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mardi, janvier 13 2015

Edito - « Ne remplaçons pas notre réflexion par l’émotion », entretien avec Régis Debray

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Que vous inspire le grand rassemblement national de dimanche ?

Régis Debray : Il ne faut pas bouder un moment d’unanimité. Paris vaut bien une messe et la République une petite comédie unanimiste de nos officiels qui ont su récupérer une émotion populaire.

Mais ne remplaçons pas notre réflexion par l’émotion. On est tous un peu saturés de slogans et de grands mots. La République n’est pas seulement un « Embrassons-nous Folleville ». C’est une exigence. C’est une discipline. Et c’est un courage.

Les trois valeurs de la République – Liberté, Égalité, Fraternité – ont été scandées et répétées depuis la tuerie de Charlie. Que pensez-vous de ce rappel et de cette invocation ?

R. D. : J’avais craint à un moment que la liberté fasse oublier l’égalité et la fraternité. Je suis content de voir la sainte devise républicaine retrouver sa plénitude, au demeurant complexe, voire contradictoire.

Fraternité, oui. Tous les hommes sont frères et il n’y a pas d’un côté les croyants et les incroyants, les impies et les élus. Affirmer que tous les hommes sont égaux, c’est rappeler qu’il n’y a pas de privilège de naissance conféré par une grâce surnaturelle.

Liberté, bien sûr, mais dans le cadre des lois. La liberté d’expression a toujours été encadrée, depuis la déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen. La loi du 29 juillet 1881 stipule que tout citoyen peut écrire et imprimer ce qu’il veut, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. La République, c’est l’état de droit et le respect de la loi.

Après la tuerie et cette unanimité très démonstrative, très impressionnante, sur quoi peut-on fonder un après ?

R. D. : La question de fond est de savoir si un moment d’unanimité peut se transformer en une pratique effective. On peut espérer le retour du politique, c’est-à-dire la supériorité du politique sur l’économique.

Le grand événement contemporain en Occident est l’avènement du Nombre, escorté de la Figure, le règne de la dictature comptable du chiffre, accompagnée par celle de la photogénie. La sphère économique doit retrouver sa position de subordonnée. Nous devons retrouver les finalités.

Exiger que nos responsables cessent d’être des comptables bruxellois, uniquement préoccupés par le sublime objectif de réduction du déficit et par le non moins sublime grand dessein, le passage du rail au transport par autocar.

On peut espérer qu’ils retrouvent la France comme une personne et plus comme une entreprise. On peut espérer qu’ils retrouvent l’Histoire, c’est-à-dire la mémoire et l’espoir. Que le sondage ne soit pas l’alpha et l’oméga de leur conduite. Que le politique retrouve sa dignité.

En France, la politique a été une religion séculière depuis 1789. Si vous mettez fin à cette religion séculière, c’est la religion révélée qui va devenir une politique. Nous y avons échappé grâce à notre héritage chrétien et à notre tradition de laïcité républicaine. On risquerait d’y revenir si le vide d’appartenance et le vide symbolique persistaient.

Considérer enfin que l’éducation n’est pas uniquement destinée au marché du travail mais qu’elle peut aussi servir à la transmission du savoir.

Comment retrouver un sens fondateur ?

R. D. : Il passe par une refonte de l’école, le retour à ses principes. Qu’elle redevienne un lieu d’instruction et non un lieu d’animation. Non pas adapter les consciences à l’état de la société actuelle mais apprendre à penser par soi-même.

Pour apprendre à se passer de maîtres, il faut des maîtres. Des maîtres correctement payés et respectés dans leur dignité. Quand l’échelle des valeurs est indexée sur l’échelle des revenus, la tâche est difficile.

La fraternité, tout le monde semble sacrifier à cette valeur…

R. D. : J’ai fait un livre sur le sujet, Le moment fraternité. La fraternité est le contraire de la fratrie, et de la biologie. C’est le sens et non le sang qui la constitue. Elle consiste à s’unir par le cœur et la tête.

Il n’y a que des moments-fraternité commandés par la détresse, la fragilité, la vulnérabilité. La fraternité, c’est la reconnaissance d’une paternité symbolique. On est frères en Christ, en une valeur qui vous dépasse. Il n’y a pas de fraternité sans sacralité. Aujourd’hui, on vit dans l’illusion de l’individu qui est son propre père. Ça ne marche pas.

Dans le défilé du 11 janvier, nous avons récupéré la fierté. Par le drapeau, par la Marseillaise, par l’affirmation qu’on peut être français sans être franchouillard et que n’avons pas à baisser la tête devant d’autres cultures. L’héritage de la France passe aussi par la gauloiserie à la Wolinski comme par la fronde à la Bernard Maris. C’est le génie français.

Comment en est-on arrivé à ces dérives communautaires, de toutes sortes, de toutes confessions, à ce soudain déluge de violence extrême ?

R. D. : On a remplacé la molécule par les atomes. Pour retrouver la communion, il faut retrouver la molécule. Les atomes juxtaposés, c’est la guerre de tous contre tous.

L’idée aussi que le bonheur est la valeur suprême. Or, le bonheur, c’est l’individu. L’illusion d’autosuffisance de l’individu contemporain ne le mène pas bien loin.

Quel est le défi principal à partir d’aujourd’hui ?

R. D. : La reconquête du symbolique, qui unit. Le diabolique est ce qui divise. Le capitalisme financier est diabolique. C’est chacun pour soi, comme dans un naufrage. Donc, retrouver le fédérateur. Qui dit fédérateur dit sacralité et qui dit sacralité ne dit pas nécessairement bondieuserie.

Les compagnons de la Libération avaient un père, De Gaulle, qui avait un sacré, la France. Qu’est-ce qu’une sacralité ? C’est ce qui ne se marchande pas, ne se négocie pas et ce qui polarise la limaille et fait d’un tas un tout. La sacralité est ce qui dépasse les hommes, ce qui peut les unir. Mais c’est aux hommes de choisir ce qui les dépasse.

Entretien avec Régis Debray, publié par La Croix

mardi, décembre 30 2014

Edito - Les discours ou quand l'âme est inscrite dans les mots

0.A00119788861126138_1_75.jpgJe recommande l'ouvrage sorti dernièrement sur les "discours qui ont changé le monde moderne". Le recueil des discours est remarquable.

Que montre cette lecture ? La force du discours c'est la preuve que l'image ne suffit pas pour emporter la conviction.

Et cet ouvrage apporte la preuve du caractère incontournable de l'écrit.

La campagne 2007 de Nicolas Sarkozy aurait-elle connu le même lancement sans le discours du 14 janvier 2008 ? Celle de François Hollande aurait-elle eu la même dimension sans le discours du Bourget du 22 janvier 2012 ?

Autant de circonstances qui appellent à se poser la question de fond : qu'est ce qu'un discours réussi ?

Finalement, il y a deux critères essentiels :

1) c'est quand l'âme est inscrite dans les mots : les mots prennent un sens particulier qui rejoint l'imaginaire,

2) c'est surtout quand cet imaginaire repose sur un clivage clair entre un discours et un ennemi. Finalement, c'est la qualité de l'ennemi qui fait la force du discours qui s'oppose.

Que serait de Charles de Gaulle sans Adolf Hitler ?

La gauche de François Mitterrand sans l'aristocratie de VGE ?

Tony Blair sans Margaret Tatcher ?

Barack Obama sans GW Bush ?

L'énergie de Nicolas Sarkozy sans l'immobilisme de Jacques Chirac ?

La normalité de François Hollande sans la provocation permanente de Nicolas Sarkozy ?

C'est tout le mystère des bons discours : susciter l'imaginaire en réaction à une réalité qui insupporte. Ce contexte rend plus humble la seule qualité de la plume.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

samedi, décembre 27 2014

Edito - Jacques Julliard a raison sur le suffrage universel, pas sur la suppression du Premier Ministre

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Naturellement, l’insatisfaction chronique des citoyens à l’égard de nos dirigeants pousse à se poser des questions sur nos institutions, que certains imaginent coupables de nos problèmes. Dans le cadre de ce débat, Jacques Julliard a publié une belle tribune pour défendre le suffrage universel.

En défense de l’idée même de démocratie

Certains n’ont pas digéré le référendum de 1962, lors duquel le Général de Gaulle avait transféré le choix du président de la République d’une assemblée d’élus au peuple. Cet élément fondamental de l’architecture institutionnelle de notre pays est parfois critiqué mais l’attachement des Français y est si fort qu’il sera bien difficile de revenir dessus. Il est heureux que Jacques Julliard le soutienne, d’autant plus que le malaise a une autre raison. Les pouvoirs de nos gouvernements ont été considérablement réduits : plus de contrôle de la monnaie, un magma de traités qui fixent un cadre politique pré-déterminé dans lequel les marges de manœuvre sont toujours plus restreintes, oblitérant de facto la démocratie.

Certains disent que le peuple serait perméable à la démagogie, comme si eux ne l’étaient pas… Ils veulent éloigner toute décision importante du suffrage universel, d’où les banques centrales indépendantes, ou les accords qui placent les multinationales sur le même plan que les États. Jacques Julliard leur répond en notant que le parlementarisme aboutit à la même personnalisation et que le problème est ailleurs : « ceux qui nous gouvernent sont dans une voiture dans laquelle ni les freins, ni l’accélérateur ne répondent. Et l’on voudrait résoudre le problème en supprimant l’élection présidentielle, c’est-à-dire le lien direct entre les électeurs et le pouvoir ? Cela ne ferait qu’aggraver la situation ».

Pourquoi nous avons besoin de Matignon

Le problème qui se pose aujourd’hui est de revitaliser la démocratie en redonnant aux personnes élues par le peuple les moyens de gouverner, au lieu de leur confisquer toujours davantage de pouvoirs. Après, se pose la question de cette dualité du pouvoir assez spécifique à la France, où il existe deux centres, qui peuvent même aller dans des directions opposées, à l’Élysée et à Matignon. La plupart des autres pays, quand ils ont deux figures, confient en général des missions plus représentatives à l’un et le véritable pouvoir à l’autre, mais la France se distingue par ses deux centres névralgiques du pouvoir, dans les mains du Président de la République et de son Premier Ministre.

Cette construction institutionnelle nous permettait théoriquement d’avoir deux temps, le temps présidentiel, théoriquement plus porté sur le long terme, et le temps du gouvernement, davantage dans l’instant. Certes, notamment depuis 2007, cette dyarchie semble moins nécessaire tant les présidents qui se sont succédés se vautrent désormais dans l’anecdotique et le superficiel. Mais cela rend justement sans doute encore plus nécessaire cette organisation pour permettre demain une vraie séparation des pouvoirs où le Président de la République pourra se consacrer aux très nombreux sujets de fond, laissant l’intendance à Matignon. Le nombre de sujets à traiter le justifie plus que jamais.

Merci à Jacques Julliard pour ce plaidoyer. Il existera toujours dans les élites des personnes qui croient sincèrement à une organisation démocratique de nos sociétés. Et plus le temps passe, plus je suis convaincu de l’intelligence de la construction du Général de Gaulle.

Le rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

dimanche, octobre 26 2014

Edito - La France est-elle un rhinocéros blanc ?

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Chaque jour, un espèce animale disparaît dans l'indifférence la plus totale. La prochaine à subir cette évolution est probablement le rhinocéros blanc. Il en reste ... 6 après la mort de Suni dans une réserve du Kenya !

Pourquoi ces disparitions ? Le diagnostic a été posé mais rien n'est fait pour inverser la tendance.

Il en est de même pour les pays.

La fragilisation de la France date de la seconde guerre mondiale : un pays incapable de résister, ayant bâti une stratégie de défense sur des illusions.

Le monde s'est battu pour la France, pour les symboles historiques qu'elle représentait, avec une part décisive des Américains. Puis le pays s'en est remis à un génie de l'illusion : De Gaulle.

Il a réussi à incarner le courage du combat intérieur alors même qu'il était à ... Londres.

Il a exposé un programme de "restauration de la force française" alors même que le pays abandonnait ses territoires lointains et parfois même reniait sa parole dans ses territoires proches comme l'Algérie.

En 1958, il a présenté une Constitution supposée être "la démocratie dans l'action" sauf qu'elle s'est révélée être "l'action sans la démocratie" avec un Parlement affaibli, paralysé par des facultés d'actes donnant de facto la quasi-totalité des pouvoirs à l'exécutif.

Après De Gaulle, de descentes en descentes, les Français ne savent même plus qui ils sont.

Ils ont baissé les bras pour défendre leur identité.

Comment décider d'aller quelque part, si on n'accepte même pas son point de départ ?

Les dirigeants politiques ont installé des règles d'égalité qui, à force de considérer que tout se vaut, sont d'abord la place pour que leurs valeurs de départ soient concurrencées puis dominées par des valeurs qui ne répondent en rien à nos racines culturelles réelles.

Dans ce parcours, François Hollande est l'évolution logique. Régis Debray effectue une analyse remarquable de la situation de François Hollande.

Avec François Hollande, les Français ont voulu la normalité.

Ils ont connu la banalité.

Ils sombrent actuellement dans la vulgarité.

Rebondiront-ils ?

Probablement pas parce qu'il leur manque deux qualités majeures :

- la lucidité,

- la capacité à souffrir.

Les Français n'ont pas de lucidité parce qu'ils sont à la fois trop prétentieux et trop bercés par un "politiquement correct" suicidaire à terme.

Mais surtout les Français ont perdu la capacité à souffrir. Or, pour changer, il faut accepter de souffrir, perdre les mauvaises habitudes, s'ouvrir à d'autres risques ...

La fin de la France d'hier est inscrite dans les actuelles tendances.

Elle mettra probablement encore quelques décennies à se concrétiser totalement.

Cette évolution s'accélère actuellement mais il y a toujours une excuse pour ne pas changer, pour ne pas voir.

Cette évolution est tellement acceptée qu'il n'y a même plus l'énergie pour un grand électrochoc.

Il y a quand même une différence entre les français et le rhinocéros blanc. Ce dernier n'a jamais eu la faculté de résister tout seul. Les français l'ont mais ils n'ont pas le réflexe de survie.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

samedi, septembre 20 2014

Edito - Comment prendre le contrôle d'une nation

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Voici une méthode en 10 étapes pour prendre le contrôle d’une nation :

Demandez à un banquier (Pompicsou-Rothschild) de devenir copain avec le gars intelligent qui gouverne le pays (De Gaulle), pour qu’il devienne premier ministre (1962)

Faites tomber le gars intelligent qui gouverne (De Gaulle) avec une révolution (mai 1968)

Faites élire le banquier (Pompicsou) a la tête du pays (1969)...

Faites lui voter une loi privant le pays du droit de créer sa propre monnaie (1973)

Cela oblige ainsi l’État à emprunter auprès des banques et des investisseurs internationaux

Attendez patiemment que les politiques dépensent plus que l’État n’encaisse (1973 – 1998)

Créez une banque supranationale indépendante (BCE) battant sa propre monnaie (1998). S’il le faut appuyez vous sur un bel idéal (l’Europe) pour faire passer la pilule.

Attendez patiemment que les politiques dépensent plus que l’État n’encaisse (1998 – 2012). Si ça ne va pas assez vite, créez une bonne crise (Subprime 2008) pour qu’ils s’endettent plus vite

Enfin mettez un ancien banquier (Mario Le DragonGoldman Sachs) a la tête de cette banque supranationale (2011)

Attendez patiemment que les États soient en faillite pour leur imposer ce que vous avez décidé. Si ça ne va pas assez vite créez une crise, voire quelques guerres par ci par là.

Résultats :...

La BCE tient désormais l’ensemble des pays de l’Union Européenne par les « cojones ».

Quand vous devez x milliards à la banque, et que vous ne pouvez plus payer les y milliards d’intérêts, ce n’est plus vous qui décidez de votre vie, c’est la banque.

Les gagnants :

Les propriétaires de Rothschild, Goldman Sachs & Cie

Les perdants :

Le peuple

Les complices :

Les politiques et les médias

Résumé ;

« Donnez moi le droit d’émettre et de contrôler l’argent d’une Nation, et alors peu m’importe qui fait ses lois »Mayer Amschel Rothschild (1744-1812)

La Suite :

Laisser les politiques et les médias expliquer aux citoyens pourquoi il n’y a pas d’autre choix que de les tondre (les citoyens) Adopter si possible un discours rationnel (y a plus d’argent) et proposer un faux choix: soit on augmente les impôts, soit on diminue les prestations (sécu, retraite, enseignement) Prétexter une bonne crise pour faire les 2 (augmenter les impôts ET diminuer les prestations) Puis vendre les bijoux de famille (transport, énergie, immobilier) aux multinationales Enfin abandonner le pouvoir à des gens non élus par le peuple, comme en Italie (Mario Montagne)

Questions :

La Grèce est elle encore une démocratie? Après la Grèce, à qui le tour? Pour la France, à quand le tour? Que faire pour éviter que ce soit votre tour?

NDLR : toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite

Source : Investisseurpro

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mardi, mai 27 2014

Edito - Si l'honnêteté en politique a un sens, l'UMP doit se scinder en deux !

0.Aumpe.jpgDeux courants s'opposent à l'UMP, les européistes et les gaullistes-souverainistes. Maintenant qu'il est établi que le débat Gauche-Droite n'est plus un débat pertinent, la question politique majeure est celle du choix entre l'Europe des Nations, celle voulue par De Gaulle, et l'Europe fédérale, celle de Jean Monnet, imaginée par les Etats-Unis pour lui être soumise. Or à l'UMP, on trouve des partisans de ces deux thèses irréconciliables.

Si donc l'UMP est un parti de personnes soucieuses du bien commun français plutôt qu'un parti fédérateur d'intérêts électoralistes, l'honnêteté voudrait qu'il y ait scission de ces deux courants et reclassement politique. A défaut, les électeurs de ce parti ne sauront jamais vraiment ce que ses chefs veulent faire en leur nom.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

vendredi, janvier 24 2014

Edito - Le gaullisme sans de Gaulle ou l'impossible héritage

gaulle3.jpgLe gaullisme de parti a rendu l'âme en 2002 lorsque l'UMP a succédé au RPR. Rejointe par des centristes et des libéraux, la nouvelle Union - un grand parti de droite - officialisait une réalité devenue indéniable : le gaullisme comme doctrine n'était plus un repère. ...

"Chaque Français fut, est et sera "gaulliste"", disait Charles de Gaulle en 1952. Fut, c'est à voir. En 1940, les Français étaient plutôt pétainites. Est ? Qui dirait le contraire ? Sûrement pas le président Sarkozy qui sera à Londres le 18 juin pour commémorer l'appel lancé ce jour-là par le Général à la "résistance". Ce soixante-dixième anniversaire est propice aux hommages, sincères ou intéressés. Aux protestations de fidélité sinon à la captation d'héritage. Il coïncide avec le quarantième anniversaire de la disparition du grand homme, le 9 novembre 1970, qui, lui aussi, incite à poser la question : "Qu'est-ce que le gaullisme aujourd'hui ?" Ceux qui se réclament du Général sont légion : archéo-gaullistes, gaulliens, néo-gaullistes... Antigaullistes repentis aussi, souvent les plus éloquents : Régis Debray, Max Gallo, Jean-Pierre Chevènement...

Un œil sur Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin se veut le plus orthodoxe. Le 19 juin, il lance à Paris un "mouvement", un "rassemblement", deux termes tirés de la vulgate gaulliste. Entendre : au-dessus des partis. Habileté ou conviction, l'ex-premier ministre pousse loin le mimétisme. Il entend "dépasser les divisions habituelles entre la gauche et la droite", quand de Gaulle disait : "Ce n'est pas la gauche, la France, ce n'est pas la droite..."

Le gaullisme de parti a rendu l'âme en 2002 lorsque l'UMP, voulue par Jacques Chirac et... Dominique de Villepin, a succédé au RPR. Rejointe par des centristes et des libéraux, la nouvelle Union - un grand parti de droite - officialisait une réalité devenue indéniable : le gaullisme comme doctrine n'était plus un repère. Aux marges de l'UMP ou en dehors d'elle subsiste ce qu'il en reste, Le Chêne par exemple, une association que préside Michèle Alliot-Marie, ci-devant présidente du RPR, aujourd'hui garde des sceaux ; gardienne, au sein de cette petite structure de "gaullistes du renouveau", d'une flamme vacillante.

Comme Dominique de Villepin, Michèle Alliot-Marie croit à l'actualité du gaullisme. Pour d'autres, il est un simple ornement, une référence obligée. Et pour la plupart une nostalgie. Bien en peine de répondre à la question : "Qu'est-ce qu'être gaulliste aujourd'hui ?", ils s'en tirent avec des formules passe-partout. Alain Juppé, maire (UMP) de Bordeaux, dans Le Monde du 12 avril : "Mon gaullisme à moi, c'est une pensée politique qui allie patriotisme et humanisme."

François Fillon, premier ministre, dans Le Journal du dimanche du 27 mars: "Le gaullisme est une éthique, ce n'est pas un programme clé en main pour répondre à la crise que rencontre le pays aujourd'hui." Une éthique, un patriotisme mêlé d'humanisme... Tout le monde, à ce compte, aujourd'hui est gaulliste, autrement dit personne. Vu de droite, et parfois de gauche, le gaullisme ressemble à une boîte à outils où les élus puisent pour enrubanner leurs propos, se mettre sous la protection de, se prévaloir du lignage. Personne n'est dupe mais comme de Gaulle est le dernier de nos grands hommes, il sert à tout.

de_gaulle_est_mort_0.jpg"Le gaullisme, pour moi, déclarait Nicolas Sarkozy en octobre 2008, c'est la rupture. Le Général n'a cessé toute sa vie de rompre..." Le mythe est malléable, le président de la République le sait, il en a usé et parfois abusé. Il l'invoque aujourd'hui pour justifier la "rupture" tant attendue comme Dominique de Villepin pour en appeler au "sursaut". Quand ils n'instrumentalisent pas l'homme du 18-Juin, les politiques concèdent que le gaullisme appartient au passé. Nicolas Sarkozy à Colombey-les-Deux-Eglises, là où est inhumé le héros, en octobre 2008 : "Au fond, le gaullisme est une histoire qui a commencé avec le général de Gaulle et s'est achevée avec lui." Dans Laissons de Gaulle en paix ! (Fayard, 2006), l'ancien premier ministre Edouard Balladur n'avait pas dit autre chose : le gaullisme est mort avec le Général en 1970.

Quarante ans ont passé qui ont métamorphosé la France. De Gaulle ne la reconnaîtrait plus. Ni son verbe ni sa Weltanschauung, sa métaphysique du monde, n'auraient prise sur celui qu'il appelait son "cher et vieux pays". Sacrilège : l'euro a remplacé le franc. A l'exaltation de la nation version Jeanne d'Arc a succédé un débat sur l'identité nationale version Barrès. Le secteur public, bras armé du Plan, n'a plus d'influence sur l'économie. La France a réintégré pleinement l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN). Aux deux "blocs", l'américain et le soviétique, s'est substitué un monde multipolaire façonné par la mondialisation des échanges. L'argent, partout, est roi. Là, de Gaulle ne serait pas surpris : "Mon seul adversaire, celui de la France, n'a jamais cessé d'être l'argent."

Ceux qui continuent à se disputer la vraie croix de Lorraine sont des nains comparés à ce géant. Peut-être se rappellent-ils ce que disait de Gaulle avant qu'il ne devienne de Gaulle, en 1932, dans Le Fil de l'épée (Berger-Levrault) : "L'action, ce sont les hommes au milieu des circonstances." Les circonstances changent. Les hommes se hissent ou non à leur hauteur. C'est cela être gaulliste aujourd'hui. On est curieux de savoir ce qu'en dira le chef de l'Etat le 18 juin à Londres, lui qui affirmait avant son élection : "Le gaullisme ne se commémore pas, il se vit !"

LE MONDE | 16.06.2010

samedi, novembre 23 2013

Edito - Le conflit Israël Palestine analysé par Charles de Gaulle

gaulle3.jpgLe 27 novembre 1967, lors d'une conférence de presse à l'Élysée, le général de Gaulle dresse à grands traits les axes majeurs de la politique internationale française. A la question d'un journaliste qui lui demande son avis sur la situation au Proche-Orient (six mois après la guerre des Six-Jours), de Gaulle répond par une analyse géostratégique et historique puis expose la politique française dans la région (voir lien ci-joint sur la page d'accueil du site dans la rubrique lien.)

Quel discours de lucidité et de vérité qui est toujours totalement d'actualité...Tout cela exprimer dans un Français châtié et compréhensible par tous sans note chapeau...Le petit mou et bien d'autre peuvent en prendre de la graine... Ce pauvre de François Hollande veut faire de Jérusalem la capitale des deux états, ne fait rien d'autre que de la langue de bois selon d’où il parle, quelle honte...

De nos jours et un peu plus près du terrain, j'ai trouvé cette analyse de De Gaulle, certes irrévérencieuse, mais qui donne à réfléchir.

C'est un discours passionnant et "une analyse très lucide" pour son époque mais qui en même temps sonne comme un aveu d'impuissance de la France et pas seulement. On mesure aujourd'hui le nombre d'occasions manquées et à quel point la situation est aujourd'hui enkystée.

Aujourd'hui, il me semble que la France se retrouve avec un rôle assigné par les USA d'Obama et consenti pour de nombreuses raisons qui lui sont propres (par exemple "politique arabe" anti Iran constante depuis la dénonciation du contrat Eurodif il y a 30 ans) dans un rôle d'allié privilégié d’Israël, des Saoudiens, et du Qatar.

Que le PS endosse le costume maintenant me semble plus conjoncturel qu'idéologique.

L'important est qu'on avance vers une solution enfin négociée et viable pour la Palestine.

Et si les sanctions contre l'Iran sont injustes, la dissémination nucléaire doit être résolument sous contrôle.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE