes des filles et des garçons ». Également pour « la séparation des garçons et des filles, comme cela ils pourront travailler mieux sans draguer et auront des résultats supérieurs », elle prône également l’interdiction des téléphones portables en classe et celle de fumer dans la cour. Un avis partagé par Jacqueline, qui préconise aussi « des cours d' instruction civique et la morale ! Rien de trop pour faire respecter les adultes aux élèves ».

Source : sondage RTL

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mardi, septembre 2 2014

Edito - La nomination de Najat Vallaud-Belkacem porte le coup de grâce à l'Éducation nationale

FRANCE-PROSTITUTION-POLITICS-RIGHTS

Anne Coffinier, directrice générale de la Fondation pour l'École, écrit dans le Figarovox :

"Voici que Najat Vallaud-Belkacem est placée à la tête de l'Éducation nationale, elle qui est l'emblème même de l'idéologisation à outrance de l'école. La réalité dépasse la fiction. Alors que tous appelaient à un apaisement après les tensions suscitées par l'ABCD de l'égalité et sa paradoxale suppression-généralisation, une telle nomination interpelle fortement.

Le président cherche-t-il à faire mieux passer le tournant libéral qu'il a été contraint d'opérer en économie en donnant à sa base militante une compensation sociétale (notre pauvre école étant désormais ravalée au rôle de laboratoire sociétal, cessant d'être une institution consacrée à l'instruction des citoyens) ?

Cette nomination porte en tout cas le coup de grâce à l'Éducation nationale. Ce n'est pas que la personne du ministre soit décisive : on sait depuis longtemps que c'est une marionnette à laquelle on ne consent de pouvoir que pour autant qu'il s'exerce dans le sens souverainement déterminé par les syndicats enseignants. Mais cette décision constitue tout de même un symbole qui démoralisera à coup sûr les derniers résistants de l'intérieur qui, envers et contre toute la bêtise technocratique qui les opprimait, instruisaient jour après jour leurs élèves avec un dévouement admirable, malgré les programmes aussi mal fichus que changeants et un cadre administratif infantilisant et oppressant.

Il est fascinant de constater que c'est l'État lui-même, au plus haut niveau, qui aura tué l'école républicaine, en la détournant si ostensiblement de sa mission légitime qui est d'instruire. Il n'y aura pas eu besoin d'un grand complot «ultralibéral» pour venir à bout de l'école publique. Cette thèse apparaît aujourd'hui pour ce qu'elle a toujours été: un fantasme sans fondement. Non, il suffit pour assassiner l'école républicaine d'avoir des responsables politiques et administratifs ne croyant plus au devoir sacré de transmettre, comme l'a montré en 2008 Philippe Nemo dans Pourquoi ont-ils tué Jules Ferry ?.

Rien n'est plus urgent que de sanctuariser l'école, de la préserver des querelles politiques, pour lui laisser faire son travail : transmettre la culture d'une génération à l'autre par un travail lent et humble, selon des programmes scolaires progressifs, structurés et cohérents. Les professeurs ne doivent plus être évalués sur leur docilité à l'égard de circulaires politisées mais sur le niveau académique de leurs élèves. Mais c'est bien le signal contraire qui est passé par la nomination de Najat Vallaud-Belkacem, ou par le projet de supprimer les notes ou encore par l'improbable taux de réussite record enregistré cette année au baccalauréat. Pendant ce temps, l'école publique française agonise. Socialement, elle est la plus inégalitaire de tous les pays de l'OCDE. Elle est aussi la plus inapte à assurer la formation des élèves les plus en difficulté, qui décrochent plus que dans les autres pays. L'OCDE tire la sonnette d'alarme, mais le gouvernement refuse d'en tirer des conséquences. Il n'y aura pas de «choc Pisa» en France malgré nos piètres performances à ce test de référence.

Aucune réforme d'envergure ne se profile, bien au contraire. Force est de constater qu'il n'y a plus rien à attendre de l'Éducation nationale. Il n'y a donc pas de raison d'immoler plus longtemps nos enfants sur cet autel au nom d'une fidélité à l'école publique, et à l'idéal qu'elle a pu incarner.

Dans un tel état de nécessité, il faut sortir des sentiers battus. Si le navire de l'Éducation nationale s'obstine à foncer dans les icebergs, il n'est point d'autre solution que de mettre à l'eau de multiples nefs. Les enfants d'abord ! C'est ce que font tous ces parents qui ont retiré cette rentrée leurs enfants de l'école publique pour le privé. Aucune lâcheté à cela, mais bien plutôt la réaction mûre et déterminée de parents qui se savent être les premiers éducateurs et responsables de leurs enfants, quoi qu'en dise le gouvernement.

Mais les places sont rares dans le privé, puisque l'État organise sciemment la pénurie de places en refusant de financer le développement des écoles sous contrat. Les parents sont ainsi conduits à ouvrir de nouvelles écoles libres. Soixante et une, c'est le nombre des nouvelles écoles indépendantes qui ouvriront leurs portes à la rentrée, contre trente-sept l'an dernier. Le boom des créations d'école est un signe d'espérance. Ce mouvement de la société civile n'est-il pas de bon augure sur la capacité du peuple français à se prendre lui-même en main et à innover dans le contexte de la défaillance croissante de l'État ?"

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

lundi, septembre 1 2014

Edito - Six Français sur dix désapprouvent la réforme des rythmes scolaires

Rythmes Scolaires

Selon un sondage de l’institut "CSA" pour "RTL" réalisé à la veille de la rentrée, les Français sont de plus en plus nombreux à contester le bien-fondé de la réforme des rythmes scolaires.

Les professeurs retrouvent leurs établissements ce lundi 1er septembre, tandis que les élèves reprendront place dans les classes ce mardi 2 septembre. Avec un changement de taille cette année : toutes les écoles primaires sont obligées d'appliquer la réforme des rythmes scolaires.

Mais la généralisation de la semaine de 4,5 jours ne passe visiblement pas. Selon un sondage de l'institut CSA pour RTL, une nette majorité de sondés, 60 %, contestent le bien-fondé de la réforme. Ils n'étaient "que" 47 % il y a un an.

Cette nette dégradation est une surprise, selon l'institut CSA.

La réforme du système de notation jugée peu nécessaire

Autre résultat assez étonnant de ce sondage sur la perception des Français à l’égard de l’éducation en France, 59 % des Français ne veulent pas changer le système d'évaluation à l'école.

Critiquées au quotidien, jugées démotivantes et parfois vides de sens, les notes font paradoxalement toujours figure de référence. C'est un repère auquel les Français sont habitués et il n'est pas question d'y toucher.

La moitié des personnes sceptiques, 29 % des sondés, considèrent même que le passage à 4 jours et demi est une très mauvaise chose.

Dans le détail, les plus concernés, les parents d’élèves de moins de 15 ans, sont très opposés à la réforme. 69 % s’y opposent, contre 57 % il y a un an.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

dimanche, août 10 2014

Edito - "Naissance du sous-homme au coeur des Lumières"

0.A00I-Grande-16386-naissance-du-sous-homme-au-coeur-des-lumieres-les-races-les-femmes-le-peuple.net.jpgA l’école de la République, les écoliers apprennent que l’humanisme des Lumières est un progrès, qu’il représente le franchissement décisif d’une marche, qu’il est la conception la plus haute qu’on puisse avoir de l’Homme. En une dizaine d’ouvrages, le Pr Xavier Martin a montré qu’abondent les textes du XVIIIe siècle qui disent autre chose, voire le contraire.

Des textes signés des auteurs prestigieux, Voltaire. Rousseau, Diderot, ou des multiples auteurs secondaires en qui s’exprime l’esprit du temps. Ils invitent à réexaminer en profondeur la nature et la réalité de cet « humanisme » éclairé. L’homme des droits de l’homme et sa compagne( 2001), Nature humaine et Révolution française (2002),Voltaire méconnu (2007). ont dévoilé des « aspects cachés de l’humanisme des Lumières » qu’on peut résumer en un réductionnisme radical. Il baigne le XVIIIe siècle, passe par la Révolution et atteint le XIXe siècle (S’approprier l’homme, un thème obsessionnel de la Révolution, 2013 ; Mythologie du Code Napoléon, 2003).

Xavier Martin a relevé une tournure omniprésente chez les philosophes : Ie « ne. que. », expression syntaxique de ce réductionnisme.

Une pensée nominaliste

Il est une autre tournure que le nouvel ouvrage du Professeur Martin met en évidence dans les écrits philosophiques : l’incise « qu’on appelle ». « L’animal appelé homme », écrit Voltaire. L’homme est une convention. Nous sommes là au cœur des Lumières, à l’articulation idéologique où naît le sous-homme et cette articulation est nominaliste. « Ce type de pensée réduit à néant la notion de genre, la notion d’espèces, commodités d’ordre mental et rien de plus ». Dès lors que l’homme n’est pas clairement reconnu comme espèce, qu’est-il ? La notion est mouvante.

La frontière avec l’animal n’existe plus. L’homme et l’animal se distinguent par un plus ou moins, plus ou moins de sensibilité, plus ou moins d’intelligence. Sont appelés hommes, c’est-à-dire appartiennent à l’humanité, ceux que les philosophes estiment répondre aux critères qu’ils ont eux-mêmes fixés.

La nature humaine étant ainsi faite, ils se prennent comme critères : une élite masculine, européenne et pensante. Conséquence, un mépris – une haine – pour les ethnies exotiques, les femmes et le peuple.

Les citations pleuvent, se recoupent et forment un constat accablant.

Les peuples lointains, soit les Africains et les Lapons, sont assimilés à des bêtes, au mieux des animaux nobles, souvent des animaux très inférieurs. L’animal auquel on compare volontiers l’Africain est l’orang-outan. La conviction que l’homme noir « est tout autant ou davantage parent du singe que de l’homme blanc », écrit Xavier Martin, cette conviction « plus ou moins sourde ou explicite, conceptuellement assez confuse et tâtonnante, mais accueillie diffusément comme scientifique, est dominante dans l’opinion dite éclairée ». Pour Voltaire, le physique nègre est l’occasion de rire de la Genèse, son obsession : « une plaisante image de l’Être éternel qu’un nez noir épaté avec peu ou point d’intelligence ! ».

La femelle

Dans l’ontologie plutôt imprécise que dessine la nouvelle philosophie, les femmes sont radicalement séparées des hommes et inférieures.

Les philosophes les pensent constitutivement mal organisées pour penser. Si une femme fait profession de penser, les philosophes la tolèrent en regrettant qu’elle ne soit pas un homme. Ils le lui disent et elle est supposée en être flattée. Fleurit l’épithète « femelle ». Espèce femelle, auteur femelle, moine femelle, le qualificatif méprisant aura largement cours également sous la Révolution.

Ce mépris s’accompagne d’une réification : la femme est un objet de consommation. Dans cette perspective, le viol devient un acte bénin. Il est même envisagé par les philosophes que l’homme soit la vraie victime du viol qu’il commet, victime qu’il est de la ruse féminine qui feint de résister. Voltaire, Diderot tiennent à l’affirmer, à le démontrer, et surtout Rousseau, « indéniable virtuose de la pensée retorse » qui « donne ici largement sa mesure », Benjamin Constant parlera, lui, de « galanteries trop vives ». Le mode de défense choisi par les amis de DSK lors de l’affaire Nafissatou Diallo aurait paru naturel, voire scientifiquement étayé, aux philosophes. D’autant qu’il s’agissait d’une femme noire, cumul de deux « infériorités ».

Auxquelles s’y ajoute une troisième : l’origine plébéienne.

« Vous savez qui je suis ? »

Voltaire situe le peuple quelque part « entre l’homme et la bête ».

Rousseau parle de « populace abrutie et stupide », D’Holbach d’une « populace imbécile ». Pour d’Alembert le peuple est un « animal imbécile » et il s’agit de haïr « le gros du genre humain comme il le mérite ». Cela jure avec la réputation de ces auteurs ? C’est un très mince échantillon d’une considérable production « démophobe » qui nous ramène, sans surprise, à l’animalisation : « C’est une très grande question de savoir jusqu’à quel degré le peuple, c’est-à- dire neuf parts du genre humain sur dix, doit être traité comme des singes », écrit Voltaire.

Ce mépris global se détaille suivant les métiers. Le manouvrier, l’artisan, l’agriculteur sont gens peu estimables, mais je les surestime : choses et bêtes peu estimables. Par ce biais, Voltaire trouve une fois de plus moyen d’attaquer le catholicisme. Jésus n’est pas seulement né « dans un village de juif, d’une race de voleurs et de prostituées » – antisémitisme ordinaire chez les philosophes – il est fils de charpentier, comble de l’infamie !

La voie souterraine des idées

Tout cela mène Xavier Martin à exprimer des « perplexités » dans le dernier chapitre. Comment les publications universitaires, spécialisées, peuvent-elles affirmer l’humanisme des Lumières, sinon au prix de mensonges par omission ou d’atténuations péniblement menées, de caviardage des textes ?

Comment les spécialistes peuvent-ils utiliser le concept d’ « anti-Lumières » pour désigner des auteurs dont la pensée serait à l’opposé des Lumières (en gros : une pensée raciste et sous-humanisante, qui nie l’unité fondamentale du genre humain), alors que manifestement ces auteurs (Jules Soury, Georges Vacher de Lapouge.) se rattachent aux philosophes du XVIIIe par un cordon ombilical ?

Sans cacher que l’analyse d’un tel dossier est délicate et que le risque de l’anachronisme existe, l’auteur observe les tenants et les aboutissants de la philosophie des Lumières, son cheminement à travers les théories racialistes du XlXe siècle jusqu’aux idées nazies. Toutes ont comme autre point commun, et cela ne surprend pas, une haine viscérale du christianisme.

« L’image de l’homme comme transcendé religieusement s’est dissipée, effectivement, lors de son immersion dans l’animalité, conçue comme un progrès par les innovateurs affranchis des essences donc du donné humain, au siècle des Lumières. Et l’humanité en est devenue friable et soluble ; on a pu la nier chez certains humains ».

Des Lumières aux camps de concentration ? L’itinéraire est de plus en plus précisément balisé, n’en déplaise à l’histoire officielle.

Xavier Martin, Naissance du sous-homme au cœur des Lumières – Les races, les femmes, le peuple, Paris, DMM, 2014, 440 p. Source: Présent

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE