mardi, novembre 18 2014

Edito - Emmanuel Macron, ayatollah du laisser faire

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Le ministre de l’économie est décidément incorrigible. Il a participé lundi 10 novembre à l’inauguration d’une nouvelle usine Renault à Alger en affirmant qu’ « il ne faut pas avoir peur de produire à l’étranger ». Retour sur ses déclarations.

Le Cimetière automobile

Pour le ministre, « les voitures assemblées à Oran l’étaient auparavant en Turquie et en Roumanie. Il n’y a donc pas de perte pour notre pays (…) L’ouverture de cette usine est au contraire une très bonne nouvelle pour la France ». Le problème est que le ministre n’a pas choisi la bonne industrie pour faire sa « démonstration » en faveur de l’ouverture à l’étranger d’usines françaises. Certes, les premiers volumes de l’usine d’Oran viendront peut-être principalement en provenance d’autres pays que la France. Mais cet état de fait ne sera peut-être pas durable. Après tout, il n’y a que la Méditerranée à traverser pour envoyer les véhicules en France.

Ensuite, l’industrie automobile est un des exemples les plus criants de la désindustrialisation de la France. Au milieu des années 2000, notre pays assemblait encore entre 3 et 3,5 millions de voitures par an. Aujourd’hui, ce chiffre est tombé entre 1,5 et 2 millions, soit une baisse de presque 50 % en quelques années seulement. Et comme la production globale de nos constructeurs est restée à peu près stable, cela signifie bien qu’ils ont délocalisé massivement la production de leurs produits, faisant passer notre solde commercial dans le domaine d’un bel excédent à un déficit. Pire, alors que l’État en est actionnaire, Renault est allé bien plus loin que PSA dans le domaine.

Le libre-échange pour les nuls

Alors bien sûr, Emmanuel Macron soutient que « si Renault n’avait pas pris cette décision de relocalisation en Algérie, un autre l’aurait prise à sa place (…) Il faut désormais installer de la production si l’on veut profiter de la croissance de ces pays. La relation économique, ce ne sont plus juste des exportations. Pour gagner, il faut donner des gages ». L’argument n’est pas faux puisque beaucoup de pays cherchent à imposer une production locale. C’est le cas de la Chine notamment ou des pays d’Amérique Latine. Mais cela souligne a contrario que la France, elle, ne réclame jamais de gages avec les entreprises qui vendent sur notre territoire.

Pourquoi acceptons-nous qu’Apple et les autres fabricants de téléphones, tablettes ou ordinateurs, n’assemblent pas un produit en France, ou même en Europe ? Le ministre tient un discours totalement incohérent dans la mesure où il reconnaît qu’il n’est pas injuste pour un pays de réclamer une part plus grande de la valeur ajoutée des produits vendus sur son sol, et trouve donc normal que les entreprises françaises investissent à l’étranger, sans jamais demander la réciproque aux entreprises qui vendent dans l’hexagone, tout en laissant faire une désertion fiscale détestable, où les citoyens paient à la place des multinationales.

Merci donc à Emmanuel Macron de démontrer aussi clairement les failles de son raisonnement. Au nom d’un libéralisme dogmatique et à courte vue, il apporte lui aussi sa contribution à la désindustrialisation de la France, tout en démontrant l’utilité du protectionnisme !

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

vendredi, juin 13 2014

Edito - Le Nord de l’Irak est un sujet mondial

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Deux images, les visages de criminels impunis : Collin Powell__ avec ses armes de destruction massive ; George W Bush__ frétillant parce que des élections s’étaient tenues en Irak. Tout ira mieux quand ces types, et leurs sous-traitants, auront été jugés et entaulés, car les sociétés réagissent mal à l’injustice. C’est ce que nous disent les Irakiens du Nord, pour peu qu’on les écoute. Mais qui les écoute ?

Le drame, c’est la division des sunnites et des chiites

Je ne sous-estime pas cette division, née des tous premiers temps, et conduisant à des écoles théologiques très différentes. Les uns et les autres sont des musulmans, et ils se déchirent un héritage qui intéresse le tiers de l’humanité. J’ai la grande chance de connaitre les uns et les autres. J’apprécie des sociétés aussi différente que celles de Téhéran ou d’Alger, de Ramallah ou de [Damas|http://www.lexpressiondz.com/internationale/196602-damas-a-coopere-avec-baghdad-contre-les-jihadistes.html||Damas a coopéré avec Baghdad contre les jihadistes], et il m’est impossible de faire la différence entre l’accueil au Nord ou au Sud du Liban. De partout, je me félicite de cette constance : tous cherchent se faire comprendre, avec ce respect scrupuleux de ce nous sommes. Ils demandent la compréhension, pas l’adhésion.

Aussi, je ne peux que renouveler ce message, qui est celui de tous leurs vrais amis : « Cette terre, partagée depuis toujours, est la vôtre. Vous devez résister à la guerre que veulent implanter des étrangers, ignorants de tout, mais intéressés par votre destruction ». Les guerres furieuses que se livrent sunnites et chiites, activées par les plus pourris des impérialismes, me désolent.

Les faits sont d’une importance exceptionnelle

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L’info est qu'hier des groupes djihadistes – l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), proches d’Al-Qaida – ont pris Mossoul, la deuxième ville d'Irak, plantée depuis des millénaires sur le Tibre, bordée de champs pétroliers. Les troupes gouvernementales n’ont pas tenu 48 heures. L’armée irakienne, formée depuis 10 ans par les experts US, a déserté. Les combattants en tenue noire de l’EIIL ont pris le contrôle de la ville, récupérant des armes et les fonds des banques, appelant la population à poursuivre ses activés, et imposant un ordre de nature à dissuader les pillages. D’après l'Organisation internationale pour les migrations, 500 000 personnes sont en fuite, essentiellement en direction de la province autonome du Kurdistan.

Alors une victoire à l’arrache des méchants commandos post-Al-Qaida ?

C’est un peu plus compliqué, et voir Washington, Moscou, Téhéran et Damas sur la même ligne doit conduire à se poser quelques questions. La prise de Mossoul, la deuxième ville du pays est spectaculaire, mais elle n’est qu’une pièce – majeure – dans un grand puzzle qui fait effectivement ressembler L’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) à un État. L’EEIL contrôle le nord de l'Irak, à savoir les provinces d'Anbar, de Ninive et de Salaheddine – et une large part du nord-est de la Syrie. Le fait marquant avait été il y a six mois, la prise Fallouja, à soixante kilomètres au nord de Bagdad, et depuis le régime de Bagdad n’a fait que perdre du terrain. Hier, l’EIIL a cueilli pratiquement sans combattre plusieurs places militaires ou pétrolières… et Al-Awja, village natal de Saddam Hussein, à 160 km au nord de Bagdad.

Croyez-vous aux salades d’Obama et de Poutine ?

0.Apeuple-irak.gifAlors, un tiers de l’Irak et une grosse frange de la Syrie tenue par un groupe terroriste ? La conquête de cet immense territoire serait impossible sans l’appui des populations et un grand corps militaire, où l’on retrouve des cadres baasistes de l'armée de Saddam Hussein. L’alliance qui s’empare du sol irakien est composite, certes, mais – et c’est force – elle est unie pour combattre l’autoritaire et si contestable premier ministre, le chiite Nouri Al-Maliki.

Pour se faire élire « démocratiquement », il a radicalisé le discours religieux, et a réuni le vote chiite, la population chiite étant majoritaire en Irak. Les crétins ont commenté : « Que c’est beau la démocratie… ». Les violences US ont laissé la place aux violences d’Al-Maliki, depuis l’exécution de Saddam Hussein le jour de l’Aïd à la condamnation à mort par un procès bidon de l’ancien Vice-président Al-Hashemi, avec en toile de fond la répression aveugle par les forces de sécurité et les milices.

Depuis le début 2024, on compte 4 600 morts

Effrat. Pris de panique, Al-Maliki a demandé avant-hier au Parlement de décréter l'état d'urgence et il affirme vouloir armer les populations, ce qui finirait de faire sombrer le pays dans le chaos. Jen Psaki, le porte-parole US du département d’État, déclare : « Les États-Unis sont profondément préoccupés par les événements qui se sont produits au cours des dernières 48 heures à Mossoul, où des éléments de l’État islamique en Irak et au Levant se sont emparés d'une partie importante de la ville. La situation reste extrêmement grave. Les États-Unis vont fournir toute l'aide nécessaire au gouvernement irakien dans le cadre de l'Accord-cadre stratégique pour contribuer au succès de ces efforts ». Quelle bande d’enfoirés…

Diviser, pour faire régner Israël

L’objectif immédiat de l’EEIL n’est pas Bagdad, mais la création d’un État regroupant le Nord de l’Irak et une large bande du Nord-Est syrien. A ce jour, quelle force militaire peut s’y opposer, après treize années de massacre de l’Irak, et maintenant de la Syrie, par les États-Unis ? Quel est le but des États-Unis ? Eux qui n'ont aucun droit dans la région, pour la simple et bonne raison qu'ils ont été créés, peuple d'immigration exterminant les Indiens, alors que les peuples du Moyen Orient ont tous des histoires millénaires.

Le pétrole ? Celui du Moyen Orient n’est plus vital. Le but est ailleurs, manifestement. La seule hypothèse qui tient est une volonté US de faire diviser les pays de la région pour faire admettre que la Palestine puisse être divisée. Ce plan funeste est la seule ligne qui donne une cohérence à leur politique. Alors qu’ils doivent se mettre en retrait sur le secteur, pour se consacrer au Pacifique et à leur rival chinois, les États-Unis finissent de pourrir la vie des peuples en attisant les divisions. Leur plan est bien connu : au nord-est, le Kurdistan ami, État de facto ; au nord-est, une zone dédiée aux sunnites ; au sud, un petit __Irak__ qui ne ressemble plus à rien.

Cette politique est parfaitement connue, car elle a toujours été celle des US, du Vietnam à la Libye. Au regard de l’histoire, il est dramatique que nos amis musulmans, aveuglés par leurs vraies différences, entrent dans ce jeu mortifère, organisé pour les laminer. C'est dramatique. Depuis deux siècles chrétiens, juifs, sunnites et chiites vivent sur ces terres. La seule solution est qu’ils se ressaisissent pour réécrire, eux et eux seuls, cette histoire commune, chacun ayant ses droits, chacun respectant les droits de autres.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE