jeudi, janvier 29 2015

Edito - Alibaba et le vrai choix : conquête des clientèles ou satisfaction des actionnaires ?

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Le parcours d'Alibaba est passionnant. En septembre 2014, la société Alibaba était introduite en Bourse avec un cours de 68 dollars. Il est aujourd'hui à 98 dollars ! Si Alibaba avait dégringolé en bourse, il aurait été question de la "bulle" mais là, comme le parcours reste positif, cela intéresse moins les commentateurs.

Yahoo vient de se désengager pour recapitaliser d'autres volets de son organisation.

Ce qui est particulièrement intéressant dans Alibaba c'est la "philosophie d'entreprendre" qui anime Jack Ma.

C'est la confrontation entre la conquête des clientèles et la satisfaction des actionnaires. A Davos, sur CNN..., Jack Ma a défendu la conquête des clientèles. C'est une mentalité très offensive, à la frontière de la culture du missionnaire. Il y a une logique "émancipatrice" dans son discours.

C'est à l'opposé des critères qui règnent dans les vieux pays où la satisfaction des actionnaires est la règle des décisions partant du principe que les "clientèles" suivront toujours...

Comment gagner ce choc ?

C'est comme dans la confrontation des religions, comment le combat peut-il être égal entre des personnes qui n'ont pas peur de mourir face à d'autres qui ont même peur de ... vivre en voulant tout sécuriser à l'excès ?

Il y a des moments où les "vieux pays" semblent quand même très décalés donc très fragilisés dans l'actuelle compétition.

Surtout qu'à terme par exemple dans le dossier d'Alibaba, le choc est peut-être plus apparent que réel mais encore faut-il que les actionnaires acceptent d'être patients pour profiter d'une conquête des clientèles qui n'en sera que plus belle ...

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

dimanche, décembre 14 2014

Edito - Loi Macron : faux semblants et sens cachés

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Comment ne pas être affligé par le débat sur la loi Macron ? La grande majorité des médias accrédite les arguments absolument pas démontrés selon lesquels la dérèglementation pourrait soutenir la croissance comme des perroquets. Petit décryptage de ce projet.

Un outil pour la croissance ?

L’un des premiers arguments pour justifier la libéralisation du travail du dimanche sont les touristes chinois qui pourraient alors rester à Paris le dimanche pour faire des courses. Passons sur le fait que l’organisation de notre société devrait être définie par les besoins des riches touristes chinois… Cela en dit long sur la boussole de ceux qui osent avancer cet argument. Encore plus effarant, ils ne paient généralement pas la TVA, ce qui limite quand même grandement l’intérêt de leurs achats. Soit dit en passant, rien ne justifie cette niche fiscale qui ne profite qu’aux plus riches. Pourquoi les riches voyageurs internationaux ne devraient pas payer les taxes que les citoyens lambda paient tous les jours ?

D’autres disent que la baisse des prix des professions dites protégées créerait du pouvoir d’achat. Passons sur le fait que la baisse du prix des notaires touchera d’abord les plus riches, qui y passent plus souvent que les classes populaires… Ensuite, cette idée est doublement absurde. La baisse des prix est déflationniste en réduisant le pouvoir d’achat de ces professions et pourrait donc pénaliser la croissance. Pire, on voit souvent que la libéralisation ne provoque pas une baisse des prix : la santé, les écoles privées, l’énergie ou les renseignements téléphoniques démontrent l’exact contraire, pour de multiples raisons. Bref, les arguments sur lesquels repose cette loi ne sont vraiment pas solides.

Boucs émissaires et égoïsme

Mais il y a d’autres aspects de cette loi qui pose problème. Si elle restera probablement sans aucun effet sur la croissance, en revanche, elle est une pièce de plus dans le discours néolibéral qui s’impose. S’il est possible qu’elle s’attaque à quelques rentes exagérées (je ne connais pas assez ces dossiers pour me prononcer), toute la dialectique sur les rentes et les « professions protégées » n’est pas neutre dans le climat actuel. Elle entretient l’idée que ces professions bénéficieraient d’un avantage indu, qu’elles ne contribueraient pas aux efforts que tout le monde fait. Mais ce faisant, cela décrit un objectif final où plus personne ne devrait bénéficier de la moindre protection.

Cette présentation du débat est assez habile car l’assimilation de la réglementation à une protection, puis à une rente, si elle n’est sans doute pas tout le temps fausse (sans quoi l’argument ne pourrait sans doute pas tenir), revient à discréditer a priori toute forme d’organisation et de réglementation de notre économie. L’idée même de défendre la moindre contrainte est implicitement disqualifiée par la rhétorique développée en défense du projet de loi Macron, quelques années à peine après le désastre des subprimes et la plus grave crise économique, provoquée justement par un abus de laisser-faire dans la finance. Derrière cette loi, il y a bel et bien l’idéologie néolibérale la plus dogmatique.

Le néolibéralisme est habile car il créé des boucs émissaires (les professions « protégées) qui nourrissent son idéologie, pour essayer de nous faire croire que la sommes des égoïsmes et la suppression des cadres de notre société produirait du bien commun, alors qu’ils ne produisent que la loi de la jungle.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

vendredi, décembre 12 2014

Edito - Que penser du projet de loi Macron ?

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C’est le sujet législatif de la semaine. Le projet de loi Macron a été présenté en conseil des ministres, puis à la presse avant hier. Il doit rester comme un marqueur du quinquennat, une des meilleures illustrations du cap libéral assumé par François Hollande, puisqu’il prolonge les travaux de la commission Attali.

Jacques Attali au pouvoir ?

Quand on prend un peu de recul, il y a de quoi être assez estomaqué par ce projet phare de la deuxième moitié du mandat de François Hollande. Bien sûr, il peut exister certaines rentes injustifiées et excessives et il est normal de s’y attaquer et certaines complexités de notre droit peuvent être contre-productives, mais ce projet va bien au-delà. De manière stupéfiante, il s’agit d’un projet néolibéral, qui, sous couvert initialement de redonner du pouvoir d’achat aux ménages, ce qu’avait défendu Arnaud Montebourg cet été, est un projet global de déréglementation de l’économie française, visant à faire reculer le service public et poussant le détail jusqu’à prévoir quelques dérisoires milliards de session d’actifs.

Encore plus effarant, ce projet fourre-tout est un prolongement du rapport de Jacques Attali de « libération de la croissance », qu’avait en partie mis en place Nicolas Sarkozy. Il est tout de même incroyable de voir ce qu’on appelle la gauche déréglementer plus encore l’économie française deux ans et demi après avoir pris le pouvoir à la droite ! Ainsi, François Hollande dépasse Nicolas Sarkozy sur sa droite sur plusieurs questions économiques. Par exemple, il est assez effarant que ce soit le candidat du PS qui libéralise le travail du dimanche, que le président de l’UMP avait tant de fois appelé de ses vœux mais n’avait pas osé faire. Tout ceci démontre la faillite du débat politique actuel quand il se limite au PS et à l’UMP.

Courant d’air néolibéral

Mais le traitement de l’information est également accablant. Si ce n’est un éclairage des décodeurs très descriptif, Le Monde couvre la loi comme pourraient le faire les éléments les plus libéraux et dogmatiques du Medef, accréditant l’idée que cette loi s’attaque aux « maladies de la France », qu’elle est censée doper la croissance et publiant naturellement une tribune qui défend l’ouverture du travail le dimanche, qui serait une « chance économique et sociale ». La couverture de cette loi ressemble plus à de la propagande, la seule question autorisée semblant être de dire qu’elle ne va sans doute pas assez loin puisque le gouvernement a renoncé à réformer les pharmacies, ou les taxis…

La présentation du débat sur le travail du dimanche est particulièrement choquante puisqu’elle se résume à de purs arguments mercantilistes, à savoir que les touristes chinois pourraient dépenser plus en France, et ne pas avoir à aller à Londres, sans jamais vraiment se poser la question de la vie familiale et son équilibre. En outre, parler de volontariat est un peu hypocrite quand 15 % des Français recherchent un travail et il faut noter que la question de la rémunération supplémentaire est renvoyée à des accords, l’État n’imposant pas de cadre… Bref, sur cette question, encore une fois, de manière assez effarante, le Parti Socialiste semble vouloir dépasser l’ancienne majorité par sa droite.

Pour toutes ces raisons, la loi Macron, avec l’opposition de la France à la taxe Tobin européenne, démontre non seulement les reniements de François Hollande, mais aussi la dérive effarante d’une classe politique où ce qu’on appelle la gauche dépasse la droite par la droite sur certains sujets.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE