lundi, décembre 22 2014

Edito - La finance prédispose-t-elle au sexe ?

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Selon un indicateur reconnu professionnellement, la bande annonce la plus vue sur YouTube en 2014 c'est celle de 50 nuances de Grey : 93 millions de vues depuis sa diffusion.

Un indicateur qui se situe dans la lignée des ventes du livre : aux États-Unis, pendant 37 semaines en tête des ventes des livres !

C'est une ambiance qui mêle Thomas Crown Affair et 9 semaines et 1/2 dans une évolution qui montre bien les tendances nouvelles de la société.

9 semaines 1/2, c'était la rencontre entre un trader et une bobo.

Thomas Crown Affair, c'était la culture de "l'anti-système", la passion du défi : un banquier peut-il voler une banque ?

Dans ces trois étapes, le sexe prend une place croissante mais surtout révélant des tendances qui en disent long sur la société moderne.

1) L'attraction progressive du matérialisme flamboyant : Thomas Crown est discret. Il va aux ventes de charité. Il aime les soirées sur les plages de Cape Cod à côté d'un feu de bois. Christian Grey c'est la puissance apparente : hélicoptère, séances photos ...

2) Hier le sexe trompe d'abord l'ennui (Thomas Crown et John Gray). Maintenant, il devient une fin en soi. L'inversion est presque totale.

3) Mais il y a une constante : le rapport entre la finance et le sexe. La finance serait sulfureuse au point de ne pas se limiter aux pratiques professionnelles mais de s'associer à des volets privés. C'est aussi le sentiment du choc de la glace (tempérament professionnel) et du feu (vie privée).

C'est quand même une constante étonnante pour des films cultes si on excepte des films exceptions comme celui inspiré de la vie de Stern. La profession choisie aurait pu changer. A la différence d'un financier, il aurait pu être question d'une profession médicale, d'un universitaire, d'un journaliste ...

Non, à la différence des ces évolutions possibles, la finance semble prédisposer au sexe de façon constante. Comme si, quand l'argent permet déjà d'acheter le matériel courant, il ouvrait en plus la séduction pour convaincre des âmes et des corps.

Avec humour, on pourrait dire que décidément le marché gagne sur tous les tableaux et en plus il s'expose de façon ostentatoire avec l'assentiment du public : la gauche française est donc vouée à lutter contre de terribles vents contraires si même le cinéma s'y met dans de telles conditions...Petite nuance à constater d'autres lectures, la gauche française aurait probablement bien vu un politique à la place du financier ... Peut-être le cinéma est-il en retard pour la France ?

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mardi, décembre 16 2014

Edito - Le recruteur

The Interviewer

Thomas Howell doit passer un entretien d’embauche dans un cabinet d’avocats réputé. Quand il voit arriver le recruteur, son étonnement est total... Un petit bijou, qui peut faire beaucoup pour (ré)accoutumer les gens à la présence de trisomiques parmi eux.

Née en 1988 à Newcastle, Australie, Genevieve Clay-Smith a étudié à la Hunter School of Performing Arts de Broadmeadow. Robin Bryan est la co-réalisatrice de ce film.

Un petit court-métrage extraordinaire qui a reçu le Grand prix du CM et prix du public au festival EOP! 2013.

C'est un bijou d'humour à voir ici !

Source :

vendredi, juin 6 2014

Edito - Le Débarquement de Normandie

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"Les sanglots longs des violons de l'automne, blessent mon cœur d'une langueur monotone". Ces vers de Verlaine furent prononcés à la BBC les 1er (à 21 h, heure anglaise) et 5 juin 1944 (22 heures, toujours heure anglaise). Les journalistes se sont arrêtés au mot "automne" ce qui signifiait "ils arrivent bientôt" (message répété les 2 et 3 juin). La suite fut communiquée le 5 juin ; elle annonçait dès lors l'arrivée des Alliés en France.

De part et d'autre de la Manche, la fébrilité règne. Les allemands captent et décodent des messages inquiétants mais sont divisés sur la meilleure façon d'agir, pendant que Rommel fait de son mieux pour améliorer les défenses côtières en Normandie. En Grande-Bretagne, des milliers de soldats américains, canadiens, britanniques, français ... sont parqués sur des navires ou dans des bases aériennes sous une pluie battante, les yeux tournés vers la côté normande, et n'attendent qu'une seule chose : l'ordre d'Eisenhower pour débarquer.

« Le jour le plus long » est l’un des films que l’on peut voir et revoir sans se lasser. C’est même un vrai plaisir et les multi-diffusions à la télévision prouvent que son succès ne s’érode pas. C’est à lui seul un monument, une superproduction aux multiples anecdotes.

Le débarquement était aussi une affaire de chance et de choix tactiques, de bons (maintenir les allemands dans le flou quant au lieu choisi) comme de mauvais (l'obstination d'Hitler à se focaliser sur le Pas-de-Calais), de décisions lourdes de conséquences de part et d'autre, et même si le film prend des libertés avec l'Histoire (le casino de Ouistreham ou les bonnes sœurs entre autres), il rend très bien compte de cette dimension.

C'est ce que j'ai fait hier soir.

Un 6 juin est une increvable histoire d'amour.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

vendredi, avril 25 2014

Edito - Le droit de recracher

3384442143141.gifLa démocratie, disait Romain Gary, « c’est le droit de recracher ». Quoi de plus juste comme définition ! « Je suis contre tous les systèmes politiques qui croient détenir le monopole de la vérité, écrivait-il. (…) Je vomis toutes les vérités absolues et leurs applications totales. Prenez une vérité, levez-la prudemment à hauteur d’homme, voyez qui elle frappe, qui elle tue, qu’est-ce qu’elle épargne, qu’est-ce qu’elle rejette, sentez-la longuement, voyez si ça ne sent pas le cadavre, goûtez en gardant un bon moment sur la langue – mais soyez toujours prêt à recracher. C’est cela, la démocratie. C’est le droit de recracher. »

A la lumière de « La Vie des autres », le très beau film de F. H. von Donnersmarck, consacré au régime cauchemardesque de la RDA, la formule de Romain Gary revêt encore plus d’ampleur.

Assis dans mon vieux canapé, j'ai regardé à nouveau ce film qui raconte l’histoire d’un écrivain aux prises avec la STASI, la sinistre police politique du régime communiste d’Allemagne de l’Est. Comment vivre dans une atmosphère aussi pesante ? Et comment croire que des lendemains qui chantent puissent se bâtir sur une chape de plomb ?

Avoir le droit d’exprimer en toute quiétude une opinion politique ou religieuse irrévérencieuse, d’esquisser une chanson, un poème ou un article dissident, de critiquer ou caricaturer les autorités - quelles qu’elles soient - sans risquer ni fatwa ni embastillement m’a toujours paru essentiel.

A lire L’affaire homme, Romain Gary, Editions Gallimard (Collection Folio).

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

jeudi, avril 24 2014

Edito - DVD : "Minuit à Paris" de Woody Allen

3384442249454.gifQuel amoureux de la Ville-Lumière ne serait pas conquis par le merveilleux film de Woody Allen ?

En effet celui-ci dans Minuit à Paris promène sa caméra dans les lieux mythiques de la capitale française et nous invite à la revisiter en remontant le temps jusqu'aux Années folles et même jusqu'à la Belle Époque.

Le personnage principal, Gil Pender, Owen Wilson, est un jeune écrivain en visite à Paris avec sa fiancée, Inez, Rachel McAdams, et ses futurs beaux-parents, venus pour affaires. Ce véritable artiste figure un vilain petit canard au milieu de ces Américains argentés, pragmatiques et sans la moindre once de romantisme.

Tandis qu'Inez ne songe qu'à s'amuser, à courir les boutiques de luxe et à danser, Gil bat la semelle dans les rues et avenues de la cité capitale, qui n'est jamais si envoûtante que lorsqu'il se met à pleuvoir et que le ciel ensoleillé devient tourmenté.

Aux douze coups de minuit la magie parisienne opère, mais elle ne le fait qu'auprès de ceux qui y sont prédisposés. Une vieille Peugeot s'arrête dans une courbe d'une rue pavée qui monte une colline de Paname. A l'invitation des occupants Gil monte à bord pour un voyage au pays des artistes, des poètes et des écrivains d'un autre temps.

La première fois il est transporté dans le Paris des Années folles et rencontre Francis Scott Fitzgerald et sa femme Zelda, Ernest Hemingway, Cole Porter et Pablo Picasso, qui trompe effrontément sa femme avec la belle Adriana, Marion Cotillard, qui a tout de suite un penchant pour Gil, quand elle entend les premières lignes de son roman lues par Gertrude Stein.

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Les nuits se suivent. Tandis que Gil remonte le temps, Inez reste bien ancrée dans le présent. Le couple, petit à petit, se disloque. Inez et Gil n'étaient visiblement pas faits l'un pour l'autre. Leurs différences, au lieu de les rendre complémentaires, les éloignent gentiment l'un de l'autre.

Après les Années folles d'un Paris interlope, où ils ont approché Salvador Dali, Juan Belmonte ou encore Joséphine Baker, Adriana et Gil se retrouvent après un autre minuit à la Belle époque et côtoient Gauguin, Degas et Toulouse-Lautrec. Mais ils ne vont pas continuer la route ensemble.

Adriana pense avoir trouvé l'âge d'or, alors que Gil sait fort bien qu'il n'existe pas, même s'il a une forte propension à se complaire dans une vie rêvée, ce qui est le lot des vrais romanciers. Il retourne donc tout seul dans le temps présent.

Gabrielle, Léa Seydoux, rencontrée au marché aux puces, où il lui a acheté un microsillon de Cole Porter, le rencontre sur un pont au-dessous duquel coule la Seine, et très naturellement s'éloigne avec lui sous la pluie qui baptise leur idylle naissante.

Hier soir, j'ai regardé ce DVD, aux alentours de minuit. Même si j'étais loin du Paris de mon enfance et de ma prime adolescence, j'avais les yeux remplis de ces lieux jadis arpentés et le cœur réchauffé à la pensée de tous ceux qui ont œuvré dans la littérature, dans l'art ou la poésie à son insigne rayonnement.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

lundi, avril 14 2014

Edito - Le cinéma, reflet du monde

la-legende-du-grand-judo-2.jpgLe Rédacteur en chef est aussi cinéphile, regrettant même amèrement la disparition des ciné-clubs ! Le cinéma nous procure souvent de grands plaisirs, autant que la littérature, dont il n’est parfois qu’un prolongement visuel. Je viens de visionner tout récemment deux films classiques, en noir et blanc, sur DVD, La légende du grand judo, de Kurosawa, et Les forbans de la nuit, de Jules Dassin, et sur Internet, deux films tirés de romans de Houellebecq, dont le seul et unique, La possibilité d’une île, mis en film avec un certain culot par l’auteur lui-même.

1943 : le Japon est en pleine guerre. Akira Kurosawa tourne son premier film, Sugata Sanshiro (titre français, La légende du grand judo). J’ai toujours aimé Kurosawa, Vivre est un de mes films préférés, mais comment oublier les autres : Les sept samouraïs, Sanjuro, Barberousse, Ran, Dersou Ouzala, L’idiot, Le château de l’araignée, Rashomon, parmi tant de films superbes, dont aucun n’est indifférent ?

DVD_La_legende_du_grand_judo_ArteVideo.jpgL’action de La légende du grand judo se passe à Tokyo en 1883, soit une quinzaine d’années après le début de l'ère Meiji. Un jeune homme, Sugata Sanshiro, désire s'initier au jiu-jitsu, alors discipline dominante des arts martiaux japonais. L’école où il veut s’inscrire souhaite se battre contre le maître d'un nouvel art martial, qui risque de leur faire concurrence : le judo. On lui tend un piège, mais Shogoro Yano, le maître de judo, leur donne une leçon en expédiant dans la rivière l’un après l’autre chacun de ses adversaires venus en nombre. Sugata, subjugué, prend aussitôt la décision de décider d’apprendre le judo auprès de ce maître. Très doué, il pourrait même devenir le meilleur dans cet art s’il n’avait les défauts de la jeunesse, l’impulsivité et le manque de réflexion, qui l’entraînent dans des bagarres imbéciles. Le maître les lui reproche. Alors, Sugata, désireux de se racheter et de gagner son affection, se jette dans l’étang derrière l’école et y passe la nuit entière, accroché à un pieu. Ce passage dans l’eau le rend quasiment invulnérable et fait de lui un homme nouveau (un peu comme Siegfried avec le sang du dragon). Désormais, il est prêt à affronter les adeptes du jiu-jitsu. Pourtant, il tombe amoureux de Sayo, la fille de Murai, le maître du jiu-jitsu. Et dans le combat qui les oppose pour prendre la charge de former les policiers, il s’impose. Murai ne lui en veut pas cependant, il reconnaît humblement sa défaite, prend le jeune homme en amitié, et même lui permet de fréquenter sa fille. Mais Higaki, le meilleur disciple de Murai, lui aussi amoureux de la jeune fille, exige une revanche, un duel privé à mort. Après avoir vaincu, Sugata est devenu un homme et peut épouser Sayo.

42-20711850Le film, encore marqué par l’esthétique du muet (plans fixes, gros plans, cartons explicatifs, qui sont peut-être aussi une conséquence des coupures infligées par la censure) et de l’expressionnisme, est superbe, malgré les mutilations que lui infligea la censure impériale. Il y a des scènes d’anthologie, celle du quai sombre où Yano donne une leçon aux tenants du jiu-jitsu (les corps ne sont que des ombres), celle où Sugata, pour montrer qu’il abandonne définitivement le jiu-jitsu (il dépouille le vieil homme ?), jette ses sandales que la pluie emporte lentement, celle où il se jette dans l’étang et reste accolé au pieu, celle du combat avec Murai dans l’enceinte de la police, vrai ballet chorégraphique d’une lenteur superbe, les scènes de promenades de Sugata avec Sayo, d’une pudeur, d’une délicatesse et d’une poésie inégalées, le repas avec le vieux maître de jiu-jitsu interrompu par l’arrivée de Higaki, ou la scène du combat final dans un champ de graminées battu par le vent, splendide corps à corps des deux adversaires dans ces vagues de verdure…

Ces séquences sont de purs joyaux de cinéma, à revisionner pour apprendre ce qu’est la beauté au cinéma. Mais le film témoigne aussi de l’humanisme de Kurosawa, représenté ici par Yano, qui souhaite enseigner non seulement un art, mais la voie : "La Voie de l'Homme est la quête de la Vérité qui régit la nature et le monde. Seule cette vérité peut nous procurer une mort paisible", dit-il au jeune Sugata. Il s’agit de refuser l’agressivité, et de choisir l’éthique, la morale, la sincérité, la modestie, ce qui finit d’ailleurs par rendre Sugata rempli d’états d’âme et presque consterné, accablé de sa force, après chaque victoire ! Et que dire du souci de l’équilibre du cinéaste : ainsi la violence du combat final est masquée par la végétation agitée par le vent et par le jeu d’ombres et de lumières, le décor est superbement bucolique, mais la mort est là, cachée. La partition musicale est magnifique également. Susumi Fujita est un Sugata au visage ouvert et étincelant, et l’excellent Takashi Murai (futur interprète de Vivre) compose un Murai tout en finesse et en noblesse. Mais toute l’interprétation serait à citer.

Le film eut un grand succès au Japon, en dépit de la censure et des coupures, et fit l’objet de nombreux remakes. Car le scénario est excellent, riche de notations précises, de métaphores (la fleur de lotus qui symbolise la beauté et la force mentale) et révèle un véritable récit initiatique : comment devenir un homme, quand on est impulsif et indiscipliné ?

46280.jpgEn 1950, Jules Dassin, fuyant le maccarthysme, tourne dans un Londres crépusculaire et nocturne son dernier film américain, Les forbans de la nuit (Night and the city). Très différent bien sûr de l’art de Kurosawa, celui de Dassin porte à la perfection le film noir américain. Le héros, Harry Fabian, interprété de façon hallucinée par Richard Widmark, est un escroc et un combinard qui espère pouvoir mener la grande vie avec son amie Mary. Mais il manque d’envergure et surtout s’est fait des ennemis mortels. Et sa nouvelle combine : organiser des combats de lutte gréco-romaine, se révèlera un désastre. C’est que Harry est certes rusé et menteur, mais il est naïf, sans méchanceté, il n’est pas encore devenu un homme, on le traite d’ailleurs de "Cher enfant". Le film est d’une noirceur accablante. Comme si le cinéaste nous proclamait – même si nous sommes à mille lieues de la vie de tels personnages – "Regardez comme vous vivez mal, dans un monde sans âme !" (un peu ce que nous dit Tchékhov, dans son théâtre). Le seul personnage humain du film, Mary (admirable Gene Tierney), ne peut rien pour empêcher la débâcle et la mort. Un film d’un pessimisme intégral. Car s’il y a des hommes mauvais, ils ne trouvent en face d’eux que des faibles et des rêveurs, incapables d’aller vers une possible réussite. Il leur manque un maître qui, comme chez Kurosawa les aidera à surmonter leurs faiblesses. Ils n’ont pas trouvé la Voie.

Et voici qu’on en vient à Michel Houellebecq, qui ferait bien lui aussi, de se ressourcer chez Kurosawa.. Mais est-ce possible aujourd’hui ? le monde a tellement changé. Et les romans de Houellebecq sont un reflet fidèle, trop fidèle, du nihilisme contemporain ! Notre auteur va fait un film dont il était lui-même le réalisateur, d’après son propre roman, La possibilité d’une île. Je précise que là, je n’ai pas lu le livre, et pour ce que j’en sais, le film est assez différent. A la lecture des critiques cinématographiques ou autres, c’est une fable de science-fiction un peu fumeuse.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

vendredi, février 7 2014

Edito - "Inside Llewyn Davis"

inside-llewyn-davis-trailer.jpgJe viens de revoir "Inside Llewyn Davis" d'Ethan et Joel Coen.

"The Big Lebowsky" est mon film de chevet.

Pas une fois les frères Coen ne m'ont déçu.

Pour moi, ils incarnent le cinéma.

Je suis fan de leur univers et de leur sens du casting.

http://www.allocine.fr/video/player...

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE