dimanche, janvier 11 2015

Edito - A quand l'interrogation sur l'exception économique française ?

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Avant hier, selon les chiffres du Département américain du travail, le taux de chômage aux États-Unis a encore reculé en décembre, tombant à son plus bas niveau depuis juin 2008 (5,6 %).

L'année 2014 est la meilleure depuis 15 ans en ce qui concerne les nouvelles embauches. L’économie a créé 2,95 millions d’emplois l’année dernière contre 3,18 millions lors du boom d’Internet et des industries technologiques en 1999.

Jason Furman a souligné que le taux de chômage a décru au rythme le plus rapide en 30 ans.

Tout contribue à une telle relance : prix historiquement bas de l'énergie, taux historiquement bas du prix de l'argent, rebond de croissance dans de nombreux pays ...

Et la France reste à l'arrêt. Le chômage progresse toujours. Le pourcentage de chômage au sein des jeunes atteint des niveaux records. Le 1er semestre 2015 s'annonce redoutable pour des gros pourvoyeurs d'emplois dont le BTP avec la baisse des dotations d’État aux collectivités locales.

C'est un décrochage caricatural entre la France et les autres pays. Cette triste "exception économique française" méritera quand même un jour une explication sérieuse entendue par l'opinion. Encore faut-il que cette explication soit exprimée, ce qui est loin d'être acquis dans l'actuelle ambiance.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

mardi, décembre 23 2014

Edito - La grève légitime, mais désespérée, des routiers

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La semaine dernière, les routiers ont mené une action coup de point de blocage des routes dans le cadre des négociations salariales pour la profession. Un mouvement sans doute condamné par la libéralisation européenne qui condamne le transport routier effectué par des salariés français.

La course vers le moins-disant salarial

L’origine du blocage est simple : la CFDT « réclame 20 centimes de plus que le SMIC horaire brut, fixé à 9,53 euros, pour l’ensemble des salariés des transports ». Une demande qui ne semble pas déraisonnable étant donné la dureté du métier, mais qui est refusée par le patronat, pas totalement illogiquement quand on considère la concurrence déloyale des transporteurs venus de pays où les conditions salariales sont bien moins importantes qu’en France (il faut rappeler ici que le SMIC roumain équivaut à environ 10 % du SMIC français, le SMIC polonais environ un tiers et le SMIC espagnol environ la moitié). Du coup, les transporteurs routiers français ne sont pas compétitifs sur un marché ouvert.

Du coup, depuis 15 ans, leur part de marché souffre durement. Sur les transports internationaux avec la France, elle est tombée de 46 à 17 % de 1999 à 2010. Pire, le cabotage (les camions étrangers qui, après un transport international, en profitent pour faire une mission en France sur le trajet du retour) a déjà pris 3,6 % du marché intérieur. Les syndicats de la profession estiment qu’un tiers des 350 000 salariés sont aujourd’hui menacés, comme le montre le triste destin de Mory Ducros et la situation générale de crise de la profession, qui fait face à une concurrence déloyale. Du coup, même si elles sont légitimes, il y a peu d’espoir que les demandes des syndicats aboutissent.

Une logique délétère

Le transport routier n’est qu’un énième exemple des conséquences dramatiques et ravageuses de cette course suicidaire au moins-disant salarial, social et environnemental. Étant donnés les écarts colossaux qui existent dans les conditions salariales (qu’il est totalement irréaliste de voir se résorber à moyen terme : il faudra sans doute plusieurs générations pour les rapprocher fortement), l’ouverture des frontières sans le moindre mécanisme de compensation de ces écarts est forcément destructrice pour les emplois et le niveau des salaires. Il faut juste espérer que nous ne tarderons pas trop à en prendre conscience car la compétition déloyale a des effets extrêmement destructeurs pour beaucoup.

Cet exemple n’en est malheureusement qu’un parmi tant d’autres des ravages provoqués par la suppression des frontières, qui protégeaient auparavant les modes de vie des uns et des autres. Un nouveau témoignage pour le procès de l’anarchie économique.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE

jeudi, décembre 4 2014

Edito - Le service public menacé par la crèche

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On sait que le service public est en crise, va mal alors qu’il doit s’adapter pour répondre aux évolutions rapides de la société, et il très heureux de voir que la juridiction administrative veille à le protéger de ses ennemis. Le tribunal administratif de Nantes vient de juger que le conseil général de Vendée ne pourrait pas installer sa crèche de Noël cette année. Atteinte grave à la loi, car la crèche, un « symbole religieux » contrevient au « principe de neutralité du service public ». La fédération vendéenne de l’association Libre pensée veille au grain laïcard…

Le service public se met en effet en péril avec une crèche, qui est un authentique attentat contre la déesse laïcité. En cause l’application de l’article 28 de la loi de 1905 : «Il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires ainsi que des musées ou expositions ».

Genre de règle ridicule, qu’il faut appliquer en la tempérant avec quelques données objectives liées au fonctionnement du service, et non avec une psychorigidité de malade. La crèche fait partie de la culture religieuse, oui, mais la tradition aussi de notre pays, et les fêtes de Noel réunissent toutes les familles. Alors, où est le péril ? Le Conseil général prévoit-il des avantages pour les chrétiens ?

La Vendée a une histoire religieuse forte, et cette gentille crèche parle juste un peu du passé. Un peu de calme… La Croix se retrouve jusque dans le logo du département… déclaré admissible par un arrêt de la Cour administrative de Nantes de 1999 car cette croix-là est historique et non pas religieuse. Faut le faire…

Il y a trois jours, j’ai admiré la grande crèche du marché de Noel de Mulhouse, implanté sur le domaine public et mise en lumière par l’éclairage public… Quelle souffrance terrible pour nos valeureux principes.

Pire encore, avec la magnifique crèche de l’hôtel de ville d’Avignon, qui est à elle seule un plan de guerre contre la laïcité : 54 m2, occupant tout le péristyle, reproduisant un village provençal tout orienté vers la céleste crèche… Allez vite visiter, et emmenez vos enfants avant que ne s’abatte un obus laïc du tribunal administratif

Je tremble d’autant plus que tout la Ville de Lyon s’apprête, avec un fort investissement de la Mairie, à accueillir des centaines de milliers de visiteurs pour la fête du 8 décembre, qui n’est pas celle du père Noel mais de la Sainte Vierge. La ville est dominée par des lettres illuminées la nuit, de deux mètres de haut : « Merci Marie ». Et tout le petit marigot politique se retrouve ensuite à la messe des Echevins…

C’est aussi le problème des sapins de Noel, admis dans les halls des bâtiments publics, à condition qu’il n’y ait que des guirlandes, des boules et des pères Noël, mais surtout pas d’angelots…

Depuis le début des années 2000, nous glissons vers un intégrisme laïc, idiot, abêtissant, que le droit n’impose nullement. Cette volonté de reléguer le religieux, sans invoquer le moindre risque objectif de partialité, est condamnée à perdre. Pour le moment, elle nous fait rire, ce n’est déjà pas si mal.

PS : Le préfet ne veut pas de la crèche de Ménard à la mairie de Béziers. Réponse du berger à la bergère : le maire de Béziers maintient sa crèche dans le hall de l'hôtel de ville. on rit pour la deuxième fois de la journée, c'est vraiment une bonne nouvelle.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE