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Pour Pierre-Henri d'Argenson, la crise interne à l'UMP traduit une fracture idéologique plus profonde :

"... Jusquà 2012, la conquête du pouvoir à droite s'était organisée autour d'une répartition des personnalités politiques, entre, d'un côté, la frange libérale, pro-européenne et libre-échangiste, appelée à diriger le parti et à gouverner et, de l'autre, la frange conservatrice, souverainiste, gaulliste ou de tradition catholique, faisant office de simples rabatteurs, remisés dans l'ombre après les élections. Une part croissante de cet électorat conservateur, majoritaire dans le parti et dans la population de droite, n'y croit plus.

Quand Nicolas Sarkozy lui annonce au dernier moment de sa campagne qu'il faut si besoin quitter l'espace Schengen, il n'y croit plus. Quand l'UMP lui jure, la main sur le cœur, à l'occasion des élections européennes de 2014, que la famille sera au cœur de ses préoccupations, il n'y croit plus. Il ne croit plus aux promesses d'«Europe qui protège», de «réindustrialisation», de «défense des valeurs». La cassure est profonde, durable, peut-être définitive.

Il ne s'agit pas seulement de la crédibilité d'un candidat, mais de la cohérence idéologique d'un parti. A la manière d'un coming out, une partie de l'électorat de l'UMP assume désormais le caractère profondément antagoniste du libéralisme et du conservatisme, et a fait sienne la clé de lecture de Jean-Claude Michéa, qui postule le caractère unitaire du libéralisme, qu'il soit de droite ou de gauche, économique ou politique. Est-ce à dire que cet électorat n'aime pas la liberté ? Bien au contraire, il veut la retrouver, sa liberté, face à un libéralisme qui voudrait que le droit et le marché régentent jusqu'aux plus intimes replis de la vie humaine, qui soumet le tout à la somme de ses parties minoritaires, dont les plus virulentes emportent la mise, et qui réduit la politique à un tableau Excel, la nation à un parking, le citoyen à un consommateur, glouton de préférence.

En réalité, l'électorat conservateur ne voit plus le programme libéral comme un pis-aller, un compromis, une concession faite à la globalisation, un moindre mal, en attendant mieux (on devrait dire : en attendant Godot__, qui ne vient jamais), mais comme son véritable ennemi idéologique. En clair, que ce soit la droite du Triumvirat (Fillon, Raffarin, Juppé) ou la gauche qui l'emporte, cela signifie pour lui la même chose. Le système libéral est nu : ses électeurs de droite lui ont arraché sa feuille de vigne des valeurs||VIDEO. Eric Woerth__ juge la crise à l'UMP "extraordinairement violente"], ses électeurs de gauche sa casquette d'ouvrier. La dynamique du vote «anti-système» est désormais lancée."

Le Rédacteur en chef de BEZIERS POLITIQUE