lundi, janvier 5 2015

Edito - Conférence Climat Paris 2015 : offrons des vacances à M. Hulot

FRANCE-POLITICS-GOVERNMENT-ENVIRONMENT

À force de crier au réchauffement, de mobiliser des fonds, plus personne n’ose dire : « On s’est trompé, le comité Nobel s’est trompé, on arrête tout ».

Sous prétexte de sauver la planète, en réalité pour une poignée d’écologistes, le Président va engager la France à porter des boulets supplémentaires pour les décennies à venir. Boulets que les États-Unis, en prétextant le refus du Congrès, mais aussi la Chine et bien d’autres refuseront totalement, frontalement.

Peut-on pour autant taxer d’égoïsme ces pays non signataires ?

Claude Allègre avait, il y a longtemps, dénoncé les conclusions du GIEC. Puis il y a eu de nombreuses publications scientifiques (de Vincent Courtillot, par exemple), de nombreux livres (François Gervais, "L’Innocence du carbone", ou plus ludique mais fort bien documenté, Michael Crichton, "État d’urgence"), et une pétition a rassemblé aux États-Unis 30.000 scientifiques s’élevant contre les affirmations du GIEC...

Plus récemment, un scientifique français reconnu, Philippe de Larminat, a publié un travail important (Changement climatique, identification et projections) d’où il ressort que l’effet du soleil sur le climat est beaucoup plus important que ne le dit le GIEC, et que l’effet de l’activité humaine est soit faible, soit nul.

La méthode utilisée, universellement reconnue dans de nombreux domaines, ne l’avait pas encore été sur le réchauffement : il a mis dans un ordinateur toutes les données (température, taux de CO2, activité solaire…) habituellement retenues, sans aucune hypothèse sur les mécanismes pouvant relier les unes aux autres, et a cherché quelles relations elles avaient entre elles. C’est-à-dire qu’il a fait un « simple » travail de compilation de données, d’où sont ressorties des corrélations : le réchauffement est lié aux variations de l’activité solaire, pas à l’activité humaine.

Jean Jouzel, prix Nobel de la paix au titre de sa participation aux travaux du GIEC, a déclaré au milieu de la dernière décennie : « Si le plateau continue pendant encore dix ans, Courtillot aura raison… Mais dans dix ans, il sera trop tard ».

Il voulait dire que si Courtillot avait tort, si l’homme était responsable du réchauffement, il serait trop tard pour agir.

Or, le « plateau » a continué, le niveau des températures est élevé, mais stable depuis 1998, et le discours reste le même.

Les surfaces estivales de glace en Arctique remontent très sensiblement depuis le minimum atteint en 2012, mais personne ne le dit.

Tout se passe comme si ces réalités et ces travaux n’existaient pas. Ces informations glissent sur les journalistes comme l’eau sur les plumes d’un canard.

Parce qu’à force de crier au réchauffement, de mobiliser des fonds, plus personne n’ose dire : « On s’est trompé, le comité Nobel s’est trompé, on arrête tout ». Alors qu’ils se sont trompés, qu’il faut tout arrêter.

Il faudra bien se sevrer du pétrole, mais pour des raisons économiques et géopolitiques, pas pour des raisons climatiques.

Souhaitons un échec de cette conférence de Paris, que nos décideurs ouvrent les yeux et arrêtent de vendre notre avenir contre un plat de lentilles !

Offrons des vacances à M. Hulot !

Source : Yann Sergent / BVoltaire

mercredi, décembre 24 2014

Edito - Le conte de Noël néolibéral de Jacques Attali

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Dès que j’ai entendu la publicité pour son dernier livre, « Devenir Soi », j’avais envie d’en savoir plus sur le dernier opus du conseiller de nos gouvernants, sans vouloir, quand même, perdre le temps pour le lire. Merci donc à Régis Soubrouillard, du quotidien Marianne, de l’avoir fait et d’en avoir tiré un papier si amusant.

Le refus de la société

Finalement, c’est ce tout ce qui transparaît de la théorie du conseiller de Nicolas Sarkozy et François Hollande. Comme le rappelle Régis Soubrouillard, quand John Kennedy demandait de s’interroger sur ce que l’on peut faire pour son pays, Jacques Attali répond : « demandez-vous ce que vous pouvez faire pour… vous ». Pour l’homo néolibéralus, tout semble secondaire par rapport à son nombril : famille, concitoyens ou pays ne sont plus que des points de détail pour ces boules de pulsions et d’ego à dominante marchande. Jacques Attali semble remplir son livre de biographies indigentes et indigestes de personnes, d’Arthur Rimbaud à Bill Gates, qui se seraient accomplies pour démontrer sa thèse.

Mais cette avalanche de cas particuliers n’a pas le moindre intérêt démonstratif et ne montre pas en quoi « l’État ne pourrait rien ». Les États-Unis ou la Chine démontrent encore largement que la volonté nationale permet de faire beaucoup, tout comme de nombreux autres pays souvent bien moins puissants que ne le sont les pays européens dont la France, que ce soit en Amérique Latine ou en Asie. Régis Soubrouillard rappelle justement que la réussite de la Silicon Valley doit beaucoup aux investissements publics massifs de l’État, contredisant la bluette néolibérale individualisto-marchande que tente de raconter l’apprenti-sorcier Jacques Attali dont le rejet pathologique de l’État laisse perplexe.

Le refus de l’humanité

Ce faisant, ce livre fait penser à un autre, autrement plus intéressant et mieux argumenté, « La dissociété » de Jacques Généreux, sans doute un des meilleurs et des plus complets décryptages de cette société néo-libérale. L’intellectuel y insistait sur le fait que « la nature humaine est faite de l’interaction continue entre une aspiration à l’autonomie et une aspiration à l’association, entre la pulsion d’autosatisfaction et le désir de société, (…) le désir d’être soi et le désir d’être avec ». Jacques Attali représente la caricature de ces néolibéraux qui sacrifient sans vergogne l’être avec à l’être soi, « le délire narcissique exaltant l’autonomie et la toute-puissance du moi » pour reprendre Jacques Généreux.

Bien sûr, pour camoufler son individualisme infantile et barbare, le conseiller de nos princes équilibre son discours de considérations pseudo-religieuses, mais elles semblent être du calibre d’un touriste trop pressé qui reste à l’extrême surface des choses. Ne pouvant quand même pas ignorer la dureté de l’époque, il « dresse en effet un tableau très sommaire et complètement apocalyptique de l’époque : les dérives du progrès technique, la pollution, les guerres, le chômage, la criminalité, la ‘somalisation’ du monde ». Mais il est quasiment comique, pour ne pas dire ridicule, de penser que ce sont des individus isolés qui pourront en venir à bout. Ce sont nos sociétés de citoyens qui sont la réponse.

Merci donc à Régis Soubrouillard de s’être infligé ce pensum. La superficialité et la légèreté de son discours démontrent de facto que la « pensée » néolibérale n’est qu’un courant d’air, absolument vide. Bien sûr, elle domine le temps présent, mais elle finira par disparaître.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mardi, novembre 18 2014

Edito - Emmanuel Macron, ayatollah du laisser faire

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Le ministre de l’économie est décidément incorrigible. Il a participé lundi 10 novembre à l’inauguration d’une nouvelle usine Renault à Alger en affirmant qu’ « il ne faut pas avoir peur de produire à l’étranger ». Retour sur ses déclarations.

Le Cimetière automobile

Pour le ministre, « les voitures assemblées à Oran l’étaient auparavant en Turquie et en Roumanie. Il n’y a donc pas de perte pour notre pays (…) L’ouverture de cette usine est au contraire une très bonne nouvelle pour la France ». Le problème est que le ministre n’a pas choisi la bonne industrie pour faire sa « démonstration » en faveur de l’ouverture à l’étranger d’usines françaises. Certes, les premiers volumes de l’usine d’Oran viendront peut-être principalement en provenance d’autres pays que la France. Mais cet état de fait ne sera peut-être pas durable. Après tout, il n’y a que la Méditerranée à traverser pour envoyer les véhicules en France.

Ensuite, l’industrie automobile est un des exemples les plus criants de la désindustrialisation de la France. Au milieu des années 2000, notre pays assemblait encore entre 3 et 3,5 millions de voitures par an. Aujourd’hui, ce chiffre est tombé entre 1,5 et 2 millions, soit une baisse de presque 50 % en quelques années seulement. Et comme la production globale de nos constructeurs est restée à peu près stable, cela signifie bien qu’ils ont délocalisé massivement la production de leurs produits, faisant passer notre solde commercial dans le domaine d’un bel excédent à un déficit. Pire, alors que l’État en est actionnaire, Renault est allé bien plus loin que PSA dans le domaine.

Le libre-échange pour les nuls

Alors bien sûr, Emmanuel Macron soutient que « si Renault n’avait pas pris cette décision de relocalisation en Algérie, un autre l’aurait prise à sa place (…) Il faut désormais installer de la production si l’on veut profiter de la croissance de ces pays. La relation économique, ce ne sont plus juste des exportations. Pour gagner, il faut donner des gages ». L’argument n’est pas faux puisque beaucoup de pays cherchent à imposer une production locale. C’est le cas de la Chine notamment ou des pays d’Amérique Latine. Mais cela souligne a contrario que la France, elle, ne réclame jamais de gages avec les entreprises qui vendent sur notre territoire.

Pourquoi acceptons-nous qu’Apple et les autres fabricants de téléphones, tablettes ou ordinateurs, n’assemblent pas un produit en France, ou même en Europe ? Le ministre tient un discours totalement incohérent dans la mesure où il reconnaît qu’il n’est pas injuste pour un pays de réclamer une part plus grande de la valeur ajoutée des produits vendus sur son sol, et trouve donc normal que les entreprises françaises investissent à l’étranger, sans jamais demander la réciproque aux entreprises qui vendent dans l’hexagone, tout en laissant faire une désertion fiscale détestable, où les citoyens paient à la place des multinationales.

Merci donc à Emmanuel Macron de démontrer aussi clairement les failles de son raisonnement. Au nom d’un libéralisme dogmatique et à courte vue, il apporte lui aussi sa contribution à la désindustrialisation de la France, tout en démontrant l’utilité du protectionnisme !

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

samedi, novembre 8 2014

Edito - Le traité transatlantique va réorganiser le commerce mondial au profit des Etats-Unis

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Le traité transatlantique, voulu par les États-Unis, va aboutir à définir des normes mondiales pour les produits industriels. Elles s'imposeront ensuite aux autres accords commerciaux, avec la zone pacifique, notamment. par Thomas Porcher et Frédéric Farah, économistes et auteurs de "TAFTA : l'accord du plus fort (éd. Max Milo)"

Le projet du grand marché transatlantique est en préparation depuis plus de vingt ans, mais il a subi une nette accélération depuis 2009. Cette accélération des négociations s'est faite dans un contexte de bouleversement économique et géopolitique mondial avec la montée en puissance de la Chine et d'autres pays émergents. Mais, dans cette alliance stratégique visant à redéfinir la gouvernance économique mondiale, l'Europe semble être le pion des États-Unis...

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États ont essayé de donner des règles au commerce international. Afin que l'ensemble des pays soient traités sur un pied d'égalité, le GATT a mis en place un certain nombre de principes : réciprocité, transparence et diffusion de la clause de la nation la plus favorisée. Cette clause veut que lorsqu'un pays accorde une faveur, notamment tarifaire, à un autre pays, il l'accorde à tous les pays commerçant avec lui et que les producteurs étrangers soient soumis aux mêmes règlementations que les producteurs nationaux. Le but du GATT, puis de l'OMC, était clairement affiché : développer un cadre pour favoriser le multilatéralisme.

Un multilatéralisme de façade

Mais derrière les beaux principes de fond comme de forme - négociations transparentes et mobilisation du plus grand nombre de pays -, le multilatéralisme n'a jamais eu lieu. Les pays riches ont souvent établi l'ordre du jour des négociations et ont fait en sorte de sortir vainqueur dans le marchandage des règles à fixer. Par exemple, ils ont toujours accepté de libéraliser les secteurs nécessitant des technologies (car eux seuls les avaient) et ont refusé d'ouvrir les secteurs où ils pouvaient être concurrencés (agriculture et textile). Même droit ne veut pas dire même possibilité. Le multilatéralisme prôné par le GATT, puis par l'OMC, n'efface pas la domination des pays riches. Il faut être bien naïf pour penser que dans les rounds de négociations, le Mali a autant de pouvoir que les États-Unis ou le Royaume-Uni.

La réalité est que si l'on considère l'Europe comme un pays, les négociations de l'OMC ressemblaient plus à des discussions bilatérales. Les chiffres l'attestent : jusqu'à la fin des années 80, les trois quarts du commerce des pays industrialisés étaient réalisés avec d'autres pays industrialisés.

Une véritable "pactomanie" commerciale

Ce multilatéralisme de façade ne profitant qu'à une poignée de pays va être perturbé par l'entrée de la Chine à l'OMC en 2001. Alors que la plupart des dirigeants américains ou européens, pensant que les exportations de leurs pays allaient envahir la Chine, avaient soutenu son entrée, on a assisté à un mouvement de délocalisation des entreprises de ces pays vers la Chine. D'autres pays émergents comme le Brésil et l'Inde font leur place dans le commerce international et ne laissent plus les européens ou les américains leur imposer l'ordre du jour des négociations à l'OMC, comme l'a montré récemment le veto de l'Inde à l'accord de Bali. Dans le commerce mondial, la part relative des échanges nord-nord s'affaiblit tandis que le poids des pays émergents continue de croitre.

C'est dans ce contexte que l'on assiste à une tentative de rapprochement des États-Unis avec la Chine. Mais, malgré des relations d'interdépendance économique et financière, une entente sur les normes de production semble sans avenir tant les processus de production diffèrent. Et puis la Chine est un rival économique et militaire. Les États-Unis, par-delà un budget militaire sans équivalent, développent une véritable diplomatie commerciale. Ils veulent promouvoir, après la pactomanie de la guerre froide - c'est-à-dire des alliances militaires pour endiguer l'URSS pendant cette période -, une pactomanie commerciale : deux immenses traités avec les puissances du Pacifique et de l'Europe pour contenir la Chine.

Le traité transatlantique va aboutir à des normes mondiales

Mais les multinationales des États-Unis n'avaient pas intérêt à ce que le traité transpacifique soit signé avant le traité transatlantique. En effet, les pays du Pacifique connaissent généralement des normes de production et de consommation moins contraignantes que les normes américaines (les négociations portent en général sur une diminution de la contrainte des normes, comme auparavant sur la diminution des droits de douane). Un succès des négociations avec les pays du Pacifique, par l'instauration de normes moins contraignantes, aurait amené les grandes entreprises américaines à s'ajuster sur les normes des pays du Pacifique et à en subir les coûts d'ajustement.

Il faut donc commencer par l'Europe. Car l'établissement de normes communes (normes de consommation et de production) entre les États-Unis et l'Europe en feront des normes mondiales, y compris pour le Pacifique, y compris pour la Chine. Le marché transatlantique sera ainsi le producteur de normes mondiales (standards maker). Il sera alors possible pour le gouvernement américain de négocier avec les pays du Pacifique sans devoir abaisser sa réglementation - valant désormais pour tous les pays - donc sans mutation majeure des techniques américaines de production. Les grandes entreprises des pays industriels du Pacifique seront alors en position de standards takeret devront adapter leurs techniques sous peine d'être exclues des marchés européen et américain.

Source: La Tribune

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

dimanche, septembre 7 2014

Edito - Une explication des inégalités dans les pays émergents

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Le débat sur les inégalités ne cesse de progresser, ce qui explique l’immense succès international du livre de Thomas Piketty. The Economist rapporte l’étude du « prix Nobel d’économie » 2007, Eric Maskin, qui tente d’expliquer la hausse des inégalités dans les pays émergents.

La globalisation, vecteur d’inégalités

The Economist admet volontiers que les inégalités augmentent dans les pays émergents. Ils citent la hausse de 9 % de l’indice Gini entre 1993 et 2008 pour l’Afrique sub-saharienne, et de 34 % pour la Chine depuis 20 ans. Il explique aussi que cela contredit les théories de Ricardo, pour qui le libre-échange devait profiter aux travailleurs « low skill » (bonjour le biais idéologique), comme de 1700 à 1900 en France, où le rapport entre les revenus des 10 % qui gagnaient le plus et des 10% qui gagnaient le moins, est passé de 31 à 11. Mais depuis les années 1970 ou 1980 selon les pays, les inégalités explosent, avec le cas des États-Unis, comme le rapporte la Fed, qui révèle que de 2010 à 2013, les revenus des 10 % les plus riches ont progressé de 10 % alors que ceux des 20 % les moins riches ont baissé de 8 %

Selon Eric Maskin, les travailleurs bien formés des pays émergents sont en contact avec les travailleurs plus productifs des pays dits développés. Et ce contact entre personnes différentes maximiserait la productivité globale, les plus productifs tirant la productivité des moins productifs, dont l’activité est complémentaire de celle des premiers. La mondialisation a démultiplié ce genre de contacts, favorisant donc les travailleurs les mieux formés des pays émergents, par rapport aux moins formés, qui ne sont pas exposés aux travailleurs des pays dits développés. The Economist rapporte que les entreprises exportatrices au Mexique paient des salaires 60 % plus élevés que les autres et que les usines des multinationales en Indonésie paient leur encadrement 70 % plus cher que les entreprises indonésiennes.

Les zones d’ombre de cette théorie

Même si elle voit sans doute assez juste dans sa globalité, cette étude est critiquable sur deux aspects. D’abord, elle postule que la productivité des travailleurs peu formés dans les pays dits développés est supérieure à celle des travailleurs très formés des pays émergents. Mais ici, l’auteur confond sans doute les revenus ou le PIB / habitant et la productivité. Et si ce raisonnement était juste, alors, les multinationales n’auraient aucune raison pour délocaliser puisque ce qu’’elles perdraient en salaire chez nous serait alors rattrapé par la productivité supérieure. Ce faisant, il apporte de l’eau au moulin de Pascal Lamy, mais des études démontrent que ++ce raisonnement est totalement faux. ++ L’autre parti-pris contestable d’Eric Maskin consiste à soutenir que les travailleurs bien formés des pays émergents bénéficient de leur contact avec les travailleurs peu formés des pays dits développés. Mais ici, il se trompe. D’abord, l’explosion des inégalités dans ces pays démontre qu’il y a une zone d’ombre dans son raisonnement car, s’il avait raison, en bénéficiant de la double exposition aux travailleurs les mieux formés des pays émergents et des pays dits développés, alors, les travailleurs les moins formés des pays dits développés devraient bien se porter. La réalité, c’est sans doute que les travailleurs les plus formés des deux types de pays interagissent ensemble, ce qui contribue à leur faire tirer un profit disproportionnel de la mondialisation, qui ignore totalement les travailleurs les moins formés.

Le débat sur les inégalités ne cesse de progresser dans le monde. Mais pour l’instant, malgré des chiffres extraordinairement parlant, il ne trouve pas d’issue politique. Mais tôt ou tard, leur explosion finira par trouver une concrétisation politique, qui mettra enfin une muselière à la mondialisation.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

samedi, juin 28 2014

Edito - Nouvelle agression de l'Union européenne contre la Russie

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La signature d'accords commerciaux entre l'Union européenne et l'Ukraine, la Géorgie, la Moldavie est une nouvelle provocation contre la Russie. Mais c'est aussi un coup de couteau dans le dos des travailleurs de notre pays et des autres pays de l'Europe de l'Ouest.

Une Ukraine en état de délabrement économique accéléré qui va déverser sur l’Europe une main d’œuvre moins chère que la main d’œuvre chinoise (salaire minimum en Ukraine : 100 €, en Chine : 130 €) est désormais arrimée à l’Europe.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

dimanche, avril 27 2014

Edito - Lecture : "Prohibitions" de François Monti

ob_2aee5f_prohibitions-monti.jpgL'alcool, voilà l'ennemi. Alors que la consommation dans nos pays n'a jamais été aussi basse depuis 50 ans...

En fait, les boissons alcoolisées devraient être inscrites au patrimoine de l'humanité de l'UNESCO. Car elles ont inspiré, entre autres, les plus grands poètes. Je pense spontanément aux libations homériques, mais, beaucoup plus près de nous, au Vin des amants, ce sonnet de Charles Baudelaire :

''Aujourd'hui l'espace est splendide !

Sans mors, sans éperons, sans bride,

Partons à cheval sur le vin

Pour un ciel féerique et divin !

Comme deux anges que torture

Une implacable calenture,

Dans le bleu cristal du matin

Suivons le mirage lointain !

Mollement balancés sur l'aile

Du tourbillon intelligent,

Dans un délire parallèle,

Ma sœur, côte à côte nageant,

Nous fuirons sans repos ni trêves

Vers le paradis de mes rêves !''

Boire sans mesure est nocif, j'en conviens. Comme toute démesure. Est-ce raison suffisante pour déclarer plus que jamais la guerre à l'alcool à grands renforts d'interventions étatiques ?

Dans des domaines de plus en plus étendus, les femmes et les hommes sont considérés comme des enfants par l’État. Ils ont le droit de vote. Ils peuvent faire des enfants à leur tour et à leur guise (en Chine ce droit leur a été retiré pendant un temps, avec les dégâts que l'on sait). Mais, quand il s'agit, par exemple, du tabac, du cannabis ou des boissons énergétiques, de leur santé d'une manière plus générale, ils deviennent tout à coup miraculeusement irresponsables.

Quant à l'alcool, "plutôt que de faire confiance à l'individu, de nombreuses personnes pensent qu'il incombe à l’État d'en réguler la production et le commerce, tout comme il le fait pour des produits bien plus dangereux" dit François Monti dans l'introduction à son livre, Prohibitions.

Il n'a pas fallu attendre l'apparition de l’État-providence et de l’État-nounou pour qu'il en soit ainsi. En effet, dans ce livre, l'auteur fait le récit de trois prohibitions qui, en définitive, ont provoqué plus de dommages que de bienfaits (toujours les bonnes intentions affichées, en réalité autres, dont l'enfer serait pavé) :

- La folie du Gin au Royaume-Uni, entre 1689 et 1760

- La prohibition itself, aux Etats-Unis, entre 1919 et 1933

- Les ailes coupées de la fée verte, en France, en 1915

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Intéressons-nous ici à La folie du Gin (ce qui ne dispense pas le lecteur de lire les chapitres consacrés aux deux autres), qui est la première et la moins connue, et qui est l'illustration parfaite du principe des calamités de Michel de Poncins :

"Une calamité d'origine publique conduit toujours à une autre calamité pour soi-disant corriger la première".

Les calamités successives de la folie du gin figurent ainsi un parcours de corrections en montagnes russes qu'il convient de mettre en perspective, en ayant présent à l'esprit que on c'est l’État Britannique :

- En 1690, on libéralise la distillation des spiritueux de grain (c'était auparavant le monopole de la Compagnie des distillateurs, dont l'objet était médicinal).

- On protège les spiritueux anglais des spiritueux français (on est en guerre avec la France, c'est la guerre de la Ligue d'Augsbourg), mais on les avantage par rapport aux bières, toujours réglementées ; du coup le Gin, plus nocif, est davantage consommé que la bière par les personnes les plus pauvres (les riches ont les moyens de se procurer les alcools qu'ils veulent et notamment, par contrebande, les alcools français).

- En 1729, pour lutter contre les méfaits du Gin sur la santé des pauvres on ne l'interdit certes pas, mais on en taxe le distillat pur et ce sont donc seuls ceux qui le transforment en gin qui sont touchés, les autres boissons alcoolisées étant exemptes de cette taxe de circonstance.

- Pour échapper à cette taxe les petits producteurs contournent la loi et vendent de l'alcool pur, de mauvaise qualité et toxique : il en résulte que le rendement de la taxe au lieu d'augmenter baisse, ce qui n'arrange finalement pas du tout l’État, qui abroge cette taxe en 1733.

- Toute une campagne mensongère est alors menée pour grossir les méfaits du Gin et, cette fois, en 1736, non seulement le Gin légal est fortement taxé et inaccessible aux petits et aux sans grade, mais sa version illégale est sévèrement réprimée, avec pour contrepartie crime et corruption organisés: la consommation augmente inexorablement de 30 %...

- En 1742, guerre de Succession d'Autriche oblige, l’État ayant besoin de sous, on augmente autant les taxes sur les céréales maltées que sur l'alcool et on diminue le coût de la licence.

- En 1751, on n'a plus besoin de sous, mais on saura trouver une utilité aux taxes qui augmentent à nouveau de même que le prix de la licence.

- Entre 1757 et 1761, les récoltes étant mauvaises, on interdit la distillation, puis quand les bonnes années reviennent, on l'autorise tout en augmentant les taxes à nouveau sous la pression de tous ceux qui y trouvent un bénéfice (brasseurs, planteurs etc.) et on subventionne les gros distillateurs pour qu'ils puissent exporter, en empêchant tout nouveau venu sur le marché, qui pourrait leur faire ombrage.

3055_francois_monti.gifCette folie régulatrice s'est-elle traduite par une baisse de la consommation ? On pourrait le penser puisqu'en fin de période elle baisse effectivement, mais c'est se méprendre sur la cause. En réalité l'économie est devenue plus ouverte ; le niveau de vie a augmenté ; les infrastructures se sont améliorées : les gens boivent moins parce qu'ils ont d'autres loisirs... que de boire sans soif.

S'est-on jamais soucié réellement du bien-être des gens ? Non, l’État, derrière cette façade honorable, a toujours décidé en fonction de ses intérêts politiques ou économiques.

Quand on augmente les taxes pour prétendument protéger les consommateurs, en réalité pour faire rentrer de l'argent dans les caisses, on favorise l'émergence de produits de moindre qualité et la contrebande, et on punit ceux qui ont le moins de moyens.

Quand on interdit un produit, c'est qu'il ne rapporte plus à l’État et ne présente donc plus d'intérêt, et on donne satisfaction aux hygiénistes ou aux soi-disant vertueux.

Quand on taxe ou quand on interdit, on privilégie toujours les uns, par connivence, au détriment des autres.

Au nom de quoi taxe-t-on ou interdit-on ? On le fait parce que, prétend-on, on sait ce qui est bon et bien, mieux que vous. Alors soyez dociles, comme les éternels enfants que vous êtes et que vous devez rester pour mieux être asservis.

Prohibitions, François Monti, 80 pages, Les belles lettres

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE