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En juin, le gouvernement annonçait une prise de participation dans Alstom, avec la création de co-entreprise avec General Electric, qui reprenait également une partie des activités de l’entreprise française. Quelques mois après, il semble que les vautours s’agitent sur les derniers restes d’Alstom.

Trois vautours et un cadavre

Le bilan est amer. Le vote de l’Assemblée Générale d'avant hier a entériné un dépeçage complet de l’entreprise. Pas moins de 70 % du chiffre d’affaires de l’entreprise va être cédé à General Electric pour 12,35 milliards. Plus de 60 000 salariés changent d’employeurs. Toute la question est de savoir combien le seront encore dans quelques années. Pire, la fiction des co-entreprises tombe puisque GE détiendra « 50 % plus une action en capital et en droits de vote » comme le rapporte le journal Le Monde. Et sur le nucléaire, GE disposera de « 80 % du capital et 50 % plus deux voix en droits de vote ». Bref, dans la réalité, comme je l’annonçais alors malheureusement Alstom est dépecé par GE, le vautour en chef.

Mais le géant étasunien n’est pas le seul vautour en chef. Habile, pour obtenir le soutien des autres partis-prenantes, il partage le cadavre avec les actionnaires et les dirigeants, s’assurant un vote positif lors de l’Assemblée Général. C’est ainsi que « le groupe a annoncé qu’il compter reverser à ses actionnaires, sous la forme d’une offre publique de rachat d’actions, 3,5 à 4 milliards d’euros ». Cela aide à obtenir 99,2 % de vote positif à l’Assemblée. Mais ce n’est pas tout : Patrick Kron, actuel PDG, va recevoir 150 000 actions, qui représentent plus de 4 millions d’euros. Le Figaro cite un délégué syndical CGT-Métallurgie pour qui « 2000 hauts dirigeants vont également se partager 60 millions d’euros ».

La victoire du capitalisme cannibale

Voici un nouvel exemple typique du mode de fonctionnement de ce capitalisme totalement dérégulé et qui ressemble définitivement à la loi de la jungle. Le pire est que l’État avait théoriquement un droit de vote, ce qui signifie qu’il a entériné ce plan barbare, où les dirigeants de l’entreprise n’hésitent pas à la dévorer eux même contre espèces sonnantes et trébuchantes. Quand aux actionnaires, dans ce système, il y a bien longtemps qu’ils ne se soucient plus du long terme et qu’ils ne regardent que ce que cela leur rapporte à court terme, les rendant ouverts à ce genre de dépeçage où ils touchent rapidement beaucoup d’argent, plutôt que d’essayer de construire quoique ce soit dans la durée,

Mais que restera-t-il demain d’Alstom ? Finalement, ne devrait subsister que la partie transport ferroviaire, qui n’intéressant pas General Electric. Mais, même si GE a une forte et ancienne présence en France, comment ne pas comprendre que les intérêts de la filière énergie d’Alstom ne seront qu’un détail par rapport à ceux des actionnaires et des dirigeants du monstre étasunien. La France a soldé sa filière énergétique et l’État laisse faire sans que grand monde ne se rende compte de cette énorme arnaque et des mécanismes délétères à l’œuvre dans ce capitalisme cannibale qui dévore les organisations pour gagner toujours plus d’argent, sachant laisser quelques restes à ceux dont il a besoin.

Dès le début de l’affaire, en avril, on pouvait comprendre qu’il fallait protéger Alstom de General Electric, mais aussi de Siemens. Malheureusement, le laisser-faire continue à régner. Il est effarant que François Hollande ait été moins interventionniste sur Alstom que son prédécesseur à l’Elysée.

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE