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Michel Houellebecq n’est pas du tout un nouveau venu sur la scène littéraire, puisque son premier grand succès date de 1998 avec "Les particules élémentaires". Un roman mémorable sur les mœurs contemporaines. Depuis lors, la publication de chacun de ses livres a été un véritable événement. Que dire alors du dernier, ou plutôt du tout prochain, puisqu’il sera en librairie dès cette semaine ? Les critiques qui ont eu le privilège de le lire en priorité en ont déjà fait tout un tintamarre. Alain Finkielkraut, il y a déjà huit jours dans Le Journal du dimanche, expliquait tout le bien qu’il en pensait, non seulement parce que Houellebecq l’avait fait beaucoup rire mais surtout parce que le romancier se révélait une fois de plus remarquable analyste de son époque.

Il faut dire que le sujet est brûlant, puisqu’il concerne la présence de l’islam en France et que l’auteur l’aborde de la façon la plus provocante, en imaginant la victoire électorale d’un parti musulman et l’accession de son candidat à l’Élysée...

Le problème avec Houellebecq c’est que la formidable charge ironique du propos se dissimule sous une totale neutralité de ton. Je retiendrais volontiers la formule de Bernard Pivot : « Tout est à la fois énorme et subtil, outré et malin, invraisemblable et logique ». Le roman ne consiste nullement dans un pamphlet à charge, pas plus que dans une démonstration politique. Il nous offre un regard sur nous-mêmes, sur notre société, dont la vertu est de nous faire comprendre ce que nous sommes réellement.

Le résultat, c’est que tout le monde est obligé de réagir. Parfois violemment, comme Laurent Joffrin, le directeur de Libération, indigné par cette prose réactionnaire mais talentueuse. Précisément, c’est bien la preuve que Houellebecq a touché juste. Nul ne peut être indifférent à son investigation qui découvre les zones où ça fait mal. Précision indispensable : il y a toujours de la métaphysique dans l’air avec cet étrange garçon. Si elle s’insère ici dans le sillage de Huysmans, ce n’est pas seulement par amour de la littérature. C’est qu’il y a beaucoup à retenir de l’œuvre d’un écrivain puissant, qui surdéterminait son réalisme par une quête esthétique et mystique.

Source : Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 5 janvier 2015.